L'ARGENTERIE
Les appartements, aussi bien que les jardins, étaient ornés de belles statues comme celles que nous avons mentionnées en parlant de la sculpture et aussi de vases. La coupe en bronze représentée sur notre figure 10 1 , (p. 138; appartient sans doute à cette série. L'œil est complètement satisfait de la pureté de ses formes et de la finesse de son exécution. Celle que nous avons reproduite dans la figure 54 (p. 87) ornait plus probablement, à cause de ses dimensions, un péristyle ou un jardin. Il en est de même d'une belle vasque en marbre supportée par trois bustes de femme ailés sortant d'une griffe de lion ; le tout repose sur un piédestal
Fig. 103. — • Coupes en argent provenant du trésor de la maison de TArgenteria (p. 142).
carré, orné de pilastres entre des bouquets de fleurs stylisés. Une belle fontaine, provenant de la maison de la Parete nera (VII, 4, 5g) ou des Capitelli colorati (VII, 4, 51) se compose d'une charmante vasque de marbre en forme de lampe ronde à dix becs proéminents au-dessous desquels font saillie cinq belles têtes de satyres d'un bon travail. Xous ne pouvons entreprendre de décrire ici toutes les œuvres d'art grandes et petites trouvées à Pompéi : coffrets, statuettes, objets de tqilette en or, en argent, en bronze, en ivoire ou en os; leurs formes suivaient, comme de nos jours, les caprices du goût et de la mode. Nous dirons quelques mots des pièces d'argenterie.
Comme ses peintures, Pompéi tirait de l'Egypte son argenterie. Ce sont les orfèvres alexandrins qui fournissaient d'cirgenterie l'empire romain. Nous parlerons des principaux trésors d'argenterie de Pompéi, n'ayant pas l'espace suffisant pour nous attacher aux pièces isolées.
Mentionnons cependnt deux vases de forme originale. L'anse de l'un est formé de deux beaux oiseaux ; la panse de l'autre représente une tète de femme (fig. 102, p. 138).
L'argenterie devait son prix non seulement au métal et à la forme attrayante de la pièce mais aussi à la valeur artistique des bas-reliefs.
Fig. 104. — Phiale ornée de la personnification de la ville d'Alexandrie (p. 143).
Les bas-reliefs étaient le plus souvent des pièces rapportées sur le vase, qui s'appelsiient emblemata. Ils représentaient des sujets des plus variés : motifs de décoration, personnages, attributs divers, divinités, tableaux de genre, même des scènes historiques. Ceux qui voudront s'en faire une idée feront bien d'aller voir le trésor de Boscoreale au Musée du Louvre et le trésor dit de Bernay au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale. L'argenterie ancienne se divise en trois classes : l'argenterie des temples ou sacrée, l'argenterie de table, subdivisée elle-même en argenterie pour manger, argcniuni cscariiim et en argenterie pour boire,
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argentuui potoi'ium\ enfin l'argenterie des objets de toilette, inundus muliebris et argentum balneare.
L'argenterie des temples, emportée avant la catastrophe ou après, n'est connue à Pompéi que par quelques pièces provenant du temple d'Isis et retrouvées près des squelettes de prêtres de la déesse ; il faut surtout mentionner la situle ornée de représentations relatives au culte d'Isis, et le sac ramassé près du cadavre d'un prêtre, contenant, outre une assez forte somme, des statuettes isiaques, des fourchettes en argent, des patères en argent, des vases de cuivre et de bronze.
On a trouvé à Pompéi plusieurs trésors d'argenterie toujours accom-
Fig. 105. — CoLipe ornée de xenia, provenant du trésor de Boscoreale (p. 143).
pagnés de monnaies et de bijoux. Il est assez naturel que les Pompéiens aient réuni, pour les sauver ensemble, s'il était possible, leur argent et leurs objets précieux. Ces trésors, en général enveloppés dans des toiles formaient des paquets prêts à être emportés. Le maître de la villa dite de Diomède tomba, la clef à la main, près de la porte de son jardin ouvrant vers la mer ; un esclave le suivait, emportant dans un sac la vaisselle en argent de la maison, sauf un beau vase orné de bas-reliefs oublié dans une chambre ; les femmes, -réfugiées dans un souterrain où le chef de la famille avait sans doute l'intention de revenir les chercher dès que la mer serait praticable, avaient emporté leurs bijoux. Un peu partout, dans les rues et dans les maisons de Pompéi, gisaient, à côté des squelettes, des pièces d'argenterie, des bijoux, des sommes fortes ou minimes, chacun voulant sauver ce qui avait de la valeur et pouvait, pendant quelques jours, assurer son existence.
Quelques autres services de table mieux conservés ont été trouvés à Pompéi. Le plus anciennement découvert (1835) a donné son nom à la maison de l'Argenteria (VI, 7, 20), rue de Mercure, d'oii il provient. Il se composait surtout de vases à boire argcntuiu potoriiiiu] parmi lesquels figurent les deux célèbres coupes ornées d'un centaure et d'une centauresse que conduit un amour (fig. 103, p. 139). Des moules de pâtissier et une petite casserole en faisaient aussi partie.
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Fig. 106. — Coupe provenant de Boscoreale (p. 143).
Un autre trésor, comprenant 54 pièces, offre surtout de l'argenterie de table dite argentum cscariiiui : des plats, au nombre de 44, offrant dix types différents : un très grand plat, trois vases dont deux ornés de reliefs représentant des amours chevauchant des animaux féroces et des symboles de Bacchus.
Une maison de la VIII" région (VIII, 2, 23) recelait un trésor d'argenterie enveloppé, avec une belle statuette de Jupiter en argent, dans un morceau d'étoffe grossière. Trouvé en Tannée 1887. il se composait de 34 pièces d'argenterie de table assorties quatre par quatre : coupes, soucoupes, tasses, tasses à oreillettes, coquetiers, et, comme pièces isolées, un entonnoir et une ampoule.
Mais le plus beau trésor d'argenterie qui provienne de Pompéi ou des environs est le célèbre trésor de Boscoreale aujourd'hui conservé
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au musée du Louvre et auquel M. Héron de Villefosse a consacré une monographie magistrale. Trouvé en 1893-1894, dans les fouilles de M. de Prisco, au fond d'un puits, ce trésor a été acheté par le baron Edmond de Rothschild qui l'a donné au musée du Louvre sauf quelques pièces d'un intérêt tout particulier. Le service d'argenterie exposé au Louvre forme, sans compter quelques bijoux en or, un ensemble de 102 pièces.
Une des pièces les plus curieuses est la grande phiale au fond de laquelle figure en relief la ville d'Alexandrie personnifiée (fig. 104, p. 140:. Deux autres phiales offraient, l'une une tête de femme, l'autre une tête d'homme, certainement des portraits. Ces trois pièces n'appartenaient pas à un service de table , mais devaient faire l'ornement d'un dressoir.
Nous ne pouvons décrire ici tout le trésor de Boscoreale. On y voyait des aiguières ornées de victoires ailées, des coupes à boire avec des sujets bachiques ou des représentations analogues aux peintures que l'on appelait des xcnia (fig. 105, p. 141, V. p. h., p. 119) ; de beaux vases en forme de canthares ornés d'enroulements de feuillage où nichent des oiseaux,
des grues et des cigognes, saisis au milieu des détails de leur vie intime avec un art, une vérité, des qualités d'observation qui semblent toutes modernes. Que peut-on imaginer de plus élégant, de plus charmant, de plus vrai en même temps et de mieux observé dans les moindres détails que ce vase à boire entouré de deux tiges d'olivier portant leurs fruits et leur feuillage fig. 106, p. 142). Parmi les vases les plus curieux de ce trésor, il faut citer ceux sur lesquels figurent des squelettes auxquels sont assignés des noms d'écrivains illustres : Sophocle, Moschion, Zenon, Épicure, Ménandre, Archiloque, Euripide, Monimus, etc. (fig. 107, p. 143)- A côté de chaque squelette des sentences généralement empruntées aux auteurs dont les noms sont inscrits, font allusion au néant et à la brièveté de la vie, non pour en tirer des conclusions morales, mais pour exhorter l'homme à bien employer le temps qui lui reste à vivre, à en bien jouir
Fig. 107. — Vase à boire orné de squelettes, provenant du trésor de Boscoreale (p. 143;.
et à bien boire. C'est une idée très familière aux païens. Voici, disait-on, en montrant le squelette apporté sur la table pendant les repas, voici comment nous serons tous dans les enfers ; jouissons de la vie pendant que nous le pouvons encore.
Fig. io8. — Miroir orné d'une tête de bacchante, provenant du trésor de Boscoreale (p. 144-145).
Les six pièces qui font partie de la collection du baron Edmond de Rothschild, ornées de bas-reliefs historiques ayant trait aux expéditions et aux victoires d'Auguste et de Tibère, présentent un intérêt exceptionnel.
Des salières, des vases de petites dimensions, des cuillères de formes variées complètent ce beau service.
Deux miroirs en faisaient partie, l'un orné d'une charmante tète de
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bacchante (fig. 108, p. 144), l'autre de jl' image de Léda faisant boire le cygne, doivent être classés dans le fnundus inuliebris.
Pompéi a fourni d'autres miroirs d'argent ou de bronze non dépourvus de mérite artistique.
Les vases communs pour la cuisine et la table, en cuivre, en bronze ou en terre sont nombreux. A Pompéi, comme dans les autres régions de l'Italie, on usait de la vaisselle en terre à couverte rouge sortant des fours
Fig. 109. — Brasero en forme de forteresse avec réservoir pour eau chaude (p. 146).
d'Arezzo ou d'autres fabriques situées en Campanie. La batterie de cuisine diffère en somme peu de la nôtre. On y voit des bassines, des casseroles, des plateaux aménagés pour servir des œufs, des moules nombreux. Les Romains se plaisaient à donner aux mets qu'ils préparaient l'apparence de ce qu'ils n'étaient pas. Ainsi, avec de la viande ils faisaient des poissons, avec du porc, des poulets ; aussi a-t-on rencontré à Pompéi de nombreux moules donnant des formes d'animaux divers : lièvre, poulet, petit cochon de lait, poisson, etc. ; les gâteaux aussi affectaient les formes les plus variées obtenues à l'aide de moules. Les trous des passoires généralement profondes, dessinent des arabesques assez compliquées ; les cuillères sont munies d'un long manche vertical pour puiser au fond des vases, ou bien ont à la jointure du cuilleron un retrait auquel s'adapte I. 10
la lèvre du vase ; ce qui permettait de n'enlever que la surface du liquide.
Pour entretenir pendant l'hiver une douce chaleur dans leurs appartements, les Pompéiens usaient du brasero. Les thermes du forum et ceux deStabiesenontfourniun bon exemple (voy. Viepiibl.,ûg. 59. p. 11 1 .Plus petits, ceux des appartements, également en bronze, et de formes très diverses, circulaires ou rectangulaires, reposaient sur des pieds élégants ;
Fig. 110. — Brasero servant en même temps ék fourneau (p. 146).
de chaque côté une poignée aidait à les transporter. On y brûlait un bois préparé, appelé akapnon, qui ne donnait pas de fumée. Quelques-uns de ces ustensiles faisaient double emploi et fournissaient de l'eau chaude toujours prête. Celui que présente notre figure 109 (p. 145) affecte la forme d'une forteresse avec ses tours et ses créneaux. Introduite par le sommet d'une des tours qui se soulève, l'eau répandue dans lintérieur s'échauffait par le contact des parois avec les charbons qui occupaient le centre et sortait à volonté par un robinet. Celui de la figure 1 10 p. 146), plus compliqué, se compose d'un grand réservoir et en outre d'un demi cylindre sur lequel on pouvait grâce aux trois supports en forme