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CHAPITRE IX

Dès qu'on iranchissait les portes de Pompéi on entrait dans la cité des morts. La rue de chaque côté de laquelle les vieux Pompéiens avaient leurs dernières demeures faisait suite, sans autre interruption que la porte du rempart, à la rue où les vivants continuaieiit leurs vaines agitations. Par quelque porte qu'on sorte de Pompéi, par la porte de Stabies, de Nola ou d'Herculanum, on rencontre des tombes. A mesure qu'on déblaiera les autres portes et leurs abords, le résultat sera le même.

Seule la voie qui sort par la, porte d'Herculanum a été déblayée jusqu'à une certaine distance (fig. 113, p. 150). Cela suffira pour que nous puissions nous rendre compte de l'agencement des sépultures.

Cette voie au delà de la porte d'Herculanum n'était pas uniquement bordée de tombeaux. Sur un de ses^côtés un assez grand nombre de boutiques, dont une partie abritée sous un portique, offrait sans doute aux parents et amis des défunts les objets qu'il était d'usage de déposer dans les tombes, Tes vases fabriqués dans les poteries voisines, les denrées nécessaires aux repas funéraires (fig. 114, p. 151).

A l'extrémité du terrain déblayé qui est le plus éloigné de la ville, ona découvert quelques tombes carrées, en pierre, contenant des sépultures par inhumation d'époque préromaine. Ce sont des tombes osques ou samnites. Comme mobilier elles contenaient des vases grecs peints, très médiocres, conservés aujourd'hui au musée de Pompéi, qui sont du iir siècle avant J.-C. Pas plus que les édifices et les maisons, les tombes ne nous ont, jusqu'à présent, renseignés sur la période antérieure au iir siècle. Des fouilles dans cette partie ancienne et peu explorée des sépultures nous donneraient sans doute, sur ce point, des documents d'un haut intérêt. Les autres tombes sont romaines et toutes à incinération.

A la plus ancienne époque, les urnes sont enfouies dans le sol d'un espace clos qui reste vide ou sur lequel on élève un autel. Autour d'une des tombes appartenant à cette série, la première à gauche en sortant de la porte d'Herculanum, on a créé la légende du factionnaire qui, n'ayant pas voulu abandonner son poste parce qu'il n'était pas relevé de sa garde, y mourut. Ce petit édicule n'était pas une guérite, mais une

Fig. 113. — La voie des tombeaux (p. 149, 151).

chambre funéraire avec un banc pour les parents et les amis, dans le sol de laquelle une urne reposait sous un autel ; au fond un bas-relief funéraire donnait le nom du défunt, M. Cerrinius Restitutus. A cette classe appartiennent aussi les tombes en forme de banc demi-circulaire (schola) (yoy.Vic pnbL, fig. 46, p. 87) que Ton voitprès des portes d'Herculanum et de Stabies. Ces bancs étaient généralement découverts mais parmi ceux de la voie des tombeaux il en est un qu'abrite une voûte.

Les tombes prirent ensuite la forme d'un temple extérieurement orné de statues. Tels sont les tombeaux des Istacidii et de Diomède (fig. 115, p. 152). Les urnes funéraires étaient déposées à Tintérieur dans des niches et sur des bancs. D'autres urnes des mêmes familles, dont des cippes

marquaient la place, reposaient dans le terrain clos qui entoure le monument. Un grand nombre de cippes funéraires pompéiens offrent l'aspect d'une tête humaine vue par derrière; la face, lisse, porte l'inscription. Le cippe était dédié au génie du défunt. Le génie des femmes s'appelait///;zo ; celui des hommes Genius. A défaut de l'inscription, les cippes surmontant les sépultures de femmes se reconnaissent à cette particularité que l'on

Fig. 114, — L'autre côté de la voie des tombeaux (p. 149).

sculptait derrière la tête, deux tresses de cheveux (fig. 116, p. 153). Après la sépulture en forme de temple, on revint à la sépulture en forme d'autel mais de grand autel 'fig. 113, p. 150 et 115, p. 152; posé souvent, comme le montre notre figure 113 a droite, sur un soubassement très élevé. Ce soubassement contenait la chambre funéraire avec les niches et les bancs où Ton déposait les urnes. Les inscriptions donnaient les noms du défunt, indiquaient ses titres, les fonctions exercées, quelquefois les dimensions de la tombe ; si le terrain avait été donné par les décurions, si les funérailles avaient été faites aux frais du trésor, on ne manquait pas de l'indiquer : Mamia, fille de Publiiis , prêtresse publique. Le terrain de la sépulture a été concédé par décret des déci/rions.

Ou encore : M. Porcins, fils de Mardis, par décret des décurions ; le terrain a, en profondeur, vingt-cinq pieds, en bordure vingt-cinq pieds. L'inscription funéraire d'Umbricius est instructive : Aulus Um.hr icius Scaurus, fils d' Aulus, de la tribu Menenia, duumvir avec pouvoir judiciaire ; les décurions ont voté le terrain pour le monument, 200 sesterces pour les funérailles et ont décidé Vérection d'une statue équestre au Forum. Scaurus père à son fils. Sur ce

Fig. 115. — Sépultures en forme de temple et en forme de grand autel. La première à gauche est le tombeau de Diomède (p. 150, 151, 154).

tombeau figuraient ces combats de gladiateurs dont nous parlerons ailleurs {Vie publ., p. 96).

Sur les tombes de ceux qui avaient obtenu l'honneur du bisellium, siège à deux places pour les spectacles, on sculptait cet insigne. La tombe de Diomède qui était magister du faubourg suburbain Augustus-Félix est ornée des faisceaux, mais sans la hache, car cette magistrature ne donnait pas à Diomède le droit de vie et de mort.

Aux urnes funéraires en terre ou en verre, généralement fort simples, une seule fait exception. Trouvée avec treize petites statuettes en terre cuite dans une tombe qui ne porte pas de nom, elle est en verre bleu sur lequel une pâte d'émail blanc représente en relief des scènes bachiques entourées de pampres (fig. 1 17, p. 153}. Le vase de Portland, un des joyaux du Musée britannique, peut seul être comparé à celui-ci.

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