‹ Porte-feuille géographique et ethnographiqueChapitre 158 sur 167 · ETHNOGRAPHIE DE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

ETHNOGRAPHIE DE LA RUSSIE

On conçoit que dans un empire tel que la Russie, qui contient une si grande multitude de peuples, les mœurs et les coutumes doivent être très-variés. Malgré sa dispersion sur une aussi vaste étendue, malgré la diversité des pays, des climats et du sol qu'il habite, le peuple russe a su conserver son caractère national. Mille ans d’esclavage sous les varègues, sous les tartares et sous ses propres Czars, n’ont pu l’effacer; on le retrouve encore à travers les institutions des autres peuples qui ont eu sur lui une si grande influence et lui ont fait faire des pas de géants dans la civilisation. Cette aptitude du peuple russe à s’identifier avec les opinions, les mœurs, les manières et les langues des autres peuples ; cette souplesse d’organes et d'esprit est un trait qui le distingue; et c’est à tort que l’on a dit que le caractère du Russe est de n'en avoir aucun. Les Russes sont de différente stature; on en trouve peu au-dessous de la taille commune; ils ont le teint blanc, sont vigoureux, extrêmément industrieux, d'une adresse inconcevable, aprenant en très-peu de tems tous les métiers auxquels on les destine, gais, légers, très-sensuels, violens dans leurs passions, hospitaliers et confians, complaisans, affectueux et obligeaus. Ils résistent à toutes les fatigues, et cette qualité jointe à des idées superstitieuses qui les déterminent à se laisser tuer sur la place dans les combats, en fait des soldats redoutables. Les gens de la campagne et les ouvriers vivent de très-peu de chose. Leur plat le plus estimé est un ragoût composé de viande fraîche ou salée, de gruau, de farine d’avoine assaisonnée d'oignons et d’ail, car les Russes mettent partout de l’ail. Mais le plus grand luxe règne dans les maisons des Seigneurs et des riches, soit à la ville, soit à la campagne. Leur magnificence consiste à tenir table ouverte et à avoir une multitude de domestiques des deux sexes. Le iuxe des habillernens égale celui de la table et des valets, et dans aucun autre pays on ne voit une aussi grande profusion de diamans. Le jeu chez les Russes est une affaire d'ostentation et de nécessité. La boisson ordinaire du paysan est ce qu’on nomme le quazs, liqueur fermentée et qui a le goût du moût, et que l'on fait en versant de l'eau chaude sur la farine de seigle ou d’urge. Il aime extrêmément l’eau-de-vie. Les paysans sont tous serfs ou esclaves, excepté ceux de Finlande, de Carélie, d’Ukraine et de quelques autres contrées. Les Russes ne connaissent presque qu'un seul remède pour toutes les maladies; ce sont les bains froids ou les. bains de vapeurs, dont la chaleur s'élève de 02 — 40 degrés du thermomètre de Réaumur. Ils sont si accoutumés dès leur plus tendre enfance a ces sortes de bains, que fusage leur en devient indispensable. Au sortir d‘un bain chaud, 011 les voit se jeter dans un ruisseau; en hiver ils se roulent sur la neige sans éprouver la moindre incommodité. C est avec raison qu’on attribue généralement la force et la dureté du tempérament des Russes à l’usage où ils sont de passer subitement d’une chaleur extrême à un froid excessif, lorsqu'ils se baignent, indépendamment des autres causes qui concourent à produire le même effet. On doit ranger au nombre des curiosités de Moscow, le marché aux maisons. Il se tient dans une vaste place d’uu des faubourgs et présente une grande variété de maisons à acheter,

(4>) Port Je mer très -commerçant , peuplé de 28,000 habitans. Elle a donné naissance au célèbre Franklin , dont le nom se rattache avec tant de gloire à l'histoire de la liberté du Nouveaumonde et à celle de l’électricité, surtout par l’invention du paratonnerre.

(42) A l’embouchure dû fleuve Hudson, dans une île, la première ville de l’Union par son importance commerciale, et la seconde par sa population [100,000 aines]. Elle a un bon port, de beaux édifices publics, une université, des chantiers et des manufactures,

(43) Sur l’Hudson, célèbre par la défaite du général anglais Bourgogne, qui y fut fait prisonnier avec son armée, en 1777,

(44) Cette ville, dont le nom signifie Amour fraternel, fut fondée par le célèbre Penn , chef

des Quakers , qui ayant reçu du roi d’Angleterre l’investiture de la Pensylvanie, en acheta le territoire des Sauvages, qu’il en regardait comme les propriétaires légitimes, Philadelphie est située à 33 lieues de la mer ; elle renferme 120,000 habitans et forme un carré long; les rues sont larges, droites et bordées da trottoirs. Elle fait un commerce immense des productions du pays ou des objets qui y sont manufacturés, et les échange contre des denrées de l’Europe. Elle était autrefois le siège du congrès. C’est principalement dans la Pensylvanie et le New-York que croît l’érable à sucre. Parmi les habitans de la Pensylvanie il y a beaucoup d’Allemands et de Quakers, qui y font la partie la plus nombreuse ; les premiers sont pour la plupart originaires de la Souabe, du Palatinat et de l’Alsace; aussi les noms de Berlin, Mannheim, Heidelberg, Strasbourg, etc. rappèlent le souvenir de ces pays.

(45) Washington est située dans le district de Colombia, entre le Maryland et la Virginie, et appartenait en commun à tçute l’union. Elle est depuis 1800 le siège du congrès et la ville fédérale. Elle fut fondée en 1792 ; déjà elle avait de beaux édifices publics ; mais les Anglais s’en étant emparés en 1814, les ont détruits, entre autres le capitole, siège du congrès. Cette ville réunira néanmoins un jour la plupart des avantages, dont jouissent les plug célèbres capitales de l’Europe. [8,000 habitans],

(46) La ville la plus commerçante de la province , avec un port.

(47) Baleigh, nouvelle capitale, fondée en 1791 en l’honneur de Walter Raleigh, décapité sous Jacques I. Edenton était l’ancienne capitale.

(48) Capitale régulièrement bâtie, avec un port. Elle fait un grand commerce. [3o,ooo habitans].

(49) ^ ille fondée en 1787, siège du gouvernement et d’une université.

(50) Capitale sur le Mississipi, à i5 lieues de son embouchure, ville régulièrement bâtie par les Français, sous la régence du duc d’Orléans ; les environs en sont humides, mais très-fertiles. [20, oooh.]

(5t) L ’Indiana ou le teritoire de l’Ouest, entre l’Ohio au S., le Mississipi à l’O. et les lacs d’Erie,' d’Huron et le lac Supérieur au N. O. Ce pays dont la plupart des habitans sont des Indiens libres de différentes tribus et des colonies dispersées le long de 1 Ohio et du Miamy, est gouverné provisoirement par le congrès. Mariette est le siège du gouvernement.

($2) La Louisiane , grande province de 7,000 1, carrées, cédée au gouvernement américain par suite d’un marché qu’il conclut avec la France en 1 8o3, est un des meilleurs pays de l’Amérique, I.es habitans sont en partie des Européens, qui ont leurs établissemens sur le Mississipi, en partie des Indiens sauvages de différentes tribus. Ce pays est divisé en trois territoires ou états futurs, savoir la Nouvelle - Orléans , qui fait déjà partie de l’union , le Mississipi et la Louisiane proprement dite , Ces deux dernières jirovinces prendront le nom d’états et seront reçues dans l’union, lorsque chacune aura la population requise poqr l’envoi d’un député au congrès

(53) Province négligée par les Espagnols, qui, à cause de ses vastes déserts, la regardent comme une barrière contre les Etats-Unis, et l’abandonnent presqu’entièrement aux Indiens. Depuis 181 t les Etats-Unis ont pris provisoirement possession de ce pays, divisé par la rivière d ’ Apalachacola en Floride orientale et en Floride occidentale , [Yoy, la note 40],

(54) A l’E. de la Mobile rivière, qui sort des monts Apalaches. Ce fort fut construit autrefois par les Français, pour contenir dans leur alliance les Chactas , les Alimabous et autres nations indiennes, avec lesquelles ils faisaient un commerce considérable de pelleteries, 11 fut cédé aux Anglais en içë3.

, f35) Les pars de cette côte, que les navigateurs anglais Cook et J'ancouver nous ont fait connaître, s'étendent du cap Mendocin , au nord de la Californie, jusqu’au cap glacial, dans une longueur de 3oo lieues. Le détroit de Behring les sépare de l'Asie. La côte est entrecoupée par des goLfes et itordée d’îles. Le sol est en grande partie montagneux et stérile. Le climat est plus doux que -celui de la côte orientale de l’Amérique sous la même latitude, à l’exception de la partie septentrionale, oit des masses énormes de glaces éternelles couvrent la mer jusqu’à la côte de 1 Asie , et où le froid est très-rigoureux.

Les productions de ces contrées incultes consistent en quelques espèces d arbres , en baies mangeables, et en blé et légumes qui y ont été transplantées de l’Europe. Les animaux à fourrure , les poisseus, les baleines y abondent. Les habitans peu civilisés, au nombre d’environ 90,000, vivent de la chasse, de la pêche , et sont payens. Les Anglais et les Russes y ont des établissent en s,

(56) Cette côte s’étend depuis les possessions espagnoles jusqu’au mont Saint-Elie.

(57) CeUe côte s’étend depuis le nord de la Nouvelle - Hanovre jusqu’au détroit de Behring. L’établissement russe, nommé Nouvel- ,4 rkangelsk, a été formé en 1804, dans la baie de Norfolk ou de Sicta , pays abondant en sources, et à 5j° de latitude. L’Amérique russe et les îles Aleutiennes, des Renards et l’île de Kadiak, sont gouvernées par une compagnie de négocians russes, auxquels un ukase en a donné la souveraineté". Kadiak est le chef-lieu des établissemens russes dans ces parages.

(58) Les habitansd’Ono/asiu [pl LXXXIU] sont de petite taille, ont de l’embonpoint et de belles proportions, le cou un peu court, le visage joufflu et basané, la barbe peu fournie, les yeux noirs, les cheveux noirs et lisses flottans par derrière; les femmes les relèvent en touffes. La forme des habits est la même pour les deux sexes, mais ceux des femmes sont de veaux marins ; ceux des hommes de robes d’oiseaux, sur lesquels est une jaquette de boyaux impénétrable à la pluie, et qui a un capuchon dont ils se couvrent la tête. Quelques-uns portent des bottes, et ils ont tous une espèce de chapeau ovale fait en bois et peint de

• diverses couleurs. ’La partie supérieure en est garnie île longues soies d’un animal de mer, auxquelles

sont attachés des grains de verre, et l’on voit au front une ou deux figures en os.

Les deux sexes Se percent la lèvre inférieure et y font passer des os. Quelques-uns portent des grains de ver-e à la lèvre supérieure au-dessous du nez, et tous ont des pendants d’oreilles. Ils se nourrissent des productions de la mer, d’oiseaux, de racines , de baies ; ils conservent une partie de ces alimens pour l’hiver. Ils font quelquefois bouill lir ou griller leurs vivres , ou dans un chaudron de cuivre ou sur une pierre plate, garnie d’argile sur les bords. Connue ils ne se peignent point le corps, ces Insulaires sont moins sales que ceux de Nootka, mais leurs cabanes sont fort mal-propres. Pour les élever, ils creusent un espace de 40 à 5o pieds de long, de 16 à 20 pieds de large, et ils forment sur cette excavation un toit avec le bois que la mer amène sur leurs côtes ; ils le recouvrent d 'herbe et de terre, y font à chaque extréni'té deux ouvertures carrées pour recevoir le jour et pour entrer ou sortir, au moyen d’uu pieu entaillé, qui leur sert d’échelle. Plusieurs familles s’y logent ensemble , séparées par des branches de bois ; elles couchent et travaillent dans une espèce de fossé couvert de nattes , qui entoure la maison. Des jattes, des cuillers, des seaux, des vases à boire, des paniers, des nattes et quelquefois un chaudron , voilà à quoi se bornent leurs ustensiles de ménage. Ces meubles sont proprement faits et d’une belle forme. Leurs couteaux et leurs haches sont informes. Ils ont peu de fer et paraissent n’en pas désirer davantage- Les aiguilles dont ils se Servent sont d’os, et avec des nerfs ils font des broderies curieuses. Presque tous ont l’habitude de fumer. Les femmes sont les tailleurs, les cordonniers, les constructeurs et les couvreurs de canots; les hommes en fabriquent la charpente, et font des paniers d’herbe aussi jolis que solides. Une pierre creusée, dans laquelle ils mettent de l’huile et de l’herbe sèche, leur tient lieu de lampe, de poêle et d'âtre. Pour faire du feu, ils frottent une pierre avec du soufre et la frappent avec une autre; ou ils tournent avec vitesse un bâton dans le creux d’une planche , et au bout de quelques minutes ils ont du feu. Us semblent n’avoir aucune arme offensive et défensive. Leur attirail de pêche et de chasse est toujours dans leur pirogue, assujetti par des

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bandes de cuir. Leurs instrumens , semblables à ceux des ( rœnlandais , sont tous de bois ou d’os; la pointe de leurs dards n’a qu’un pouce de long. Ils harponnent le poisson sur la mer ou du ns les rivière-'; ils se servent aussi d’hameçons et de lignes, de filets et de verveux. Ces hameçons sont faits avec des os, et ces lignes avec des nerfs. Leurs canots ont la forme de ceux des Grœnlandais et des Esquimanx. La charpente est composée de lattes de 11 pieds de long, sur un pied «t demi de large, et 12 à 14 pouces de profondeur. La pirogue peut, en cas de besoin, porter deux hommes. L’un d’eux occupe la capacité du tn u rond , percé à peu-prés au milieu. Ce trou est bordé en dehors d’un chaperon de bois , autour duquel est cousu un sac de peau qui se serre Comme une bourse autour du corps de l’Insulaire, En serrant sa jaquette aux poignets et en tirant le capuchon sur sa tète, où il est fixé par le chapeau , il ferme ainsi de tous côtés l’accès à l’eau, et une éponge lui sert à enlever celle qui peut t’y introduire. Une pagaye double qu’il tient par le milieu et dont il frappe l’eau d’un mouvement vif et régul er, d’abord d’un côté, ensuite de l’autre, lui sert à guider son canot avec vitesse où il lui plaît et en ligne droite.

Les babitans ensevelissent leurs morts au sommet des collines. On ignore quelles idées ils se font de la divinité, de l’état des âmes après la mort , de la religion en un mot.

(5g) Le territoire de Colombia a offert un phénomène digne de remarque aux voyageurs Lewis et Clarke, qui, les premiers qui y sont arrivés par terre. Us avaient traversé les immenses plaines où coulent le Missouri et le Mississipi , et ils les trouvèrent singulièrement dénuées de bois; les chaînes des monts rocheux leur offrirent les mêmes sommets dépouillés et sans ombrage. A partir deu son point de jonction avec la rivière de Lewis, la rivière Colombia arrose encore une plaine dépourvue d’arbres , qui n’offre que quelques saules très - petits sur les bords de la rivière. La dernière rangée de montagnes à l’Ouest, avant et après la cliûte de la Colombia, se présente encore nue et sans arbres; enfin, après que la rivière a franchi des rapides, et à moins de 20 lieues de la côte, les montagnes, les collines, les plaines basses «t les lieux «levés, soûl également couverts de fo-

rêts, de pins, de sapins, d’aulnes et de frênes les plus grands, les plus beaux qu’il y ait au monde, qui s’étendent du Sud au Nord, à plus de 20 lieues de distance, et se continuent à 1 Ouest jusqu’à l’embouchure de la Colombia. La grande espèce de sapins que nourrit ce sol riche et fécond, s’élève quelquefois à 3oo pieds de hauteur; la tige de ces géants du règne végétal a 45 pieds de circonférence, et monte perpendiculairement jusqu'à 200 pieds sans que la régularité de cette magnifique colonne soit interrompue par la moindre branche. Ainsi le continent boréal du iVd:eveau-Monde produit les arbres les plus élevés du globe ; car les sapins surpassent en hauteur les hauts palmiers de l’Aniériqoe méridionale La température est douce à l’embouchure de la Colombia. Le calme de ces lieux forme un contraste agréable avec les caps rocheux que l’on aperçoit au Nord et au Sud, et qui rétentissent sans cesse du bruit des vagues brisées par leurs flancs élevés. Les habitans de cette côte sont pêcheurs Les peaux d’élans, d’ours, de loutres, de castors , de renards, de chats tigres, sont les seuls objets qu’ils ont à donner en échange des grains de verre bien, des fusils, de la poudre et des ustensiles de cuivre qu’on leur porte.

(60) Cette côte s’étend depuis Te détroit de Behring jusqu’au cap glacial. On n’y conuait que quelques caps et baies. D’énormes montagnes de glace viennent sans cesse s’y amonceler. De nombreux troupeaux de lions marins fréquentent les rivages. L’intérieur est peuplé d’ours blancs.

(6 1 j La pl XXIV, fig. 5, présente un homme de Nootka, vu par le capitaine Cook dans son troisième voyage. Le lecteur, curieux de remonter au principe des choses , étonné de voir chez celte peuplade de Nootka ou du roi Georges, des meubles chargés d’ornemens divers, de ciselures en creux et en relief, qui ne sont pas dépourvus d’agrément, ni d’une espèce de perfection, surpris encore de voir l’architecture, la musique, la peinture, presque tous les arts de l’Europe réunis chez des Indiens qui, sous d’autres rapports, lui offrent l étal des Sauvages, se demande à lui-même quelle est donc l’origine de ces habitans ? MM. Jean- Bcinhold Forster et de Fleurieu ont essayé de résoudre ce problème, et leurs conjectures ont le mérite de la vraisemblance. Selon ces saians, tout

semble prouver que le nord de l’Asie est la mère-' patrie des Indiens de Nootka, ; telle était même la tradition et la croyance des premiers Mexicains sur leur propre origine. Cette transmigration de l’Asie ayant dû commencer à s’opérer sur les côtes N. O. de l’Amérique, les nouveaux colons, attirés bientôt par l'attrait d’un accroissement progressif de chaleur, ont pu parvenir jusqu’à Nootka , et descendre ensuite jusqu’aux plaines fertiles du Mexique, où la richesse du sol et la beauté du climat ont dû les déterminer à fixer leur demeure.

Anderson qui était du troisième voyage de Cook et qui a dressé le vocabulaire de la langue de Nootka , y trouve la conformité la plus grande avec plusieurs expressions américaines.

(62) Dans ce vaste espace, dont la population se monte à environ 400,000 aines , la civilisation ne s’est encore emparée que de quelques points. L'Ohio arrose de vastes prairies, qui se prolongent surtout vers le Nord. Ces contrées paraissent propres à devenir le séjour des nations nombreuses et civilisées.

(63) Cette région offre un mélange de forêts et de prairies basses, couvertes d’efflorescences salines. Ce pays est , pour les Sauvages errans qui l’habitent , un délicieux Éden ; le climat est tempéré , et de toutes les contrées où l’homme civilisé a' jamais porté ses pas, il n’y en a peut-être point où le gibier de toute espèce et de toute nature soit plus multiplié.

(64) Cette région est entièrement habitée par des peuples sauvages. Les bords du Mississipi offrent tantôt des collines peu élevées, tantôt de riches prairies entrecoupées de bosquets d’arbres. Les collines, au lieu d’être parallèles au fleuve, forment une succession continuelle de hauteurs à pic , et de vallées profondes qui présentent les aspects les plus variés ; mais ces paysages pittoresques sont quelquefois interrompus par de larges plaines, qui rappellent les fertiles guère ts de l’Europe civilisée. Les savanes basses où coule le Missouri, sont couvertes d’une herbe ondulante de 5 pieds de haut , qui s’élève graduellement jusqu’à une seconde plaine plus haute et diaprée de belles fleurs, entrecoupée de buissons et de bosquets, dont les arbres produisent toute sorte de fruits et de baies sauvages. C’est dans ces prairies, qui souvent prennent feu et brûlent ayec une rapidité

extraordinaire, qu’errent ces bœufs et ces bisons d’Amérique, qu’on pourrait regarder comme les véritables possesseurs de celte belle contrée. Ils sont d’autant plus nombreux qu’on approche davantage des flancs orientaux des Monts-Rocheux ou des sources du Missouri. C’est là que Lewis et Clarke en ont vu des troupeaux composés de plus de dix mille individus. On n’en trouve presque plus de l’autre côté des montagnes et dans les plaines de la Colombia-, mais en récompense, le cheval apprivoisé, présent des Espagnols, y est aussi commun parmi les indigènes, qu’il est rare parmi ceux qui habitent les contrées que nous décrivons. Au sud de l’embouchure de la riiière P latte , le Missouri présente beaucoup d’îles. Tout ce pays est fertile, bien arrosé, pourvu d’ombrage et offre de riches aspects; mais au nord de la rivière Platte, on ne voit presque plus de bois. La plupart-des eaux sont saumâtres , et le sel est quelquefois si abondant, que le sol en est tout blanc ou est parsemé de taches semblables à dé la neige. Dans le pays des Maudanes et du côté où le Missonri fait un grand détour vers le N. , ce sont des plaines immenses entièrement unies , interrompues par quelques élévations , qui paraissent des soufrières ou de mines des charbon de terre enflammées ; ces lieux abondent en sources salées, et de nombreuses troupes de castors déploient en liberté leur merveilleuse industrie. En s’avançant à l’Ouest, le Missouri roule à travers des rochers et dans de grands bancs calcaires ; là ses eaux bleuâtres ont creusé des grottes , alligné des murailles , arrondi des colonnes , et figuré de vastes et précieux édifices, dont l’aspect est aussi étonnant que pittoresque. Vers le 112° de longitude, à l’ouest de Paris, ce beau fleuve forme une chute de 88 pieds de hauteur ; il tonihe ensuite sur des rapides de distance en distance. Ce qui nécessite un portage de plusieurs lieux à ceux qui descendent ou remontent son cours, à 48° 3o' de latitude, il cesse d’être navigable; et vers ses sources, les montagnes rocheuses , composées d’un granit noir et entièrement nues, forment les remparts majestueux , mais tristes et stériles , qui séparcut les contrées centrales de celles de l’Ouest.

(65) L’archipel des Mntilles, qu’on a nommé si improprement Indes occidentales , forme un arc de cercle qui s’étend depuis la pointe de 1» Flo-

ride jusqu'aux Louches de l’Ore’noque dans l'Amérique méridionale. L 'étendue de ces îles dont on Compte environ 400 , est évaluée en nombre rond à 5,ooo lieues carrées, mais la plupart sont petites, incultes et inhabitées. Toutes ces îles sont au sud du tropique du Cancer, et par conséquent dans la zone torride. Pendant l'été la chaleur y est tempérée par les brises de mer; pendant l’hiver , ou plutôt dans la saison des pluies , eiles sont exposées à de terribles ouragans, qui dévastent tous les fruits de la terre et souvent même changent la façe du sol. Le climat y est mal-sain pour les Européens, surtout lorsqu’ils s'y adonnent à quelques excès. Toutes ces îles sont traversées dans le milieu par de hautes montagnes, et c'est dans les plaines et dans les vallées fertiles qui sont sur'’ les côtes, que les colons européens s'enrichissent par des cultures, qui ne peuvent troubler les hordes sauvages et les animaux féroces des continens. Toutes ces belles lies produisent du sucre, du café, du tabac, de l’indigo; la plus grande partie de leurs exportations est le produit de plantes exotiques qu’on y a naturalisées. On y trouve aussi du maïs, du rocou, du cacao, du manioc, des patates, du pisang, arbre dont le fruit sert de nourriture ordinaire aux habitans des pays chauds; du piment on poivre de la Jamaïque, du gingembre , de la casse, du sassafras, arbre dont le bois, la racine et même l’écorce sont employés dans la médecine; de la salsepareille, des fruits du Sud, des cocotiers, du bois d’acajou, guajac, des cèdres et' d’autres espèces de bois précieux. Outre les animaux domestiques de l’Europe , on ne connaît, que quelques espèces de quadrupèdes indigènes, dont le raton et !e cochon à musc sont les plus multipliés. On y trouve une quantité de beaux oiseaux, tels que flammans, perroquets, colibris etc.; beaucoup de tortues, de cruslacées et de poissons. -Les montagnes renferment aussi des mines. Les habitans, au nombre d’environ i,5oo,ooo, sont Européens, Créoles, Mulâtres et Nègres transportés d’Afrique. Ces dernieis qu’on peut évaluer à i,ooo,oco, cultivent les -différentes plantations et exercent des métiers. Les Caraïbes, habilans primitifs , ent été exterminés presqu’entièroment ou ont passé dans le continent de l’Amérique.

(66) Le sol de cette île, la plus grande de toutes les Antilles, est excellent, plus tempéré et

moia^ humide que1 celui de Sf. Domingne. Le tabac de Cuba est le meilleur de toute l’Amérique. Il y a de riches mines de cuivre; et outre ces deux produits, les bois; le gingembre, le poivre long, le manioc, 1 aloés et la cire composent les exportations. L’oranger y est tellement commun, qu’on charuffe les chaudières de sucre avec cet arbre.

(67) Le sol de la Jamaïque, dans la partie septentrionale, est gras, fertile et couvert d’une -ver-, dure magnifique. L’intérieur est rempli de forêts, et les précipices sont entremêlés de savanes délicieuses. Les. principales exportations consistent eu sucre, rhum, café, indigo, gingembre et piment.

(68) L’ile de St. Domingue, surnommée la reine des Antilles à cause de la fécondité de son sol, est partagée entre trois gouvernemens : un monarchique régit le nord , dont le cap , ville opulente, est la capitale. L’ouest et le sud sont constitués en république ; le Port-au-Prince en est le cheflieu. Le vaste pays à l’est, inculte, mais fertile en pâturages, est resté sous la domination de 1 Espagne. Celte île, appelée Haïti, ce qui signifie terre chargée de monts , a été découverte par les Espagnols; leur conquête fut souillée par le massacre des peuples innocens qui l’habitaient. Des aventuriers, occupant dans le voisinage l’ile de la Tortue, firent la guerre aux Espagnols, et, après leur avoir enlevé une partie de leur conquête, ils se placèrent volontairement sous la protection de la France. C’est ainsi que se forma la colonie de St. Domingue. Jamais accroissement ne fut ni plus rapide , ni plus extraordinaire. La mer se couvrit de nouvelles richesses, qui faisaient l’orgueil de la France; mais cette prospérité dépendait d’un esclavage qui violait toutes les lois divines et humaines. Cinq cent mille esclaves, vingt-six mille affranchis et trente mille colons composaient la population de la colonie, lorsque la révolution française y porta tout-à-coup la liberté: elle étonna les maîtres et fit penser les esclaves; on vit alors une guerre civile compliquée, atroce et Opiniâtre. Cette guerre se mêla ensuite à une guerre étrangère. La liberté elle-même fut suivie de malheurs sanglans ; les, esclaves après avoir tué et chassé leurs maîtres, s’égorgèrent entre eux. Toussaint , chef puissapt dans la guerrei habile dans la paix, avait mis un terme à tant de maux, lorsque la téméraire politique de Bonaparte

en occasionna 3e plus déplorables cncotc. 11 voulut rétablir l'esclavage à St. Domiugue par la puissance des armes. Cinquante mille Français y trouvèrent leur tombeau. Les noirs vainqueurs secouèrent le joug de la France; et après être sortis de l’esclavage domestique, ils formèrent, sous le nom d’Hâiti, deux étals séparés, l’un monarchique, l’autre républicain. Le monarchiques pourroi (depuis i8n) Christophe, qui était un esclave employé dans une hôtellerie du cap. Le pouvoir y est arbitraire, quoique le prince demeure soumis aux lois. *) La république est gouvernée par une chambre de députés et un sénat qui font les lois, et par uu président qui veille à leur exécution. Le président peut être accusé et jugé par le sénat. Ces deux peuples marchent ensemble vers la civilisation ; ennemis par leur constitution, ils sont unis par la défense commune. Des 40,000 Blancs, des 674,000 Noirs et hommes de couleur qui formaient, en 1789, la population de St. Domingue, il y reste 480,000 Noirs, 20,000 hommes de couleur et environ 1000 Blancs; 261,000 habitent la république de Péthion et 240,000 le royaume de Christophe. Les produits de la colonie, évalués, en 1780, 0461,000,000 et qui, en 1800, sous le gouvernement de Toussaint - Louverture , étaient encore de plus de 400,000,000 de francs, sont réduits à 100,000,000. Les revenus des deux gouvernemens actuels s’élèvent à 48,000,000, et leurs dépenses ne sont évaluées qu’à 18,000,000; ce qui présente une écono-

mie de 3o millions chaque année, La force de l’armée royale est de 23, 800 hommes, et celle de la république de 25,8oo^ mais en cas d’attaque, toute la population est tenue de prendre les armes, et l’armée de chaque gouvernement serait alors de près de 100,000 hommes.

(69) Presque toutes ces iles, ainsi que les Antilles, s’enrichissent par la culture du sucre et du café.

(70) Le centre de chacune de ccs petites îles est occupé par une ni ontagne, qu paraît dominer toutes les autres, et qui quelquefois est volcanique comme dans l'îlc St. Vincent; la Martinique offre aussi un grand nombre de débris d’anciens volcans.

(71) La rivière salée qui communique des deux côtés avec la mer, mais qu’on passe en bac, en fait réellement deux iles distinctes, dont la plus orientale se nomme Grande-Terre et l’autre Basse- Terre. Cette dernière est la plus fertile.

(72) La Martinique , hérissée de rochers et de montagnes, mais dont les borde sont faciles, les ports commodes, produit le meilleur café des Antilles.

(y3) L’arcbipel de Bahama s’étend au sud-est de la Floride, dont il est séparé par le canal de Bahama. Les îles de cet archipel se montent à environ 5oo ; mais il n’y en a que peu qui soient cultivées et habitées. La plupart ne sont que des pointes de rochers. Elles produisent du maïs et des fruits, du bois d’acajou et de l’indigo. Elles appartiennent aux Anglais, et servent de retraite aux corsaires qui viennent y vendre leurs prises.

*) Le roi d’Haiti a jeté les fondemens d’une nouvelle ville, nommée Sans-Souci, qu’il destine à être la capitale de l'état. Il y a fait bâtir un palais magnifique.

Tableau sommaire des pays de l'Amérique méridionale.

Possessions

espagnoles.

La Capitainerie générale de Caracas, érigée en ' état libre dès 1 3 1 1 (1).

I La Vice-Royauté de la Nouvelle- < Grenade (7).

in é- ^

La province de Caracas ou de Vé zuéla .......

f La province de Macaraïbo . . .

La province de Cumana ou la Nou- ^ 1 velle-Andalousie i

La Guiane espagnole .....

La province de Varinas (6) . . . .

La province de l’Isthme ou le royc

de Terre Ferme

Le royaume de la Nouvelle-Grenade ou la Nouvelle-Grenade propre .

La province de Quito, autrefois partie du Pérou .......

Iles apparlen. à cette Vice- Royauté,

Léon de Caracas^ 2) Valencia(3).Corora.

Coro ou Vénézuéla (4).

Macaraïbo (5)-

Cumana. Barcelona.'

San-Thomé.

Varinas.

Panama. Porto Bello(8). Carthagène(g) Sainte-Marthe.

Sanla-Fé-de-Bogota (10). Popayan(ii)

Quito (12). Cuayaquil. Cuença (i3 )• Rio-Baniba (14).

Les Gailopagos (i5) I Albeniarle. Cha- Les Gallegos. )

tam.

Possessions

espagnoles.

Possessions portugaises '

Possessions françaises , , holîand5'5 c-t anglais.

La Vice-Royauté du Pérou (iS). \ —

i La province de Lima j — de Truxillo

de Cuamanga , de Cusco - . „

de la Paz ,

La Capitainerie C La Province de San-Jago . .

génér. du Chili < ~ de la Conception

l23). ( — de la Valdivia .

1 lies appartenantes à cette capitale.

La Vice-Royauté de Rio de la < Plata ou Buenos-Ayres (29),

LaPatagonie(3y)

La Plata ou le Pérou méridional , Le Tucuman ........

La prov. de Cuyo ou le Chili oriental.

Le Paraguay espagnol (3.j5 «

Iles

Royaume duBrésil (45).

1 Madré de Bios ou San-Trinidad.

La Terre de feu (41).

1 Les îles des Etals, j L’île THermite.

Les Malouines ou Falkland (42). .

Les îles Orîow (Mani-Tuatin) (43).

La Nouvel le-Georgie ou Géorgie du Sud. ou île du roi Georges La Terre de Sandwich ou Thule australe (44).

Riü-Janeïro

Saint-Paul .........

Mattogrosso (48) .......

Goyaz ..........

I Minas- Geraes (49). ......

I Bahia (5i) . ......

Fernambouc ........

Maranhao • ..... . » .

Para (56).

( Sainte-Catherine (58).

■ J Fernando-de-Noronha (5g).

i Caviana (60).

Marayo (61).

( Portugaise (63). .......

V Espagnole .............

La Guiane (62), S Française ou la France équinoxiale (65) \ Hollandaise ou Surinam (68) . . •

Y Anglaise. • . .......

Iles

Pays desindiens < libres.

Les Caraïbes Les Otomaques Les Maynas Les Omaguas Les Abipons ' Les Macols Les Araucans 1 Les Cunches I Les Huiliches L s Tupinayues L s Topinanibas Les Tapuyes

j dans la Guiane.

\ — le Pérou.

le Paraguay.

le Chili.

le Brésil.

Lima (17).

Truxillo (18). Caxamarca (19).

Cuamanga (20), Guanca-Veîica. Cusco .21). Arequ pa.

La Paz (22).

San-Jago de Chili (24). Valparayso (25). La Conception (26).

Valdivia.

Juan Fernandez (27). L’archipel de Schiloé ou de Chonos (28).

La Plata (3o). Potosi (3 1), Santa-Cruz de la Sierre.

Corduhadel Tucuman (3a). San-Felipe.

San-Migurl,

Mendoza <,33).

Buenos -Ayres (35). St. Sacrement.

Maldenado (36).

Monté-Vidép (3y). Santa-Fé. L’As?

somption '(38), Çharcas.

Corrientes.

La Ciudadréal de Felipe (40).

Le port Soledad, Egmont, ports abandonnés.

Piio-Janeïro (46).

Saint-Paul (47). Santos.

Cuyaba. Vilïa-Bella.

Villa-Boa. ' ’

'Villa- Rica (5o). Mariana. Yilla-Novado-Principe.

San-Salvador (Bahia) (5s). Sergipe.

Portoseguro. Spiritu-Santo.

Fernambouc ou Olinde (53), Paraïha (54)-

San-Luis de Maranhao (55).

Belem ou Gran-Para (5y).

fait partie du gouvernent. de Rio-Negro, fait partie du gouvernem. de Caracas. St. Xi: o tué (64).

Cayenne (66). Sinnamari (67).

cap. Paramaribo (69).

Berbice, cap. Nouvelle-Amsterdam (70) Essequebo. Kikoveral. Nouveau-Middelbourg (7 1).

Demerari. Stabrock, cap. (72).

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