‹ Portraits et dossiers parlementaires du premier parlement de QuébecChapitre 39 sur 96 · M. PIERRE GELINAS, DÉPUTÉ DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

M. PIERRE GELINAS, DÉPUTÉ DE RICHELIEU

Une nature originale entre toutes. Le vulgaire en regardant ce corps frêle et mince, enveloppé dans sa redingote noire, cette tête grise, ce maigre visage dont les traits accusent une certaine fatigue, ne verra en lui que le notaire député ; mais des yeux exercés devineront, à l'éclat sombre du regard, à la dignité naturelle de l'attitude et à la mise, un homme au-dessus du niveau commun.

M. Gelinas est en effet une intelligence et un caractère. Il doit le développement de la première à de fortes études ; le second à l'éducation de famille, à l'emploi de sa vie.

M Gelinas est né à Yamachiche, comté de Nicoiet, d'une des familles les plus respectables et les mieux considérées du pays. Parler ou agir comme les Gelinas, c'était échapper à la critique, donner les meilleurs •s d'honnêteté et de bonne foi. Douze garçons, comme les chefs des douze tribus, sont sortis de cette famille. Trois d'entre eux ont. embrassé l'état ecclésiastique ; l'un est Père Jésuite à Fordham, Etats-Unis, l'autre, actuellement préfet des études au collège de Nicoiet, et le troi. sième, mort il y a quelques années, occupait la chaire de philosophie de la même institution. Elevé au collège de Nicoiet, le député de Richelieu se fit remarquer dans ses classes par deux qualités rarement réunies, la richesse de l'imagination et la solidité du raisonnement- Ses cours achevés, le jeune élève entra dans une étude de notaire à St. Jules, comté de St. Hyacinthe et, en 1849, après examen, il recevait le pouvoir de libeller des contrats et de dresser des testaments.

Etabli notaire à St. Aimé. M. Gelinas, comme bien on pense, ne laisse rien à désirer sous le rapport de la science du droit et des formules. C'est un notaire accompli. Mais la particularité de cette intellie, dont les brillantes facultés pouvaient lui ouvrir les plus hautes • •arriéres, c'est l'amour qu'il a conservé pour les sujets élevés de la philosophie et de l'histoire, au milieu du positivisme des pratiques de son état. Vivant à l'écart, aimant la solitude, il se complaît à l'étude de philosophes tels que, Donoso Certes, Balmès, A. Nicolas, et de l'historien Rohrbacher. Aussi son esprit se meut-il dans les sphères de la spéculation et les nuées de la psychologie comme dans son milieu naturel. Persuadé qu'un homme doit ses ser son pays, M. Gelinas quitta ses études favorites et le calme de sa retraite pour l'arène agitée de la politique.

En 1867, il se présentait pour les Communes contre feu M. McCarthy, et échouait dans cette tentative. A la mort de M. Beaudreau, il briguait de nouveau les suffrages pour la chambre locale, et battait en deux rencontres le plus renommé des capitaines. M. Labelle, commandant du Que bec.

Le député de Richelieu n'ayant paru qu'à la dernière session n'a pu donner sa note ; l'occasion a manqué. Le prochain parlement mettra certainement en lumière un homme de son mérite.

Le député de Richelieu est le frère de M. Gelinas tn! connu

de Montréal, et du spirituel chroniqueur qui s Tom dans la

Minerve.

P. GELINAS, SCO—./. LABELLE, 848.

Prlitions— -2. [Défunt M. Beaudri

BlLLS— 0.

Page 1