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Portraits du siècle

L'heureux projet d'une exposition de porti^ails du siècle est né en France. La première eut lieu en 1883 à rÉcole des Ceaux-Arts, h Paris. Le succès fut tel que, l'année suivante, on en organisa une seconde qui. obtint la même vogue.

En rendant à la République ce qui appartient à la République, et à Paris Thonneur de Tinitialive, nous ne diminuons en rien le mérite du Comité do Dames beiges qui, dans un but humanilaire, sous un auguste patronage et avec le concours dévoué de quelques personnalités marquantes des aits et des lettres, a oi'ganisé la présente exposition. Tout en s'inspirant de lexemple de Paris, le Comité l'a élargi et étendu en Tinlernationalisant. On doit à cette ingénieuse idée la réunion sans précédent d'un grand nombre de toiles immortelles à la fois par les pinceaux qui les ont créées et par les personnages qu'elles représenlent. Disonslo bien vite, il n'y a pas que des gloires et des grandeui's qui aient trouvé leur place dans cette galerie-

merveilleuse où le passé et le présent so confondent. A côté de génies qui ont l'égi l'Europe et en ont déplacé tour à tour le centre de gravité, à côté de potenlaj^s, de législateurs, de grands ministres, de guerriers chargés de lauriers, d'artistes dont le nom illustre le Livr-e d'or de I Arf, on rencontre de simples citoyens qui y licnnent leur place i)a!*ce que, avec une pénétration et un l)on sens qui les honorent, ils ont su discerner le peiiiire dont le talent devait |)er-pétuer leur mémoire.

Par une antithèse piquante, on y découvre égalelemeiit un artiste liégeois nommé Lonsing, qui n'échappe à l'ouhli <|ue pour avoir tixé vivants sui" la toile les modèles «ju'il a pris en pleine Convention nalioiiale : le gi-and orateur de la Uévolutioii, Mirabeau, à la tribune, et, dans le fond, Sieyès, l'homme du 'J'iers-Étaf, l'abbé Maury, Lanjuinais, le vaillant advei'saire dos Jacobins.

Des antithèses, toujours et pai'tout : ici elles se trouvent dans lo portrait de Tàpre et implacable théoricien de la Révolution, Saint-Just. signé par Prud'hon, auteur de la fameuse page Ift Crime youvsuici jiar la Justice et la Vengeance céleste ; là. dans le César corse, ressuscité par Paul Delaroche, d'après les documents du temps, avec sa mèche historique sur son front marmoréen, et faisant face au feld-maréchal de Moltke et au prince de Bismarck, les vengeurs et les unificateurs de l'Allemagne ; c'est M. F. von Lenbacti

qui a biji'iné ma^islralement leurs trails; loin de se contenter d'en rendre la forme exlérieui-e. il les a (Joués d'une vie intellecluelic «H in(ini'3; de même, il a lait vivre à jamais Léon Xll», restaurateur de la pliilosophie de Thomas d'Aquin, le chanoine Doëllinger. et IVvêqiie rronle Sirossmas-er, un des princes les plusmilitants de l'église calholique.

Les contrastes se henitent. L'art les concilie ton*».

^L Frère-Oi'ban, de Louis Gallait, n'est pas loin de Jules Malou. représenté dans sa-bonhoniie railleuse par Winlerhiltor, dont le portrait, de LéopoM I' est éclipsé par l'œuvre pleine de prestance dans laquelle le gHMiois Liévin de Winne a conser^'é à la jiostérité les traits du fondaieui- de la dynastie holge : L'ïwronce n'a pas mieux réussi Georges IV, ceiiendant un des joyaux de l'Exposition.

De toutes parts, les impressions les plus diverses vous sollicitent. On n'a peut-être qu'un regard indifférent pour le portrait île Napoléon Itl, par Flandrin. Mais comment se défendre d'un serrement de cœur devant la reine Amélie, b. laquelle Jalabei't a imprimé le caractèi'e d'une Uxor dolorosa ?

Et il n'y a pas seulement ûe6 empereurs, des rois, des reines, des politiciens. M. F. von [.enbach, qui a traité Bruxelles avec une vraie munificence en ajoutant à son envoi AVilliam Gladstone, n^us montre aussi le profil plastique du plus grand virtuose du siècle, Franz Liszt. Voici Eugène Delacroix, [>ar Eugène

Delacroix, riai-ije, — le génial sculpleur, hélas ! trop îongleinps méconmi, — • peint par M. Bonnat, qui donne encore la meaun fie son art dans un superbe portrait de la baronne douairière de Rothschild, dans son Alexandre Dumas, l'auteur de la Dame aux Camélias, et enfin un chef-d'œuvre, le masquo de Victor Hugo sur son ht do mort.

Les chefs-d'œuvro abondent. L'on ne sait auquel donner la palme. On al mire une tète de Goya, un amiral esnngno!, d'un ùiïra aussi énergique que l'expression ; ou voudrait s'imprégner de cet art personnel, et voilà que l'attention se détourne sur un portrait, non moins fièrement charpenté, de Gustave Courbet représentant M. Alfred Sievena.

Le mailre de la modernité na flgui'e pas seulement au Salon du siècle grâce au pinceau réaliste du maîtrepeintre d'Ornans. Il y brille au premier rang par ses inimitables pastels de femmes, qui sont comme l'elïlorescence de la peinture flamande, mariant l'élégance suprême à la fleur et à la beauté vivante d'un coloi'is exquis, et enfin par ses superbes esquie^ses pour lo € Panoi-ama du siècle », qui forment dans un certain sens une synthèse de TExposition.

Celle-ci renferme de tels trésors, aussi bien au point de vue de l'Histoire que de l'Art, (^ue nous ne voudrions même tenter île la résumer en quelques pages. Qu'il nous soit seulement pei-mis ^ïe.u tirer un enseignement et une conclusion tout à l'honneur de noire école.

L'«înseignement, c'est que môme le talent modéré a •de l'esprit devant la nature ; quant au génie, la première et la dernière chose qu'on exige de lui, étant î'amour de la vérité, c'est dans le portait qu'il se •mani leste de la façon la plus irrécusable.

La conclusion, c'est que, comparés aux maîtres les •plus renommés de France, d'Allemagne, d'Angleterre •et d'Autriche, — qui tient la rampe avec deux remarquables portraits du prince et de la princesse Antoine de HohenzoUern, par Angély, — nos artistes maintiennent pleine et entière, dans toute sa richesse, la gloire de l'école flamande.

De même que la Famille de Hemptinne, de Navez, et d'autres de ses toiles, rivalisent avec celles de son ■maître David et avec un portrait de haut style, la comtesse de Tournon, par Ingres, nos peintres modernes, Alfred Stevens, Emile Waulers, Portaels, de Winne, Alfred Cluysenaer, Agneessens, Paul Robert, Herbo, Slingeneyer, qui s'est surpassé dans un portrait de Félis père, ne cèdent le pas ni devant M. F. von Lenbach, ni devant MM. Donnât, Alma-Tadema, et d'autres, d'une célébrité incontestable.

Ce jugement n'a rien de téméraire. L'opinion publique le ratifiera, nous en avons la certitude, et elle acclaimera une entreprise généreuse qui flatte le légitime orgueil national, et sert en même temps au soula- ;gement de l'humanité souffrante.

Max SULZBERGER

Présidente d'Honneur :

Son Altesse Royale Madame la COMTESSE DE FLANDRE

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