‹ PompeiaChapitre 9 sur 267 · Titus VIII · texte numérisé non relu

Titus VIII

Quelques auteurs, tels que Ignarra et Laporte-Dutheil, ont avancé que Pompéi n'avait pas disparu dans l’éruption de 79 et que, réparée, elle avait encore subsisté jusqu’à l’an 471, époque à laquelle un tremblement de terre l'aurait définitivement engloutie ; ils se fondent sur ce que Pompéi se trouve encore sur la carte de Peutinger exécutée à Constantinople à la fin du ive siècle; mais ils ont oublié une remarque bien importante et qui anéantit complétement leur système : c'est que, jusqu’à ce jour, dans les ruines de Pompéi, on n’a pas trouvé une seule médaille postérieure au règne de Titus et à l'année 79. Si le nom de Pompéi existe encore sur la carte de Peutinger, Cest qu’une partie de ses habitants avait élevé à quelque distance de la ville détruite un bourg qui sans doute en avait pris le nom. Cela est si vrai, que l’on a retrouvé, entre Bosco reale et Bosco tre case, au nord de Pompéi et plus près du Vésuve, cette nouvelle Pompéi, qui gardait aussi des bronzes magnifiques et des statues des meilleurs temps, vieux débris arrachés sans doute à son ancienne splendeur; mais les maisons qui renfermaient ces bronzes et ces statues étaient, comme architecture et comme peinture, teilement en désaccord avec ces chefs-d’œuvre de l’art, qu’évidemment plusieurs siècles séparaient les uns des autres.

Pompéi n’avait pas été entièrement oubliée dans l'antiquité, car Alexandre Sévère y fit faire des fouilles et en tira une grande quantité de marbres, de colonnes, de statues d’un très-beau travail, qu'il employa dans les constructions nouvelles-qu’il faisait élever à Rome. Vinrent enfin la barbarie et ses ténèbres qui recouvrirent Pompéi mieux que n’avaient pu le faire les cendres du Vésuve, et la malheureuse ville fut pour longtemps effacée de la mémoire des hommes.

Nous voyons cependant reparaître les noms de Pompéi, d'Herculanum et de Stabies dans des ouvrages bien antérieurs à leur découverte. On lit dans l'histoire écrite au ix° siècle par le moine Martin qu’en 838, Sicard, prince de Bénévent, campa avec son armée in Pompeio campo qui a Pompeià urbe Campaniæ nunc desertä nomen accepit. Dès 1488, Niccolo Perotto fait mention de ces villes dans sa Cornucopia; Sannazar parle de Pompéi dans son Arcadia (Prosa, XIL.), dont la première édition parut en 1504; dans la carte d’Ambrogio Leone, 1513, on trouve marqué au lieu qu’occupe Portici Herculaneum Oppidum; Leandro Alberti (Descrizione di tutta l'Italia, 1561) rappelle les villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stabies, ensevelies par le Vésuve, indiquant le site où à cette époque on croyait qu’elles avaient existé; dans l'Historia Neapolitana de Giulio Cesare Capaccio, publiée en 1607, on lit un chapitre consacré aux antiquités d'Herculanum ‘; Camillo Pellegrino (Appa-

1. Admiranda antiquitatum Herculanensium a claris Italis descripta, illustrata atque ab obtrectationibus vindicata. L. TI, c. 9.

rato alle antichità di Capua, 1651) dit, en parlant de la ville d'Hérculanum, qu’on pense qu'elle occupait le site actuel de la Torre del Greco; le dictionnaire géographique de Baudran, 1682, mentionne les: villes détruites : en 1688, Francesco Balzano publiait l'Antico Ercolano ovvero la Torre del Greco tolta dall” obblio, plaçant, il est vrai, Herculanum dans un lieu tout différent du véritable; enfin en 1689, une fouille faite sur emplacement de Pompéi fit trouver quelques fragments de serrures et une pierre où on lisait le mot POMPE!; seulement on en conclut que là se trouvait une villa de Pompée.

Il est bien difiicile de comprendre comment, mentionnée depuis plus de deux siècles par tant d'auteurs différents, Pompéi put rester enfouie pendant 1676 ans, quand la cendre recouvrait à peine le sommet de ses édifices, quand la plus haute muraille du grand théâtre s'élevait au-dessus du sol, quand les remparts, ayant retenu dans leur enceinte toutes les matières que le volcan avait vomies, marquaient distinctement toute l'étendue de ses constructions; quand le célèbre architecte Dominique Fontana, chargé, en 1592, de conduire les eaux du Sarno à la Torre dell

Découverte d'Herculanum.

Annunziata, creusait un canal souterrain qui traversait la ville et rencontrait souvent les substructions de ses édifices; quand le nom de Cività donné à cet endroit semblait annoncer qu'il restait encore quelque souvenir de la ville qui y avait existé.

POMPEÏIA.

Il est bien plus étonnant encore de voir Herculanum, engloutie à plus de vingt mètres sous un massif de pierre, se révéler au monde la première ; telle fut pourtant leur destinée.

En 1684, un boulanger, creusant un puits à Portici, rencontra quelques ruines romaines; ce puits, qui existe encore aujourd’hui, descendait précisément au milieu du théâtre d'Herculanum ! Le prince Emmanuel d'Elbœuf, Français de naissance, envoyé à Naples à la tête d’une armée impériale, y ayant épousé la fille du prince de Salsa, fit en 1706 l'acquisition du terrain où se trouvait le puits et y bâtit un palais. Vers 1713, en élargissant ce puits, il trouva des-marbres dont il orna ses terrasses et ses escaliers et trois statues de femmes drapées qu’il envoya à Vienne, d’où elles sont passées à Dresde. De nouveaux travaux exécutés par ses ordres amenèrent, dit-on, la découverte d’un temple circulaire, soutenu par quarante-huit colonnes d’albâtre.

Bientôt le gouvernement napolitain intervint et fit suspendre les fouilles, et ce ne fut que plus de vingt ans après, vers 1786, qu’elles furent reprises par ordre du roi Charles III. Une nouvelle entrée fut pratiquée à Resina, et l'on découvrit successivement le théâtre, des basiliques, des édifices privés, des inscriptions et des médailles qui ne laissèrent aucun doute sur l'identité de ces ruines avec celles de la malheureuse cité d'Herculanum.

Une anecdote rapportée par Winckelmann‘ peut donner la mesure de l'esprit qui présida à ces premiers travaux. « Au-dessus du théâtre, dit l'antiquaire allemand, il y avait un quadrige, c’est-à-dire un char attelé de quatre chevaux; la figure placée dans le char était de grandeur naturelle; ce monument était de bronze doré, et l’on voit encore la base de marbre blanc sur laquelle il était assis. Quelques personnes assurent qu'au lieu d'être un char à quatre chevaux, il y en avait trois à deux chevaux chacun; variété dans les rapports qui prouve le peu d'intelligence et de soin de ceux qui ont conduit cette fouille. Ces ouvrages de sculpture, comme on le croira sans peine, avaient été renversés par la lave, écrasés et mutilés : cependant, quand on les a découverts, toutes les pièces existaient encore. Mais de quelle façon s’est-on conduit lorsqu'on a recueilli ces précieux débris? On les mit pêlemêle sur un chariot qui les transporta à Naples ; on les déchargea dans la cour du château, où ils furent jetés indistinctement dans un coin. Ce métal demeura longtemps dans cet endroit, regardé comme de la vieille ferraille ; ce ne fut que lorsqu'on se fut aperçu que plusieurs morceaux manquaient pour avoir été dérobés, qu’on résolut de mettre en honneur ce qui en restait; et voici en quoi l’on fit consister cet honneur : on fondit une grande partie du métal pour former en grand les deux bustes du roi et de la reine!»

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