‹ Portraits et dossiers parlementaires du premier Parlement de Québec [microforme]Chapitre 88 sur 104 · M. CÉSAIRE THÉRIEN, DÉPUTÉ DE LAPRAIRIE · texte numérisé non relu

M. CÉSAIRE THÉRIEN, DÉPUTÉ DE LAPRAIRIE

Grand, mince, élancé, figure osseuse, longue barbe noire ; le corps aussi droit et le pas aussi rapide qu’une flèche.

L'histoire des lunettes que porte aujourd’hui le député de Laprairie ‘ est presque une épopée,

Par une sombre nuit d'hiver, M. Thérien traversait le St. Laurent, en Cariole, pour se rendre à Laprairie. A peine arrivé au milieu du fleuve, il se trouve tout à coup enveloppé par un ouragan de neige terrible. Les balises indiquant la route, les lumières qu’on voyait scintiller sur l’autre rive, le ciel même, tout disparut, au millieu des tourbilluns d’une neige épaisse, fouettée par un vent glacial. Le froid, déjà intense, devint plus vif encore. S’arrèter, c'était se vouer à une mort certaine ; avancer devenait presque aussi dangereux en ces parages remplis de crevasses et de petites banquises.

Que faire ? La neige tombait épaisse et le vent mugissait toujours.

M. Thérien, convaincu qu'un engcurdissement fatal suivrait une plus longue halte, se recommanda à Dieu, fouetta son cheval et l’hom-

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me et la voiture s'engagèrent dans la tourmente à la recherche d'une voie, d'une issue. La tempête dura toute la nuit. Ce fut aux premières lueurs de l'aube, que le calme se rétablit et que le ciel s’éclaira. M. Thérien qui n'avait cessé de marcher se retrouva presque à l'endroit où l'ouragan l'avait surpris, la veille. Inutile d'expliquer les souffrances aiguës d’une nuit pareille. Quelques jours après, une inflammation des yeux se terminait chez M. Thérien par une cécité complète. Le député de Laprairie était aveugle. l'opération de la cataracte lui rendit heureusement la vue. Et voilà comment les lunettes de M. Thérien pps un des épisodes les plus dramatiques de sa vie.

‘il faut en croire la chronique locale, M. Thérien serait entré dans la politique d’assez bonne heure. Ainsi, en 1848, à l’époque où l’Hon. M. Cartier et M. Marion se disputaient le comté de Verchères, M. Thérien, qui occupait alors l'emploi de commis chez M. Collet, son futur beau-père, joua un rôle effacé, mais décisif.

Chose assez rare, le patron tenait pour un candidat, le commis, pour l’autre.

M. Collet recevait les électeurs dans le salon dela famille situé au premier étage. Là, insinuant et doux, plein d'amabilité, il réussissait d'ordinaire à convaincre ses visiteurs, et, une fois la chose faite, il congédiait son monde. '

Mais au pied de l'escalier, les visiteurs trouvaient le commis à demisouriant, qui faisait passer la compagnie dans une pièce du rez-dechaussée, et, Jà, plaidant pour son candidat, il appuyait ses arguments de traites si bien ménagées que nos rauvres électeurs, touchés par cette éloquence et pensant s'être mépris sur les intentions de M. Collet, se rendaient aux polls où tous votaient comme un seul homme pour le candidat de M. Thérien. Le plaisant, c'est que les liqueurs du patron ser. vaient à corrompre ses propres amis.

L'affaire fut connue, mais trop tard, le tour était fait.

A la suite de son mariage avec la fille de son patron M. Thérien s'établit marchand à St. IsiCore, où se trouvent aujourd’hui son domicile et sa maison de commerce. Homme d’affaires, influent par ses relations et sa popularité, M. Thérien qui avait commencé si adroitement à faire élire les autres, ne pouvait manquer de se faire élire un jour luimême ; et, les dernières élections l’envoyaient en chambre représenter le comté de Laprairie.

On lui doit un bill demandant l'incorporation de la compagnie de navigation de Laprairie.

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