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Portalis, Éloge du président Sèguier, pages 46 à

d'appeler à leur aide les rigueurs du bras séculier. Si nous sommes entièrement d'accord avec Portalis sur le danger social des systèmes matérialistes et athées, nous ne pouvons partager son opinion sur les moyens de les combattre ; mais nous admirons l'éloquence avec laquelle il en signale les inconséquences et les contradictions :

« Quels avantages la raison, la philosophie et les » lettres pourraient-elles retirer de ces faux systèmes » dans lesquels on suppose qu'une fatalité aveugle au- » rait produit des êtres intelligents; que la justice ré- » side uniquement dans les coutumes et les conventions » sociales, qui ne pourraient elles-mêmes exister sans » la justice ; que l'homme, dont l'attribut principal est » la pensée, n'est qu'une portion organisée de la ma- » tière qui ne pense pas ; et qu'il faut reléguer dans la » classe des simples machines un être qui a créé la » mécanique, et qui a su découvrir l'admirable méca- » nisme de l'univers?

» De pareils systèmes uniquement propres à dessé- » cher le cœur et à rétrécir l'esprit, sont plus près de » la barbarie que l'on ne pense. S'ils pouvaient préva- » loir, ils feraient rétrograder les nations vers ces opi- » nions grossières qui n'ont été dominantes que chez » les peuples sauvages, qui ont précédé nos véritables » connaissances, qui ont été insensiblement minées » par les progrès de la civilisation, et qui ne furent » plus que le partage d'une multitude ignorante, à » mesure qu'on s'éleva à des notions intellectuelles.

» En effet, à quoi se réduirait l'idiome d'un peuple

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» de matérialistes et d'athées, qui aspirerait à mettre » son langage en harmonie avec ses systèmes ? Quelle » pourrait être la littérature de ce peuple rendu étran- » ger à toutes les idées qui impriment le sentiment du » sublime et du beau, à toutes celles qui agissent forte- » ment sur l'imagination ou qui donnent un doux » ébranlement à l'âme?...

»... Enfin, dans l'hypothèse du matérialiste et de » l'athée, que deviendraient les sociétés et les gouver- » nements? Gomment se promettrait-on de former le » citoyen avec des opinions qui dégradent l'homme?... » On sentirait le besoin d'avoir des mœurs, et on ne » croirait point à la morale ; les crimes seraient punis » par les lois, et les coupables seraient absous par la » doctrine ; on recommanderait la vertu à des êtres à » qui l'on refuserait la liberté de choisir entre une » passion et un principe, entre un penchant et un de- » voir; les institutions seraient sans cesse démenties » par la croyance ; on serait forcé de se montrer incon- » séquent, pour travailler à se rendre moins malheu- » reux '....»

Cet éloquent discours, lu à l'Académie par M. de Fontanes et embelli de toutes les grâces de sa merveilleuse diction, obtint un éclatant succès. Portalis le fit imprimer, et il arriva promptement à sa seconde édition.

Ce fut sa dernière œuvre littéraire. Sa réception à l'Académie avait eu lieu le 2 janvier 1806; dans le

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courant de l'été de la même année, il se fit opérer de la cataracte. Cette opération longue et douloureuse parut d'abord avoir réussi; mais sa joie et celle des siens furent de courte durée : au bout de quelques jours, la cécité devint complète. Il accepta cette épreuve avec une résignation et un courage admirables, trouvant jusque dans son malheur un sujet de consolation : « Le bonheur de l'homme, disait-il, est imparfait » comme lui-même. J'ai pu, du moins, voir mes pe- » tits-enfants '. » Aucune plainte, aucun murmure ne lui échappa; et, peu de temps après, lorsque ses amis vinrent sur sa tombe lui adresser un dernier adieu, cette admirable fermeté en face d'une si cruelle infirmité fut un des traits de son caractère qu'ils rappelèrent avec le plus d'éloges :

« Je me souviendrai toujours avec attendrissement, » dit le Grand-Juge Régnier, de la constance et de la » résignation sublimes avec lesquelles cet homme vrai- » ment vertueux supporta son malheur... Lorsqu'il » reparut au milieu de ses collègues pour reprendre ses » fonctions accoutumées, le même calme, la même » sérénité, la même douceur et la même égalité d'hu- » meur qu'auparavant 2. »

Ce calme apparent sous lequel Portalis dissimulait sa profonde douleur, prouve quelle force d'âme cachait la douceur de ses formes et l'aménité de son caractère ; mais de tels efforts ne se prolongent qu'aux dépens de la vie. La santé de Portalis déclina rapidement:

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