‹ Portier, je veux de tes cheveux!Chapitre 21 sur 39 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

PICARD, FANNY, puis JULIE.

PICARD, d^afordseul. Allez, allf z^, blancsbecs, je me moque de vous. Ce M. Edouard, jel'avaispourtantprisen amitié... Aufait, il a bien le droit d'être un peu fâché... Ah ! c'est toi, mon enfant; où vas-tu donc?

FANNY, un panier au hras. Je vais au marché, papa... chercher le dîner.

PICARD. Oui... et puis au marché... on peut rencontrer Bonivet... Il n'y a pas de mal, mon enfant, puisque je l'ai permis de l'aimer... Dis-moi, amène-le à diner, si tu le rencontres par hasard....

II appuie sur ce mot.

FANNY. Oh I je le rencontrerai, papa, je le rencontrerai, soyez tranquille.

PICARD. Oh! je ne suis pas inquiet; va, ma fille, va... (// la regarde sortir a>'cc tendrese.) Chère enfant — est-elle heureuse! Oui, oui, faut les marier. (0/t frappe. Il tire le cordon, Julie entre.) Ah ! c'est un de mes jeunesgens.Qu'est-cequ'il me veut encore?

JULIE. Monsieur Picard... j'ai laissé partir ces messieurs, et je reviens auprès de vous, car j'ai à vous parler?

PICARD. A moi, monsieur?

JULIE. A vous-même. Tout-à-l'heure, monsieur Picard, j'ai plaisanté avec mes amis... un peu légèrement peut-être...

Vous savez, on déjeune, on s'échauffe... et après ça va plus loin qu'on ne veut... Mais laissons les folies de côté, et parlons affaire...

riCARD. Je ne comprends pas, monsieur.

JULIE. Monsieur Picard, je suis spéculateur, à l'aiVùt de toutes les choses rares, de toutes les curiosités. Je profite des manies et des caprices du jour... Je commerce sur hs ohjels d'art, sur les bdiuts, les autographes, sur les antiquités, sur tout ce qui vient des grands hommes... Par exemple, j'ai acheté une pipe culottée qui a appar-

PORTIER, JE VEUX DE TES GHEVEUXl

tenu à Jean-Bart, et une vieille paire de bottes qui vient en ligne droite de Poniatowski... Ce matin, j'ai échangé un gilet de flanelle d'Abdel-Rader contre une dent de Jean- Jacques Rousseau . Ca m'a donné l'idée de vous proposer une spéculation.

PICARD. Une spéculation, je ne vois pas trop... Je n'ai pas d'antiquités... j'ai bien quelques culottes assez vieilles... mais je ne crois pas...

JULIE. Ecoutez-moi... vous n'êtes pas sans savoir que tout ce qui vient du grand Napoléon est à im prix fou...

PICARD. Je le conçois.

JULIE. J'ai vu vendre cent louis le verre d'une de ses IcH-gnettes , et dernièrement encore son petit chapeau a été payé dixhuit cents francs.

PICARD. Oui, et c'est un Français qui l'a acheté !...

JULIE. Et cela devait être.

Air nouveau de M. Henry Potier.

Oui, son petit chapeau,

Que chacun nous envie,

Est pour notre patrie

Un souvenir trop beau.

Vainqueur, il traversa les pays de la terre. Pour en rester maîtresse, oh ! oui, la France entière Aurait souscrit pour son petit chapeau.

PICARD

De son petit chapeau,

Oui, j'ai bonne mémoire ;

Ah ! pour nous quelle gloire !

Combien il serait beau , Si Ton pouvait trouver, ce qu'au ciel je demande, Une tète assez belle, une tète assez grande JPonr mettre un jour sous son petit chapeau !

JITLIE. Ca se présentera peut-être. . . Mais revenons à mon affaire. Il y a un mois , père Picard, j'ai vendu à un Anglais une bague contenant des cheveux de l'empereur ; cet Anglais a perdu cette bague, et m'écrit de Londres de lui en envoyer une semblable.. . Je vous avoue que je n'ai pUis de cheveux du grand homme. ..

PICARD. Eh bien? que puis-je à cela?

JULIE. Voilà, père Picard... Vous avez absolument la chevelure du grandhomme, t je viens vous proposer de m'en céder me boucle... enfin...

Elle ehante.

Portier, je veux Une mèche de tes cheveux, {bis.)

Elle rit aux éclats.

PICARD. Oh! c'est trop fort!... une pa- -rcille plaisanterie... Et moi qui l'écoutais bonnement !

POOOQQOOOOOOOOOQOOOOOOQQfi

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