LES PORTRAITS
PLUSIEURS des peintures ([iio nous venons de voir sont connues, mais il est une catégorie peu soupçonnée : ce sont les portraits peints de Pompéi. Un seul document de ce genre a été apprécié jusqu'ici, le groupe
de Paquius Proculus et de sa femme, dont le nom nous est parvenu grâce à l'inscription placée dans la nuiison de ce personnage ([ui, pour sa grande popularité, avait été élevé à la dignité de duunivir juri (liciindo. L'homme vêtu de la toge tient à la main le vol unir//, et la femme porte à ses lèvres un style. Les têtes, d'un caractère franc, aux grands yeux ouverts, sont d'une honnête simplicité ; cette peinture, vigoureuse et d'une gamme, chaude se rapprocherait des portraits du Fayoum. Le musée de Naples possède aussi des petites têtes qui passent ina[)eroues ; elles sont placées bien haut.
A l'examen des portraits que possède ce musée, on pourrait conclure
Torlrails du boiihius^oi- l'aqiiius Proculus et de sa femme. (Musée de Xajjles.)
LES ARTS
Porli-iits. (Urgion IX. Iiisula Y. X" 18.
qu'il ne serait parvenu jusqu'à nous ([u'un seul poi'lrait el (|U('1(|U('S tètes (l'un intérêt secondaire révélant quelques types pompéiens. Cela semblait peu probable.
J'eus le plaisir derencontrer, à mon premier séjour dans l'antique cité (1893), M. Fitz-Gerald Marriott, qui, habitué de Pompéi, releva la liste d'une soixantaine de portraits (i).
Choisissant les moins dég-radés, j'en fis la copie d'une cinquantaine (3), de la dimension des originaux.
11 était naturel de voir les femmes en plus grand nombre ; les portraits d'hommes sont plus rares et les enfants sont au nond^-e de trois. Ces tètes
sont encadrées de bordures rectangulaires jaunes, rouges ou noires, ou placées dans des médaillons, rappelant ainsi les portraits peints sur les écussons que Pline appelle clypcl en raison de leur forme. Ces portraits peuvent se diviser en trois catégories : les portraits de famille, les portraits allégoriques et ceux qui reproduisent les traits de quelque célébrité : poète, musicien, acteur.
Deux portraits que nous reproduisons sont encadrés à l'égyptienne et semblent contemporains du style en usage
(,) Ce lut M. M.ru.U .lui, le premier, publia une eluclc sur la question : Facls abc.t Pompe., ei Family portraits al Pompéi [the archaeological Journal , mars 1897^.
(2) Collection actuellement h la bibnothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.
"l'oitiiiits. (l'oiuturcile la maison do llolfonius.)
Poi'lrait. (l'oiiitiii-c. Roi;ion VII.
Iiisula II. A'° 6.)
SOUS les premiers empereurs. Ces deux figures out le charme grec, la
femme qui ticut \\i\ flahclliun rouge et l^ltiuc est vêtue de V hiiuatioii violet lilas, et sa compague dont le meuton est voilé porte un manteau de couleur vert tendre; ces deux bustes sont situés assez haut sur le mur, mais d'habitude, ces sortes de tètes sont placées à portée de la main.
Continuons avec ces deux médaillons, dont l'un renferme le frère etla sœur (PI. hors texte \ I r, n" G), l'autre, les deux fiancés, ces deux peintures décoraient la même chambre. Puis cette femme, coiffée avec recherche (PI. hors texte \ 11, n" 3), ornée de bijoux et d'un diadème de perles; elle tient aussi le
Jlahcllum et scndjle parée pour quehpio fête. Ensuite cette figure d'un
air inspiré (PI. hors texte \ I, n" 2), les
yeux comme no^x's dans un rêve,
possède un cachet des temps poudrés
que pourraient lui disputer quelques
têtes du xviii" siècle.
Et ce t3qie asiatique (PI. hors
texte VI li, n° a), véritable bonze à la
barbiche en pointe; n'est-il pas aussi
curieux que le ])ain]jin mal peigné,
aux oreilles écartées, dont on rencontre partout le type? (PI. hors
texte VU, n° 2.)
Tout autre est ce fier éi)hèbe vu
de profil, pose assez rare à Pompéi,
f[ue nous retrouvons aussi dans une petite tête de femme au profil de
camée, au musée de Naples.
Puis cette gracieuse jeune fille (Pi. hors texte VIII, n» i) parée de
Peinture de la maison de Lucrelius.
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l'ciiiturc de la maison ilo llulouiiiiis.
boucles croroilles ot d\u\ collier d'or, sait nous intéresser.
Malgré les yeux peu dessinés d'ensendjie, la pliysiouoniie est synipathi(|uc et la Ijouche mignonne; un i\nu)ur, posé sur l'épaule de la Pompéienne, semble murmurer quelque pensée amoureuse dont le fils de Vénus est prodigue. Les Eros occupent la même place dans presque tous les portraits féminins.
Dans la figure (PI. hors texte VI, n° 3) nous voyons une langoureuse jeune femme que l'Amour s'apprête à dévêtir de
son voile bleu trans[)arent; c'est la douce épousée dont on voit l'époux impatient.
Ensuite viennent les portraits dont plusieurs s'inspirent de Tallégorie mythologique.
Cette opulente Bacchante, à la belle carnation (PI. hors texte VII, n" 5), aux couleurs vénitiennes, est sollicitée par un vieux Silène encore lubrique, souvenir des débauches bachiques des
Peinture de la maison de Holconius. i • /--i
grands jours. Charmante encore cette autre prêtresse de Bacchus, portant thyrse etcant hare,
^TyLo-yi/ù-itL »^,
POMl'Kl
Poiutui-o. P.c'nioii I. Iiisula II. >'" 3.
le regard malin de sa mine éveillée savait enjôler les buveurs (PI. hors
texte VITI, n° 3). Une autre tète coiffée du pileux surmonté (Tun croissant, par sa chevelure bouclée ressemble aux types de quelques tableaux de la llcnaissance. Puis cette fillette et sa ■^U poiipée (peut être Ariane et l'eufant U. y Jaccus). Ensuite ce groupe où un y^ jeune satyre à l'œil plein de désirs, au regard liypnotique, fixe une jeune femme; ils tiennent des th3'rses et sont prêts aux orgies de Bacchus. ]N 'oublions pas cette Bacchante dont la chevelure nattée est curieuse.
Les deux tètes d'hommes présentées dans une planche en couleurs nous donnent l'impression de personnages célèbres, f/un vêtu de l'ample pallium (PI. hors texte VII, n" i) et couronné de feuillages a l'air noble et martial, il pourrait représenter un philosophe grec, tandis que l'autre portrait (PI. hors texte VII, n" 4), par certains détails, permet de le comparer à une mosaïque trouvée en Afrique, représentant Virgile (i).
Sans insister sur ce rapprochement,*-il est certain ([uc le personnage couronné de lauriers est un poète latin, et que le type brt)n/.é, vu de profil, que renferme le même médaillon, représente \\n autre poète romain. Nous reproduisons aussi en couleurs (PI. hors texte VI, n° i) une tête de
Porlrail. (Peinture du Musée de Xaples.)
(i)Voy. Foiuhtlioii Piot, t. IV.
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femme eoifîée d'une résille et dont il existe au musée de iN^apIes une réplique provenant de Ponipéi. Celle-ci d'un dessin indécis, est plus complète; on y voit les deux mains, celle de gauche soutient 1 la tablette cirée, et le style posé sur les lèvres, est tenu de la main droite. (Ce style est exprimé en vert sur la reproduction en couleurs.) Ces deux tètes représenteraient-elles les poétesses antiques, Erinna ou Sapho , cette dixième 3Iuse , comme la nomme une épi-
^ ' Tibiccn. (Pointure. Région IX. Tnsula II. >'" i6.)
Dans le tibiccn au caractère sévère, s'accuse un type bien oriental, les mains sont disposées avec art et coupées avec goût par le cadre. Si la
physionomie ])articulièrement déterminée de cette tête donne les traits de quelque musicien pompéien, on peut y voir aussi un Marsyas que trahissent ses oreilles de Silène ; ce détail n'est peut-être qu'une llatteuse allégorie à l'adresse d'un musicien. Ces identifications mythologiques se retrouvent dans l'antiquité où les femmes sont représentées en Vénus et accompagnées de l'Amour, Cet esprit se rencontre à toutes les époques et combien de maîtres n'ont pas sculpté ou peint les jolies femmes de leur temps en divinités de l'Olympe ! Nous terminons cette série de types par un croquis tracé en rouge sur les murs de Pompéi et que j'ai calqué; il représente un athlète au cou de taureau, à la face de brute; ce n'est qu'un simple trait, mais que l'indication est juste !
Athlélo. (Peinture. Région IX. Insula VI.)
J'y joins, en dernier lieu, cette physionomie bien curieuse de Silène que conserve le musée de Pompéi.
Toutes ces tètes accusent des caractères bien différents et sont Ijien
utiles à l'histoire de Pompéi ; avec les scènes populaires, ils nous font connaître davantage les habitants de la cité, les coquets minois des femmes, les types accentués des hommes. Ces Pompéiens respirent tous la santé, le bonheur de vivre se peint sur leur visage et la coquetterie féminine s'y révèle , gracieuse ; les étoffes de couleurs délicates • marient les roses avec les bleus tendres, les rouges et les ors pâles ; les cheveux blonds généralement frisés ou ondulés, encadrent de jolis yeux, miroirs de la ville. Nous retrouvons encore de nos jours les physionomies antiques dans les belles filles de Capri et des environs du Vésuve.
Ces portraits ont aussi pour nous un intérêt capital en ce qu'ils nous montrent un des côtés de la peinture originale de Pompéi; cela peut nous rendre plus indulgents pour ces peintres qui puisaient aussi dans la nature une partie de leur talent. Cette qualité est encore particulièrement visible dans la reproduction des animaux dont les murs de la ville sont peuplés, ainsi que les plantes, les natures mortes et les fleurs qui décorent les panneaux.
l\"tc de Silène. (Peinture du Musée de Pompéi.)