II PREFACE
L'histoire, en effet, ne consiste pas simplement dans le récit exact des événements accomplis. Ce n'est là, à vrai dire, que la lettre morte de l'histoire. Les croyances d'une époque, les idées qui l'ont passionnée, les hommes qu'elle a produits, voilà surtout ce qui la classe et en fixe le caractère. C'est donc, à certains égards , peindre un siècle que de mettre en lumière les individualités diversement puissantes qui l'ont illustré. Marquées à l'effigie du temps où elles ont vécu, elles en restent comme les médailles.
A ce compte, des Articles de critique où l'on examine ce qui a pu se penser ou s'écrire sur la vie et les ouvrages de saint Thomas, de Savonarole, de Baglivi, de Bossuet, de madame de Sévigné, de Jean-Jacques Rousseau, de Buffon, des Girondins, de Desaix, ne laisseront pas peut-être d'offrir quelque intérêt. Ces monographies semblent d'ailleurs, dans leur variété même, emprunter au sujet une réelle unité. Car, tandis que , à travers des noms assurément fort disparates, se déroule une longue succession d'années, chacun de ces noms, à mon gré, se présente comme un signe de l'âge auquel il appartient.
Quel nom imaginer, par exemple, qui caractérise mieux le treizième siècle que celui du Docteur uni-
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versel, de Y Ange de l École? Saint Thomas rappelle avec éclat ce temps miiqiie, où la foi, qui suscite les ordres religieux et produit les Croisades, fonde la politique et prépare la science, assignant à la sagesse humaine dans la révélation divine son point de repère et ses limites. La Somme Théologique sera mise auprès des Écritures sur la table du concile de Trente, et la Somme contre les Gentils restera tout ensemble un monument de démonstration irréfragable et une des plus hautes inspirations de la charité.
Un autre Dominicain, Jérôme Savonarole, n'est-il pas, de son côté, la fidèle expression de cette époque de crise où l'Italie, de même que l'Europe entière, s'émeut au souffle de la libre pensée? L'esprit municipal se ranimant dans la Péninsule, Florence luttant tour à tour contre la tyrannie dorée des Médicis et contre ces envahisseurs que l'Arioste appelle énergiquement « les loups des forêts ultramontaines ' ; » la naïveté du moyen âge s' éclairant par la réflexion des temps nouveaux ; le christianisme enfin empruntant à l'antiquité le prestige de sa littérature et des arts, le célèbre prédicateur remet en mémoire tout cela.
* Roland jiir'ieux y th^wiWW.