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LA CHINE PROPRE, LA CORÉE ET LES ILES

Etendue. — 200,000 lieues carrées. — Population environ 200,000,000 d habitans. — celle de 533 millions, pour la Chine, selon les documens fournis par Tchon-ta-gin au Lord Macartney, parait exagérée.

La Chine proprement dite, située aux extrémités de l’ancien monde, présente une immense surface qui repose d’uu côté au pied des hautes régions de l’Asie centrale, qui la garantissent des frimas rigoureux du nord; de l’autre elle est bordée par le grand océan oriental, dont les exhalaisons constantes la couvrent en tout tems d’une atmosphère humide et douce. Ces circonstances réunies procurent à ce pays favorisé un des climats les plus heureux et le sol le mieux arrosé qu’on connaisse sur le globe. Peutêtre n’existe - 1 - il pas de plantes propres au luxe et aux nécessités de la vie, qui ne puisse croître dans quelques uns des terrains que renferme l’empire de la Chine. Plusieurs chaînes de montagnes, d’une élévation médiocre, circulent sur cette vaste région et dessinent de légères vallées où se promènent majestueusement deux énormes fleuves grossis de plus de vingt riyières secondaires, toutes aussi grandes que nos plus beaux fleuves de France; qu’on ajoute une multitude de lacs, une quantité prodigieuse de canaux, et l’on aura la géographie physique de la Chine, qui présente dans son ensemble l’aspect le plus riant, le plus curieux et le plus varié. Là sont rassemblés tous les dons d’une nature prodigue, enrichis encore de tout ce dont peut être capable lïndustrie des hommes. Une population immense y remplit les villes, s’agite dans les campagnes, et fourmille pour ainsi dire sur les rivières même. Ici ce sont des canaux multipliés qui serpentent dans les campagnes pour fertiliser les terres; là des arrosemens artificiels qu’on fait remonte? ingénieusement jusqu'au sommet des montagnes; lesquelles sont cultivées en terrasses régulières depuis leur base jusqu’à leur sommet. Le riz, le blé ou le millet, presque tous nos végétaux, nos arbustes et la plupart de nos animaux domestiques, se trouvent en Chine ainsi que le sucre, l'indigo, le coton, la soie, mais elle possède en propre l'oranger naturalisé parmi nous, le thé qui nous est devenu si familier, le camphrier, l'arbre à suif, celui dont on fait le papier, celui qui donne le vernis, l’arbre d’aloès, le bois de fer, propre à la province de Quang-tong; des animaux singuliers, des oiseaux magnifiques , des faisans d'orés et argentés , des sarcelles à double crête orangée; des métaux de toutes espèces, des mines de charbon, la substance de la porcelaine et des dépôts de sel gemme et sa poterie inépuisable. La population, les lois, le caractère, les connaissances et l’ancienneté des Chinois sont depuis long-tems et deviennent encore aujourd’hui un objet de dispute et de contradiction parmi les savans.

L’ambassade anglaise de lord Macartney en 1793 , a fourni des détails curieux et intéressans.

L’empire de la Chine date son existence certaine depuis près de 4000 ans. Son his-

toire authentique et non interrompue commence 200 ans avant J. C. M'. de Guigne regarde les Chinois comme une colonie égyptienne. Peut-être faut-il admettre le contraire

La poudre à canon, l’imprimerie, la boussole, et Part de faire la porcelaine, étaient connues en Chine avant que nous en fissions la découverte parmi nous. Mais d’antiques institutions, le pouvoir des mœurs et des coutumes, la tyrannie des habitudes, la politique du gouvernement, que l’on a considéré comme l’effet de la plus haute sagesse, et qui n'est peut-être que le résultat nécessaire du despotisme consolidé, toutes ces causes réunies jointes à l’innombrable quantité de signes qui composent la langue savante, tendent à rendre en Chine l’état social stationnaire, et à écarter comme des nouveautés dangereuses toute espèce de perfectionnement. (*) Les Chinois ont des travaux qui, par leur immensité, surpassent ceux des Romains, et rappellent ceux des Egyptiens avec lesquels d’ailleurs ce peuple a plusieurs autres traits d’analogie. Des ponts étonnants, des grands chemins magnifiques, des portes, des télégraphes, des canaux sans nombre, etc. Celui de Canton à Pékin a près de 600 lieues. La fameuse grande muraille en a 5oo.

Les Chinois ont au milieu d’eux trois religions. Les Lettrés suivent les lois de confuciüs, qui paraissent se réduire au théisme et à l’étude de la morale. Le peuple suit la religion de fo , moins abstraite et plus sensible aux yeux ; les bonzes en sont les prêtes. Enfin l’Empereur et les Mantchous reconnaissent le grand -lama.

Les principaux magistrats sont connus sous le nom de mandarins ( nommés dans le pays quam-fu, ou ministres du prince). Ils sont au nombre de 33, 000, divisés en mandarins d’armes, de lettres et de justice. On dit que la chine possède environ 1672 villes murées, la plupart entourées de fossés remplis d’eau ; elles sont très étendues, rélativement à leur population, parce qu’elles renferment, dans leurs enceintes, des jardins très -vastes, des espaces vides, et même des champs cultivés; leurs portes s’ouvrent au soleil levant et se ferment la nuit; des soldats y sont toujours postés en sentinelle, pour veiller sur ceux qui entrent et qui sortent. Les villes du premier ordre sont désignées par la finale fou. L'empire de la Chine, avec les troupeaux nombreux des peuples pasteurs de la division centrale de l’Asie, qui sont ses sujets ou ses tributaires, avec ses mines, sa florissante agriculture, scs rivières et ses mers poissonneuses, ses manufactures de tous genres, ses routes et ses canaux qui facilitent la circulation de toutes ses richesses, forme à lui seul un monde à part, qui, séparé des autres contrées du globe par l'Océan, par des déserts et par de hautes chaînes de montagnes, n'a nul besoin des autres peuples. Aussi, la chine semble - 1 -elle plutôt tolérer qu'autoriser le commerce que les étrangers viennent y solliciter. Ce commerce sc fait presque en totalité à canton , quirenferme ( 25oo,ooo habitans ) , et parait être la capitale du midi de cetempire; elle a supplanté nankin ( 1,000,000 d’habitans) , qui dans le 1 5e. siècle, servait de séjour aux empereurs, et qui se fait encore remarquer aujourd’hui par sa haute tour de porcelaine,

*) La largue savante ou écrite est une espèce d’héroglyphes ; elle offre une immense collection de signes qu on estime a plus de 80, ooo. La langue chinoise parlée se compose de monosyllabes , et à peine y a-t-il 35o mots différens pour une oreille Européenne ; mais les Chinois, au moyen de quelques inflexions de voix et de différences de tons , y distinguent un nombre beaucoup plus considérables.

qui a neuf étages, et où l’on monte 884 degrés pour arriver au sommet, orné d’une pomme de pin d'or massif, selon les Chinois. C’est dans un quartier de canton, que les diverses nations de l’Europe viennent échanger contre de l’argent et quelques denrées de leur pays, une quantité énorme de ballots de feuilles séchées d'un arbrisseau, (l'arbre à thé), dont l’Angleterre seule et les colonies consomment, dit- on, annuellement 1 5 millions de livres pesant. En 1806 l’exportation de cette marchandise a été de 45 millions de livres pesant. Près de Canton est macao, établissement portugais, sur une petite langue de terre qui tient à une île. Un groupe de rochers près d’une des plus hautes éminences de la ville forme un antre appelé la grotte du camocns, auteur du fameux poème de la lusiade. Les ports les plus importuns pour Je commerce sont, après canton, emony, dans la province de fort, à l’est, d’où se font les exportations pour les Philippines, forjiose, les îles liouiuou; ensuite ning-fo, dans la province de Tche- Kiang, qui commerce avec le jafon et la corée. La capitale de l’empire est tekin dans lâ province de Pé-tsche ly ( 800, 000 habitons ). Son enceinte renferme Lancienne ville habitée par les Tartares vainqueurs de la Chine, et la nouvelle nommée ville des chinois. Le palais de l’Empereur, qui a deux lieues de tour, renferme trois reines et 5ooo concubines. Non loin de là, on voit le temple de la terre, où l’on couronne l’Empereur, qui prend, à cette auguste cérémonie un habit de laboureur et une charrue de vermeil, avec laquelle il laboure un peu de champs qui est dans l’enclos du temple, et ennoblit ainsi le premier de tous les arts.

Kai-song-fou sur le Hoang-ho, est la capitale du ho-nan que les Chinois regardent comme le centre du monde, et nomment le jardin de la chine à cause de sa beauté et de sa fertilité. Cette province jadis habitée par les Empereurs contient plus de 10 millions d'habitans.

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