Annales. L. XV
surabondance fût lancée sur le pays environnant. « C’est à l'effet de ces feux souterrains qui minent encore la contrée, ajoute Vitruve, qu'on doit attribuer les propriétés de la pouzzolane. » On lit encore dans Strabon : « Au-dessus de ces lieux est situé le mont Vésuve, entouré de toutes parts de campagnes fertiles, mais dont le sommet presque plat est entièrement stérile. Sa superficie a l'apparence de la cendre, et on y trouve l'ouverture de cavernes profondes qui s'ouvrent dans tous les sens; les pierres paraissent à leur couleur noire avoir été brülées par le feu, tellement qu’on peut conjecturer que, dans Pantiquité, cette montagne fut un volcan qui s’est éteint faute d’aliments. » Le même auteur attribue la fertilité des campagnes voisines aux cendres volcaniques dont le sol est presque tout composé.
« Le voilà, s'écrie Martial, le voilà ce Vésuve couronné jadis de pampres verts dont le fruit généreux inondait de son jus nos pressoirs ! Les voilà ces côteaux que Bacchus préférait aux collines de Nyse! Naguère encore les satyres dansaient sur ce mont; il fut le séjour de Vénus, plus cher à la déesse que Lacédémone; Hercule aussi l’illustra de son nom. Les flammes ont tout détruit, tout enseveli sous des monceaux de cendres ! Les dieux mêmes voudraient que leur pouvoir ne fût pas allé jusque-là”. »
Les circonstances qui accompagnèrent le commencement de la guerre des esclaves servent encore à démontrer que le cratère du Vésuve était à peu près à cette époque (73 ans avant Jésus-Christ) ce qu'est de nos jours le volcan éteint d'Astruni, qui s'élève à l'occident de Naples, non loin du lac d'Agnano. Spartacus chercha un asile sur le Vésuve avec soixante-dix de ses compagnons. Le sommet de la montagne, entouré d’un mur naturel taillé à pic, et d’un accès difficile, contenait un espace vide, et fermé de tous côtés; un seul passage étroit et escarpé y conduisait. Investi par le préteur Clodius, et refoulé dans cette enceinte, Spartacus se fit des échelles en tordant ensemble des branches de vignes sauvages qui croissaient sur la montagne ; il franchit par ce moyen les précipices qui protégeaient le sommet d’un côté qu’on avait cru inaccessible, et tomba à l'improviste sur Clodius avec tant de vigueur qu’il défit ses troupes et détruisit son camp ?.
Tel était l’état du Vésuve quand arriva la fatale éruption du 23 août 79, la première année du règne de Titus, « quand Jupiter, arrachant les entrailles de la montagne, les souleva jusqu’au ciel pour les lancer au loin sur les malheureuses villes.» Nous laisserons Pline le Jeune raconter les détails de cette terrible catastrophe, dont il fut témoin, et dans laquelle son oncle perdit la vie. Les deux lettres qu’il adressa à Tacite ont un cachet de naïveté qui les rend plus saisissantes que les plus pompeuses descriptions.