‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 57 sur 76 · LIBERTÉ ET LICENCE DE LA TEINTURE. — LES GRANDES COMPOSITIONS · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET LICENCE DE LA TEINTURE. — LES GRANDES COMPOSITIONS

LES MONOCHROMES

JUSQU'ICI les sujets que nous venons de voir semblent inspirés des meilleures époques, on peut y percevoir ce sentiment d’art que dut avoir Zeuxis qui rendit le jeu de l’ombre et de la lumière, tout en conservant le style, ennemi de la trop grande réalité.

A cette hypothèse vraisemblable en succédera une autre, où l’on peut voir Parrhasios venir donner à ses œuvres une grande liberté de facture, faisant fuir les ombres et saillir les lumières. Il fut le maître de cette école dont les peintures de Pompéi dérivent presque toutes. Les sujets que l’histoire cite comme en ayant été exécutés par ce peintre, n’ont pu être traitées qu’avec un réalisme absolu; ainsi furent peintes Y Archigallus et YAlalante et Méléagre, que Tibère plaça dans sa chambre. Parrhasios contribua pour une bonne part dans l’usage des peintures érotiques qui, ne représentant pas de symboles, ne furent plus qu’obscènes. C’est contre ces œuvres que Properce s’élève : « Il est bien coupable, dit-il, celui dont la main peignit la première des tableaux licencieux et déshonora par de honteuses images la chasteté de nos demeures! Il corrompit l’innocence en flattant ses yeux, et ne voulut point la laisser étrangère à ses propres infamies.

Lin autre tableau de Parrhasios existait en Italie, acheté ou pris aux Grecs, ainsi qu’un Thésée; les temples et les palais s’ornèrent des œuvres des maîtres grec; Y Héléna et le Marsyas de Zeuxis, les Bœufs de Pausias, les deux Alexandre de Nicias et d’Apelle, le Héros de Timanthe, Y lalysos

jS

POMPEI

de Protogène, la Bataille d’issus de Helena, le Dionysos et V Artamen'es d’Aristide, la Médéc de Timomachus et un Bacchus et un Hippolyte d’Antiphilos. Toutes ces œuvres étaient assez réputées pour que les artistes pompéiens s’inspirassent de ces maîtres dont les tableaux étaient à leur portée; c’est pourquoi les peintures de Pompéi sont bien le reflet de la peinture

Orphée. (Peinture de la Casa di Orfco.)

grecque, même dans la dernière époque où les mêmes sujets servirent de thème aux peintres de la Campanie.

Il existe de grandes compositions où les figures sont plus grandes que nature; c’est la décoration meublante, souvent de grande allure, mais quelquefois bien compacte dans la composition. Ainsi sont parfois les grandes peintures d’Herculanum.

Nous retrouvons plus de noblesse dans Y Orphée jouant de la lyre; il charme les animaux, et les plus sauvages viennent à lui ; Apollon l’inspire.

Cette peinture, de proportions plus grandes que nature, a été, dans les premiers temps du christianisme, reproduite avec quelque variante, et Orphée devint le Bon-Pasteur. Un autre sujet, de même dimension, Adonis blessé, nous montre un bel éphèbe langoureux, d’un joli dessin, et d’une pose agréable; il s’appuie contre Vénus et est soigné par les Amours.

Adonis blessé, soigné par Vénus cl les amours. (Peinture de la Casa di Adonc.)

Parmi les sujets traités avec sobriété, nous pouvons citer : les Noces de Zens et de Héra, la Remise de Briséis aux messagers d'Agamemnon; le Départ de Criséis, enfin généralement toute scène tirée de Y Iliade.

A côté des peintures aux chatoyantes couleurs, les fouilles de la Campanie ont apporté aussi quelques spécimens curieux, connus sous le nom de monochromes , Zeuxis fut l’auteur d’œuvres de ce genre. Pornpéi nous a conservé, bien dégradé, un dessin sur marbre, dont nous donnons la repioduction. Il fut en partie exécuté au pinceau, mais on y voit l’emploi d’une

POMPEI

sorte de crayon rappelant la sanguine; les anciens du reste, ne se servaient pas que de pinceaux pour dessiner, témoin ce fait passé à la cour de Ptolémée, où Apelle, avec un morceau de charbon, esquissa sur le mur le portrait du roi (i).

Le monochrome de Pompèi représente Niobé et ses enfants; la délicatesse du dessin des mains, les lignes harmonieuses des bras et l’expression

Niobé et ses compagnes. (Monochrome du Musée de Naples.)

des têtes en font un document précieux, au même titre que ceux d’LIerculanum dont le plus connu représente des Joueuses d'osselets et qui est signé en grec : Alexandre d’ Athènes faisait. Au-dessus de chaque figure sont inscrits les noms en grec : Hilearia, Aglaia, Niobé, Latone et Phœbè. La grâce des bras onduleux ont une saveur bien féminine et les attitudes des ligures le désignent comme le plus charmant de tous.

(i) Pline, xxxxv.

Arrivons maintenant au genre mouvementé, quelque peu théâtral, V Achille reconnu par Ulysse,

sujet auquel se complaisaient AB™ «,«„

les Pompéiens, et qui se trouve aussi reproduit en mosaïque.

Tout en possédant les personnages accessoires comme Lycomède et Deidamie, la composition peinte n’est pas complète et semble un tableau tronqué. En elfet, dans la mosaïque nous voyons Ulysse être le personnage central, son mouvement est le même ainsi que celui d’Achille; Deidamie, sa secrète épouse, parait terri liée du choix fait par Achille, équivalant à un abandon. La simplicité delà composition et l’ancienneté de cette mosaïque nous

Achille îi Scyros reconnu par Ulysse. (Mosaïque de la Casa di Apollo.)

reporteraient plus près de l’original de Polygnote exécuté au Ve siècle a la

JA-V... s

POMPÉI

pinacothèque de l’acropole d’Athènes. (Le même sujet, mais rappelant davantage la mosaïque, se trouve dans la maison n° 2 de la région IX, insula V.)

Puis nous voyons encore Peu llice tué par 1rs Bacchantes ; Hercule étouffant les serpents; le Supplice de Dirce; etc., tous sujets reproduits avec

Achille à Scyros reconnu par Ulysse. (Peinture du Musée de Naples.)

un goût de l’emphase et où le principal attrait maintenant se trouvera dans les belles formes des jeunes gens, et surtout dans les jolis corps nus des femmes, prosés dans les attitudes les plus favorables à leur particulière beauté. Aussi les sujets mythologiques prennent-ils cette tournure idyllique et légère qui ne les quittera plus.

L’ESPRIT ALEXANDRIN. — LE Nü. — LES HERMAPHRODITES.

Page 1