‹ PompeiaChapitre 140 sur 267 · PLANCHE I · texte numérisé non relu

PLANCHE I

fontaine s'ouvre la taverne à laquelle une inscription à fait donner le nom de Fortunata.

Les tavernes, chez les Romains aussi bien que chez nous, avaient recu des dénominations différentes, selon la classe de pratiques qui les fréquentait. Les popinæ représentaient les gargotes modernes ; c'était là que se préparait la nourriture du peuple, et elles devaient leur nom à la manière dont elles s’approvisionnaient ordinairement en achetant aux popes ou sacrificateurs leur part des victimes. Les ænopoles ou tabernæ vinariæ étaient nos cabarets ; enfin les {hermopoles répondaient à nos cafés ; on y débitait des boissons chaudes, du vin cuit, du vin doux et de l’hydromel *.

C'est à cette dernière classe qu'appartenait la taverne de Fortunata; elle présente, comme toutes celles que nous rencontrerons, un comptoir de maçonnerie dans lequel sont entièrement engagés plusieurs crands vases de terre cuite, et que recouvrait une tablette de marbre où l’on reconnut encore l'empreinte des tasses. Les liquides qu’elles contenaient devaient renfermer quelque principe acide qui avait attaqué Île poli du marbre. Dans le fond, un massif plus élevé portait le brasier destiné à chauffer les diverses boissons.

Derrière la boutique était une pièce qui put contenir des siéges pour

les buveurs, et au fond sont deux petites chambres.

1, PseunoLzus : « A-t-il de la douceur quand il en faut? » Canin : « Tu le demandes? c’est alors du vin à la myrrhe, du vin cuit, de l’hydromel, du miel de toute sorte. 11 avait commencé à établir dans son cœur un débit de boissons chaudes. »

PSEUDOLUS.

Quid, si opus sit, ut dulce promat indidem ecquid habet ? CHARIN.

Rogas ? Murrhinam, passum, defrutum, mellinam, mel cujusmodi.

Quin in corde instrucre quondam cœpil thermopolium. PLAuTE, Pseudolus, Act. II, sc. 4.

Dans une autre comédie de Plaute, Labrax, échappé à un naufrage, se plaint qu’il n’y ait pas un seul thermopole dans le royaume de Neptune :

Ne thermopolium quidem ullum instruit.

Rudens, Act. II, sc. 6.

« Voyez, dit encore Plaute, voyez ces philosophes sans cesse au cabaret; ont-ils accroché quelque argent, ils se cachent le visage et vont boire chaud. » Quos semper videas bibenteis in thermopolio.

Ubi quid subripuére, operto capitulo, calidum bibant. Curculio, Act. II. sc. 3.

PHARMACIE (PL. 13). Une boutique fouillée en 1818 et qui, faïsent face à la rue Domitienne, occupe l’un des angles d’une île triangulaire, était celle d’un pharmacien. A l'extérieur était peint un serpent dévorant une pomme de pin; on sait que cet animal était l’attribut d'Hygie et d’'Esculape; mais comme ce symbole est souvent répété à Pompéi dans des endroits différents et dans une tout autre intention, il n’eût pu suffire à faire connaître la destination de la boutique; mais les tablettes , les pilules, les vases pleins de médicaments qu’on a recueillis dans celle-ci ne peuvent laisser aucun doute. « On y a trouvé entre autres, dit Dyer’, un grand vase de verre capable de contenir deux gallons (9,086), dans lequel était un gallon et demi (6,814) d’un liquide rougeûtre qu’on dit être un baume. Le vase ayant été ouvert, le liquide commenca à s’évaporer très-promptement, et on s’empressa de le fermer de nouveau hermétiquement. »

Un des objets les plus curieux est une boîte en bronze à compartiments contenant des drogues ; en dessous est ménagée une coulisse pour glisser une spatule et une mince lame de porphyre qui servait à étaler les emplâtres*. Cette boîte est au musée, ainsi qu’un beau candélabre de bronze trouvé dans la même boutique.

Derrière la taverne de Fortunata, au côté droit de la rue Domitienne est la

* Boutique pu ForGEroN (PL. 15). Cette boutique n’offre plus rien de remarquable, mais on y a trouvé divers objets curieux tels qu’un levier terminé par un pied de porc, beaucoup de cercles de fer, des essieux, des tenailles, des marteaux et autres outils. A droite sont quelques traces du fourneau; au fond est un petit laraire en avant duquel est la bouche d’une citerne. La forge n’occupait que la boutique d'une habitation composée de cinq autres pièces consacrées à divers usages; on entrait directement de la boutique dans les deux plus grandes, mais on ne parvenait aux trois plus petites situées au fond que par un corridor large seulement de 0",58 ouvert à droite du laraire. Dans ces chambres on voit les vestiges d’un bain et d’un cellier, cella vinaria qui contenait des amphores.

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