SCENE PREMIERE
BONIVET , enirant axiec précaution et allant vers la loge, (fui est ouverte.
Le vieux Picard balaie le devant de la maison... profitons de ce moment de propreté du père... pour m'insinuer jusqu'à sa fille. (// appelle à voix basse.) Fanny !... Fanny !.. c'est moi, Bonivet... ton chéri !.. Personne... elle sera allée porter une lettre
au second ou au troisième... Redescends vite, ma Fanny !... pour toi je m'expose au manche à balai de ton père... J'aime trop cette femme-là, ma parole!.... je l'aime comme un Allemand aime sa pipe... comme nn Anglaisaime son boule-dogue...
comme un Cosaque aime sa gousse d'ail!., et son diable de père me reçoit toujours comme un chien dans un jeu de dames Un Garçon sort de l'escalier de gauche ; Edouard paraît à la fenctie.
MAGASIN THEATRAL
EDOUARD, au garçon. Garçon! garçon !... apporte aussi un fromage glacé.
tt du Bordeaux... nous n'en avons j)lus dépêclie-toi !.,.
LE GARÇON. Oui, monsieur...
Il sort; Edouard rentre.
BOMVET, regardant lu fenctre d' Eilouard . 11 y a des gens qui ne songent qu'à leur estomac... Les goulus!.. C'est l'étudiant en médecine qui régale ses amis... Ces étudians... ou croit que ça étudie... et ça se bourre de blanc de volailles.... Confiez donc volie peau à ers gens-là.... Où j'en étais donc resté?... Ah!... à maudire le vieillard qui sert de père à mon objet... Ce vieux vétéran en retraite me fera faire de vilaines choses!... Tiens, vois-tu, Fanny, s'il te refuse à ma tendresse... foi de Bonivet... je...
SCEINE II.
BOMVET, PICARD.
PICARD , lui prenant Voieille, il parle avec lonJiomie. Ah ! je t'y prends encore!...
BOMVICT, criant. Aïe!... aïe !... père Picard, lâihez, lâchez, je vous l'ordonne... et, au besoin, je vous en supplie!...
PICARD , le lâchant. Peux-tu me dire ce que tu viens faire ici ?
BOMVET. Père Picard — je viens vous parler... et j'en ai le droit... il y a sur votre porte : « Parlez au portier. » Je
me suis dit: Je vas parler au portier
Un enfant de six semaines qui saurait lire comprendrait ça...
PICARD. Tu viens, mon drôle, pour en conter à ma fille...
BOMVET. Ah! père Picard!... quelle
erreur est la vôtre!... Eh bien, au fait
père Picard... je viens pour en conter à votre fille, mais dans des idées légitimistes; mon amour demande une publication de bans... voilà mon cœur à nu.. IMaintenant, père Picard... levez votre arme sur moi... îrappez... j'aime autant mourir de votre inaui que d'un amour rentré.
PICARD, posant son balai. Et ma fille, t'aime- t-elle?...
BOMVET. Puis-je vous le dire sans danger?... sans redouter la colère d'un père?...
PICARD. Oui...
BOMVET. Vous ne vous oublierez ni envtis elle, ni envers moi?...
PlCMin. Non... voyons, parleras-tu?
BOMVET. Eh bien... elle m'idolâtre....
(II (end le </.'5.) Aïe !...
PICARD, à part. Au fait, c'est un bon garçon. {Haut.) Mais tu n'as rien...
BOMVET. Il y a un an, père Picard, j'étais encore sans position dans le monde; mes bottes avaient des fentes secrètes, et je boutonnais ma redingote avec des épingles... jMais je viens d'obtenir un emploi dans le gouvernement... on m'a nommé, il y a six mois, visiteur des champignons du marché... et l'on vient d'ajouter à mes fonctions celle d'inspecteur des bonnes et mauvaises herbes
Yoild mes titres... voilà ma position dans le monde...
PICXRD , souriant. Eh bien, je verrai... je parlerai à ma fille.
comvi:t. Ah! père Picard!... permettez que je dépose un baiser sur le dos de votre main... la main gauche... du côté du cœur. . . je jure sur vos vieilles cicatrices de faire la félicité de votre demoiselle, et d'embellir vos cheveux blancs... c'està-dire, non, vous n'en avez plus ..
PICARD. C'est bon... va-t'en... je veux être seul pour parler à Fanny.
BOMVET. C'est ça... je vas faire ma
ronde O bonheur! le ciel enfin
comble mes vœux!... ah! ahl... que je suis heureux !... Au revoir, père Picard.
Air. : Je ref^ardais Aladelinette.
Je m'en vais faire ma touine'e , Jvoiis en [iiie, anansiez tout ça ; Et j' vous i( ponds qu'avant l'annce, Pèi' Picaid, vous s'rez grand papa !
Et c'est gentil d'èlr' grand papa!
Comme ils naîtront parmi les herbes, Tous les enfansque nous aurons Ne j)cuv''nt manquer d'être superbes, Et d'pousser couim' dos champignons.