L'ARCHITECTURE
Le tuf représente la belle époque de l'art architectural à Pompéi, le temps où l'influence grecque apporte sous ce beau ciel la grâce et la pureté des formes. Plus habiles, les ouvriers, les artistes mettent en œuvre une matière plus docile. Les colonnes montent, élancées, légères, et se couronnent d'élégants chapiteaux doriques, ioniques (fig. i8, p. 44) ou corinthiens. Un corinthien spécial, aux acanthes ondulées et retombantes [acantliiix iiioll/s\ moins vigoureux, moins puissant peut-être que le corinthien des Grecs, mais plus tendre et plus gracieux, est une des caractéristiques de l'art des Samnites (ûg. iq, p. 45).
Fig. 19. — Chapiteau corinthien de l'époque Samnite. Acanthus raolhs (p. 45, 92)
Les belles maisons ont l'allure de vrais palais imposants, aux portes et aux plafonds élevés. De hauts pilastres encadrent les portes d'entrée, surmontés de chapiteaux sculptés où, parfois, au milieu de l'acanthe retombante ou des volutes de l'ordre ionique, apparaissent des personnages bien traités. Telles sont les façades des maisons de Pansa (VI, 6, i. — Fig. 20, p. 4h), du Faune VF 12, 2 , d'Epidius Rufus flll, 1, 20 , des Capitelli colorati ou d'Ariane ;IV, 4. 51. ^,2'., des Capitelli figurati (IV, 4, 57:, etc. La couleur noire de la pierre et ses irrégularités se dissimulent .sous une blanche couche de stuc. Les murs des façades se présentent avec de belles et larges pierres bien taillées, bien jointes. Il en existe un très beau modèle dans la rue de Mercure fig. 21, p. 47 .
Des peintures sévères, imitant les plaques de marbre qui autrefois
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recouvraient les murs des palais, s'associent aux lii^mcs de l'architecture. On n'emploie i)as encore le marbre, ni pour larchiteclure ni même pour la sculpture: mais, sous une couche légère d'un stuc très fin, la pierre du Sarno et le tuf en prennent l'apparence avec je ne sais quoi de plus moelleux, de plus obéissant à la pensée de l'artiste. Toutes les lignes ont plus d'élégance, s'affinent, jusqu'au jour où le génie
romain viendra les alourdir.
Cette période dura depuis le commencement du second siècle avant J.-C. jusqu'au siège de la ville par Sylla )^q avant J.-C. .
Les murs intérieurs remontant à ré])oque de la pierre du Sarno étaient construits avec des morceaux de cette même 1 lierre liés au moj'en de la lerre glaise. De distance en distance, des chaînes formées (le longues pierres du Sarno, alternativement horizontales et verticales, maintenaient le mur.
Au temjjs de l'épcjque du tuf, la structure des murs intérieurs est Vopi/s iiiicr/iini.
Ce mode de construction consistait à noyer dans du mortier des pierres de petites dimensions non taillées. En usage pendant les périodes de la pierre du Sarno et du tuf, il persista pendant toute la durée de la domination romaine. Il ne peut donc pas servir d'indice chronologique. Toutefois le choix des pierres employées, leur qualité meilleure pendant les belles époques peuvent fournir quelques renseignements aux ol)servateurs attentifs.
Kn même temps que l'emploi de matériaux nou' eaux, les Romains introduisirent à Pompéi de nouveaux modes de c(instruction. Comme ])ierre, ils ai)portèrent un calcaire blanc auquel les archéologues (ml improprement donné le nom de travertin. Imitant assez bien le marbre, cette jiierre servait aux mêmes usages et il n'était ])as néces.saire de la
hig. j<j. — i-ayi4i; du la uuison de Pansa. Période du tuf, époque Samnitc [p. ^y^.
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revêtir de stuc; elle remplaça le tuf. Les murs intérieurs étaient construits avec de petites pierres- de tuf dont la surface, taillée en losange, restait seule visible. Serrés les uns contre les autres, tous ces losanges donnaient au mur l'apparence d'un filet tendu, de là le nom à'opiis rcticiilatnm travail en forme de filet donné à cet appareil. Pendant la première partie de cette période, les losanges moins bien ajustés n'offrent pas au regard cette régularité qui. un peu plus tard, au temps d'Auguste, caractérisera ce mode de construction. Aussi, on ne lui donne ]>as encore le nom à'opns rcticula-
Fig. 21. — Façade de la période du tuf. époque Samnite p. 44, 45).
/;///;, mais d'opits quasi reticiilatiiiu travail presque en forme de filet).
Les encadrements des fenêtres, les montants des portes sont construits avec des pierres taillées en forme de briques auxquelles commencent à se mêler de véritables briques.
Peu à peu, l'alternance de la brique avec les pierres taillées en forme de briques se généralise dans la construction des angles, des montants de portes et de fenêtres. La brique des montants mord dans la maçonnerie du mur sous la forme de dentelures triangulaires ou rectangulaires. Ces dentelures, générales pendant les derniers temps, avaient apparu cependant, quoique rares, à une époque plus ancienne, dès les premiers temps de la colonie II est donc difficile d'établir une date sur le fait seul de leur présence. Les dentelures triangulaires ou rectangulaires pénétrant
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dans l'opiis rcticitlatliin du mur sont dun usage constant après le tremblement de terre de lan 63; on les trouve dans les thermes centraux qui étaient encore en construction quand survint la catastrophe finale. Au 1" siècle après notre ère aussi, sélèvent les murs en briques destinés à recevoir un revêtement de pierre ou de marbre.
On voit que s'il est possible de reconnaître dans Tan hitecturc de Pompéi plusieurs périodes caractérisées par le choix îles matériaux et le mixle de construction, il est difficile, souvent impossible, de fixer, dans ces différentes périodes, des dates précises. Nous ne saurions davantage marquer, entre les différentes périodes, des limites bien nettes II y eut forcément pénétration de la ]iériode ancienne tlans la nouvelle jiériode qui sannonça par des faits d'abord exceptionnels. Les changements ne sont pas brus({ues et radicaux dans les évolutions de la civilisation, même après une conquête. Les Romains construisirent encore leur premier édifice, le temple de Jupiter sur le Forum, à la manière samnile, sauf pour ses chapiteaux cnrinthiens qui sont franchement grecs.
Souvent, dans une même construction, des parties conservées, appartenant aux anciens styles, contrastent avec des morceaux dune facture négligée et hâtive datant certainement des derniers temps de Pompéi. Ce fait tient au tremblement de terre de l'an 63 après J.-C. qui, (Unis Pompéi comme ilans les villes voisines, accumula les ruines et soumit la cité entière aux rec(jnstructions totales ou partielles des Romains. Il fallut bien se hâter de relever, de remettre en état les maisons détruites ou maltraitées. Les ouvriers réclamés de tous côtés ne savaient sans doute auquel entendre. Il est bien naturel ([uc le travail s'en soit ressenti et cette préiMpitation ne fut pas étrangère à la décadence de l'art qui marqua les derniers temps de Pompéi non seulement dans la peinture mais aussi dans l'architecture. On franchit le seuil d'une maison qui a conservé sa lielle porte d'entrée entre les deux liauls jiilastres de tuf: mais tout l'atrium a été reconstruit; les portes des chambres sont basses, et les plafonds peu élevés ; le contraste entre la grandeur des débris en pierre du Sarno ou en tuf et la partie restaurée est saisissant (voir entre autres la maison i\', 2, 51). Il est cependant des maisons auxquelles les restaurations n'ont pas enlevé l'aspect grandiose de leur construction première ill. 7, 24). Les colonnes des péristyles et des atriums ont été souvent, sinon refaites entièrement, du moins raccommodées ; la brique ronde y continue parfois le tuf antique et une couche de stuc épaisse et lourde dissimule toutes ces blessures. Les chapiteaux sont également couverts de stuc et .sculptés de nouveau et toute la grâce de leurs style ancien s'évanouit.