‹ Pompéi (volume 5)Chapitre 12 sur 25 · LA PALESTRE. — L'AMPHITHÉÂTRE · texte numérisé non relu

LA PALESTRE. — L'AMPHITHÉÂTRE

Dans cette palestre, comme aux thermes, les Pompéiens devaient faire de longues séances et des parties fines.

Il existe entre ces deux palestres de Pompéi une très grande différence. La première, construite par les Samnites sous l'influence grecque, était destinée à la jeunesse. Par cette éducation physique, par la série des exercices qui développaient tous les membres du corps et leur donnaient la griice et la souplesse, les Grecs cherchaient à réaliser chez les jeunes hommes leur idéal de beauté, l'harmonie et la pureté des formes.

Fig. 51. — Peinture d'une palestre privée à Pompéi (p. 92).

Chez' les Romains, au contraire, surtout à l'époque où périt Pompéi, l'usage de la palestre n'était guère entré dans les mœurs; en tout cas, on en éloignait soigneusement la jeunesse. La gymnastique et les exercices du corps n'avaient qu'un but pratique : préparer au service militaire, faire de bons soldats. La palestre, telle que l'entendaient les Grecs, était plutôt regardée par les Romains comme une école de démoralisation et c'est là, dit Plutarque, que se perdit l'antique pudeur.

La seconde palestre de Pompéi, établie avec le luxe propre à l'époque impériale, devait être la propriété d'un particulier qui faisait payer les entrées un bon prix. Sa clientèle se composait sans doute de riches Pompéiens amis des exercices violents et des plaisirs.

L amphithéâtre (fig. 52, p. 95). — L'amphithéâtre de Pompéi fut reconnu dès l'année 1748; à plusieurs reprises on y fit des fouilles partielles aussitôt recouvertes, notamment dans la partie ouest déblayée vers 1755, en même temps que la célèbre maison de Julia Félix. L'édifice ne fut complètement remis au jour que sous le règne de Ferdinand II.

Nous avons vu deuxduumvirs C. Quinctius ValgusetM. Porcius adjuger et approuver les travaux du théâtre couvert. Elus plus tard de nouveau duumvirs avec le titre de quinquennales , ils témoignèrent au peuple de Pompéi leur reconnaissance en lui faisant don d'un amphithéâtre qu'ils construisirent à leurs frais. Une inscription en fait foi. Contemporain du petit théâtre, l'amphtihéâtre de Pompéi appartient donc au i^"" siècle avant J.-C; c'est le plus ancien que l'on connaisse.

Élevé dans l'angle sud-ouest du rempart que protégeaient trois tours, une place plantée d'arbres l'entourait. Deux de ces tours, désaffectées puisque la conquête romaine avait rendu inutiles au point de vue militaire les fortifications de Pompéi, furent rattachées à l'amphitéâtre et reçurent une toiture; à ces tours et au fragment de rempart qu'elles encadraient était fixé un côté du vélum qui protégeait les spectateurs contre les ardeurs du soleil. A droite, un autre bâtiment rectangulaire, avec un jardin ou une cour intérieure, portait sur ses murs une inscription ; sans doute il dépendait de l'amphithéâtre. Les jours de représentation, des boutiques volantes surgissaient; les édiles accordaient à des marchands, soit par contrat, soit par un usage établi, le droit de s'installer sous les arcades extérieures [Hist., Vie priv.^ fig. 4, p. 7).

Comme tous les monuments de ce genre, l'amphithéâtre était de forme elliptique, le plus grand diamètre mesurant 130 mètres, le plus petit, 102 mètres (fig. 52, p. 95). Il pouvait contenir environ 20000 spectateurs, nombre considérable eu égard à la population de Pompéi; mais nous avons vu, par l'aventure des Nocériens, qu'on y venait des villes voisines.

A chaque extrémité du grand diamètre orienté du nord au sud, l'arène a comme accès une porte monumentale (voy. fig. 52, p. 95). A l'extrémité ouest du petit diamètre (à gauche sur notre fig. 52), une autre porte donnait accès à un étroit corridor par lequel on emportait les cadavres hors de l'arène; c'était la porta Libitincnsis, porte de la mort.

Un mur haut de 2 mètres environ, que l'on appelait podium, circonscrivait l'arène; couronné par une main courante, il s'offrait à hauteur d'appui aux spectateurs assis du premier rang (voy. fig. 52, p. 95). Fixés sur cette main courante une grille en fer, souvent aussi un rouleau qui,

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tournant sous les griffes des animaux, les rejetait en arrière dans l'arène, protégeaient les spectateurs contre les fauves pourchassés qui auraient été tentés de chercher un refuge au milieu des gradins. Le podium de Pompéi devait être pourvu de quelqu'appareil de ce genre.

Le mur du podium était revêtu de stuc et couvert de peintures aujourd'hui disparues présentant des scènes familières à l'amphithéâtre, des

Fig. 52. — L'amphithéâtie (p. 94).

combats d'animaux entre eux, par exemple un ours contre un taureau, une lionne contre un cerf, un tigre contre un ours ; on y voyait aussi les préparatifs d'un combat de gladiateurs : deux gladiateurs à demi armés sont debout; le maître des jeux, avec sa baguette, marque les places des combattants; l'un des gladiateurs, à gauche, sonne dans une grande trompette recourbée l'annonce du combat; celui de droite, assisté de deux servants, reçoit de l'un son casque, de l'autre une épée. A gauche, deux gladiateurs assis attendent leur tour. A chaque extrémité du tableau une Victoire ailée tient une palme et présente la couronne destinée au vainqueur. Une autre peinture provenant probablement aussi de l'amphithéâtre représente deux gladiateurs dont l'un, grièvement blessé au

bras d'où le sang coule, a laissé tomber son bouclier; son adversaire se prépare à lui donner le coup de grâce si l'intervention des spectateurs ne s'oppose pas à l'issue funeste du combat (fig. 53, p. 97).

Un autre monument de Pompéi, le tombeau d'Umbricius Scaurus, a fourni, sur les combats de l'amphithéâtre, des renseignements pleins d'intérêt. Ce sont des bas-reliefs découverts en 181 2. Peu à peu effrités et finalement entièrement détruits, ils représentaient des combats de gladiateurs et d'animaux, souvenir des jeux donnés à l'occasion des funérailles de cet important personnage. Les gladiateurs y figuraient avec indication de leurs noms et du nombre de victoires qu'ils avaient remportées. Bebrix, quinze fois vainqueur, est opposé à Nobilior qui compte onze victoires, sous les regards de deux gladiateurs victorieux l'un quinze fois, l'autre trente fois. Ces bas-reliefs, que nous ne pouvons décrire ici en détail, figuraient six groupes de combattants sous les armes et dans les attitudes les plus variées. C'était une image vivante de ces jeux cruels. Il est regrettable que les originaux aient disparu. Heureusement Mazois nous en a transmis un très bon dessin. Un de ces gladiateurs a laissé tomber son bouclier et semble fuir, action honteuse qui, à l'occasion de ce fait même ou d'un autre semblable, a été consignée dans un graffite de Pompéi gravé sur un mur de l'aile gauche du petit atrium de la maison du Centenaire (IX, 7, 6); ce graffite offre en outre cet intérêt qu'il est daté de l'an 15 après J.-C, : Officiosus a fui le 6 novembre, sous les consulats de Drusus César et de M. Junius Norbanus. Une mention semblable, mais non datée, a été relevée dans la maison de Siricus : Polycarpus a fui.

Sur le même tombeau figuraient de curieux et intéressants combats d'animaux entre eux et de bestiaires et d'animaux, combats souvent mentionnés dans les programmes sous le nom de venatio (chasse). On y voyait les animaux les plus variés : des lions, des panthères, des sangliers, des loups, des chiens, des cerfs, des taureaux, des gazelles, une panthère et un taureau attachés l'un à l'autre par une corde assez longue pour leur laisser la liberté des mouvements ; l'impossibilité de la fuite devait porter au plus haut point la fureur de ces animaux.

Les graffites prouvent que le peuple attachait à ces jeux un grand intérêt : on y voit par exemple que Félix combattra contre les ours, qu'Auctus de la troupe de Julius a triomphé cinquante fois, que Severus vient de remporter sa cinquante-sixième victoire, que M. Vinicius Vitalis et Q. Petronius Octavus ont obtenu leur congé, que Mansuetus promet, s'il est vainqueur, de faire hommage de sa palme à Vénus ; celle-ci, d'ail-

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leurs, semble favoriser les gladiateurs : Celadus, l'un d'entre eux, est appelé : siispirliiui piiellarum et deciis piiellaraui.

Les programmes de spectacles peints sur les murs nous fournissent de nombreux renseignements relatifs aux jeux de l'amphithéâtre. On y apprend la nature du spectacle, combien de couples de gladiateurs combattront, à quelle troupe appartiennent les combattants. De riches particuliers, souvent des duumvirs, entretenaient à leurs frais ou recrutaient pour le spectacle qu'ils devaient offrir des troupes de gladiateurs que l'on appelait familia gladiatorla. Ceux qui entretenaient des troupes

F'g- 53- — Scène de l'amphithéâtre (p. 96).

permanentes en tiraient sans doute du profit en les louant. On connaît les troupes de M. Festins Ampliatus, de Cn. Alleius Nigidius Maius qui habitait la maison de Pansa, de Q. Monnius Rufus, de M. Popidius Rufus, de D. Lucretius vSatrius Valens flamine de Néron et de son fils, d'Aulus Suettius Certus. Il y avait aussi une troupe de Neroniani et de Juliani. Les programmes indiquent encore que le vélum sera tendu, vêla erunt, comme on le voit sur la peinture qui représenté l'amphithéâtre {Hist. Vie priv., fig. 4, p. 7), et que l'on fera des aspersions d'eaux, sparsiones, ou peut-être des largesses au peuple ; quelquefois aussi on annonce des illuminations.

Mais quittons, pour revenir au monument lui-même, l'arène et les' hommes qui, afin d'amuser le peuple, y livraient des combats souvent mortels.

Tout autour du podium, les gradins s'élevaient jusqu'au sommet de II- 7

l'édifice (fig. 52, p. 95). Afin d'éviter les frais d'un mur très élevé comme celui du Colisée on avait creusé en cuvette le sol qui, jusqu'à une certaine hauteur, formait une pente sur laquelle les gradins s'étageaient ; à la partie supérieure les gradins s'appuyaient à un mur circulaire soutenu par une série d'arcades (fig. 54, p. 99). Ces gradins ne furent pas placés de suite et les deux magistrats qui donnèrent à leur ville ce monument l'ont livré avec des pentes de gazon sur lesquelles le peuple s'arrangeait de son mieux; les gradins inférieurs sans doute avaient été seuls construits. Mais, peu à peu, l'édifice s'acheva ; en effet, des inscriptions gravées sur le sommet du podium apprennent que des duumvirs et des édiles , au lieu de donner les jeux par lesquels il était d'usage de remercier le peuple après l'élection, employèrent l'argent à faire placer dans l'amphithéâtre une ou plusieurs sections de gradins. La plupart de ces inscriptions existent encore.

Comme dans les deux théâtres, les gradins de l'amphithéâtre étaient divisés horizontalement en trois cavea séparées par des passages ou précinctions et, verticalement, en cunei limités par des escaliers étroits. Les gradins du bas, ceux de l'ima cavea, plus larges et moins élevés que les autres devaient recevoir des tapis, des coussins et des sièges. Dans la partie centrale de l'ima cavea, en face de la porta lihitinensis, un espace fermé contenait des gradins plus larges encore sur lesquels on pouvait placer le biselliurn, siège à deux places auquel avaient droit certains magistrats et que le conseil des décurions décernait à des personnages qu'il voulait honorer. Au milieu de cet espace fermé, le second degré était interrompu sur une longueur de 3 mètres. C'est l'endroit réservé au siège du personnage qui présidait le spectacle (voy. sur notre fig. 52, p. 95, à droite).

La plus basse cavea comptait cinq gradins: celle du milieu, douze, la summa cavea dix-huit. En haut de la snmnia cavea un promenoir large de toute l'épaisseur du mur faisait le tour de l'édifice. Sur ce promenoir s'élevaient un mur et une voûte construits de manière à laisser et à l'intérieur du côté des gradins et à l'extérieur, une terrasse assez large pour permettre une circulation facile ; ce mur était percé de portes correspondant aux escaliers des cunei (voy. fig. 54, p. 99) et la voûte supportait une série de petites loges sans doute réservées aux femmes qu'un décret d'Auguste reléguait tout en haut de l'amphithéâtre.

On accédait à cette terrasse non par l'intérieur mais par cinq escaliers doubles appuyés, de distance en distance, au mur extérieur (fig. 54, p. 99; voy. aussi Hist.^ Vie priv.,ûg. 4, p. 7). Arrivées sur la terrasse exté-

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rieure les femmes trouvaient, sans pénétrer à l'intérieur, les escaliers montant à leurs loges. Les hommes, passant sous les voûtes qui supportaient ces loges, rencontraient de suite les escaliers des cunei par lesquels ils pouvaient se répandre sur les gradins.

Les spectateurs qui occupaient des places moins élevées dans Xinfima ou la média cavea, entraient par les deux grandes portes placées à chaque extrémité du grand diamètre. Là, avant d'arriver à l'arène, ils rencontraient à droite et à gauche un passage souterrain courant sous les gradins, d'où partaient de distance en distance des escaliers montant alternativement à Vinfima cavea et aux gradins les plus bas de la média cavea (voy. fig. 52, p. 95) ; mais, pour éviter l'encombrement, ce large souterrain

Fig. 54. — Vue extérieure de l'amphithéâtre (p. 98).

était, au milieu de son parcours, complètement muré; les spectateurs se voyaient ainsi obligés d'entrer dans l'amphithéâtre par celle des deux grandes portes qui correspondait à la moitié où ils avaient leurs places.

Le cortège des gladiateurs qui, avant chaque représentation, défilait ■dans l'amphithéâtre et saluait le président des jeux, entrait sans doute par la porte nord, du côté du Vésuve. Le passage sur lequel ouvrait cette porte, plus orné, aboutissait directement à l'arène tandis que celui de la porte sud, pour éviter de se heurter au rempart dans l'angle duquel l'amphithéâtre était construit, faisait un coude brusque vers la droite.

Dans le passage de la porte nord, deux niches autrefois protégées par des barreaux en fer ont donné asile, comme nous l'apprennent les inscriptions restées en place, aux statues des deux Pansa : à gauche C. Cuspius Pansa, quatre fois duumvir et quinquennalis, préfet de la colonie en vertu de la loi Petronia (vo}-. Hist., Vie priv., p. 6); à droite, le fils du précédent, duumvir comme son père. Les inscriptions qui nous con-

servent les noms et les titres du père et du fils ne nous apprennent malheureusement pas pour quelle raison spéciale, en récompense de quelle insigne générosité, l'honneur d'une statue à l'entrée de l'amphithéâtre leur a été accordée. Des trous creusés dans le sol permettaient d'établir, le long du mur, une barrière mobile destinée à laisser, quand toute la galerie était encombrée par la foule, par le cortège, par les cages amenant les fauves, un étroit passage libre.

L'amphithéâtre de Pompéi était une construction simple. Il n'avait de sous-sol ni comme le Colisée, ni comme l'amphithéâtre de Pouzzole^, rien par conséquent d'organisé pour les machineries et les subits changements de décors. Tout à côté de l'arène, près de l'entrée des portes nord et sud et de la porta libitinensis, on a ménagé des petites chambres complètement obscures qui n'ont pu guère être utilisées que pour les instruments nécessaires au nettoyage de l'amphithéâtre le lendemain des représentations. On ne voit aucun local ayant pu servir à renfermer les animaux jusqu'au moment où ils devaient paraître en scène. Sans doute, d'un bâtiment encore à trouver, peut être celui qu'on voit à côté de l'amphithéâtre sur une peinture antique [Hist. Vie priv., fig. 4, p. 7), on les amenait à l'amphitéâtre dans des cages.

L'amphithéâtre n'avait qu'un étage d'arcades, la partie inférieure des gradins étant adossée aux pentes d'une dépression artificielle. Sa hauteur égalait celle du rempart avec lequel il communiquait par une des tours.

Nous avons parlé plus haut de la dispute sanglante qui éclata, à propos d'un combat de gladiateurs, entre les Nocériens et les Pompéiens, dispute qui eut, comme résultat, des mesures de rigueur, parmi lesquelles la révocation des duumvirs en exercice, la nomination d'un praefcctus pour assister leurs successeurs [Htst., Vie priv., p. 5-6, fig. 4, p. 7), l'interdiction portée par l'empereur Néron de donner des spectacles à l'amphithéâtre pendant dix ans, c'est-à-dire de l'année 59 à l'année 69 qui précéda de dix années la fin de Pompéi.

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