M. AU RIO
PR1MOGEN1.
« A Marcus Arrius, premier né. »
Dans le soubassement qui porte ces tombeaux, on a trouvé une urne de verre contenant des cendres, et renfermée elle-même dans un vase de plomb.
Ces sépultures sont les dernières qui se présentent sur le côté droit de la rue des Tombeaux; en traversant celle-ci, on trouve en face la villa de Diomède, puis, en revenant vers la ville, le
Triglinium funèbre (Pl. 25), l'exemple le plus complet qui soit par-
venu jusqu'à nous de ces salles à manger où, à certaines époques, les Romains se réunissaient pour célébrer les silicernia ou novendialia, repas funèbres destinés à honorer les morts. La façade qui se présente sur la rue des Tombeaux n'est qu'un mur peu élevé, percé d'une porte qui n'a pas plus de lra,23 de haut sur l'",05 de large et surmonté d'un fronton d'une largeur démesurée. ( Voy. planche III , premier monument à droite. ) Au milieu de ce fronton est la copie de l'inscription aujourd'hui au musée :
GN. VIBRIO Q. F. FAL.
SATVRNINO GALLISTVS L1B.
« A Gneius Vibrius Saturninus, fils de Quintus de la tribu Faleiine, Callixte affranchi. »
L'intérieur est une enceinte découverte de forme irrégulière, de 6'" sur 5'" ,.20 environ, le mur de fond n'étant point parallèle à celui de face; elle
Trie Uni uni l'unùbre.
est entourée de murailles que décoraient des peintures élégantes et gracieuses malheureusement entièrement détruites, et qui représentaient des animaux et des plantes !.
1 Ce monument si précieux est aujourd'hui dans le plus triste état de délabrement; nous avons préféré le donner tel qu'il était lorsque nous l'avons dessiné en 1830, à notre premier voyage à Pompéi.
Trois côtés sont occupés par autant de lits inclinés vers l'extérieur, et qui donnaient le nom à la salle 1 ; le quatrième était réservé pour le service. Au centre était un bloc carré long destiné à servir de table. Les lits aussi bien que la table sont des massifs de maçonnerie revêtus de stuc que l'on recouvrait de matelas et de draperies. En avant de la table est un petit autel circulaire sur lequel, sans doute, se faisaient les libations aux mânes et aux dieux infernaux ; quelques auteurs croient qu'on y posait, pendant le repas , l'urne couronnée de fleurs qui contenait les cendres du défunt. Cet autel, qui était presque entièrement ruiné, a été restauré.
La présence d'une inscription sur ce monument, seul de son espèce dans la rue des Tombeaux, détruit le système des auteurs qui ont supposé que ce triclinium n'appartenait en propre à aucun des tombeaux voisins, mais qu'il devait servir, moyennant une rétribution , aux repas funèbres de toutes les familles qui avaient leurs sépultures dans cette nécropole.
Tombeau de Noevoleia Tychè (Pl. 26). Un des plus remarquables mausolées, faisant face au cippe des Libella et voisin du triclinium, est celui de Nœvoleia Tychè et de Munatius Faustus. (Voy. le premier tombeau à droite, planche III. ) Ce grand tombeau de famille 2, fouillé en 1813, se compose d'une chambre sépulcrale construite en pierre de taille, reposant sur un gradin très-élevé et portant un cippe ou sorte d'autel carré exhaussé sur deux degrés. Ce monument s'élève au milieu d'une enceinte dans laquelle on pénètre par une porte placée à la gauche du mausolée; l'entrée de la chambre sépulcrale est dans la cour, et percée dans la face opposée à la rue. Cette chambre est un columbarium 3 de 2"' en tous sens, éclairé par un petit soupirail ; autour régnent une banquette et deux rangées de niches destinées à recevoir les urnes qui ont encore été trouvées en place.
La principale niche contenait une grande amphore d'argile renfermant sans doute les cendres de Nœvoleia, ou de Munatius, ou même de tous les deux, si l'on -en croit la conjecture sentimentale des savants napolitains. Trois belles urnes de verre, protégées par des enveloppes de plomb et hermétiquement fermées, contenaient des cendres et des ossements flottant
1 Triclinium, du grec rpetç, trois, et jcXivyi, lit.
2 On sait que chez les Romains la famille se composait non-seulement des parents, mais encore des clients, des affranchis, et même des esclaves.
3 On nommait ainsi les chambres sépulcrales garnies comme celle-ci de petites niches où l'on déposait les urnes cinéraires ; leur aspect était en effet celui de l'intérieur d'un colombier.
si
encore dans un liquide que des siècles n'avaient pu dessécher et que l'analyse chimique a fait reconnaître pour un mélange d'eau, de vin et d'huile provenant sans doute des libations faites pendant la cérémonie funèbre *. D'autres urnes, simplement de terre cuite grossière, contenaient également des ossements , des cendres et souvent la pièce de monnaie destinée à payer le passage sur la barque de Caron ; elles étaient accompagnées de lampes aussi de terre commune, dont plusieurs ont été trouvées dans une encoignure ; ces derniers vases ont été laissés en place.
La partie la plus intéressante du monument est le cippe de marbre que nous avons dit être placé à sa partie supérieure, et dont l'ornementation est aussi riche qu'élégante. La face antérieure porte au centre d'un bel encadrement l'inscription suivante :
NAEVOLEIA I. LIB. TYCHE S[BI ET C. MVNATIO FAVSTO AVG. ET PAGANO CVI DECVRIONES CONSENSV PO'PVLl BfSELLIVM OB MERITA EIVS DECREVERVNT OC MON VMENTVM NAEVOLEIA TYCHE LIBERTIS SVIS LIBERTABVSQVE ET C. MVNATI FAVSTI VIVA FECIT
« Naevoleia Tychè, affranchie de Julie pour soi et pour Caius Munatius Faustus, augustal et maître du bourg 2 auquel les décurions, du consentement du peuple, décernèrent un bisellium 3 à titre de récompense. Naevoleia vivante a érigé ce monument pour ses affranchis et affranchies, et pour ceux de Caius Munatius Faustus. »
Rien ne nous fait connaître la nature des liens qui unissaient Nœvoleia et Munatius. Nous avons tout lieu de penser que cette Tychè était affranchie de Julie, fille d'Auguste, aussi bien que la seconde Tychè, dont à son tour nous décrirons le tombeau.
Au-dessus est placé de face et en demi-relief le buste de Naevoleia, et au-dessous est un bas-relief représentant la consécration du monument. On y voit d'un côté les magistrats municipaux, collègues de Munatius; de l'autre, Nœvoleia à la tête de sa famille; au centre est «un autel sur lequel un enfant dépose une olfrande; enfin, auprès de l'autel on distingue une
1 Ces urnes et leurs enveloppes de plomb sont au musée.
2 Augustal, prêtre d'Auguste. Paganus ou magister pagi, sorte de magistrat municipal dont les fonctions avaient quelque analogie avec celles de maire chez les modernes. Nous avons déjà vu Arrius Diomèdes prendre le titre de magister pagi.
3 Le bisellium était un siège honorifique assez large pour deux personnes, ainsi que son nom l'indique, mais qui n'était occupé que par une seule, laquelle se trouvait ainsi à l'aise dans les jeux et autres réunions publiques où elle avait obtenu le droit de le l'aire porter par ses esclaves. Les citoyens honorés de cette prérogative étaient nommés bisellarii.
borne représentant peut-être d'une manière symbolique le tombeau, objet de la cérémonie. Mazois croit pouvoir reconnaître dans un jeune homme qui se tient debout p'rès de cette borne le fils de Munatius.
La face opposée du monument est entièrement lisse et sans ornements. Le côté qui regarde le IrieUnium présente un bas-relief qui a beaucoup exercé la sagacité des antiquaires. On y voit un navire voguant sur une mer agitée; sur Tordre du patron assis au gouvernail , des enfants qui
Bas-relief du Tombeau de Naavoleia Tychè.
servent de matelots s'empressent de carguer les voiles. Parmi les nombreuses suppositions auxquelles ce bas-relief a donné lieu , il en est deux qui, seules, paraissent présenter quelque vraisemblance. Suivant la première, ce vaisseau aurait été destiné à rappeler soit la profession, soit l'origine de la fortune de Munatius ; mais comme aucun autre indice ne vient confirmer cette conjecture , nous croyons devoir préférer l'opinion qui, plus conforme au génie poétique de l'antiquité, voit dans ce vaisseau ballotté par les flots et repliant ses voiles au moment de surgir au port, le symbole de la vie arrivant au port de l'éternel repos. Je trouve un nou-
mi M m. VICTOR A-OV^-VlXit- AWKfï 1TV
Pierre sépulcrale de Santa-Maria in Trastcvere.
vel argument à l'appui de .cette opinion dans deux pierres sépulcrales remontant a Ux premiers temps du christianisme, encastrées à Rome dans les murs du portique de Santa Maria in Traslevrre ; sur la première, qui
appartient à une femme, on voit gravé un vaisseau sur une mer agitée, approchant d'un phare qui indique le port; sur l'autre est un bas-relief représentant un homme expirant au milieu de ses amis et de ses parents, tous tournant les yeux vers un phare dont l'allégorie ne peut être douteuse1.
Quoi qu'il en soit de sa signification réelle ou symbolique, le navire de Pompéin'en est pas moins intéressant pour l'étude de la navigation antique; on y reconnaît parfaitement les acrostolia ou ornements de l'extrémité du vaisseau; la proue, décorée d'une tête de Minerve; la poupe, relevée en col de cygne ou d'oie, qui de là avait pris le nom de cheniscus (petite oie) ; enfin les apluslres ou pavillons flottant au sommet des mats.. La quatrième face du tombeau de Nœvoleia est également curieuse au point de vue archéologique ; on y voit représenté le bisellium, ce siège pri-
vilégié dont avait été honoré Munatius, et dont, jusqu'à la découverte de Pompéi , la forme était inconnue 2. Au pied du bisellium est un petit tabouret nommé subsellium ou suppedaneum.
Dans l'enceinte du tombeau de Naevoleia se trouvait une modeste sépulture qui dut appartenir à un membre peu important de la famille ; c'est une simple borne portant cette inscription :
ATIMETVS VI X.
ANNIS LVTI.
« C. Munatius Atimetus vécut 57 ans »
Tombeau de la famille Nistacidia (Pl. 27). Ce monument, qui suit
1 J'ai publié un bas.-relief funéraire du Musée d'Arles qui présente également une barque battue par les flots. Introduction a l'Histoire de France, Pl. 33.
2 Un cippe funéraire du Musée d'Avignon offre, entre deux faisceaux, un bisellium, sorte de pliant d'une forme toute différente. Ibid. Pl. 32.
84 F 0 MI' Kl A.
celui de Naevoleia, n'est qu'une enceinte ou sepulcretum fermée par un mur à hauteur d'appui, et contenant deux petits cippes de marbre, deux columellœ de hauteur inégale. Devant eux sont de petites dalles de marbre où l'on déposait des offrandes, et un vase assez profond enterré dans le sol qui dut recevoir soit des libations, soit de l'eau ou de la terre pour conserver ou planter des fleurs. Ces deux cippes portent des inscriptions :
NISTACIDIAE SC APIDI.
« A Nislacidia, femme ou fille de Scapidus. »
NISTACIDIVS HELENVS. PAG.
« Nistacidius Helenus, maîlre du bourg. »
Une troisième inscription, qui se lit surie devant de l'enceinte, reproduit le nom du même personnage :
nisTagidio heleno
mag. pag. avg.
nistagidio ianvario mesoniae satvllae in agro pedes xv in fronte pedes xv
((A Nistacidius Helenus, maître du faubourg Augusto-Félix. A Nistacidius Januarius et à Mesonia Satulta. En profondeur 15 p. , en façade, 15 p. »
Les mesures indiquées par les derniers mots de cette inscription ont permis de déterminer par leur comparaison avec le monument lui-même la longueur du pied en usage à Pompéi, et de la fixer à 0'",287. On a par ce moyen acquis la preuve que les Campaniens avaient adopté le pied romain dont telle est précisément la longueur indiquée par plusieurs monuments antiques K
Tombeau de Galventius Quietus (Pl. 28). Ce monument (Planche 111 , 2e tombeau à droite), d'un très-beau style, découvert en 1813, offre dans sa forme beaucoup d'analogie avec celui de Nsevoleia Tychè; il est de même renfermé dans une enceinte; seulement, le massif de
1 Lorsque M. Bonnucci fit fouiller dans cette enceinte en 1828, on y trouva un pot de terre rempli de cendres parmi lesquelles étaient une monnaie de bronze, des os, du bois carbonisé, et des écailles d'huttres, restes sans doute du repas funèbre.
maçonnerie qui supporte le cippe de marbre est plein, et ne contient pas de chambre sépulcrale , d'où Ton doit conclure que ce monument ne fut qu'un cénotaphe.
Sur la partie antérieure du cippe qui repose sur trois degrés, et qui .se termine comme celui de Munatius par un riche coussinet orné de têtes de béliers, on lit au milieu d'un élégant encadrement de rinceaux et de feuilles d'eau , l'inscription :
C. CALVENT10 QVIETO AVG VSTALI HVIC OB MVNIFICENT. DECVRIONVM DECRETO ET POPVLI CONSENSV BISELLII HONOR DATVS EST
« A Caius Calventius Quietus Augustal. A cause de sa munificence 1, l'honneur du Bisellium lui a été décerné par décret des Décurions, et du consentement du peuple. »
Au-dessous est représenté le bisellium, qui diffère sensiblement de celui du tombeau de Munatius. Le suppedaneum ou tabouret n'est comme à celui-ci qu'un simple bloc carré.
Les deux faces latérales du cippe sont ornées de couronnes de chêne entourées de bandelettes, ce qui a fait supposer qu'à l'honneur du bisellium Calventius joignait l'honneur plus insigne encore de la couronne civique. L'enceinte où s'élève le tombeau est d'une étendue d'environ 5m,70 en tous sens ; ses murailles en maçonnerie sont revêtues d'ornements en stuc et surmontées d'acrotères décorées de bas-reliefs dont il ne reste que la trace. On y reconnaît une Renommée les ailes déployées et tenant une trompette recourbée ; une Victoire portant un étendard, vexillum, OEdipe devinant l'énigme du sphinx, Thésée au repos s appuyant sur la massue de Périphetès, trophée de sa première victoire ; enfin , une femme les cheveux épars, tenant un vase et un flambeau, et dans laquelle on croit reconnaître une de ces Prœficœ ou Bustuariœ, qui figuraient dans les cérémonies funèbres. Le mur qui forme le fond de l'enceinte est sur-
1 Rien ne nous fait connaître quel genre de libéralité avait valu cette distinction à C. Quietus ; mais nous voyons par cet exemple, ainsi que par plusieurs autres, qu'elle pouvait s'obtenir pour de l'argent, et souvent même à peu de frais; témoin une inscription trouvée à Saessa, et publiée par Gruter [Thesaur. CCCCLXXV, 3); elle nous apprend que le peuple avait accordé les honneurs du bisellium à un certain C. Titius Chresimus pour un don de mille sesterces, environ 200 fr. de notre monnaie.
«<i POMPEIA.
monté d'un large fronton qui présente de beaux détails d'architecture, exécutés en stuc. Son tympan contient un cartel de marbre soutenu par deux Renommées, et trois serres de griffons ; ce cartel , qui n'a jamais reçu aucune inscription, est surmonté d'une tète de Méduse.
L'absence totale de porte, tant à l'enceinte qu'au soubassement du tambour, avait fait croire qu'en pénétrant dans l'intérieur on trouverait quelque trésor caché ; on brisa le monument du côté de l'ouest, et alors on s'aperçut que l'on venait de commettre un sacrilège inutile.
Entre ce tombeau et le suivant est un assez grand espace vide ( Pl. 29) , fermé seulement du côté de la rue par un mur d'appui ; il ne contient qu'une petite borne sépulcrale ou columella, mais il devait sans doute renfermer un monument que la destruction de Pompéi aura empêché d'élever.
Tombeau rond (Pl. 30). Ce grand tombeau, découvert en 1812 diffère essentiellement par sa forme de tous les autres; c'est une tour ronde en maçonnerie recouverte de stuc figurant des assises de pierres de taille, et reposant sur un soubassement qui était peint en rouge. Par une petite porte, haute de lm, et large de 0m,60, on entre dans l'enceinte où, après avoir gravi quatre degrés, tourné autour du monument, et monté encore quatre marches, on trouve à la face postérieure l'étroite entrée de la chambre sépulcrale, qui n'a que 2m de diamètre, et qu'ornent de gracieuses peintures représentant des animaux et des arabesques. Dans les trois niches, dont la principale seule est cintrée, sont des urnes engagées entièrement dans la maçonnerie. La voûte de cette chambre est fort remarquable par l'analogie qu'elle présente avec les dômes des appartements turcs ; sa décoration consistait en petites fleurs jaunes et rouges entourant une tête peinte au centre de la partie plane. Sur la corniche où repose la voûte étaient déposées plusieurs lampes. Ce monument s'élève au milieu d'une enceinte dont les murailles sont surmontées d'acrotères comme celles du tombeau de Calventius. Parmi les bas-reliefs qui les décorent, on remarque une femme tenant une bandelette et une patère faisant une offrande sur un autel funéraire, acerra, et une autre femme déposant une bandelette sur le squelette de son enfant. Aucune inscription n'a fait connaître le nom de la famille à laquelle cette sépulture était consacrée. Sur le mur de face est une tablette de marbre qui devait sans doute recevoir Pépitaphe qu'on n'eut pas le temps d'y graver.
Tombeau de Sgaurus (Pl. 31). Ce tombeau était sans aucun doute, au point de vue archéologique, le plus intéressant de tous ceux découverts à Pompéi ; sa disposition est à peu près la irigme que celle des monuments de Nsevoleia et de Calventius, mais les matériaux en sont moins riches.
Tombeau de Scaurus. Tomb'eîTh rond.
Le cippe, élevé sur trois gradins et reposant sur le soubassement qui contient la chambre sépulcrale n'est qu'un massif carré en briques dont le couronnement n'existe plus. Le devant est couvert d'une plaque de marbre dont un angle est brisé, ce qui a malheureusement fait disparaître quelques lettres de l'inscription :
. RICIO A. F. ME N.
SCAVRO II. VIR. I. D.
. ECVRJONES LOCVM MON VM.
ce oc IN FVNERE ET STATVAM EQVEsT^ . ORO PONENDAM CENS VERVNT SCAVRVS PATER FILIO
« A Aricius Scaurus Menenius ' filjs d'Aulus, duumvir chargé de rendre la justice, les Décurions ont décerné remplacement d'un monument, deux mille sesterces 2 pour ses funérailles, et une statue équestre dans le Forum. Scaurus père à son fils 3. »
Le grand soubassement, élevé sur trois degrés, présentait deux rangées de bas-reliefs en stuc autrefois coloriés, fixés par des clous de fer et de bronze, monuments du plus haut intérêt archéologique qui aujourd'hui
1 Ou de la tribu Menenia.
2 Cette somme, qui ne représente qu'environ 400 fr. de notre monnaie, est bien minime, mais elle put suffire pour la dépense du bûcher et de la cérémonie funèbre. Les frais du combat de gladiateurs et de la chasse furent sans doute supportés par la famille.
3 Cette inscription a été trouvée dans les en virons et placée sur ce tombeau, auquel elle n'a peut-être jamais appartenu.
ont entièrement disparu, à l'exception d'une partie du bas-relief placé au-dessus de la porte. Heureusement Mazois et Millin 1 purent dessiner ces bas-reliefs si curieux peu de temps après leur découverte, et nousmême nous les avons vus encore presque intacts en 1830. Peut-être nos lecteurs nous sauront-ils gré, bien que les monuments n'existent plus, d'en donner ici une description empruntée en partie aux ouvrages des deux antiquaires français, en partie à nos propres souvenirs.
« La rangée supérieure de bas-reliefs se prolongeant au-dessus de la porte représentait les combats de gladiateurs qui eurent lieu aux funérailles de Scaurus, et fournissait les renseignements les plus précieux sur leur armement et leur manière de combattre; on y comptait huit paires de gladiateurs de différentes classes.
Les deux premiers combattants à gauche du spectateur sont des cavaliers, équités; ils portent comme tous les autres des casques à visière, et sont armés de la lance, hasta, et du bouclier rond nommé parma. « Ils sont désignés par leurs noms grossièrement tracés en noir, accompagnés d'un chiffre qui annonce le -nombre de victoires que chacun d'eux a remportées 2. Le nom du premier, Bebrioc, indique évidemment qu'il sortait d'un des pays que les Romains appelaient barbares, la Bébrycie, contrée célèbre dans l'antique histoire de l'Asie3; quinze fois déjà il a été vainqueur ; son adversaire, JSobilior, ne compte que onze victoires. Deux gladiateurs émérites, dont l'un triompha quinze fois, et dont l'autre a déjcà remporté trente victoires, regardent leur combat appuyés sur un scutum, grand bouclier qui au besoin couvrait entièrement le corps du combattant accroupi. »
«Les deux gladiateurs suivants sont représentés à la fin du combat; l'un d'eux presque nu, portant autour des reins une sorte de tablier, subligaculum, et protégé seulement par un casque à visière, et une ocrea ou bottine de bronze, est un vêlite ou soldat armé à la légère. Quoique victorieux dans seize combats, il vient cette fois d'être blessé à la poitrine ; il a
1 Millin. Description des tombeaux qui ont été découverts à Pompéi dans l'année 1812. In-8, Naples, 1813.
2 Ces chiffres sont précédés de trois lettres que Millin lit IVL, et qui, selon lui, indiqueraient la patrie du combattant, Forum Juin, ou toute autre ville décorée du nom de César; nous ne pouvons partager cette opinion; les trois lettres sontTVL, abréviation de tulit, il remporta, sous-entendu victorias. On connaît des inscriptions antiques complètes qui ne laissent aucun doute sur cette formule.
:î Amycus, qui périt sous le ceste de Pollux qu'il avait osé défier, était roi des Bébryciens. .
Apollon. Rhod. Argonaut, II, 3. Valer. Flacciis, Arg. IV., 261, 290.
«il
laissé échapper son long bouclier, son scutum, et sa lance sur laquelle son adversaire pose le pied; il s'avoue vaincu, et se tournant vers le peuple, il lève le doigt pour demander grâce; YHoplomaque, soldat pesamment armé, qui vient de remporter sur lui sa cinquième victoire, attend pour l'achever la réponse des spectateurs, qui fut une condamnation, car audessus de la tête du vaincu on voit la lettre fatale 0 1 annonçant qu'il fut mis à mort. Les noms de ces deux combattants étaient illisibles. »
« Les quatre personnages suivants olïrent une scène encore plus cruelle. On y voit deux secutores et deux reliarii 2. Nitimus, rétiaire cinq fois victorieux, a combattu contre un secutor dont le nom est effacé , mais qui n'était point indigne de lutter avec lui, puisqu'il a triomphé six fois dans différents combats. Son courage a été moins heureux dans cette rencontre ; Nitimus l'a frappé à la jambe, à la cuisse, au bras gauche et au flanc droit; son sang coule en abondance; en vain a-t-il imploré la pitié des spectateurs; il est condamné, mais comme le trident n'est pas une arme sûre et prompte, c'est le secutor Hippolitus qui rend à son camarade ce cruel et dernier service. Le malheureux gladiateur fléchit le genou et présente la gorge au fer mortel sur lequel semble le pousser Nitimus, son vainqueur. Sur le second plan on aperçoit le rétiaire qui doit combattre Hippolitus. »
« Enfin, un des gladiateurs du sixième groupe a laissé tomber son bouclier, action infamante dans tous les genres de combats3; il semble fuir devant son adversaire qui le poursuit et s'apprête à remporter sur lui sa seizième victoire. »
« Au-dessus de ces derniers bas -reliefs était une inscription presque effacée, où l'on a pu cependant déchiffrer le nom d'Ampliatus, dans lequel Millin croit reconnaître celui du personnage auquel fut consacré le tombeau; cette opinion pourrait être admissible, car nous savons par une
1 Initiale du mot eâva-roff, mort. On retrouve les mêmes indications dans la fameuse mosaïque de la villa Borghèse, dout la composition offre la plus grande analogie avec celle du bas-relief que nous décrivons, ainsi que dans une mosaïque de la villa Albani, représentant un combat de rétiaires et de mirmillons. Winckelmann, qui a publié celle-ci dans ses Monumenti antichi inediti, IVe par tie, chap. 10, pl. 197, n'a pas compris le sens du 0 et l'a pris pour un simple signe de ponctuation.
2 Les Retiarii, ainsi que leur nom l'indique, étaient porteurs d'un filet avec lequel ils s'efforçaient d'envelopper leurs adversaires qu'ils tuaient ensuite avec leur trident. On leur opposait ordinairement les Secutores, ainsi nommés parce que quand le Rétiaire avait jeté son filet sans succès, ils le poursuivaient dans l'arène. Les armes des Secutores étaient un casque fort simple, un bouclier, clypeus, et une épée .
3 Relictânon benè parmula. Horat., od. Il, vu, 10.
inscription du temple d'Isis qu'il existait à Pompéi une famille de ce nom 1 ; mais d'un autre côté, nous avons appris, par une inscription trouvée dans la basilique, que ce nom était aussi celui du maître d'une famille ou troupe de gladiateurs. 2 »
La suite du bas-relief se trouve, ainsi que je l'ai dit, au-dessus de la porte du monument, et est conservée en partie.
Le premier groupe est formé de trois personnages; un Samnite3 a été
Bas-relief «lu Tombeau de Scaurus.
vaincu par un Mirmillon à, qui s'apprête à l'immoler sans attendre la réponse du peuple auquel le vaincu a recours, mais le lanisla ou maître des gladiateurs arrête son bras. Enfin, la dernière paire offre un combat semblable dans lequel le Mirmillon tombe frappé à mort par son adversaire grièvement blessé lui-même.
La seconde rangée de bas-reliefs, ainsi que ceux qui décorent les trois gradins qui portent le cippe funéraire, et dont quelques-uns sont conservés sur les faces du nord et du midi, retracent des luttes d'une autre espèce; ce sont des combats de bestiaires, contre des animaux de toutes sortes, ou d'animaux entre eux, combats que les Romains appelaient chasses, venaliones. Parmi les animaux, on reconnaissait des lions, des panthères, des
1 V. page 43.
2 N. FESTI AMPLIATI FAMILIA G LAD I AT 0 R I A PVGNA. ITERVM
PVGNA XVI. h . IVN. VENAT. VELA.
« La troupe de gladiateurs de Numerius Festus. Arupliatus combattra pour la seconde fois. Combat, Chasse. Velarinm, le 16 des calendes de juin. »
3 Ces gladiateurs, qu'on appelait aussi Hoplomaques, étaient armés de toutes pièces à 'la manière des Samnites, dont on leur avait donné le nom.
4 Le Mirmillon était souvent opposé au Rétiaire; aussi portait-il sur son casque un poisson que semblait poursuivre son adversaire armé du filet et du trident, pendant que le peuple chantait : Non te peto, piscem peto, quid me fugis, Galle?
sangliers, des loups, des chiens, des cerfs, des gazelles, des taureaux, -et jusqu'à des lièvres. Les épisodes, habilement variés, rendaient cette suite fort intéressante; il y avait surtout une scène très-curieuse, qui montrait comment on familiarisait les jeunes bestiaires avec l'aspect et les hurlements des bêtes féroces, et comment on leur apprenait à les combattre. On y voyait un jeune homme, encore peu habile dans ces sortes de combats, attaquant une panthère irritée. L'animal portait un collier auquel tenait une longue corde nouée par l'extrémité opposée à la sangle qui ceignait un énorme taureau qui ne faisait que retenir un peu l'élan de la bête féroce, sans paralyser entièrement ses mouvements.
La chambre sépulcrale que renferme le soubassement recevait l'air par un petit soupirail ; c'est un columbarium entouré de quatorze niches, et dont la voûte qui porte le cippe est soutenue par un pilier carré, percé à jour sur ses quatre faces, et formant ainsi une espèce de tabernacle qui était fermé d'un côté par un rideau épâis attaché à des clous, et des trois autres par des vitres; il était sans doute destiné à recevoir une urne, ou plutôt une lampe. Ce tombeau avait dû être violé à une époque postérieure à la destruction de Pompéi, car toutes les urnes avaient été enlevées et les ossements qu'elles renfermaient vidés dans les niches; on n'a trouvé autre chose que ces débris, et une petite lampe de terre cuite.
Tombeau de la deuxième Tychè (Pl. 32). A côté du tombeau de Scaurus est un espace vide dans lequel on a trouvé le cippe sépulcral ou columeUe en marbre d'une seconde femme du nom de Tychè 1 ; il porte cette curieuse inscription :
IVNONI TYCHES IYLIAE AVGVSTAE VENER.
« Au génie protecteur 2 de Tychè, Venerea de Julie, fille d'Auguste 3. »
On voit que les anciens, sous le rapport de la courtisanerie , étaient encore plus avancés que nous ; tout titre qui les rapprochait des princes les honorait, quel que fût ce titre. Voici une femme qui se vante jusque
1 V. la vignette à la fin du chapitre.
2 II ne s'agit point dans cette inscription de Junon, femme de Jupiter, mais de l'une de ces divinités protectrices, ces espèces ù! Anges gardiens que les Romains appelaient Junones pour les femmes, et Genii pour les hommes.
;t Quelques auteurs ont traduit cette inscription : « A Junon, Tychè Venerea de Julie Auguste. »
n POMPEIA.
sur son tombeau, d'avoir rempli auprès de la fille d'Auguste les fonctions de Mercure auprès de Jupiter, l'emploi, qu'au dire de Tacite, Pétrone remplit glorieusement à la cour de Néron !
Tombeau dk Seiiyilia (Pl. 33). On a donné au tombeau inachevé qui succède à celui de Tychè le nom de tombeau de Servilia, parce qu'on y trouva un fragment d'épitaphe : servilia amico anim... fragment qui prouve au contraire que le monument fut élevé par Servilia, et non point en son honneur. La disposition de ce mausolée est la même que celle des tombeaux de Naevoleia et de Galventius ; le cippe s'élève sur deux gradins de marbre blanc reposant sur un grand soubassement; il ne présente qu'un massif de maçonnerie avec quelques rinceaux , une base, une corniche et un coussinet de marbre blanc ; il contient une grande chambre sépulcrale à moitié souterraine.
Après ce monument se présentent la cour de la maison dite de Cicéron, une rangée de boutiques, une citerne, l'entrée de la villa de Cicéron, puis enfin une rue de l'autre côté de laquelle on trouve les
Banc et tombeau de Mamia. Le tombeau de la prêtresse Mamia (Pl. 36) est placé en arrière de la ligne des autres mausolées , étant séparé de la rue par une portion assez considérable de l'enceinte au fond de laquelle il s'élève, et par le banc semi-circulaire qui en dépend1. L'enceinte est une terrasse soutenue par une muraille percée de petites arcades dans sa partie supérieure. Du côté opposé à la rue est une petite porte, seule entrée du monument, et devant laquelle il semble avoir existé un sepulcretum (Pl. 37), un lieu de sépulture pour les pauvres gens.
Hoc miserae plebi stabat commune sepulcrum.
Horace. Sat. L. I.
Le tombeau de Mamia est un massif carré de maçonnerie reposant sur un stylobate. Chaque côté est orné de quatre colonnes cannelées d'ordre corinthien à moitié engagées dans la muraille, et formées d'assises de
Outre la bizarrrerie d'une dédicace faite à la plus sévère des déesses par une femme exerçant de semblables fonctions., ils ont oublié que Tyches, Tùyjiç, nom grec, est ici le génitif de Tû^vi, et que, par conséquent, leur interprétation est inadmissible. On a lu aussi : A Junon, Tyché affranchie de Julie, à Venus Auguste. » Pour que cette opinion fût acceptable, il faudrait toujours que Tychè fût au nominatif, et de plus que Juliœ fut suivi de L, initiale de Liberta. D'ailleurs, il est évident que les mots Juliœ Augustœ sont inséparables; toutes les médailles d'impératrices et de princesses romaines en font foi.
1 V. la vignette en tète du chapitre.
briques ; le tout est revêtu de stuc. C'est dans la face qui regarde la ville que se trouve l'entrée de la chambre sépulcrale, entourée de niches ornées de peintures, et ayant au centre un massif carré destiné à porter l'urne de Mamia, qui était d'argile et renfermée dans une autre de plomb. La partie supérieure du monument n'existe plus, mais on a retrouvé des masques de terre cuite qui durent orner les angles du toit garni sans doute dans toute sa longueur d'antéfixes de même matière1.
Antéfixe.
Ainsi que je l'ai dit, un grand banc semi-circulaire, un cxedre (Pl. 38) qui dut avoir une destination analogue à celle de l'hémicycle couvert que nous avons décrit, s'élève entre la rue des Tombeaux et le mausolée de Mamia, dont nous n'avons connu le nom que par l'inscription en gros caractères qui se lit sur le dossier du banc lui-même :
M A M I A E P. F. SACERDOTl PVBLICAE LOGVS SEPVLTVRAE DATVS DEGVRIONVM DECRETO.
« A Mamia, fille de Porcius 2, prêtresse publique3, lieu de sépulture donné par décret des Décimons »
Le banc en pierres de taille se termine par des griffes de lion surmontées d'ailes formant les bras du siège; son diamètre est de 6'".
Entre cet hémicycle et le tombeau étaient seize cippes sépulcraux, dont les principaux étaient de marbre et portaient les inscriptions suivantes :