PLANCHE XL
Plusieurs de ceux qui ont écrit sur l’agriculture de la France d'une manière générale, ont compris combien il serait intéressant de pouvoir diviser la France en un certain nombre de régions agricoles, de manière à présenter l’ensemble de son agriculture avec clarté et brièveté. Rozier et Arthur Young ont surmonté en grande partie les difficultés que présente cette entreprise, et se sont le plus rapprochés de la nature lorsqu'ils ont divisé la France d’après la culture générale de certains végétaux, qui déterminent pour ainsi dire, la moyenne du climat et l'aspect général de chaque pays. INous croyons faire plaisir aux souscripteurs de ce porte-feuille géographique, en y faisant entrer une carte de la France agricole, avec les modifications qu’y ont apportées les rédacteurs du nouveau cours complet d’agriculture théorique et pratique.
Relativement aux plantes cultivées et par conséquent aussi au climat, ils divisent la France en sept régions; savoir celles des orangers, des oliviers, du maïs, de la vigne, des pommes a cîdre, des montagnes, enfin des plantes du nord.
i.° La région des orangers existe à peine dans la France actuelle; elle comprenait les points les plus abrités de la France rnéditérranéenne ; elle commence à Hyères et se prolongeait à l'Est dans les vallons abrités du Nord et couverts au Midi des départemens des Alpes maritimes. Ou ne comprend dans cette région que les points où les Orangers viennent en pleine terre, et non les pays où, comme à Perpignan, à Montpellier, à Toulon même et a Fisc, on ne les peut conserver qu’en espalier, et même souvent en les couvrant de paille pendant l’hiver. Dans la région des Orangers se trouvent d’autres cultures qui seraient impossibles dans le reste de la France; savoir celle du Caroubier qu’on trouve principalement entre Nice et Monaco; celle du Dattier, qui est surtout très-abondant à Bordighiera ; celle enfin des Citronniers et des Cédrats qu'on trouve mêlés avec les Orangers dans plusieurs vallons de la rivière de Gênes.
o.° La région des oliviers est ci rconscrite par les Pyrénées, les Corbières, les montagnes noires, les Cévennes, les Alpes; elle commence à l'est des Pyrénées et des Corbières et se prolonge au sud de la montagne noire, des Cévennes, des Alpes. Dans toute cette étendue les Oliviers occupent les coteaux et les plaines un peu sèches. Ils s’élèvent sur les revers des montagnes et dans les vallées jusqu’il la hauteur d’environ 5oo mètres ; sur les limites, soit en hauteur, soit en étendue de la région, les Oliviers sont sujets à geler dans les hivers trop froids; cette circonstance détermine la fixité de cette limite, qui ne parait pas avoir sensiblement changé depuis 2000 ans. Dans la région des Orangers, les Oliviers acquièrent une grandeur extraordinaire et ne gèlent jamais; dans la région des Oliviers sans Orangers, les premiers gèlent quelquefois et 11’atteignent jamais une grandeur aussi considérable que dans la rivière de Gênes. Avec les Oliviers se trouvent plusieurs autres cultures qui sont nécessairement exclues du reste de la France; telles sont le Câprier, qu’on cultive surtout à Toulon; le Grenadier, qui forme les haies près de Montpellier et dont les fruits mûrissent surtout «à Toulon; le Jujubier qu'on cultive dans tout le Bas-Languedoc et la Provence etc. O11 y trouve sauvages un grand nombre de végétaux, dont les agriculteurs savent tirer parti; tels sont le tournesol des teinturiers, le redoul (Coriaria myrthifolia) , le chêne au Kermès, le Nerprun des teinturiers, le Garou, les Lavandes, le Cade, le Thym, la Sauge, et un grand nombre d'autres qui sont autant de sujets de récolte et d’exportation de la région des Oliviers. On peut espérer d’y acclimater avec succès la plupart des cultures et des végétaux de la Barbarie, de l’Orient, plusieurs des plantes du cap de Bonne-Espérance et du Japon.
5.° La récion du maïs est moins prononcée que les deux précédentes, parce que le Maïs annuel 11e nous indique que la température de l'été et non celle de l’hiver. C'est par cette raison qu'il prospère également dans des pays très-différens les uns des autres; ou le trouve en grande culture dans tout le bassin de la Garonne, dans la Bourgogne, une partie de la Franche-Comté. Ou le trouve encore cultivé en grand, mais principalement pour l’usage de la volaille, dans les environs du Mans, beaucoup au nord de la limite qui lui est tracée par Arthur Youiig. Le Mais peut se cultiver dans les
montagnes à une assez grande hauteur; on en a trouvé dans les Pyrénées occidentales, à une hauteur d'environ 1000 mètres. Dans la même région où le Mais prospère, on peut employer les terrains inondés à la culture du Ris, comme on le voit en Piémont et comme on l'avait tenté en Bourgogne, où l’on y a renoncé à cause de l’insalubrité que cette culture occasionne.
4.0 La région DES vignes parvient plus loin, vers le Nord, que les précédentes. A
l'ouest de la France, la Vigne parvient jusqu’à Susinio et Trenier en Basse-Bretagne. Si l’on suit la limite septentrionale en allant à l’Est, on la retrouve à Tillière, entre Verneuil et Nonaneourt, à Coucy au nord de Soissons et sur la rive de la Moselle et du Rhin. Il est remarquable que cette culture atteint plus loin vers le nord du côté de
l'est que du côté de l'ouest de la France. Cette circonstance, bien remarquée par Ar-
thur Young, tient à la réunion de plusieurs causes; i.° la culture des Pommiers à cidre s’étant établie en Bretagne, celle de la Vigne y a été moins profitable et a été abandonnée , car il parait par d’anciennes chartes qu'il existait de la Vigne en Bretagne et même en Normandie ; 2.0 les provinces de l'Ouest ont des hivers moins froids et des
étés moins chauds que celles de l’Est; or, la Vigne ne craignant point le froid de l'hiver, peut venir indifféremment dans les deux pays, mais son fruit doit mûrir plus complètement à- latitude égale dans les provinces de l'Est, et comme cette maturité est la circonstance la plus essentielle pour le cultivateur, il est naturel que la culture se soit plus avancée au Nord vers l'Est que vers l’Ouest. Quant à la limite de hauteur que la Vigne peut atteindre, on la croit un peu inférieure à celle du Mais. Les Vignes les plus élevées que l'on connaisse, ne dépassent pas 700 mètres de hauteur.
5.° La région des pommiers a cidre est plutôt déterminée par l’usage que par la nature. Elle occupe les ci-devant provinces de la Bretagne, , de la Normandie et la partie occidentale de la Picardie; elle se lie presque nécessairement avec un système de culture très-différent de celui des pays de vignoble ; elle suppose des pays plats et dont
l’été n’est pas très-chaud.
G.° La région des montagnes est bien caractérisée; elle occupe toutes les sommités des Alpes, des Pyrénées, des Cévennes, des Monts-d’or, des Vosges, du Jura, qui sont au-dessus de 5 à 700 mètres. Ces sommités ont pour principaux produits ceux des forêts et des prairies naturelles. Parmi les plantes alimentaires on n'y peut cultiver que le seigle, le sarrasin, la pomme de terre, le choux etc. Dans les Alpes, les chênes, les hêtres, les pins, les sapins, les mélèses, forment les forêts selon les diverses hauteurs. Dans les Pyrénées, les chênes et les pins à crochet remplissent la même utilité. Les prairies naturelles présentent dans toutes ces montagnes beaucoup d’analogie quant aux plantes qui les composent et à l’usage qu’on en tire.
7.0 Enfin la région des plaines du nord comprend la Flandre, l’Artois et les provinces situées vers le nord de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, où la vigne n’est pas parvenue. La culture générale de ces provinces est celle des céréales et des prairies; la boisson habituelle est la bière, pour la fabrication de laquelle on cultive le houblon et l'orge. J.es produits de cette région sont moins nombreux, mais plus sûrs que ceux des provinces
méridionales; la culture est généralement mieux soignée; elle y est peut-être plus facile, parce que le climat y offre moins de variations que dans le Midi.
Les sept régions ci-dessus font assez bien connaitre la culture générale et le climat de la France. Cependant pour tracer une vraie géographie agricole, il faudrait comparer toutes les provinces relativement aux assolemens, aux instrumens de culture, aux enclos et e. On ne doit donc pas prendre d'une manière trop absolue les divisions tracées plus haut.
l’helyétie ou la suisse.
DOCUMENS GÉOGRAPHIQUES QUI EN INDIQUENT