Idid
chevalier de Malte qui avait excité des troubles au théâtre, Tordre avait déclaré à jamais indignes d'être admis dans son sein le marquis et sa postérité. Portalis, consulté, n'hésita pas à conseiller l'appel comme d'abus, et, malgré le crédit de l'ordre de Malte, il soutint ses conclusions devant le Parlement d'Aix, qui lui donna gain de cause. Irrité de cet arrêt et plus encore de la hardiesse avec laquelle Portalis avait discuté les prérogatives et la constitution de l'ordre, le grandmaître porta plainte à Versailles. A cette nouvelle, la Provence entière protesta : le barreau, l'administration provinciale, la Cour des Aides, le Parlement adressèrent au Roi des suppliques en faveur de Portalis, et Louis XVI le fit assurer de sa protection dans les termes les plus flatteurs l.
Au milieu des incidents que souleva ce procès, Portalis avait à en suivre un autre et à lutter contre le premier orateur des temps modernes, Mirabeau. A peine sorti du donjon de Vincennes où l'avait fait enfermer la rigueur paternelle, Mirabeau était retourné en Provence, et, malgré le scandale encore récent de ses liaisons avec Sophie de Monnier, il voulut contraindre la comtesse de Mirabeau à revenir auprès de lui.
i. Dans la notice biographique qu'il a consacrée à la mémoire de son père, M. le comte Purlalis cite (paye 9) un extrait de la dépêche qui fut adressée à Portalis et qui donne une étrange idée du style diplomatique alors en usage. « M. le comte de Vergennes, » ministre des affaires étrangères, écrivit à Portalis : Sa Majesté • n'oubliera jamais le degré de protection qu'elle doit à un sujet » aussi utile et aussi estimable que vous, contre les prétentions » d'un ordre que le bien public demande qu'elles soient restreintes » (sic). »
AVOGAT 27
Celle-ci répondit par une demande en séparation que six avocats du barreau d'Aix appuyèrent dans une consultation écrite et que Portalis fut chargé de soutenir à l'audience. Les débats attirèrent une affluence immense; « malgré la garde triplée, portes, barrières, » fenêtres, tout fut envahi, enfoncé par la foule; on » dit même que ceux qui ne purent pénétrer dans l'en- » ceinte essayaient au moins de voir du dehors, en » montant sur les toits. L'archiduc de Milan, frère de » l'empereur Joseph II et de la reine Marie-Antoinette, » et l'archiduchesse sa femme, assistaient à l'audience » dans une tribune !. »
Mirabeau plaida lui-même sa cause. Il fut pathétique et fougueux, il émut les juges, il transporta l'auditoire : en un mot, il révéla ce qu'il devait être bientôt à l'Assemblée nationale. Portalis, à son tour, se leva, pleinement maître de lui : avec une modération de langage qui doublait la puissance de ses arguments, il retraça la jeunesse de Mirabeau, il rappela quel époux, quel père il avait été, et, abandonnant aux juges le soin de conclure, il laissa son adversaire frémissant sous le coup de l'arrêt porté par sa propre vie contre lui-même. Mirabeau voulut répliquer: il se montra plus éloquent encore que dans son premier discours ; mais, exaspéré par le calme de Portalis, il ne mit plus de bornes à son emportement. Sa parole mordante et acérée n'épargna personne, excepté son redoutable adversaire dont l'éloquence et la loyauté lui arrachèrent