‹ Portrait politique des papesChapitre 130 sur 190 · BONIFACE VIII · texte numérisé non relu

BONIFACE VIII

CXCIII* PONTIFE. — DE 1 294 A l3o3.

BekoIt Gaétan, né à Agnani , cardinal du titre de Saint-SyWestrc, fat dlu pape le i5 décembre 1294, sous le nom de Boniface YIII , et mourufle 1 1 octobre î3o5. Plusieurs écrivains raccusenfd'avpir beaucoup Intrigué pour déterminer son prédécesseur à renoncera la tiare, et quelques-uns méniô lui attribuent sa mort pour se détivi;er d'Inquié^ tttde. Son ot^eil, son ambition et son avarice n*eirrent point de bornes , et il parait difficile d'en trouver un autre plus hardi à abuser de rÉcrîturc- Sainte, pour justifier ses attentats. 11 en vint à déclarer comme dogmatique, en trois bulles, la nouvelle opinion qull appartient de droit aux papes

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4e dpnner et d'otçr les royatuoied , de résoudre les disputes sur les prétentions à la çouroime, et de se servir des moyens spirituels et temporels pour faire exécuter leurs résolutions. A peine y eutrU un seul pays catholique où il ne prétendit pas exercer ce droit de haute souveraineté divine sur les monarques« Il se gouverna su^'^epcÂBt avec tant d'arbitraire , qu'il s'inquiétait peu de paraître inconséquent lorsqu'il lui convenait de varier sa conduite selon les circ^onstances politiques qui survenaient. A la mort de l'empereur Rodolphe, les suffrages des électeurs sa partagèrent entre Adolphe, comte de Nassau , et Albert d'Autriche , fils de l'empereur défunt. Il en résulta la guerre civile et des maux énormes. Les électeurs désirant y mettre fin, voulurent se réunir, annuler l'élection de Tun des deux , et voter tous en faveur de l'autre. Bonifaee s'y opposa bous peine d!ex€ommuiiication , enr disant que lui seul avait pouvoir à ce ^ujet, et qu'il

donnerait l'empire à qui bon lui. semblerait, et

même a un autre que le$ deux compét^teuirs.

Il les cita à comparaître devant le Saint'^éi^

pour alléguer leurs droits respectifs. Adolphe étant

mort pendant la^uerre, le pape ^mputa l'homicide

à Albert et 1 excommunia. Les électeurs voulaient.

le rcconnaitrjs pour roi dçs IVomjSiins, et fioniface

les en empêcha. Dans là s\iite., , éfant survequ de

grandes altercations avec le roi de France, il chan*

gea de conduite} et, après avoir absous Albert, il

je reccnnu^ pour légitime roi des Romains., mais en

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ro}>%eant à confesser que les papes ataient le droit annoncé dans ses bulles , et à confirmer aussi les ancteiines donations dopt nous ayons déjà parlé*

11 excommunia Fadriique d'Aragoi), frère de Jacques II, roi d'Aragon, parce qu'il retenait le royaume de Sicile. Il le déclara inhabile à posséder aucune dignité ^ et i^nouvela l'itatenlit général sur l'ile ; tûaàs les habitans^^ anéprisant cette mdsure ; élurent et proclatnèrent F adrique pour leur roi; en publiant qu'ils ne Vqsuloient pas se soumettre â Charles, roi de Naples. Les civconstanceis ayant changé, par ses querelles avec le roi de France Pl^iilippe lY , dit U Bel^ H n'hésita pas à faire b paix avec Fadrique , à l'absoudre et à lever l'intep^ dit, pourvu quHl^e reodnnùt tributaire du Saint- Siège, et qu'il lui fournit des secéut's- contre ses ennemis*

Il avait excommunié Jacques tl ^ roi d'Aragon , et mis L'interdit sur ^son royaume, ce que les Ara* gonais n'avaient pas non plus observé. Par suite de sa même détermination , non-seulement il dontid l'absolution a Jacques, inais il lé fit encore gonfa-^ lonier^ ou capitaine-général du Saiut-Siége, et lui donna les llea de Sardaigne et de Corse, sous la condition de porter du sec<airs aux papes et de se reconnaître vassal et tributaire de Rome.

Il excommunia Ério VIII , roi de Danemarck , parce qu'il avmt fait arrêter l'archevêque de Lunden, et parole,. il troubla pour long'^teitaps là'tranquillitc intérieure de ce. royaume.

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Il fulin ina rexcoinmimicatioii con tre Edouard I**, roi d'Angleterre ^ pour avoir revendiqué le royaume d'Ecosse qui était son feu4ataire; et il entreprit de persuader que l'Ecosse était une propriété directe des .papes, et qu'eux seuls avaientdroit.de diq[>08er de la couronne.

«11 ne suffit point i Edouard de prouver par des documens authentiques , que l'Ecosse était un démembrement de l'Angleterre « et que cette vérité avait été* reconnue par plusieurs rois Écossais. Boniface n'était pas homme à céder â des raison* nemens, mais seulement à la nécessité , et c'est ce qu'il fit seulement lorsqu'il se trouva menacé par Ia France.

. 11 excommunia VenceslaslVi roi de Bohême , et §on fils Yenceslas Y ^ parce que ce dernier accepta le royaume de Hongrie , où il était appelé par les Iloipigrois , à quf Bpoîfaçe voulait donner pour roi Charles -jRobert 5 petit -fils.de Gharies II, roi de Kaples. Il y excita la gucrre^ civile qui se termina en faveui^.de Yenceslas , mais, après mille calamités de toute eapècci causées par l'ambitieux pontife. Yenceslas citait par hasard dans ses lettres le royaume de Pologne, qu'il occupa en effet dans la suitç; et cettQ citation seule fut un motif pour que Boniface se crut maître de le donner à qui bon lui semblerait ; d'après cda il ordonna que Yenceslas et tous ceux qui prétendaient à cette couronne , eussent à comparaître devant le Saint«<Siége , pour y exposer leurs droits respectifs.

Eb CastiHe il fit un chose avantageuse, parce qu'elle lui valut beaucoup d'ai^ent; mais si nout^ devions nous régir par les règles de droit, sa détermination ne pouvait avoir aucune validité! SanchelV, dit le brave, était mort excommunié, et sa veuve, la reine Marie, Tétait aussi, parce qu'elle n'avait pas voulu se séparer , quoique le» papes précédens eussent déclaré son mariage nul par un empêchement dirimant de parenté. Alors il déclara ses enfans légitimes, et, par ce' moyen , Ferdinand I Y s'affermit sur le trône , contre l'infant de la Cerda, prétendant â la couronne en* vertu du droit d'aioesse de son père. Pouvait-il sortir quelque chose de bon d'un homme aussi méchant? car il le fut encore dans cette occasion ; soit parce qu'on ne peut valider le mariage d'un mort ; soit parce qu'il n'avait pas le pouvoir de lé-' gitimer pour des dignités temporelles , et encore moins au préjudice des droits d'un tiers; 8oiti)arce qu'il le fit à prix d'argent, en vendaiït l'usage deson autorité pontificale.

11 déposa Jacques Colone et Pierre Oolone son' neveu y de la dignité de cardinal et des autres bénéfices qu'ils possédaient, et il les excommunia ainsi que leur parens^ <}u'il dépouilla de leurs fiefs' et de leurs biens ^ sêtilement pai^èe qu'ils s'opposèrent â son despotisme à l'occasion d'objets relatifs à l'empire et au parti des Gibelhis qu'ils suivaient contre les GuelfesJ Ce fut par ce motif que la famille des Colone découvrit beaucoup de

io8 crimes de Boniface^ y compris celui de concobinage^ et d'avoir domoié le jour à plusieurs eufans. . Rien u'est comparable à ses discordes avec le roi de France , qui commencèrent à l'occasion de l'arrestation de l'évéque de Pamiers , ordonnée par Philippe-le-Bel, pour crime de conspiration. Boniface s'étant déclaré juge du roi, dans toute espèce d'affaires indistinctement, et traitant d'hérétiques, tous ceux qui ne reconnaissaient pas la doctrine de détrôner les rois, reçut la réponse que tous les souverains devaient faire dans de semblables occasions. Bonifàce excommuqià Philippe et ses adhérens. Le roi convoqua l'assemblée générale des préUts et'des barons du royaume, et plusieurs d'entre eux. réclamèrent un concile général pour déposer Bonifàce , en offrant de prouver quelques chefs d'accusation très-graves, surtout le crime de simonie, et diverses hérésies contre des articles de foi ; et de plua, sa vie très«-déréglée et un usage .tyrannique et cruel de son pouvoir au préfudice de la religion et de tous les royaumes chrétiens. Guillaume de Nogaret,.né s*en tenant pas aux pacoles, s'empara de BoniCace dans Âgnani sa patrie , pour lui faire signer »ne buUè de convocation du concile général. Il né put exécuter son projet , faute de l'avoir teansporté ailleurs , parce que ses conipatriote$ le n&tirèretit de. ses mains et le condtdsirent à Rctaie. La .rage jet la fîireur de Bonifàce lui causèrent. une fiètre si .violente, qu'elle le mit au tombeau, sans. revoir Rome. En l'année i6o5

on retrouTa son corps sans être corrompu. Ceux qui croient que cette circonstance estunepreurvede sainteté, peuvent se tromper, en la trouvant dans ce pape qui fut un tison infernal de discorde de tout le monde chrétien, et qui na laissé que de mauvais exemples indignes d'être imités.

Le pape Clément Y intenta un procès à sa mé^ moire , d'après les instances du Roi de France et de ceux qui l'avaient accusé pendant sa vie. Beaucoup de témoins affirmèrent avoir entendu Boniface dire que l'âme mourait avec le corps , que le monde était étemel , que toutes les religions étaient égales, que la simonie n'était pas. un péché, et d'autres propositions hérétiques. Le pape put obtenir du roi qu'il se désistât de son accusation; il craignit qu'en déclarant Boniface hérétique, il en résultât des conséquences contre lui-même , si les actes pontificaux étaient déclarés nuls, et entre autres les nominations des cardinaux qui avaient élu Clément. Ainsi il mit fin à l'instance contre Boniface. L'inquisition condamne comme hérétiques des gens vivans ou morts avec bien moins de preuves que la centième partie de celles qu'il y eut contre Boni&ce. Pour moi , ]e le regarde comme maté« rialiste.

XIV SIÈCLE

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