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LES VILLAS SUBURBAINES

TifiIÈs-'Axm:

Fig. n6. — Cippes funéraires eu forme Je tête (p. 157).

lequel une pâte d'émail blanc représente

en relief des scènes Isachiques entourées

de pampres (fig. 117, p. 159). Le vase

de Portland, un des joyaux du Musée

britannique, peut seul être comparé à

celui-ci.

Un des tombeaux, celui de Cn. Vibrius

Saturninus, est un véritable triclinium ;

c'est son affranchi Callistus qui le lui a

érigé.

La tombe de Nevoleia T3'che figure

parmi les plus belles. L'autel s'élève sur

un soubassement en pierre de taille qui

renferme la chambre funéraire. Une porte ouvrant sur la rue donne

entrée dans la cour où se trouve la porte de la chambre fig. ii8. p. 160 . Sur la face de l'autel entourée d'un cadre d'enroulements d'acanthes apparaît en relief le buste de Nevoleia Tyche. Au-dessous lin lit cette inscription : Ncvolc/j Tyclie, affrancliic de L. Ncvolciiis. pour elle et pour C. Munatius Faustus, Augustal et magistrat Je son pagus. à qui, avec le conseutenieiit du peuple, les décurious ont décerné, éi cause de ses mérites, l'honneur du hisellium. De son vivant. Nevoleia Tyche a élevé ce tombeau pour ses affranchis et pou/- ceux de C Munatius Faustus.

Au-dessous de l'inscription un basrelief représente une offrande faite par les membres de la famille à leurs défunts. Sur la face de gauche figure le hisellium voté par les décurions à L. JMunatius Faustus. Sur la face de droite un vaisseau entre au port; on plie la voile; comme le vaisseau, celui qui meurt entre dans le port.

A l'intérieur, la chambre sépulcrale mesure deux mètres dans tous

Fig. 117. — Urne funéraire en verre à deux couches (p. 15 S- 15 9).

POMl'Kl

les sens fig. iig, p. i6o . Deux rangées durnes placées dans des niches, une autre rangée posée sur un Ijanc qui fait tout le tour de la chambre étaient encore en place avec des lamjjps que sans doute on alluniail aux

Fig. ii8. — Vue et coupe de la tombe de Nevoleia Tyche p. 159).

jours anniversaires. La niche qui, ])lus grande ([ue les autres, occupait seule la ])aroi du mur de tond renfermait une grande amjiliore en \'erre pleine de cendres. Les urnes sont, pour la plupart, en terre commune ; mais trois belles urnes en verre, renfermées dans une enveloppe de ])lomb et hermétiquement fermées, contenaient des cendres baignant encore dans un liquide formé d'un mélange d'eau, de vin et dhuile, provenant sans doute des dernières liljalions. ("était un usage de faire ces libations et de les continuer: parfois, \ ers l'urne enfouie, descendait un conduit

qui, par son orifice émergeant à la surface du sol, recevait la libation et la faisait pénétrer jus([u'aux cendres Souvent un trou pratiqué dans le mur du tombeau i>ermettait, de l'extérieur, de verser la libation sur l'urne ])rincipale. L'n tertre qui s'élève au croisement des routes d 1 ieniilanum et du \'ésu\e porte un espace clos de murs renfermant les tombeaux de .NL Arrius Diomèdes et de sa famille fig. 1 1 5. j). 1 58^ . C'est la proximité de cette sépulture de famille qui a fait donner à la villa située en face, de l'autre côté de la route, le nom problématique de villa de Diomède. Il faut dire que, au moment où fut donné ce nom, la route qui sépare les tombes de la villa n'étant pas encore découverte, les sépultures .semblaient construites sur un terrain dépendant de la villa.

Fig. luj — La chambre sépulcrale de la tombe de Nevoleia Tychc ^p. 159-ibo^

LA VOIE DES TOMBEAUX. - LES VILLAS SUBURBAINES i6i

Les dernières fouilles ont ramené au jour des tombes nouvelles : deux, avec banc semi-circulaire, à la porte deNola,dont l'une, la tombe d'Esquilia LoUa, est particulièrement jolie. Au centre du dossier monte une svelte colonne dont le chapiteau supporte une urne massive en marbre, aux contours élégants. La sépulture est sous un tertre, derrière le banc. A la porte du Vésuve, entre autres sépultures, on a trouvé celle du jeune édile C. Vestorius Priscus, mort à l'âge de vingt-deux ans. Ses peintures offrent un intérêt exceptionnel.

■ Toute la campagne environnant Pumpéi était couverte de villas. On en a, depuis peu de temps, mis au jour plusieurs, entre autres, celle de Boscoreale, d'où provient le trésor dargenterie dont nous avons parlé plus haut. Dans l'habitation du maître le bain était complet avec la baignoire, les robinets, toute la canalisation, les réservoirs et l'appareil pour faire chauffer l'eau; on l'a reconstitué dans le petit musée spécial à cette villa, créé à Pompéi avec les dons généreux de M. de Prisco.

La villa de Boscoreale présente un grand intérêt pour l'étude d'une exploitation agricole considérable. (3n voit les pressoirs, les canaux souterrains qui recevaient le vin et le conduisaient dans les jarres ; le cellier avec ses nombreux doliums enfoncés dans le sol (fig. 120, p. 162) ; tout ce qui est nécessaire pour la fabrication de l'huile; le grenier; l'aire pour battre le grain ; les logements du personnel et du maître.

M. de Prisco a exhumé une seconde villa qui a fourni des peintures du second style, entre autres la femme jouant de la lyre, de grandeur presque naturelle, et des villas aux constructions enchevêtrées qui font penser à la villa de Laurentum décrite par Pline le Jeune.

Une autre villa fouillée par M. Gennaro Matrone a fourni, des bijoux et la réplique de l'Hercule Epitrapezios de Lysippe. M. Sentini a mis au jour, à Boscoreale aussi, une villa ornée de jolies peintures du troisième style. Les nombreuses villas de Castellamare (Stables', exhumées à une époque plus ancienne, ont été décrites par M. de Ruggiero.

Au commencement du xix" siècle on explora une villa voisine de la porte d'IIerculanum appelée, sans raison suffisante, villa de Cicéron. Recouverte aussitôt après avoir été exploitée elle avait livré de très belles peintures : les huit danseuses, les quatre groupes de Centaures et les douze faunes funambules, sujets que mille reproductions ont rendus populaires; là aussi se trouvaient les célèbres mosaïques signées Dioscorides de Samos (voir fig. 66, p. 110.

Un peu plus bas, dans la voie des tombeaux à droite, une autre villa

l'OMPEl

construite sur un rimetière samnite et incomplètement débla\-c'e offre des constructions ayant appartenu à une ferme, un sacellum, un jardin avec une belle fontaine et quatre colonnes en mosaïque, <iui niar(|uaienl la place d'un triclinium.

Enfin, à l'extrémité de la voie des tombeaux, se trouve la \illa de Diomède. Au-dessus de quelques marches, une porte, abritée sous un fronton soutenu jnir des colonnes, y donnait entrée. De suite on se trouvait dans le péristyle; les \illas nOnt ])as d'atrium, c'est \'ilru\c (|ui l'a

Fig. 12<). — La villa de Boscorcale et son cellier p. loi

dit. Autour du péristyle rayonnen. les pièces de récejjtion, les bains, des chambres. Parmi ces dernières, il en est une, habitée sans doute par une femme. (|ui mérite une attention sjjéciale; une petite cliaiiihic la ])récède, celle de 1 esclave cubicularia femme de chambre;. Un rideau dont on a retrouvé les anneaux fermait l'alcôve ; sur le sol subsistaient quelques débris d'un tapis. JJe forme demi-circulaire, cette ])ièce recevait la lumière jiar trois grandes fenêtres disposées de telle sorte que, à toute heure du jour, le soleil y entrait. Pline avait dans sa villa de Laurentum une chambre ainsi disposée. A côté de l'alcôve, une ])etite cuve en maçonnerie dans laquelle on a trouvé de nombreuses fioles fai.sait .sans doute jnirtie d'une toilette dont le marbre a disjiaru. Des soins tout particuliers .semblent avoir présidé à l'arrangcnuMVi de celte jolie chambre à coucher.

LA VOIE DKS TOMBl'ArX. - LKS VILLAS SUBURF'.AIXES 163

Une terrasse domine le jardin, la campagne et la mer.

Sous cette terrasse, plusieurs pièces délicatement ornées de jolies peintures prennent jour sur le jardin entouré (Ton portique formant un lonopromenoir couvert Derrière un grand bassin se dressent les colonnes qui soutenaient la vigne destinée à abriter le triclinum ifig. 121p. lôs")

Un crvpto-portique courait sous le portique; là, au pied de l'escalier de droite périrent vingt personnes voir p, 26-27 : clans le nombre, une

Fig. 121. — La villa de Diomède, vue prise du fond du jardin p. (i62-i6.().

jeune fille, sans doute la fille du maître de la maison, dont le moulage a révélé l'exquise beauté. Elle avait, pour fuir le contact des cendres ardentes et mourir, ramené sur sa tète un pli de sa robe et. par endroits, les cendres ont retenu l'empreinte du tissu précieux qui la couvrait. Ses bijoux en or étaient intacts : des pendants d'oreille, un collier en filigrane que fermait une plaque d'où, par des chaînettes, descendaient en pendentifs deux feuilles de pampre, des bracelets en forme de cornes d'abondance unies par des tètes de lion. C'est sans doute pour elle qu'avait été si gracieusement ornée la jolie chambre avec les rideaux de son alcôve, le tapis jeté sur la blanche mosaïque du sol, la toilette en

marbre, les trois fenêtres par où, pendant toute la durée de sa course diurne, Apollon lui prodiguait la caresse de ses rayons. Au bord de la terrasse qui domine le jardin on \oil encore un fragment de la balustrade où, après les heures chaudes de la journée, elle s'accoudait ]iour contempler, dans la lumière adoucie, la beauté du paysage. A droite, au delà du tertre qui. entre les deux routes, portait les tombeaux de sa famille, au delà d'une ceinture fleurie de jardins, son regard suivait les ])entes de jilus en jjIus rapides du X'ésuve drapé dans son manteau de pampres dorés; en face, entre la colline ])eu])lée de villas noyées dans la verdure et les rochers lointains de Capri. la ligne pure de l'horizon méditerranéen se distinguait à peine de la ligne bleue du ciel ; à gauche, elle voyait s'avancer dans la mer le jjromontoire des monts l.actarii où, dans un rejjli, comme par coquetterie, se dissimule la poétique Sorrente. Tout, dans la douceur de cette riante nature, contrastait avec l'horreur de la catastrophe où demain elle allait périr. Sjmbole touchant de la malheureuse Pompéi, qui, dans la grâce ensoleillée de son site charmant, dans tout l'éclat de sa beauté sans cesse rajeunie, au milii'u des vaines jouissances de son bonheur j)aïen, soudain fut .saisie par les ténèbres et par la mort.

Kig. 122. — Table chargée de pièces d'argenterie (p. 52-65).

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