‹ Ponts en maçonnerieChapitre 32 sur 133 · BH B · texte numérisé non relu

BH B

R étant la charge à déterminer, B le poids du mouton, H la hauteur de chute de ce dernier, F le poids du pieu déduction faite de la perte de poids pour la partie immergée, enfin El'enfoncement produit par le dernier coup de mouton.

Par application de celte formule, à l'occasion de la construction des écluses du Zuiderzée, on a admis qu'avec un enfoncement moyen de 0,011 par coup de mouton, pendant les dix derniers, on pouvait charger les pieux de 34.000 kilogrammes, tandis qu'un enfoncement de 0,077, dans les mêmes conditions, devait faire limiter la charge à 5.000 kilogrammes seulement.

Lorsqu'au lieu d'un terrain vaseux, il faut faire pénétrer les pieux dans des sables fins et humides, tels qu'on en rencontre souvent dans le voisinage de la mer, les difficultés du battage deviennent parfois insurmontable ; de là est née l'idée d'employer des pieux à vis, c'est-à-dire des pieux munis à leur partie inférieure d'une armature métallique avec filet de vis, pour obtenir l'enfoncement à l'aide d'un mouvement de rotation et sans battage, à la façon d'une vis ordinaire.

Mais en Angleterre, où les pieux de cette sorte ont été employés pour la première fois, un ingénieur, M. Brunless, avait

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antérieurement réussi à enfoncer dans le sable un assez grand nombre de colonnes creuses de fonte, en faisant passer dans leur intérieur, sous une certaine pression, un courant d'eau qui en remontant à Textérieur, tout autour de la paroi métallique, désagrégeait le sable et rendait renfoncement de la colonne très aisé .

En France, MM. les ingénieurs Stœklin et Vétillard, ayant à faire battre un certain nombre de pieux et de palplanches dans un terrain analogue pour les travaux du port de Calais, ont appliqué avec un plein succès cette même idée de la façon la plus simple et la plus ingénieuse.

Les pieux, à section carrée de 0,22 de côté, devaient prendre 3" de fiche ; les palplanches, une fiche de 2" 50.

A Taide de simples bouts de tuyaux du commerce, de ceux employés pour les conduites de gaz, de 0°» 027 de diamètre et coupés de 2" 50 à 3" de longueur, on a disposé, comme notre croquis le représente, deux lances dont la pointe entrait dans le sol de chaque côté du pieu à foncer ; à leur extrémité supérieure aboutissaient des tubes de caoutchouc, en communication avec de petites pompes foulantes des plus ordinaires. Par le fait seul du passage du jet d'eau, chaque lance pénétrait avec la plus grande facilité dans le sol et Ton pouvait, à la main, en tenir toujours la pointe de 0" 20 à 0"30 en contrebas de l'extrémité inférieure du pieu pendant que la sonnette agissait sur ce dernier. Parfois même le mouton simplement posé sur le pieu suffirait, par son poids, pour le faire descendre et le résultat obtenu a dépassé toute attente.

Avec le battage ordinaire, il fallait 15 coups de mouton pour foncer un pieu, 900 coups pour foncer un panneau; la mise en fiche et le battage duraient 8 h. 36' .

Avec injection d'eau, au contraire, on a pu quelquefois ne pas donner un seul coup de sonnette par panneau ; les pieux et les palplanches, sur lesquels on faisait porter le mouton, descendaient à mesure que les lances désagrégeaient le sable en avant de leur pointe; il n'a jamais fallu plus'de 50 coups

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de mouton au lieu de 900 pour le fonçage d'un panneau et le même travail, qui primitivement exigeait 8 heures 36 minutes, n'a jamais duré plus de 1 heure 45 minutes et a même été exécuté parfois en 14 minutes.

On comprend quelle a été, dans ces conditions, Téconomie de temps et d'argent réalisée *.

Mais ce moyen, excellent quand on travaille à sec, devient impraticable pour des bancs de sable recouverts d'une haute couche d'eau avec complication de marées ou de courants, et c'est ainsi qu'on a été amené à imaginer les piewc à vis dont nous parlions tout à l'heure.

L'invention en est due à un ingénieur de Belfast^ M. Alexandre Mitchell ; elle remonte à 1838, c'est-à-dire à près d'un demi-siècle, et on ne peut se défendre d'un peu de surprise en constatant combien les applications en ont été peu fréquentes, malgré tous les services que ce système était susceptible de rendre. Dès 1855, une notice insérée dans les Annales des Ponts et Chaussées par M. Chevalier, alors ingénieur en chef, avait signalé les travaux pour lesquels les pieux à vis avaient été employés, et nous-même, l'année suivante, à notre retour d'une mission en Angleterre et en Ecosse qui nous avait procuré l'occasion de visiter, dans le plus grand détail, les usines où ces pieux étaient fabriqués, nous avons publié, également dans les Annales des Ponts et Chaussées^ j un mémoire dans lequel cette question est traitée avec quelque développement.

Ce n'est cependant qu'à titre exceptionnel jusqu'à présent que ce procédé de fondation semble avoir été appliqué en France.

Suivant les circonstances, les pieux sont exécutés pleins en fer ou en acier, ou bien creux soit en fonte soit en fer forgé. On peut aussi faire usage de pieux de bois auxquels est

1. Note sur un nouveau système de fonç&ge des pieux par injection d'eau, par MM. Stœklin, ingénieur en chef, et Vétillard, ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussés. Annales^ 1878 (n<» 3).

2. Mémoire sur l'Eclairage des côtes de l'Angleterre et de l'Ecosse. Annales, 1856 (no 141).

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adapté, en guise de sabot, une pièce en fonte ou en acier avec pointe de tarière et ailes de vis au-dessus.

Les croquis suivants représentent diverses formes de vis exécutées et employées en Angleterre, selon la nature des terrains dans lesquels les pieux devaient pénétrer.

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Lorsque la tige est pleine, le fer employé a généralement de 0" 12 à 0" 20 de diamètre. Pour les tiges creuses, nous îivons vu fabriquer et employer des cylindres de fer de 0" 40 de diamètre extérieur, sur 0™ 06 d'épaisseur, composés de trois enveloppes concentriques, forgées et ajustées ensemble avec la plus grande précision, le tout formant des pieux de 12*50 environ de longueur, dont le poids dépassait 7.000 kilogrammes.

La partie inférieure de la vis comprend deux parties dis-

tinctcSy Tune, la pointe de tarière, ayant pour objet de pénétrer dans le sol et d'ouvrir un passage pour y engager les ailes hélicoïdales disposées au-dessus, tandis que celles-ci sont surtout destinées à former patin pour répartir la charge sur une superficie plus ou moins étendue du terrain ambiant.

De là les différentes formes adoptées pour les tarières et pour les ailes, suivant que le sol a plus ou moins de consistance.

Pour foncer ces sortes de pieux, si le sol se compose, par exemple, de sable vaseux peu consistant, il suffit de disposer à la partie supérieure de la tige, des leviers de longueur réglée suivant Teffort à produire, formant comme les rayons d'une roue horizontale sur la jante de laquelle agissent les hommes pour imprimer au système le mouvement de rota* tion lente nécessaire pour que la vis s'engage dans le sol, et y pénètre jusqu'à la profondeur voulue.

Dans un terrain plus résistant, au lieu de simples leviers, on pourrait fixer, sur la tête du pieu, une poulie horizontale sur la gorge de laquelle agirait une courroie de transmission actionnée elle-même par une machine à vapeur; mais les leviers dont l'effet est plus aisé à régler nous paraissent préférables.

Le but qu'on se propose est, d'ailleurs, de faire pénétrer la pointe des pieux jusqu'à un niveau inférieur à celui que les affouillements peuvent atteindre et d'avoir là, par l'effet des grandes ailes de la vis auxquelles on a donné parfois jusqu'à 1"22 de diamètre, de larges points d'appui répartissant le poids de la construction sur une superficie suffisante pour que tout tassement soit évité.

De semblables pieux employés en grand nombre en Angleterre et même en France, à Dunkerque, pour supporter des phares, ou autres ouvrages à la mer exposés à des chocs répétés et violents, se sont parfaitement maintenus et ont actuellement une existence assez ancienne pour garantir l'excellence du système et en justifier de nouvelles applications.

En 1873, en Italie, sur la Stura, près de Turin, un pont composé de 6 travées de 16",50 d'ouverture a été fondé ainsi, avec un succès complet, sur des pieux à vis, bien que le lit

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de la rivière fui composé de sable et de gravier mélangés de blocs capables de donner lieu aux difficultés les plus sérieuses.

En Calabre, sur le chemin de fer de Tarente à Reggio, à la traversée du Néto, se trouve également un pont biais dont les travées au nombre de sept, et de 24" de portée, reposent sur des palées composées chacune de 8 pieux à vis^ à tige pleine, de 0",15 de diamètre, avec ailes d'hélice de 0",40 de rayon.

D autres ponts sont construits ou vont Tètre d'après le même système sur divers chemins de fer italiens, et il n'est pas sans intérêt de constater qu'après toutes les applications faites, en particulier dans ce pays, c'est aux vis telles qu'Alexandre Mitchell les avait disposées dès 1838 qu'on a définitivement donné la préférence, avec ce perfectionnement toutefois que les ailes de l'hélice sont maintenant exécutés en acier.

Que les pieux dont on fait usage soient de simples pieux ordinaires en bois ou bien des pieux métalliques à vis, comme ceux que nous venons de décrire, on parvient d'habitude sans trop de peine à en effectuer la mise en place, et c'est seulement quand il s'agit d'établir solidement des fondations pardessus que les difficultés sérieuses commencent.

S'ils'agit de pieux de bois, il faut, le battage terminé, les recéper, c'est-à-dire les scier à la partie supérieure de façon que toutes les têtes se trouvent, autant que possible, dans un même plan horizontal. On relève ensuite très exactement la position de chacune de ces têtes et on les reporte sur le plan de battage, pour servir à établir les lignes de compensation suivant lesquelles sont posées les pièces de charpente destinées à relier ensemble tous les pieux d'une même file.

C'est là une main-d'œuvre aisée à exécuter lorsque les têtes des pieux peuvent être mises à sec, mais qui devient souvent fort délicate et difficile lorsqu'il faut y procéder sous une couche d'eau plus ou moins profonde.

Toutes les fois que la nature du terrain dans lequel les pieux sont battus est telle qu'à l'aide de batardeaux, ou de caissons sans fond à parois étanches entourant complètement

la fondation, on puisse pratiquer des épuisements sans trop de dépense, on ne doit pas hésiter à prendre ce parti. Les pieux étant mis à découvert, on effectue le recépage à la scie ordinaire^ puis on répand sur le sol de la fondation une forte couche de béton dans laquelle toute la partie des pieux en saillie sur le fond doit se trouver entièrement noyée et, cela fait, on pose les chapeaux en les assemblant et les fixant le plus solidement possible sur la tète des pieux. On relie également les files extrêmes à Taide de fortes moises posées à angle droit par rapport aux chapeaux, et on comble, encore avec du béton, tous les vides existant jusqu'à leur face supérieure entre les pièces de charpente posées en dernier lieu. Enfin on établit sur le tout un solide plancher composé de forts madriers jointifs sur lequel sera posée la première assise de maçonnerie.

Anciennement, l'emploi de ces plates-formes en charpente était Fegardé, en quelque sorte, comme obligatoire. On donnait le nom de chapeaux^ comme nous l'avons dit, ou de traversines,aux pièces reposant directement sur la tète des pieux, et celui de racinaux ou longrines aux pièces qui les croisaient à angles à peu près droits.

L'ensemble de cette charpente à claire-voie, composée de pièces croisées, porte le nom de grillage. Pour certains ponts où le déversement des pieux n'était pas à craindre, les chapeaux ont été simplement posés sur les tètes des pieux sans aucun assemblage ni cheville ; ailleurs, au contraire, des tenons ont été disposés sur la tète des pieux et engagés dans des mortaises préparées dans les chapeaux, puis chevillés ou boulonnés.

Nous venons de supposer que les tètes des pieux pouvaient être mises à découvert pour le recépage ; mais fort souvent c'est à une plus ou moins grande profondeur au-dessous de la surface de l'eau que celte opération doit être effectuée.

On emploie pour cela des scies montées sur des armatures plus ou moins compliquées, suivant le degré de perfection qu'on veut atteindre. Le premier ingénieur qui ait fait usage d'un appareil de ce genre, M. de Cessart, s'était proposé de dresser la tète de chaque pieu suivant une coupe exactement

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plane et horizontale^ de sorte que l'armature de la scie présentait nécessairement une assez grande complication ; elle exigeait par suite un temps fort long pour être montée puis déplacée, pour chaque pieu, et, bien qu'elle ait été très longtemps employée, elle ne faisait en réalité par jour que fort peu de besogne utile.

Au pont de Bordeaux, on obtint de meilleurs résultats de remploi d*une scie circulaire montée sur un arbre vertical, et eest par ce moyen qu'à Pépoque actuelle, en Hollande, on effectue, à de très grandes profondeurs, des récépages très ré* guliërement et très rapidement exécutés.

L'appareil le plus simple et le plus souvent employé est la scie oscillante telle qu'elle a été disposée pour la première fois par M. Baudemoulin, vers 1840, pour des travaux de restauration du pont de Tours. Elle consiste en une scie ordinaire de 1" environ de longueur, montée sur deux pièces courbes en chêne ou perches partant, de ses extrémités pour venir se joindre à une hauteur de 2"^, 75 au-dessus et s'assembler sur une tige verticale percée d'un certain nombre de trous. Une simple cheville passée dans l'un de ces trous, et engagée sur une pièce fixe, sert d'axe de rotation au système et permet d'imprimer k la scie un mouvement de va-et-vient. La pièce fixe est posée sur la tète même du pieu qu'on veut récéper et^ à l'aide des trous qu'elle porte elle-même et de la cheville mo-* bile dont on peut faire varier la position, on règle la profon-deur à laquelle la scie agira. Cela fait, deux ouvriers, placés l'un d'un côté, l'autre de l'autre, font mouvoir la scie à Paide de liges rigides fixées à ses deux bouts et parviennent ainsi assez rapidement, avec un peu de pratique, à récéper les pieux à la hauteur voulue. La coupe qu'on obtient est sans doute cylindriquie et non plane, mais avec un rayon d'oscillatioa de S'^ par exemple et des pieux carrés de O^^ySO de côté^ la flache due à la surface cylindrique de la tète est à peine de 4 millimètres ; elle se réduit à 2 millimètres pour des pieux de 0"',22 de côté et il n'en peut résulter aucun inconvénient sérieux dans la pratique.

D'après M. Baudemoulin S avec un semblable appareil,

1. Annales des ponts et chaussées, 1841 (n» 5), 1er semestre, page 224« Voir aussi le !«' semestre de 1846, page 328.

deux ouvriers, dont un charpentier et un aide, ont pu exécuter à la tâche, dans d'excellentes conditions, le récépage d'un grand nombre de pieux à raison de 29 environ par journée de 10 heures de travail.

Toutefois, la profondeur de récépage qu'on peut atleindrc de cette façon est assez limitée, et sous ce rapport la scie circulaire montée sur axe vertical et actionnée soit à bras, soit par une machine à vapeur, doit être préférée. Ce dernier appareil devient même le seul applicable lorsqu'il s'agit de récéper des enceintes de pieux jointifs.

En Hollande, pour le pont de HoUandsch-Diep, près de Mœrdyck, composé de 14 travées métalliques de 100 mètres de portée reposant sur des piles en maçonnerie, celles-ci sont fondées sur des pieux récépés à l'aide de la scie circulaire, mue à la vapeur, à une profondeur de 6", 25 au-dessous du niveau moyen des marées, et atteignant jusqu'à 9 mètres au moment des hautes mers.

A Amsterdam, des récépages analogues ont été exécutés avec un plein succès à une profondeur de 7*° en y employant une simple scie circulaire manœuvréc à bras.

De quelque façon que le récépage soit effectué, l'important est d'établir une liaison aussi parfaite que possible entre tous les pieux et de préparer, par dessus, un plan de fondation: offrant les meilleures garanties de solidité.

Diverses dispositions peuvent être adoptées pour cela. La plus usitée autrefois consistait, comme nous Tavons dit, dans l'exécution d'un grillage et d'une plateforme en charpente ; mais actuellement elle est peu appliquée et l'on préfère relier la tète des pieux à l'aide de massifs de béton, d'épaisseur plus ou moins forte, dans lesquels toutes les tètes des pieux se trouvent noyées. Il faut pour cela récéper d'abord les pieux à une certaine profondeur au-dessous des plus basses eaux, puis entourer toute la fondation soil d'une enceinte de pieux et palplanches jointifs, soit d'un caisson sans fond, et procéder ensuite au coulage du béton, comme nous le dirons plus loin, en ayant soin de bien remplir tous les vides existant entre les pieux, depuis le fond jusqu'à la hauteur du plan de récépage, et de constituer un massif d'une homogénéité parfaite sur toute son épaisseur, jusqu'au plan de fondation.

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C'est de cette façon qu'on a procédé pour le pont do Hollandscii-Diep déjà cité. Ainsi que le montre notre croquis, les pieux battus dans la vase émergeaient de 0*,75 aeulemenl audessus du fond. Une enceinte de pieux débités à la scie et

assemblés k languettes entourait la fondation de chaque pile et l'on a donné au ma-ssif de béton une épaisseur de 5°*, 50, avec une largeur excédant de deux mètres, en tous sens, celle de la première assise de maçonnerie. Celle-ci, à. l'aide d'épuisements, a été établie à l',50 au-dessous du niveau moyeu des marées.

Avant que l'emploi du béton fût aussi général qu'il l'est deveau depuis les progrès réalisés dans la fabrication des chaux hydrauliques et des ciments, on a souvent fait usage, pour les fondations sur pilotis, de bateaux ou caissons foncés, descendus sur les tètes des pieux préalablement récépées suivant un même plan et reliées entr'ellus soit à l'aide de grillages en charpente, soit autrement.

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C'est ainsi, par exemple, qu'a été fondé le pont de Bordeaux, terminé en 1822 par M. Deschamps.

Il s'agissait là de s'établir sur un fond de sable vaseux extrêmement affouillable, situé à une profondeur de 6 à 10 mètres au-dessous des basses mers, et recouvrant un terrain un peu plus consistant, situé lui-même à une profondeur variant de 12 à 16 mëtres. Les courants de la Garonne atteignent fréquemment, en ce point, une vitesse de 3 mètres par seconde, tant au flot qu'au jusant, et-les plus fortes marées s'élèvent jusqu'à 6'", 20 au-dessus des basses mers.

Nous rappelons d'ailleurs que le pont se compose de 17 arches en arc de cercle, dont Fouvcrture varie de 20", 84 vers les rives à 26"*, 49 au milieu, et que sa longueur totale est de 486™,68.

Chaque pile est fondée sur 220 pieux en bois de pin, battus avec le gros bout en bas et munis de sabots en fonte, fixés au moyen d'une tige centrale en fer barbelé. Afin d'éviter pendant le battage les déversements que le peu de consistance du fond vaseux donnait Ueu de craindre, on avait descendu à une certaine profondeur sous Teau, sur l'emplacement de chaque fondation, des grillages en charpente dans les cases desquels les pieux étaient engagés au moment de la mise en fiche, de façon à se trouver ainsi maintenus. Après le battage, on a rempli très exactement, avec des enrochements, tous les vides existant entre les pieux, et les grillages y sont restés engagés, contribuant de la sorte à établir une complète solidarité entre toutes les parties de la fondation. La vase particulièrement agglutinante de la Garonne a rapidement rempli les in* tervalles des moellons composant les enrochements, et ceux-ci ont formé une masse compacte sur laquelle les courants n'ont produit aucun afFouillement. Les pieux ayant été récéfMés à 3", 75 en contre-bas des basses mers, à l'aide de la scie circulaire employée là pour la première fois, et les enrochements bien arasés à cette même hauteur, c'est sur la base ainsi obtenue qu'on a fait descendre les caissons foncés contenant les maçonneries de fondation.

Le dessin suivant représente la coupe longitudinale de l'un de ces caissons.

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La partie inférieure, sur P.IS de bauleur, avait la forme d'une pyramide tronquée de 23 mètres de longueur sur S'.âO de largeur, à la base inférieure, et 2a",20 sur 7",40 à la base supérieure, puis la paroi était verticale »ur è^^l^ de hau-

Cttiasong Toncès ilu pont de Boitloaui.

leur ; le tout était composé de fortes pièces de charpente, avec double plancher à la base inférieure et parois calfatées sur tout le pourtour. Afin d'en maintenir les côtés longiludinaus, des cloisons transversales divisaient les caissons dans le sens de la longueur en quatre compartiments séparés, comme le montre la coupe ci-dessus. C'est dans ces compartiments que l'on commençait les maçonneries pendant que les caissons étaient à Ilot ; lorsque leur poids devenait suffisant pour amoner le fond b porter sur les pilotis, on avait soin, à l'aide de vannes et de clapets disposés k cet effet, de prévenir les soulèvements que les variations incessantes du niveau de l'eau k l'extérieur, à cause des marées, auraient pu occasionner.

Les fondations ainsi exécutées ont eu un plein succès, et le pont s'est constamment maintenu d'une façon parfaite. Pour prévenii' les affouillements, les enrochements immergés entre tes pilotis ont été continués, dans l'intervalle des piles, formant ainsi une sorte de radier général qui a rapidement pris une grande consistance et est resté inattaquable.

Au pont d'Iéiia construit à Paris par M. Lamandé, 10 ans environ avant te précédent, c'est également k l'aide de caissons foncés échoués sur la tète des pieux que les fondations ont été établies ; mais comme la charge est de 52.000 kilogrammes pour chaque pieu et que la tète de ceux-ci est en

iU CEIAPITRE )I — FONDATIONS

saillie de 5 inèlro» par rapport au fond de la rivière, on n'a pas jugé de simples enrochements suffisants pour en remplir tes inlcrvallos et l'on y a employé du béton, ce qui est probablement l'application la plus ancienne qui ait été faite de b^ton immergé pour fondation.

PONT D'IKNA A PARIS

Couiio IrniiKVi^rsale <lo In fumUlJon il'unc pile. Plsn.

Pour rompre le courant et facililor l'immersion du béton on avait d'abord battu tout autour de l'emplacement de chaque fondation, comme le montre le croquis ci-dessus, deux enceintes continues dans l'intervalle desquelles étaient immergées des fascines, maintenues par de forts blocs de pierres.

La période des travaux à laquelle le dessin se rapporte est celle où le caisson encore flottant est amené au-dessus des pilotis.

Après exécution dos premières assises do maçonnerio cl lorsque les caissons ont été échoués sur les têtes des pieux, on a enlevé les enceintes de palplanches et complété les enrochements.

Les caissons employés dans cette circonstance n'avaient, à la partie inférieure, que les dimensions strictement nécessaires pour contenir les maçonneries, comme le montre le plan ; c'est une disposition de nature à rendre fort incommode l'exécution des premières assises, et généralement on donne aux caissons des dimensions plus grandes.

Au pont de Rouen, construit comme le précédent par

l m - ENIIOCIIIKMKNTS, PILOTIS, BÉTON, It\DIERS 173

PONT DE ItOUEN — FONDATION

Coupe transversale snr une pile.

KUvalion il'iine pili' torr

M. Lamandé, dont los fondations établies d'une manière ana- , logue comportaient de bien plus grandes difficultés, les dispositions spéciales adoptées ont été les suivantes :

Bien que le plan de récépage eût été descendu à 3 mètres en contre-bas du niveau moyen des marées et à 5 mètres audessous des hautes mers, Ie3 tètes des pieux étaient encore en saillie de 5"^ 70 sur le fond du Ht. De même qu'au point d'Iéna, au lieu d'enrochements on a immergé du béton dans les intervalles et, pour donner plus de solidité au massif ainsi obtenu, > la double enceinte de palplanches jointives entourant la fon* dation de chaque pile a été disposée en crèche basse destinée à rester en place après l'achèvement des tf*avaux,et remplie elle- l même de béton. Enfin du béton a été immergé encore en < dehors de la crèche et sur tout son pourtour avec talus dressé j à peu près à 45 degrés.

Les dessins qui précèdent feront comprendre l'ensemble de ces dispositions.

Le premier est la coupe transversale d'une pile après échouage du caisson foncé et pendant l'exécution des travaux.

Le second représente cette même pile terminée avec enrôlements ajoutés tout autour et par-dessus les crèches basses.

Les caissons foncés échoués sur pilotis ont été souvent employés pour des ponts de construction plus récente.

Les dessins suivants représentent ceux qu'on a adoptés pour les fondations du pont de Bouchemaine, sur la Maine.

Ces sortes de caissons, exécutés avec parois soigneusement calfatées, sont de véritables bateaux qu'on amène, comme nous l'avons dit, au-dessus des pilotis d'abord récépés aussi bas qu'on l'a jugé utile. Lorsque, par l'effet du poids des maçonneries commencées sur leur fond, on en a déterminé l'échouage sur les tètes des pieux, les maçonneries sont continuées à sec; jusqu'à ce que leur hauteur dépasse le niveau le plus élevé que les eaux puissent atteindre à Textérieur, on exécute de suite les rejointements et les ravalements; cela fait on enlève tout le pourtour du caisson, qui doit être disposé pour rendre cette opération aussi aisée que possible. Le fond, formant plateforme au-dessous de la première assise, reste seul engagé dans les fondations*

I m — ESROCHEMENS, PILOTIS, BÉTON. RADIERS 477

PONT DE BOUCHEMAINR, SUR LA MATNE

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