Voy. la lettre en tête du chapitre
MAISONS ET BOUTIQUES. 365 Revenant au carrefour et tournant à droite dans la rue de la Fortune, on trouve, immédiatement derrière le temple de cette divinité, la * MAISON DES MOULES DE TERRE CUITE (delle forme di crela), n° 2 (PL. 61). Dans cette maison, fouillée en 1832 et 1833, on a en effet trouvé plusieurs moules de ce genre aujourd’hui au Musée, ainsi qu'un joli candélabre à griffes de lion. Dans la boutique à droite du prothyrum, boutique contiguë autemple de la Fortune, on a découvert trois doubles hermès en bronze avec têtes de Faune et de Bacchante d’un travail exquis, une statuette d'homme nu et une petite tête de cheval de même matière, plusieurs vases de terre, des boutons de porte, etc. Dans la seconde chambre à droite de l’atrium on voit encore quelques peintures médiocres, l'£nlèvement d'Europe, Narcisse, des Amours, etc.
Mason DE La Muraizze Notre (della parete nera),n° 4 (PL. 62). Cette maison, découverte de 1832 à 1833, doit son nom aux charmantes peintures sur fond noir qui décorent l’exèdre. Les principales de ces compositions sont des sacrifices à Priape, à Minerve et à Junon, et un petit Amour cherchant à s'emparer d’un panier que porte une jeune fille ailée. Dans le triclinium, à gauche de l’exèdre, on voit Apollon jouant de la lyre en gardant les troupeaux d’Admèle; un pâtre parait l'écouter avec admiration. Le péristyle, entouré de seize colonnes doriques sans bases, a tout son côté gauche formé seulement de six demi-colonnes engagées dans la muraille portant un entablement de stuc composé d’une frise peinte en rouge, de denticules et d’une corniche ornée de petites têtes de lion servant de gargouilles. Dans l’area sont deux bassins ; l’un est en pierre et de forme semi-circulaire; l’autre plus petit, carré et en marbre blanc, est pavé de carreaux des marbres les plus précieux, parfaitement conservés. Le {fablinum et la pièce voisine ont leurs pavés de mosaïque presque intacts; on doit regretter qu'il n'en soit pas de même de leurs peintures. On a trouvé dans cette maison un très-grand nombre de vases de cuisine en bronze de diverses formes et un médaillon de marbre présentant en relief d’un côté une tête de guerrier et de l’autre une tête de femme. Ces médaillons, qu’on rencontre assez fréquemment à Pompéi, paraissent avoir servi d’ornements aux péristyles où ils étaient suspendus dans Îles entre-colonnements.
Maison Des CHAPITEAUX A FIGURES (dei capilelli figurati), n° 6 (PL. 63), fouillée en 1832 et 1833. Elle a pris cette dénomination des
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belles têtes de Faune et de Bacchante sculptées sur les chapiteaux des pilastres de la porte d'entrée. Près du compluvium est une large ouverture qui est fermée par une dalle, et qui permet de se rendre compte de la disposition de la citerne dans laquelle on puisait par un puteal de marbre. Le pavé du tablinum présente au centre une superbe rosace de mosaïque blanche et noire, et sur le seuil une guirlande de pampres. Contre le pilier qui sépare le éablinum du corridor communiquant au péristyle est le massif en maçonnerie sur lequel reposait le coffre-fort. Le péristyle est très-beau et entouré de trois côtés de portiques soutenus par quatorze colonnes ioniques ; le quatrième côté est fermé par une muraille avec des demi-colonnes en saillie portant encore une partie de l’'entablement de stuc. Un laraire est adossé à cette muraille.
Derrière cette maison, dont elle dépendait, est, sur la rue des Augustals, la demeure d'un pâtissier , pistor dulciarius!. On y à trouvé quelques peintures et plusieurs de ces petits moulins qu’on nommait pistrillæ et qu’un seul homme suffisait pour mettre en mouvement. Le
Four à réverbère.
four qu’on y voit encore est d’une forme particulière; c’est un véritable four à réverbère composé de deux cavités superposées ; le feu se mettait dans la cavité inférieure, et la chaleur se répandait par une ouverture dans la cavité supérieure où l’on déposait les gâteaux. Deux de ceux-ci ont été trouvés et portés au Musée de Naples; l’un est une sorte de couronne, et l’autre a presque la forme d’une brioche.
En face, de l’autre côté de la rue de Fortune, est la
Maison pu FAUNE, n° 55 (PL. 64). Cette maison, découverte en 1830 en présence du fils de Gœthe, fut entièrement déblayée dans l’espace de deux années ; elle est une des plus vastes, et, surtout pour les mosaïques,
1. Pistor dulciarius qui panes et mellita concinnabat edulia. APuL., Métam., L. X.
la plus richement décorée de toutes celles de Pompéi. De même que la maison de Pansa, elle occupe une île entière, formant presque un rectangle régulier de 80 mètres de long sur 35 mètres de large. La quantité considérable d’amphores qu'on y à trouvées , les emblèmes bachiques qui s’y présentent de toutes parts, semblent indiquer que son propriétaire faisait un important commerce de vins, auquel il devait sans doute son opulence. Les amphores portaient des inscriptions grecques ou latines. Cette habitation présente sur la rue de la Fortune deux prothyrum À et 2 ouvrant sur deux atrium distincts À B C D et FGHI, et quatre boutiques 3, 4, 5 et 6. La première avait une arrière-boutique 7 et communiquait avec l’atrium À B CG D par deux portes aujourd'hui murées, dont l’une donnait directement dans l’atrium et l’autre dans l’arrière-boutique. La boutique 4, dans laquelle est l'embouchure d’une
citerne, ouvrait aussi sur l’atrium. La boutique 5 est isolée et contient
Plan de la Maison du Faune.
un escalier qui conduisait à une chambre placée au-dessus ; enfin la boutique 6 ouvrait sur le prothyrum 2 par un petit escalier dont le palier était formé d’un massif d’amphores noyées dans la maçonnerie, genre de construction dont on rencontre de nombreux exemples à Pompéi. Mazois pense qu'il est possible que quelqu'une des boutiques 3, 4 et 6 ait pu servir d’antichambre , tandis que les autres étaient destinées au commerce de vins du propriétaire. Dans le trottoir de la fue, en avant du prothyrum À , est incrusté dans l’opus signinum le mot HAVE, écrit en grandes lettres de mosaïque, composées de carrés-longs de marbre rouge, jaune, blanc et vert. La porte est, comme à l'ordinaire, accompagnée de deux pilastres; sa largeur est de 2",90. Le prothyrum, profond de 5°,45, était divisé en deux parties inégales par une seconde porte; la plus petite, comprise entre les deux portes et voisine de la rue, était sans ornements et restait probablement ouverte dans la jour-
née *. On entrait dans la seconde partie du prothyrum en gravissant deux degrés, dans lesquels on voit encore entaillée la place des gonds et des verrous. Le pavé est un plan incliné montant vers la cour ; il est formé d’un assemblage de petits triangles de marbre blanc, noir, rouge, jaune 2 8 ° J et vert. Les murailles, comme toute celles de l'habitation, présentent 2 2 P des refends en stuc grossièrement peints à l’imitation de marbres ?; ici ils s’élèvent jusqu’à la hauteur de 2",40 et sont surmontés d’une petite moulure en stuc. Au-dessus , de chaque côté, est une corniche saillant de 0",40 autrefois posée sur des consoles en forme de sphinx et de lion; elles portent chacune une petite façade de temple, formée de quatre colonnettes cannelées et d'autant de pilastres placés aux côtés d’une porte feinte, le tout en stuc. Après avoir franchi le prothyrum, on P DIRES
se trouve dans l’atrium toscan À BC D, large de 10,70 et profond de 11,65. Les murailles présentent une particularité fort remarquable : pour les préserver de l'humidité, on avait placé sous le stuc des lames de plomb attachées par des clous de fer semés avec une telle profusion,
P qu'on en compte près de deux cents dans un mètre carré; leurs têtes saillantes servaient en même temps à retenir le stuc. Cette précaution se retrouve dans divers autres parties de l'édifice, et notamment dans le grand triclinium 3k. Au milieu de l’atrium est un beau compluvium E de 3",80 sur 2",75, dont le fond est formé de losanges des marbres les
° [e) plus rares, assemblés avec un art merveilleux. Au centre est un petit piédestal creux, qui portait le charmant Faune de bronze, haut de 0,78, l’un des plus précieux ornements du musée de Naples*. La J > P
chambre 8, la première qui se présente à la droite de l’atrium, est pavée en mosaïque ; elle offre sur deux côtés et en équerre une espèce d’estrade ayant pu porter deux lits, élevée de 0",06, pavée de cubes de
4. « Quoi! s’écrie le bonhomme Theuropide revenu à l’improviste d’un long voyage, la porte de ma maison est fermée pendant le jour ! »
Sed quid hoc? obclusa janua’st interdius !
PLAUTE, Mostellaria, Act. II, sc. 2.
9, 11 est assez singulier que dans cette habitation, si riche en mosaïques, en marbres et en bronzes, les peintures aient été plus négligées que dans la moindre des maisons de Pompéi. Les stucs, composés de poudres de marbre blanc, sont de grandes tables appliquées après coup sur la muraille, comme on l’eût fait d’un revêtement de marbre, et fixées par des crampons. ViTRUVE (L. VII, c. 6) donne à ces stucs le nom de Marmoratum.
3. Herc. Er Pomp., pl. 69. Le Faune a été découvert en octobre 1830.
marbres de diverses couleurs, et de 0",03 de diamètre. La pièce suivante 9 communiquait avec l’atrium F G H I par une grande porte à la gauche de laquelle est percée une espèce de meurtrière encore fermée en partie par un verre à vitre très-épais. La pièce voisine 10 appartient au second atrium, bien qu'ayant une porte sur celui où nous nous trouvons. 11 et 12 sont les alæ ; la première est pavée en morceaux irréguliers de marbre imitant la brèche ; au centre était une mosaïque excessivement fine, aujourd’hui au musée, offrant dans le haut un chat dévorant une caille , et au-dessous deux canards , plusieurs petits oiseaux morts, des poissons et des coquillages. Cette ala prenait jour sur l’atrium voisin par une large baïe. L'ala 12, pavée de la même manière, a conservé au centre une jolie mosaïque de 0",60 en carré, présentant sur fond noir trois pigeons blancs tirant des perles d’une cassette entr'ouverte. Les deux chambres à coucher 13 et 14 n’offrent rien de remarquable. Au fond de l’atrium est le tablinum 15 ouvert presque de toutes parts ; il était orné à l’entrée de deux grands pilastres cannelés ; sa profondeur est de 5",40 sur 5",89 ; son pavé, élevé de 0,15 audessus du niveau de celui de l’atrium, présentait à l’entrée une sorte de seuil en mosaïque d’une grande finesse, représentant des masques tragiques entremélés de quirlandes de fleurs; ce seuil a été porté au musée. Le milieu du pavé est composé de losanges de marbre noir, vert et blanc, encadrés de filets jaunes, noirs et verts, et enfin d’une frise de mosaique blanche et noire; l’ensemble du pavé paraît à l’œil être un assemblage de dés posés sur leur angle. A la droite du tablinum est un beau triclinium 16 ouvert dans toute sa largeur sur le péristyle ; c’est au milieu de son pavé qu'a été trouvée une des plus belles mosaïques du musée de Naples, Acratus ou le génie de Bacchus à cheval sur une panthère‘. À gauche du tablinum est une chambre 17 ouvrant de même par une large baie, et par une porte sur le péristyle. Au milieu de son pavé élait une autre belle mosaïque représentant des poissons et des crustacés sur un rocher.
Revenons maintenant au prothyrum 2; nous y trouvons à gauche l'entrée d’une chambre 18 que l'absence de toute décoration désigne comme ayant été la loge du portier, cella oshart. L'atrium F G H I est