PLANCHE X L I I I
Montagnes : Les montagnes de 1 Suisse sont les plus célèbres de l’Europe Le centre de la chaîne des Alpes peut être considéré comme divisé en deux lignes presque parallèles, qui vont du Sud- Ouest au Nord Est. La première ligne est celle des Alpes helvétiques, doni les sommets les plus remarquables sont le Gemini , le Junnfrauliorn [ Pic de la Vierge ] , le [Vins ter aarhoni , le
GaUenstnck, VEiger , l'inaccessible' Schreckhorn , le Grimsel, la Furca, le St. Gotliard, le Badur, les glaciers tlu nord du Haut-Rhin etc* Le St. Gothard a été longtems regardé comme un des points les plus élevés de cette chaîne, parce que d’importantes rivières prennent leur source dans son voisinage de tous les cotes. TMais Saussure a piouve par d’exactes observations, que ce n’était pas une raison suffisante; le Jungfrauhorn parait être le mont le plus élevé de cette chaîne; à l'Ouest sont plusieurs pics inabordables. Après le Jungfrauhorn, il parait que c’est VEiger et le Schreckho’n. Ces sommets sont de granit. Les flancs offrent de l’ardoise rouge, et des masses calcaires au Nord. Au Midi sont des deserts et des glaciers; au N. est le lac romantique de Iiandel Steig , où l’on dit qu’il a existé un passage pour aller à Lauterbrunn, parmi les glaciers , ressemblant quelquefois à des villes maguifiques de glaces, ornées de pilastres, de pyramides, de colonnes, d’obélis ques, au travers desquels les rayons du soleil se réfléchissent de manière à imiter l’éclat des plus belles pierres précieuses.
La chaîne du Centre, au Midi, appartient plutôt au Nord de l’Italie qu’à la Suisse. De ce côté on peut considérer les Alpes commençant au col de Lanière dans le Département des Basses Alpes, dont la cime a 2,1 65 toises de hauteur. Le mont Viso a 1 5^3 toises; le mont Cénis , à la roche St. Michel, î.-iqS toises; celui de Tournette sur Annecy, 1,178'; le mont G r amont , 1,402 toises;
le mont Vergy sur Sallanclies en Savoie, 1,173 toises. En entrant dans la Suisse, cette chaîne s étend depuis le Monthlanc et quelques sommets plus avancés à l'Ouest, embrasse le Grand-Saint- Bernard [Alpis Pennina] qui a 1,4.66 t. d’élévation, et le mont V élan 1,722 t.; puis le PT eisch , le mont Cervin, ayant 2,3og t. d’élévation ; le mont Basa qui en a 2,43o, et enfin le Breithorn, qui a 2,002 toises- Ensuite la chaîne passe du nord des lacs de Locarno et de Côme, et gagnant le Tyrol, va se terminer aux Alpes rhétiennes , au midi de l’Inn. Quant à la composition de ces grandes chaînes, nous apprennons de Saussure que les plus hauts sommets sont d’un granit blanc à gros groins, auquel se mêlent quelquefois le Hornblende, le Schorl , des grenats, des pyrites- Au-dessous sont de grandes masses d’ardoise.
Rivières : La Suisse a beaucoup de rivières. Au nombre des plus sublimes points de vue de ce pays, sont les sources du Rhône et du Rhin. Ce dernier est celui qui a le plus long cours sur les terres suisses. Sous ce rapport V Aar vient après, ensuite la Reuss , la Limmat , le Rhône, la Thur. L’illustre Saussure nous apprend que le Haut-Rhin [Vorder-Rhein] sort de la chaîne de Crispait, montagne dont le sommet se nomme Badur ; que le Rhin du milieu [Mittei Rhein] sort de la vallée de Medelo, dépendance de St. Gothard, et que ces deux torrens réunis en reçoivent un troisième qui sort du mont Adula et que l’on nomme le Bas- Rhin [llinter-Rhein]- A partir de sa source, le Rhin arrose la Suisse pendant l’espace de 170 milles [voy. tab. des riv. de l’Europe, pag. 94I.
L 'Aar prend sa source dans le mont Grimsel; mais il en a une autre dans le Schreckhorn et une troisième dans les glaciers du Finsteraar. Il reçoit la Reuss et la Limmat et tombe dans le Rhin en face de Waldshut après un cours de i3o milles.
La Reuss partage la Suisse en deux parties presque égales, Est et Ouest; sort du lac Lucendro au N. O. du St. Gothard. La Reuss joint l’Aar après un cours de 70 milles.
La Limmat est composée de deux courans, la Linth et la Mat, entre à 10 milles de leur confluent dans le lac de Zurich, et se jette à 17 milles de ce lac dans 1 Aar.
Le Rhône n’appartient à la Suisse que parce qu’il arrose le Valais jusqu’à sou entrée dans le lac de Genève pendant l’espace de 75 milles [voy. le tab. des princip. riv. de 1 Europe].
La Thur prend sa source au midi du Toggenbourg et coule au N. O. dans le Rhin.
Les autres rivières sont la Sun a et VEmme qui entrent dans l’Aar; 1 Tnn dont le cours commence à être majestueux dans le pays des Grisons; VAdda qui baigne la Valleline et se jette dans le lac de Côme etc.
Lacs : Les lacs de la Suisse sont nombreux et intéressans ; les plus cousiderables sont le lac de Constance, qui a i5 lieues de long sur 6 1 ’ dans sa plus grande largeur Le lac de Gene e, qui s’étend en forme de croissant, et dont les beautés
pittoresques célébrées par J, J, Rousseau, seraient plus intéressantes s'il était parsemé d’îles. Il n’y a qu’une partie du lac Maggiore qui appartienne à la Suiss ; tout auprès est le beau lac de Locarno. Le lac de Neuchâtel et celui de Zurich ont chacun environ 22 milles de long sur 4 de large. Celui de Lucerne est moins considérable. Viennent ensuite, dans un ordre inférieur, les lacs de Thun, de Brientz, de Jour, de Morat, de Bienne, de Sempach, de 2ug, de TVallenstccdt, etc.
Elévation des différais lacs au-dessus de la mer.
Lac de
Thun .
pieds.
— des 4 cantons .
— tic
Neuchâtel ,
• — de
Zug . . .
— de
Zurich. . .
— de
Gcnê'e . .
1, 1 bo
— de
Constance
Majeur
Corne .
Curiosités naturelles
Pour
entrer
dans le dé
1 des cuiio&ités natur
elles de
le Suisse , il fau
drait la décrire en entier* Les Alpes, les glaciers, les précipices, les torrens, les sources des rivières, les lacs, les cataractes, tout y est aussi intéressant que particulier et du genre le plus sublime. La cascade du Heichenbach près du bourg de Meyrincen sur le moût Scbeidcck , celle du Staubbach
dans la vallée de Lautcibrunncn , h. de 900 pieds ; la chute du Rhin près de Schaffouse : sont des scènes magnifiques qui ont été souvent décrites.
Le grand glacier du Grindehvald , qui est en forme d’amphithéâtre; la vallée de glace du Mon tanvert, et non loin de là cette belle arcade de glace, d’où sortent les sources de l’Arveiron, ont été fréquemment célébrés par la peinture et la poésie [voy. la pl, XVII I de ce porte-feuille.]
La planche XLIV représente la chute du Rhin, éloignée de Schaffouse d’une petite lieue. La route qui y conduit , serpente sur les collines, qui forment les rives du fleuve, et du haut desquelles on distingue la ville et le château sons des aspects très-pittoresques. Les environs en sont magnifiques, et le Ilhin se promène majestueusement au fond de la vallée. De Laufen on atteint un sommet suspendu sur le Rhin , d’où l’on voit perpen. diculairement, au dessous de soi, la cataracte formée par le fleuve entier, qui tombe du haut des rochers avec une vitesse et une impétuosité effrayante. On descend ensuite jusqu'au lieu situé audessous du niveau du lit supérieur du fleuve; là 011 est si près de la chute, que l’on croit pouvoir la toucher de la main. Un léger échaffaudage jette en avant dans le milieu même de ta vapeur de cette épouvantable cataracte , la présente dans sou aspect le plus magnifique. Une mer d’écume précipitée avec un fracas de tonnerre , une nuée d’eau réduite en poussière , lancée en tous sens à une énorme distance, tout enfin surpasse l’idée que l’imagination la plus vive pourrait se former dans les rêves les plus exaltés, et la moindre partie de ce tableau sublime est au dessus de toute description. La chute de celte cascade est de 80 pieds lors de la plus grande crue d’eau.