Annftles des PonU et Cbau de 1859, ("semestre {w
ou tambours superposés au nombre de 11, de 1"',815 de hauteur chacun, formant ainsi une colonne de 20 mètres de hauteur totale. La fonte a trente-cinq mitlimëtres d'épaisseur, les joints ont ét^ dressés sur le tour et l'assemblage est fait & l'aide débrides ol de boulons.
Le dessin en marge montre les dispositions P0NTDE8ZEGED1N et le profil de ces joinU.
Fondations. Chaque pile repose sur deux tubes sembla-
bles, et les dimensions indiquées ci-dessus sont calculées de façon que la pression ne dépasse pas sous la charge d'épreuve 7 kil. 32 par centimètre carré sur le sol de fondation. î On avait pensé pouvoir étancher exaclemenl
les joints à l'aide d'un mastic composé de limaille de fonte mélangée d'une petite quantité de sel ammoniac et de (leur de soufre, mais le résultat a laissé à désirer et il eût Détail dujoiDt des été préférable d'employer, comme on le fwl Cs "^fôiito"^ '" maintenant dans les cas analogues, des tubes de caoutchouc de petit diamètre logés et serrés entre les deux bords de fonte, dans une rainure circulaire préparée dans ce but au moment de l'ajustage.
La mise en place des colonnes s'effectuait à l'aide d'un échafaudage que le dessin de ta page suivante représente, avec assez de détail pour en bien faire comprendre les dispositions.
Cinq fermes semblables à celle figurée sur ce dessin, espacées de 4 mètres et reliées par des moises et des parties de plancher formaient, dans leur ensemble, 4 compartiments de 4 mètres surS mèlres dont deux pour le passage des tubes et les deux autres, avec plancher, servant de dépôt.
La circulation était assurée à l'aide de planchers disposés au bas des étais inclinés.
Après avoir amené, sur les planchers de l'échafaudage, les anneaux inférieurs d'une colonne, on les assemblait verticalement, les uns au-dessus des autres, puis on les amenait audessus des vides par où ils devaient descendre et on les suspendait, k l'aide du croisillon en [Mo. C à trois branches per-
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POiNT DE SZEGEDIN. — Fondations,
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Mise en place clos lubes en fonte.
m CHAPITRE II — FONDATIONS
mettant de saisir la bride supérieure par six trous de boulons, au fléau D et aux treuils E, E.
On continuait le montage, toi^ours hors de l'eau, et, la colonne terminée, on la laissait couler avec précaution jusque sur le fond de la rivière.
Le bord inférieur du premier anneau était profilé en biseau, et par TefTet seul de leur poids, qui était de 30 tonnes, les colonnes s*enfoncërent dans le sable vaseux de quantités variables, atteignant en moyenne un mètre enriron.
A la hauteur du joint séparant Tavant-dernier anneau de Tanneau supérieur, un plancher était disposé pour y déposer à l'avance la plus grande partie des outils dont on devait avoir besoin pour le travail à Tair comprimé, puis le sas à air était ajusté et fixé au sommet de la colonne.
Il consistait en un cylindre de tôle de même diamètre que les anneaux de fonte^ fermé dans le haut par un fond également en tôle, et portant dans le bas une cornière circulaire avec trous correspondant à ceux du rebord supérieur du dernier anneau, pour servir à le fixer sur celui-ci. Une bande de 6aoutchouc^ placée entre la fonte et la tôle, assurait Tétanchéité du joint ainsi obtenu.
L'anneau ou tambour supérieur de la colonne de fonte, complété par l'espèce de cloche en tôle placée par dessus, constituait de cette façon une chambre circulaire de 3" de diamè^ tre sur 2"<,90 de hauteur totale.
Le plafond de cette chambre était traversé par deux cylindres M, en fonle, qu'on voit représentés sur le dessin de la page 221, engagés des deux tiers de leur hauteur dans la cloche de tôle et faisant saillie d'un tiers par dessus, en dehors ; ils étaient indépendants Tnn de l'autre et portaient chacun, dans le haut, un clapet ou trou d'homme à charnière horizontale ouvrant de l'extérieur vers l'intérieur, et dans le bas, sur la partie engagée sous le toit supérieur de la colonne, une seconde porte ouvrant de l'intérieur vers l'extérieur. Tous les joints ainsi que le pourtour des clapets ou portes étaient exactement garnis de caoutchouc ; enfin ces mêmes cylindres de fonte, qui constituaient deux sas à air, étaient munis de
tuyaux et de robinets D perméttaat de mettre leur intérieur en commuuioation soit avec Tair extérieur, soit avec Tintérieur de la grande colonne ou tube de fondation, et disposés de façon à pouvoir être manœuvres par des ouvriers placés soit à Textérienr, soit à l'intérieur. Une soupape de sûreté, un manomëtre Bourdon et deux valves spécialement destinées à pdmiettre de produire au besoin des détentes brusques de pression, complétaient Taménagement des deux sas.
Les tuyaux ou conduites d'air étaient en fer, avec assemblages ou raccords à collets et à vis et bouts de caoutchouc in-' tercalés, partout où cela avait été jugé nécessaire pour se prêter aux mouvements des bateaux et aux oscillations des échafaudages.
De fortes surcharges étaient indispensables pour assurer renfoncement des tubf s, à mesure de l'exécution du déblai ; elles consistaient en segments de fonte L, coulés exprès pour cette destination avec les formes voulues pour s^appliquer exactement contre la paroi extérieure des tubes vers le haut ; des consoles I fixées contre cette paroi servaient de supports pour ces poids additiomiels.
L'air comprimé était fourni par deux machines à délente variable et à échappement libre, de la force de iO à 12 che* vaux et pesant à.SOO kilogrammes environ, auxquelles la vapeur était fournie par deux vieilles locomotives embarquées sur deux pontons couplés dont l'un portait les machines ellesmêmes et l'autre la provision de charbon et une guérite.
Ce que nous avons dit, en termes généraux^ du fonctionnement des appareils à air comprimé doit suffire, avec les explications qui précèdent, pour bien faite comprendre comment le travail était conduit à Szegedin.
Le sable vaseux qui constituait le fond de la rivière étant peu perméable, l'évacuation de l'eau contenue à l'intérieur des tubes était assurée au moyen d*un syphon H, qu'on voit figuré sur le dessin de la page 221. C'était simplement un tube en fer de soixante millimètres de diamètre, dont l'extrémité inférieure descendait jusqu*au bas du premier tambour et dont la partie supérieure débouchait à l'extérieur. Le débit en était suffisant pour vider en une heure environ les 20 mètres cubes d'eau contenus à l'intérieur des colonnes.
226 CHAPITRE II — PONDATIONS
Pour diminuer la pression qu'exigeait le fonctionnement de ces syphons, une disposition toute particulière, trouvée un peu par hasard, consistait à laisser un joint à raccord mal serré, dans le bas, de façon à donner passage par là à une petite quantité d'air comprimé qui venait se mélanger à Teau. Soit que par suite de ce mélange la densité moyenne de Teaa contenue dans le syphon fût diminuée, soit plutôt que la vitesse d'écoulement fût accélérée par le mouvement ascensionnel des bulles de gaz, la pression nécessaire pour chasser l'eau à l'extérieur était réellement inférieure à celle que la théorie indiquait.
Lorsque les tubes étaient complètement vidés, les ouvriers pénétraient à l'intérieur à l'aide des sas à air, et le travail commençait.
L'atelier se composait, pour chaque tube, de 9 hommes; un chef d'équipe tant pour l'intérieur que pour l'extérieur, deux mineurs au bas de la colonne, quatre manœuvres installés sur le plancher intérieur pour descendre et enlever les seaux à l'aide d'un treuil, enfin deux manœuvres à l'extérieur pour retirer des sas les seaux pleins à mesure qu'ils y étaient déposés par les ouvriers de l'intérieur, et les renvoyer par la même voie après les avoir vidés.
Les machines exigeaient, en outre, l'emploi d*un mécanicien et d'un aide, sans compter un gardien spécial préposé à la surveillance des manomètres.
Les hommes travaillaient 6 heures et se reposaient pendant six heures. Nous verrons plus loin qu'actuellement la plus longue durée des reprises de travail à l'air comprimé est de 4 heures avec intervalles de repos de 8 heures, même dans les conditions les plus favorables^ c est-à-dire quand la pression ne dépasse pas 1 atmosphère à 1^^ 1/2, et qu'à des profondeurs plus grandes cette durée est de plus en plus abrégée, pour se réduire même à moins d'une heure en cas de pression dépassant trois atmosphères.
A Szegedin, on sortait des tubes, par heure, 15 seaux de déblai de sable et d'argile d'une capacité, chacun, de 70 litres, soit en tout 6"^^, 300 par période de travail de 6 heures.
Pour les fondations tabulaires, un point d'une extrême importance est d'éviter le déversement des tubes métalliques dans leur mouvement de descente, à mesure de Texécution du déblai. On avait disposé pour cela à Szegedin, sur les pieux des échafaudages, des glissières entre lesquelles les tubes étaient fortement assujettis et dont on a obtenu de très bons effets.
La nature particulière du sol a permis d'ailleurs d'appliquer avec succès la manœuvre suivante pour accélérer le fonçage.
Lorsque le déblai atteignait le biseau inférieur du premier anneau de fonte, les ouvriers relevaient, après Tavoir fermée, la partie inférieure du syphon, remontaient leurs outils sur le plancher intérieur et sortaient de Fappareil. On ouvrait alors les valves d'échappement de Tair comprimé et la pression extérieure ne se trouvant plus équilibrée, Teau rentrait avec violence à l'intérieur du tube, entraînant avec elle le sable et la vase, de sorte qu'un affouillement plus ou moins profond se produisant ainsi au-dessous de la colonne de fonte, celle-ci s'enfonçait brusquement d'une quantité correspondante.
Au premier essai qui fût fait à Szegedin de ce procédé, l'effet fût tel que la colonne entraînant violemment ses glissières sembla devoir s'engloutir en entier dans le fond et ne s'arrêta qa*après être descendue, en quelques instants, de 4m, 30. Mais le plus souvent renfoncement a été beaucoup moindre et s'est maintenu entre 1 et 2 mètres.
Cette façon de procéder accélère donc fortement le travail, mais elle présente le danger de donner lieu à des déviations des tubes dans le sens vertical.
Pour corriger ces déviations lorsqu'elles se produisent, divers moyens peuvent être employés suivant l'outillage dont on dispose et les facilités que comportent les échafaudages sur lesquels on s'est installé. Le plus simple consiste à fixer, du côté où la colonne penche, des étais inclinés s'arcboutant dans le haut contre la colonne, et posant dans le bas sur les pieux ou les traverses les plus proches de Téchafaudage ; en continuant le mouvement de descente, la résistance que les
iî8 CHAPITRE II — FONDATIONS
étais opposent d*tin côté force la colonne à se redresser el le plus souvent il en résulte une déviation en sens contraire ; on recommence plusieurs fois et, apr^s ces oscillations autour de la verticale, on parvient d'ordinaire à placer la colonne dans sa situation exactement normale.
On favorise les manœuvres de ce genre tantôt en augmentant la surcharge d'un côté et la diminuant du côté opposé, tantôt en disposant, sur tel ou tel point de la circonférence, au-dessous du biseau, des coins en bois tendant à rendre la descente plus difficile, ou bien encore en creusant le terrain plus profondément d'un côté que de Tautre, etc.
Les résultats obtenus sont d ailleurs fort variables suivant la nature du terrain. Les déviations sont moins fréquentes dans Targile que dans le sable, mais bien plus difficiles à cor* rigor ; le terrain le plus favorable est le gravier, pourvu qu'il ne soit pas mélangé de blocs susceptibles de coincer les colonnes et d'en arrêter la descente en s'arcboutant contre les parois extérieures.
Le foissonnement, c'est-à-dire la différence entre la capacité réelle des colonnes et le cube du déblai extrait, varie également avec la nature du terrain ; à Szegedin cette diffé* rence a été environ du triplé .
Les colonnes étant descendues k la profondeur projetée, comme on se trouvait là sur un sol dont l'incompressibilité n'était pas parfaite, il fût décidé qu'on battrait, à Tintérieur même de chaque colonne, un certain nombre de pieux desti*^ nés, d'une part, à comprimer le terrain au-dessous des fondations, d'autre parl^ à accroître les garanties de stabilité, en ajoutant aux éléments naturels de résistance, sur lesquels on pouvait compter, ceux provenant du frottement de la surface des pieux contre le terrain ambiant.
A cet effet, après avoir laissé Teau rentrer à l'intérieur des tubes, on enlevait les appareils pneumatiques et on installait à leur place des sonnettes spécialement construites pour cet objet. Les pieux, au nombre de 12 pour chaque tube étaient foncés Jusqu'à 6"" environ en contre-bas du bord inférieur. Le battage terminé, on remettait en place la cloche supérieure et les sas à air, on vidait les colonnes et on reprenait le
travail h Tair comprimé pour prooéder au rempliiiag'e an béton.
Getta derniëre opération «'effectuait de la manière suivante :
Une épaisseur de terrain d'environ un mètre était ménagée dans le fond des tubes, en contre«haul du bord inférieur, pour former une sorte de bouchon destiné à atténuer les variations do niveau que les inégalités de pression de l'air comprimé pouvaient occasionner dans la couche d^eau tendant & remonter par infiltration à travers le béton ; puis, on disposait sur ce bouchon une première couche de remplissage en mortier de ciment sur 0n*70 à l"* d'épaisseur, en ayant soin de ménftger au centre un trou circulaire, de 0,20 h 0,30 de diamètre pour assurer au besoin un passage à leau tendant à remonter de bas en haut, en cas de faute quelconque commise dans les mains d'œuvre ultérieures.
Ce trou n'était bouché qu'après prise complète du ciment et au moment où le bétonnage allait commeneer.
Cette dernière opération s'effectuait en laissant tomber d'abord au fond des tubes quelques brouettées de béton pour former matelas, après quoi le béton était introduit, en quelque sorte, par éclusées, c'est-à-dire qu'après avoir rempli de béton l'un des deux sas, les ouvriers de Tintérieur ouvraient la porte inférieure et le béton tombait au fond de la eolonne; le sas était ensuite nettoyé^ puis fermé par le bas et on reoommonçait à Je remplir .pour le vider de la même manière et ainsi de suite.
On avait soin d'ailleurs,. chaque fois que le béton atteignait la hauteur des nervures horizontales de deux anneaux superposés, de le bourrer exactement contre les parois de fonte pour ne laisser subsister aucun vide ; enfin, lorsque le béton à rintérieur des tubes atteignait la moitié environ de la hauteur
de l'eau à l'extérieur, on admettait que l'équilibre était établi ; on cessait le travail à l'air comprimé, et le remplissage était terminé à l'air libre.
n ne restait plus, après cela, qu'à exécuter la maçonnerie superposée au béton pour former le couronnement de la pile et à procéder à la pose du tablier métallique.
Le pont entier, malgré des interruptions de travail causées
230 CHAnTRE U -• FONDATIONS
par la rigueur exceptionnelle de l'hiver f fê7-4ftS8^ a été terminé en deux ans.
Des chiffres contenus dans le mémoire de M. Cézanne, relirtivement aux dépenses, il y a intérêt à retenir ceux qui suivent.
L'outillage d'une équipe a coûté 34.000 fr., comprenant :
Une machine pneumatique avec ses accessoires, tels que tuyaux, garnitures en caoutchouc, raccords, le tout du poids de 7.000 kilogrammes à 2 fr. l'un, 14.000 fr.
Une pompe à air pesant 1.200 kilogrammes à 4 fr. l'un, 4.800
Surcharge en fonte brute pesant 40.000 kilogrammes à 0 fr. 10 4.000
Pontons et machines k vapeur 11.200
Total pareil ... . 34.000 fr.
Cette somme est naturellement à répartir sur la totalité de
la fiche pneumatique effectuée par équipe avec l'emploi de ce
matériel.
Le transport de celui-ci d'une pile à une autre coûtait 300 f.,
et 175f. seulement pour passer du premier au second tube
d'une même pile.
La main d'œuvre nécessaire pour le fonctionnement des
appareils a coûté, par heure, 10 fr. 62 se décomposant de la
manière suivante :
8 manœuvres à 0 fr. 35 l'un * 2 fr. 80
1 mineur, 0,50 0 50
1 aide-chauffeur, 0,25 0 25
1 gardien, 0,25 0 25
Dépenses accessoires 0 30
Total .... 4 fr. 10
Frais généraux - de la main-d'œuvre .... 1 37
Primes aux ouvriers pour le déblai .... 0 40
Combustibles et fournitures diverses .... 4 75
Total. . . . 10 fr. 62
1. La compositioû de l'atelier, d'après ce détail, n'est pas tout à fait la môme que celle indiquée, également d'après M. Cézanne, à la page 226.
Les colonnes, au nombre de 12, employées pour les 6 piles du pont ont pris ensemble une fkhe pneumatique de 97 mètres linéaires ; ce travail a exigé :
10 bardages des appareils à 300 fr.,. . . . 3.000 fr. » 21 déplacements des appareils à 175 f r . . . 3.673 » 3.451 heures de main-d'œuvre à 10 fr. 60 . . 36.880 60
Total 43.265 fr. 60
Soit par mëlre courant de fiche par colonne, au moyen de lair comprimé, un prix moyen de 446 francs.
Pour obtenir le montant exact de la dépense totale, il faudrait ajouter à ce dernier chiffre une part proportionnelle de la fourniture, du transport sur le chantier et de l'entretien des appareils, de la façon des joints, de Téchouage des colonnes, des journées de charpentier employées pour la mise en place de ces dernières, en diriger la descente, les redresser, etc.
Le cube du béton de remplissage a été de 902 mètres et son introduction dans les colonnes, à travers les sas à air, a exigé 252 heures de travail à 10 fr. 62, ce qui correspond à un prix moyen de 2 fr. 97 par mètre cube, non compris toutefois le bardage dû béton, depuis le chantier de fabrication jusqu'au lieu d'emploi.
II sera toujours aisé d'évaluer à l'avance, d'après ces chiffres, la dépense probable à faire pour Tcxécution de fondations sur un point quelconque suivant le même procédé, et dans tous les cas on y voit la preuve que pour le pont de Szegedin ces dépenses ont été infiniment moins élevées que celles faites précédemment en Angleterre, dans des circonstances analogues.
En France, à partir de 1859, les applications de Taîr comprimé aux travaux de fondation se sont rapidement multipliées, et l'on a pu y introduire dès le début les plus remarquables perfectionnements.
Nous allons sommairement exposer les dispositions adoptées, pour les ouvrages dont l'exécution a offert le plus d'intérêt.
L'établissement de la section de chemin de fer destinée à former le prolongement de la ligne de Paris à Strasbourg, pour
la raccorder avec les lignes du duché de Bade, ayant nécesBilé la construction d'un pont sur le Rhin aux environs de Ketil, remplacement en fut fixé en un point où la rivière, large d'environ mo mètres, coule sur un lit de graviers et de galets d'épaisseur presque illimitée, dans lequel, par les plus grandes crues «peuvent se produire desaSbuillements de i5 à 17 mètres
de profondeur.
Après conférence avec les ingénieurs Badois, il fut convenu que le pont se composerait de trois travées centrales de 56 mètres d'ouverture, comprises entre deux travées mobiles de 32 mètres de volée, un^ sur chaque rive, et que les fondations en seraient descendues jusqu'à une profondeur de 20 mètres audessous de Tétiage.
L'exécution de ces fondations fut d'ailleurs réservée aux ingénieurs français.
Il s'ftgissait de fonder en rivière deux piles^culées de 23«,35 de longueur sur 7 mètres de largeur, et deux piles intermédiaires de même largeur mais de 17'",50 seulement de longueur.
Après s'être décidé pour l'emploi de l'air comprimé, qui seul pouvait permettre d'atteindre la profondeur voulue, M. Fleur- St-Denis, ingénieur des Ponts et Chaussées^ auteur du projet, proposa de substituer aux cylindres de tôle ou de fonte, employés jusqu'alors, des caissons de forme carrée en plan, ouverts par le bas et solidement fermés parle haut pour servir de chambres de travail.
Ces paissous ont 7°*,50 de longueur sur 5'",80 de largeur et 3",40 de hauteur ; ils ont été exécutés en tôle et pèsent chacun environ 30 tonnes.
Quatre caissons semblables juxta-posés ont été employés pour chaque pile^euléo, comme le montre la figure, et trois seulement pour les piles intermédiaires.
I IV — FONDATIONS A L'AKl COMPRIME 233
Sur le plafond de chaque caisson avaient été lixées trois cheminées cylindriques, l'une au milieu, à ba$ê elliptique de 2'",20 sur 1°',49, les deux autres à base circulaire de 0',50 de rayon.
Le dessin représente une coupe verticale en long des quatre caissons d'une pile-culée, avec indication de l'ensemble des échafaudages el de l'aspect du chantier pendant le travail à l'air comprimé. Les cheminées latérales de i" de diamètre n'y
figurent pas, ipais on y voit^ descendant jusqu'à un niveau inférieur à la base du caisson, les grandes cheminées centrales dont nous allons expliquer la destination.
Mais d'abord il avait fallu assurer Timmersion dos caissons et leur descente à travers la couche de gravier à mesure de Texécution du déblai^ et c'est en cela que les dispositions adoptées à Kehl ont constitué une innovation de la plus grande importance.
Au lieu des surcharges dont nous avons parlé pour les ouvrages précédents, M, Fleur-St-Denis eût Tidée d'employer la maçonnerie même des piles pour en ajouter le poids à celui des caissons et équilibrer ainsi les sous-pressions dues à ractioa de Tair comprimé.
Pour cela, après avoir effectué le montage des caissons sur Téchafaudage entourant la fondation, et les avoir suspendus au moyen de forts vérins, au nombre de 8 par caisson, au-dessus de l'emplacement où chacun d'eux devait être immergé, on construisait les premières assises de maçonnerie sur le caisson même, à l'air libre, en les revêtant, à mesure qu'elles s'élevaient, d'un bordage en bois solidement fixé, dans le bas, à la paroi supérieure de la chambre de travail. On laissait d'ailleurs descendre graduellement tout Pensemble au moyen des vérins, en maintenant toujours au-dessus de l'eau le bord supérieur du revêtement en bois, et l'on arrivait ainsi à faire reposer la chambie de travail sur le fond de gravier.
A ce moment, le travail à lair comprimé pouvait commencer, mais on n'interrompait pas la construction des maçonneries supérieures, afin d'avoir toujours un excédant de charge.
La cheminée elliptique centrale, dont le bord inférieur dépassait de 0™,60 celui de la chambre de travail, arrivaitla première à toucher le fond, mais elle donnait passage à une noria à godets, à l'aide de laquelle, comme le dessin précédent le montre, on pouvait pratiquer une première excavation dans laquelle le bout inférieur de la cheminée venait se loger sans avoir à porter le poids du caisson et des maçonneries superposées, qui restaient suspendus aux vérins.
Ce premier résultat obtenu, on pouvait chasser l'eau de la chambre de travail pour y introduire les ouvriers et commencer le déblai.
Les sas à air étaient disposés au sommet des cheminées latérales étalaient 2 mètres de diamètre sur 3 mètres de hauteur. Ils étaient spécialement affectés à Feutrée et à la sortie des ouvriers.
Dès que la chambre de travail était vidée, les ouvriers y descendaient et le déblai commençait. On y procédait eu poussant le gravier dans Fexcavation existant au-dessous de la cheminée centrale, d'où il était enlevé à mesure par les godets de la noria et Ton conduisait le travail de façon à assurer la descente régulière du caisson sur tout son pourtour.
Nous avons dit qu'on avait employé 4 caissons juxtaposés pour les piles-culées et 3 pour les piles ordinaires. M. Fleur- St-Denis, en effet, tout en abandonnant le système des fondations tubulaires, n'avait pas osé, du premier coup, exagérer les dimensions des caissons ; mais la régularité de la marche du travail fût telle, dès Texécution des fondations des premières pilesy qu'on acquit la conviction que rien ne devait empêcher de faire usage d'un caisson unique pour chaque fondation. On ne prit pas précisément ce parti, mais au lieu de laisser les caissons d'une même pile indépendants les uns des autres, comme on l'avait fait pour la première fondation, on les relia, dès la seconde, très fortement entr'eux pour rendre leurs mouvements solidaires ; c'est là, certainement, l'origine des caissons de dimensions de plus en plus grandes dont on a fait usage depuis.
Au pont de Kehl, la régularité parfaite de la descente a permis, à partir d'une certaine hauteur, de supprimer les parois transversales des revêtements .^n bois juxtaposés, pour ne laisser que les parois extérieures formant le pourtour de la pile, comme le montre le dessin, et la maçonnerie de remplissage a été exécutée en même temps sur toute la section, en plan, de chaque pile.
Dans la partie supérieure, sur 5 mètres de hauteur, l'enveloppe en bois a été soigneusement calfatée, tant pour exécuter les premières assises des socles des piles, avec épuisements comme on le fait à l'intérieur d'un batardeau, que pour se mettre à l'abri de crues subites.
Lorsque les caissons avaient atteint la profondeur voulue^
on bouchait la cheminée ce n Irai e à ia hauteur du plafond de la chambre de travail, on en démontait la partie inférieure et l'on procédait au remplissage en béton de la chambre, en prenant les précautions usitées en pareil cas pour ne laisser subsister aucun vide ; on remplissait également en béton les che< minées en y travaillant d'abord à Tair comprimé jusqu'à une certaine hauteur, puis, dès que l'arrivée de Teau de bas en haut n'était plus à craindre^ on continuait à Tair libre et la fondation se trouvait terminée.
X Le fonctionnement des appareils à air comprimé a exigé remploi de cinq machines soufflantes actionnées par un égal nombre de machines à vapeur d'une force normale, ensemble, de 77 chevaux, ce qui était peut-être un peu exagéré.
Le fonçage a été en moyenne de 0">,33 par journée de travail, celle-ci ayant une durée effective de 16 heures.
Les travaux ayant été commencés, comme nous l'avons dit, le 22 mars 4859, la dernière fondation était terminée le 24 décembre de la même année et le ponl livré à la circulation le 11 mai 1861.
Les dépenses se sont élevées à 7.120.000 francs, comprenant :
Organisation des chantiers 197.500 fr.
Ponts de service et vannages d'enceintes %00. 000 »
Piles-culées i ?!'« rf' IZ^ *
i Rive droite 630.000 »
Les deux piles intermédiaires, ensemble i. 000. 000 »
p . j Rive gauche 775.000 »
uuiees,... j pj^g^^Q^g 775.000 .