‹ Pont de St. Eustache [microforme]Chapitre 2 sur 2 · IR · texte numérisé non relu

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l'ile, situés plus bas que 12 village, de remonter d’une demi-licue et de descendre d’un peu plus, pour arriver au village, circonstance qui entrainerait les mêmes inconvéniens pour ceux qui demeurent audessus du pont de l’autre coté de la rivière, et cela en proportion de leur éloignement de ce même pont. Voilà donc une bonne lieue de chemin faite à pure perte, ct sans aucun profit à qui que ce soit, à l’exception” unique du propriétaire du pont, qui, seul profiterait de la misère et des privations publiques.

2°. Du plus ou moins d'espoir qu’il sera solide et permanent. Sous ce rapport le pont du village mérite assurément la préférence. Il est vrai que devant le village la rivière y est large, et profonde en quelques endroits; mais il n’y a point de courant, ‘et par conséquent les glaces y sont peu à craindre. Mr. DumoxT en pourrait-il dire autant du rapide : dans lequel il veut taire son pont ?: S'il l’Osait, les “rives de la rivière depuis le rapide jusqu’à son embouchure s’éleveraient contre cette assertion, en montrant les débris de plusieurs digues et de ‘plusieurs moulins, que .la violence du courant a brisés, et dont les restes se voient encore dispersés sur l’une et l’autre rive. Ceci est un fait si bien connu qu’il n’a pas besoin de preuve.

3°, De la facilité de ses abords. Sous ce point * de vue, la difference entre les deux places serait encore très grande. Car au village l’avenue du pont serait très belle, et sa sortie dans l’ile Jésus susceptible d’améliorations peu coûteuses, qui en feraient un superbe chemin. Pour arriver au pont du rapide, du coté de St. Eustache, il faudrait passer par plusieurs arpens d’un chemin pratiqué sur une carrière

très inégale, et sur laquelle le chemin ne peut qu’être très difficile et très mauvais pour ne pas dire impraticable. ee

4° De la nature des chemins qui y conduisent et de la facilité ou des désavantages qui en résulteraient au Voyageur, Mr. Dumonr et ses adhérens font sonner très haut que le chemin qui fait le tour de l'Ile, (et ceserait celui du Pont qu’il demande) est plus court et plus beau que celui qui conduit à l'Eglise de St. Martin. Cependant rien n’est moins vrai que cette asssertion. On a déjà démontré en 1818, par des faits sans réplique, par des plans sou. mis à la Législature et par un tableau de l’état des lieux, qu’en passant par la Côte St. Antoine, pour arriver à St. Martin, et delà à l’abord des Plouffes, il n’y a de la traverse à ce même abord que deux cent quarante arpens. Par le tour de l’Ile, il ne peut pas y avoir moins d’une demi-lieue de plus ; diffé. rence considérable sur un si court trajet. Sans doute que Mr. DumonT la connaissait bien cette dif. férence, lorsqu'il signa le premier une requête aux Commissaires du Cointé d’i ffingham, pour demander qu’une partie des argens accordés à ce Comté, fût employée pour faire ouvrir et parachever Ics vinot neuf arpens de chemin qu’il y avait à faire de la grande Côte de Ste. Rose à la Côte St. Antoine, (voyez le plan.) On trouve encore une excellente preuve de fait de l’utilité reconnue de ce même chemin, En hyver, personne ne s’avisé de faire le tour de l'Île ; tous passent par le village de St. Martin, sans même en excepter Mr. DumonT. Bien persua. dés de cette différence, les habitans du bourg et paroisse de St, Eustache, ainsi que quelques uns des

paroïsses de: St Benoît, Ste. Rose et St, Martin, anti, dans l> cours. de l'été dernier, et par’ souscription, acheté et fait le chemin à la Côte St. Antoine, et! Fon peut assurer qu’il a été assez bien fair, pour être un des plus beaux chemins de ligne, et d’ailleurs; toute asscrtion contraire ne’ pourrait être prouvée ct serait dethentie par’ tous: ceux qui! ont la moindre: connaissance des lieux. Si quelques uns des habi-: tune de S', André et de Chatham, ont signé desire! quêtes tendantes à montrer la supériorité du'chemin! par le’tour de l'Ile, il faut qu’ils se soient laissés sur°prendre, où au moins qu’ils aient été dupes d’unc étrange illusions En outre une bonne partie de ces mêmes signatures peut se voir dans les requêtes qui, en 1818, demandaient que le Pont fût au villagc. Mais après tour, comment sur un objet de cette sorte, pourrait-on mettre la plus légère importance à l’opinion vague et hasardee d’habitans aussi: éloignés du lieu de a scène, qui sont obligés de traverser une ou deux paroisses avant d’y arriver, qui ne peu.ent guère avoir qu’une connaissance imparfaite de la situation topographique des endroits voisins du village de St. Eustache, ainsi que de ses relations de Commerce avec les paroisses de Ste. Rose et de St. Martin et la ville même de Montréal. Au surplus l’intérêt de ces signataires, (s’ils en ont,) serait à peu près nul ou tout au moins très éloigné Lt comment pourrait-il être mis en balance contre celui du public et en particulier contre celui de toutes ies paroisses voisines que l’on sacrifierait évidemment aux vues, aux illusions ou aux préjugés de quelques particuliers qui prétendent concentrer pour un individu et àsun profit tous les moyens de communication

qui peuvent alimenter ou’ activer le commerce, l'in. dutrie, l’agriculiure même d’une population d'au.” moins quinze à. vingt mille habitans repandus.sur une surface de vingt cinq à trente lieues quurrées..

Mr. DumonrT ou les partisans de son! projet, (s’il en a qui le soient de bonne foi.) objectent: au chemin qui passe par le village de Sr, Martin, sous prétexte qu’il est en grande partie composé de chemins de-ligne ou monlérs, et que ces montées: sont ordinairement moins belles que les chemins de front: Il est vrai que cette route comprend un plus grand nombre de ces montées que celle qui fait le tour’ de l'Ile; mais cette objection tombe d’elle-même, lorsque l’on considère, en comparant l’une et l’autre, que celle qui fait le tour de l’Ile est remplie de côtes, qui la rendent extrêmement pénible. La Loï ne fournit aucun moyen de faire applanir et disparaitre toutes ces côtes, mais elle pourvoit amplement à l’entretien des chemnins de ligne ; faites la exécuter pour les montées de St. Martin, et je garantis qu’elles seront très belles. Il en faut dire autant des che. mins de front de cette même route ; avec un peu de soins et d’attention de la part du sous.voyer, tout le chemin depuis la traverse du village jusques chez le: Capitaine BRELAN, sera très beau, étant sur un sol léger et sablonneux, et surtout n’offrant aucune côte, qui puisse le moindrement fatiguer le Voyageur. C’est ce'qui a déjà eté .Ilégué dans les requêtes des habirans de St. Benoît et de St. Eustache en 1818, et qui au reste est incontestable, |

5° Des inconvéniens ou des avantages qui'en peu vent résulter au public et aux habitans des lieux qui l’avoisinent,

Nous venons de voir que le Pont du village mé. rite la préférence sur celui du rapide par sa position, par la beauté de ses abords, par la nature des che. mins qui y conduisent, et par l'espoir qu'il subsiste. ra. Ces seules considérations sufliraient pour ame. ner à la conclusion qu’il doit être le plus avantageux, Cependant pour ne laisser aucun doute sur cette matière importante, j’ajouterai les remarques suivantes: elies méritent la plus sérieuse attention.

Le bours de St, Eustache est composé d’environ cent-vingt à cent-trente maisons, contenant à peu près un millier d'individus, qui vivent ou du produit d’un commerce considérable dont il est le centre, ou. de différents méticrs ou professions dont l'exercice ne peut se continuer avec succès que par la facilité de ses communications avec les lieux voisins. Sa situa. tion centrale ne peut que donner lieu à son accroissement, C’est un avantage qu’il a reçu de la nature. En détruisant ses communications, on influera puis- Samment sur sa destinée, ou plutôt, en changeant la nature des choses, en altérant ses rapports avec les endroits qui l’environnent, on le détruirait de fait en nuisant dans la même proportion aux habitans des lieux voisins, Or tel serait l’effet certain du pont que veut faire Mr. Duuonr. Pour s’y rendre, le voyageur, sans y trouver d’avantage réel, ne pourrait plus passer par le village, dont la traverse serait supprimée, Or.qui n’aperçoit l'injustice des conséquences qu’entrainerait l’exécution d’un pareil projet? De quel œil verrait-on Ja proposition que ferait un particulier à la Législature d'interdire tout droit de communication et de traverse, par le fleuve . St. Laurent, aux habitans de Québec et des lieux

voisins, depuis Beauport jusqu’à une traverse ou un pont exclusif placé à une demi.lieue audessus de la ville de Québec, et ce, sous prétexte que ce serait plus cemmode, et que la route serait plus facile et courte aux habitans qui viendraient de Lothbinière ct de Ste. Croix pour communiquer avec Québec ? Cependant le cas serait très analogue, et le projet de Mr. Dumonr aura le même effet rélativement au bourg de St. Eustache, et des paroisses de Ste. Rose et de St, Martin, dans l’Ile Jésus.

Les citoyens du bourg de St. Eustache ont donc de justes raisons de s’allarmer des projets de Mr. Du- MONT. Une réflexion néanmoins doit les rassurer: leur cause va se plaider devant un tribunal composé de citoyens éclairés et chez qui la voix de l’humanité et de la justice prévaut sur celle de l'intrigue, de l'ambition et'de l'intérêt particulier. : Ils savent deplus qu’en demandant que le pont soit au village, ils ne demandent rien que de très juste, rich qui puisse en aucune manière préjudicier aux intérêts de leurs voisins, puisque ce même Pont leur offre une route et plus courte et plus commode que celle par laquelle lés conduirait le pont du rapide; et quand bien même ces deux endroits n’offriraient que des avantages égaux sous ces deux rapports, le Pont du village léur semblerait encore mériter la préférence, puisqu'il ne’ ferait de mal à personne, pas même à Mr. Dumonr.' —— :

Bien des gens s'étonnent de voir Mr. Dumont s’obstimer à continuer’ des travaux ‘ruineux dans son rapide et à renouveller des entreprises qui lui ont déja été si préjudiciable ; mais ils devraient, ce me semble, s'étonner bien plus de le voir s'opposer à

TEE TETE Os D ss anus

‘a 'construction ‘d'un Pont, qui doublerait l'impor. ‘tance d un willage dont l'origire est aussi.anciinne -que l'établissement de sa Scigneurie. qui est dejà ‘flo.

“rissant'et quiile deviendra davantage, si les moyens

mis en œuvre pour le ruiner, sont réjetiés par la [ é-

tgislature. Ces réflexions sontsi justes qu’elles indui. “ont, j'espère, les amis de Mr, Dumont, à lui con.

‘sciller l'abandon de ses projets dangereux; en cela Als'lui rendront'un-service essentiel, en le détournant de travaux qui ne.pourraient tourner qu’au malheur de ses tenanciers dans l’étendué d: sa Stisneurie, de même qu’à celuirdes habitans des paroisses voisines,

Avant de terminer cet aperçu, je dois ajouter que ‘le pont durapide-est sujet à une nouvelle objection, par rapport à la manière dont Mr. DumonT semble vouloir le construire. ‘Il n’annonce qu’une échappe de soixanie pieds ; ‘le resté serait probablement üccupé par des piliers ou caisses, qui en sbstruüant plus ou:moins'le passage del’eau, la ferait reflucr sur les prairies et autres proprictés de valeur, situées sur les bor is du lac, et par ce moyen causerait de grands dommages aux proprictaires de ces n:émes terrains. Céci'est d’autant plus fondé que Mr, D'umonr, par ses digues.et ses moulins, et autres embarras, obstrue déjailes deux'tiers du principal chenail. 1 est donc

à espérer qu'il n’obriendra point le priviiège qu’il de-

:mande, et que la Législature, si elle accorde.un Pont, le fixera au village, et fura ainsi jmstice à.ce même village, 'sans:prejudicjer aux intérets de perisonne.

-. &T. EusracH£, le 20 Déceinbre, 1820, aber nsens pu tn à + gode Lél BRIE.

dems Bron, Liprimeur, Montréal,

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