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V.c VARIÉTÉ NÈGRE

La cinquième grande division du genre humain, ou la variété nègre, ne présente rien de douteux. Les caractères sont: la couleur noire; les cheveux noirs et crépus; la tête étroite , comprimée sur les côtés ; le front très-convexe, voûté ; les os de la pommette saillans en avant; les yeux à fleur de tête-, le nez gros et se confondant presque > avec la mâchoire supérieure, qui est portée en avant; le bord alvéolaire étroit et allongé ; les dents incisives supérieures placées obliquement ; les lèvres , particulièrement la supérieure, gonflées; le menton retiré; les jambes en général cambrées.

Cette variété, répandue dans toute l’Afrique occidentale et méridionale, se retrouve sur les côtes de Madagascar, probablement sur celles Nord-Ouest, de la Nouvelle-Hollande, dans les grandes îles de Van-Diemen, de la Calédonie et de la Nouvelle-Guinée; on croit même qu’elle occupait anciennement les îles Philippines, Bornéo, Java et Sumatra. Les haraforas, qui habitent encore l’intérieur de quelques-unes de ces îles, sont nègres ; les indigènes des îles Andainan le sont également. Ainsi , toutes les régions de la zone torride, à l’exception de l’Amérique, ont produit des peuples nègres; preuve manifeste de l’influence des climats sur les variétés de l’espèce. Mais quand nous observons les différences entre un véritable nègre, au teint de jayet, aux cheveux laineux, longs; un Diéménois, un nouveau Calédonien, un Papous au teint couleur de suie, aux cheveux frisés; nous restons incertains si ces trois races, séparées d’ailleurs par des mers et des montagnes, sont chacune originaire de leur domicile actuel, ou si elles descendent d’une souche commune.

Les hottenxoxs forment encore une exception remarquable. La forme de leur crâne est celle de la race malaye; ils ont le teint et la barbe faible de la variété mongole; mais leur chevelure laineuse les rapproche des nègres.

Les différences que présentent la couleur de la peau, des cheveux, des yeux, la grandeur de la taille, le plus ou le moins d’embonpoint, ne sont pas les plus fortes de celles que l’on observe parmi les hommes. Ces différences peuvent être produites par l’action plus ou moins prononcée du soleil et de la chaleur, par une nourriture plus ou moins abondante. Les naturalites trouvent dans la charpente osseuse du corps humain, et surtout dans celle de la tête, des différences entre les hommes, plus essentielles, plus radicales, et sur lesquelles le climat et le mode d'existence a moins d'influence. Le nègre, par la configuration de son crâne, par ses joues proéminentes, par son front plat, ses mâchoires avancées, comme dans les singes, diffère beaucoup des habitans blancs de presque toute I’europe, de la perse et de I’arabie, chez qui le front forme une ligne presque droite et perpendiculaire avec les parties inférieures du visage. Les Kalmouks ou les Mongols, dont les pommettes des joues sont très-saillantes, le visage plat, les yeux petits, bridés, oblique; par ce que l’angle extérieur est relevé en l'air, se distinguent aussi par des traits constans de la race nègre et de la race blanche ou scythe. Les couleurs mêmes de ces différentes races ne tiennent point au climat, mais à des causes fondamentales. Le Kalmouk jaunâtre se trouve à côté des blanches tribus des Circassiens et des Géorgiens. Les indigènes de la tasmanxe ou de la terre van-

bïemen, à une latitude australe, correspondante à celle de Fangletèrre , sont aussi bruns que les Hottentots (I’afrique; tandis que les naturels de la notasie , plus rapprochés de l'équateur, sont d'une couleur beaucoup plus foncée. Les Lapons, les Samoyèdes et les Kamtzchadales, dans la zone glaciale, ont une peau plus brune que les Arabes , les Hindous et les Malais , dans la zône torride. Les Abyssins bâtés sont entourés de hordes noires. La race noire de la polinésie et de Madagascar, se conserve et se perpétue parmi les habitans olivâtres originaires de I’arabie ou de malakka. Les Guèbres , qui habitent I’inde depuis des siècles, se distinguent des Hindous par la blancheur de leur teint. Les descendans non mélangés des anciens Flibustiers, qui les premiers ont conquis et peuplé les Antilles, sont aussi blancs que les Européens établis dans ces îles, depuis un petit nombre d’années. D'autres faits démontrent que les traits généraux et la coupe du visage se perpétuent, sans altération, de siècle en siècle. On a examiné des momies* *) parfaitement conservées et prises dans les pogées ou catacombes *:!') les plus profondes de thebes, et l’on s'est convaincu que les antiques Égyptiens ne ressemblent ni aux Coptes, ni au Nègres, ni aux Chinois, comme on l’avait prétendu ; mais aux Egyptiens actuels de la haute-egypte , à ceux qui habitent près de thèbes et aux environs des cataractes, surtout aux Cheyks de village, et aux principales familles qui sont moins mélangées. L’angle facial de cette race est le

même que dans les Européens; mais de tous les signes distinctifs, le plus frappant c’est l'inclinaison en arrière du nez et du front; les têtes grecques ont le nez et le front

*) Les momies ou mumies sont des cadavres d’hommes ou d’animaux, desséchés et embaumés.

*k) Tombeaux souterrains, dont nous aurons occasion de parler.

■***) Si l’on fait passer, par la racine des dents de la mâchoire supérieure et la partie la plus saillante du frontal, une ligne qui vient en couper une autre, tracée horizontalement sur la joue, de la racine du nez à l’extrémité inférieure de l’oreille, ces deux lignes formeront un angle (voy. la pl. III.) Cet angle, tracé sur le profil grec, sera à peu près droit, c’est-à-dire, d’environ 90 degrés; mais à mesure que la tête humaine s’éloigne de ce type de la beauté, l’angle facial devient plus aigu. Il n’est plus que de

70 degrés pour la tête du kègre et du calmouck. Celui de la tête du singe n’a que 45 degrés. Sui-

vant Mr. Humboldt, l’angle facial est plus aigu dans T américain que dans le mongol; mais le même angle est plus ouvert que dans le nègre. Il n’y a pas de race sur le globe , dans laquelle l’os frontal soit plus déprimé en arrière, ou qui ait le front moins saillant que la race américaine; ce caractère rapproche cette race de celle des anciens égyptiens.

On a remarqué que, de tous les animaux, l’homme est celui dont le crâne est le plus grand relativement à la face; et comme le volume du cerveau est naturellement proportionné à la capacité de la boîte osseuse, il s’ensuit que l’homme est aussi de toutes les créatures celle dont le cerveau est proportionnellement le plus considérable. Ces rapports de grandeur entre la face et le crâne, donnent assez bien la* mesure de l’intelligence des individus; de sorte qu’on peut conclure que l’intelligence de l’homme diminue à mesure que l’angle facial de la tête humaine devient plus aigu. Cette règle est aussi applicable aux animaux, et leur instinct est d’autant plus borné, que ces deux lignes forment un angle plus aigu. L’angle facial du chien est plus ouvert que celui du mouton, et les poissons qui, de tous les animaux,

ont le moins d’instinct, sont aussi ceux dont la face offre l’angle le plus aigu par la réunion de ces

deux ligues.

sur un même plan , maïs perpendiculaire ; dans les Européeus septentrionaux ces deux traits font un angle rentrant, plus ou moins prononcé.

Monsieur Walckenaer distingue trois races d’hommes, la blanche ou scythique , la mongole ou jaune, I’éthiopienne ou noire. Ces trois races présentent des diliércnccs trèscaractérisées dans leur nature physique et morale; les autres races qu’on a voulu définir avec précision, n’offrent que des caractères ou des variétés de ces trois races principales. Ainsi, continue ce savant auteur, les races malayes ou indiennes semblent être un mélange de la race éthiopienne avec la race blanche ou scythique, et on les retrouve encore toutes deux distinctes et séparées dans plusieurs îles de la Polynésie , où ce mélange s’est opéré. Les Chinois et les Japonais ne parsaissent être que des variétés de la race mongole ou jaune, mêlée avec la variété indienne ou malaye. Quant à la prétendue race américaine, elle n’est qu’une pure fiction des naturalistes modernes, trop prompts à généraliser , et qui ont assigné à cette race des caractères , qui ne conviennent peut-être pas à deux peuplades des deux vastes continents d’AMÉRiQUE. Le défaut de poils sur le corps tient à l'usage-de s’épiier, qui est universel parmi les habitons de l’hémisphère occidental ; la couleur cuivrée est loin d’être générale. Quand on recueille le témoignage des meilleurs observateurs , on demeure convaincu que les naturels du nouveau monde ne diffèrent pas sensiblement par leurs formes des diverses races mongoles et scythiques ; et que parmi eux des nations grandes et vigoureuses se trouvent peu éloignées d’autres petites et faibles. Il existe aussi une grande diversité dans leurs traits, la couleur de leurs cheveux , leur teint plus ou moins basané, et les formes et la proportion des diverses parties de leur corps.

De toutes ces différentes races d'hommes, la race blanche ou scythique parait douée à un plus haut degré que toutes les autres, de cette flexibilité dans la constitution physique, qui permet à l’homme de résister aux climats les plus opposés , et de cette force intellectuelle, qui le rend capable d’ajouter sans cesse à la perfectibilité de son espèce. C’est aussi cette race qui domine sur la plus grande partie du globe ; dans la Tartarie indépendante, la petite Boukarie , la Perse, l’Arabie, l’Egypte, l’Abyssinie, le nord de l’Afrique, et dans toute l’Europe; et par les colonies sorties de l’Europe, elle forme les seuls peuples civilisés qui existent dans les deux Amériques. La race mongole ou jaunâtre s’étend au nord de la longue chaîne de montagnes qui traverse l’Asie , dans la Mongolie et la Mantschourie , et dans le vaste empire de la Chine. La race éthiopienne ou noire est la moins répandue, et ne forme de nations nombreuses que dans la partie de l’Afrique située sous la zone torride.

Toutes ces races d’hommes sont attachées aux contrées qu’elles habitent, au climat sous l'influence duquel elles sont nées, aux usages de leurs ancêtres, et ce sentiment est d’autant plus vif, que les peuples sont moins avancés dans la civilisation. Le Nègre pleure d’attendrissement lorsque dans les colonies européennes il revoit les arbres de sa patrie; l’air du ranz des vaches *) fait deserter le soldat suisse; le Lapon,

*1 Ceux qui ont visité les vallées et les glaciers de l’Helvétie, connaissent les rakz des vaches si célèbres, dont la mélodie pure et touchante produit des effets si surprenans sur les arnes des Suisses, et rappè-

sous un ciel plus doux, loin de sa cabane enfumée, et sans ses rapides traîneaux, languit et meurt; c’est au bruit des chansons joyeuses et au milieu des danses libres que le Tongouse pêcheur jette ses filets dans les rivières, qui charient de gros glaçons; et le sauvage chasseur d’Amérique préfère ses sombres forêts, les dangers et les privations de son mode d’existence à la sécurité des villes et à l’abondance de la vie agricole. Cependant la race blanche ou scythique s’est répandue et domine dans toutes les parties du globe; la race mongole ou kahnouque a formé peu de colonies et est restée dans ses déserts. L’avidité des colons européens a fait transporter dans le nouveau monde, une portion nombreuse de la race éthiopienne ou nègre, et le mélange de cette race avec celle des blancs a produit la race mixte des zambos, qui est peut-être la plu& corrompue de toutes celles qui habitent le globe.

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