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Médailles d'or et d'argent. 400,000 liv

Puis, à la suite, l'auteur ajoute quelques réflexions assez curieuses ; « D'après toutes cet dépenses énormes, dit-il, voici un fait que personne nt voudra croire, qui est qu'à sa mort Ton n'ait trouvé à cette

femme que 8? louis d'or dans sa table à écrire, qu'elle irait destinés pour les pauvres. »

« Autre fait incroyable, ajoute-t-11, lâché par Collin1, c'est que pendant sa maladie, il fut obligé d'emprunter 70,000 livres pour faire face à la dépense. Ce fait détruit entièrement l'imposture, qui est qu'on a prétendu qu'elle avait de l'argent dans toutes les banques de l'Europe, et elle se trouve devoir, après sa mort, la somme de 1,700,000 francs. »

Vient ensuite rémunération de tous les gens attachés à Mm« de Pompadour, tant à Versailles que dans toutes ses maisons particulières, avec leurs appointements. On remarque parmi tous ces noms :

llesme, premier intendant 8,000 liv.

Collin. chargé des domestiques, et lui servant de secrétaire. 6,000

Le médecin Quesnay, que l'auteur appelle entreitneur de tout. 3,000

La Duhausset, femme de chambre 150

LaCouraget, id. 160

La Neveu, id. 150

On sait que M"* Duhausset a écrit ses mémoires, qui donnent des détails fort curieux sur la vie intime de M°* de Pompadour. L'une des deux autres femmes de chambre était femme de condition, mais elle prit un nom emprunté que M»« Duhausset elle-même ne connut jamais bien. Celle-ci seule ne changea point de nom, quoiqu'au service de la maîtresse du roi.

L'on y voit aussi figurer deux nègres, à raison de 1,800 livres.

Puis une série de gens attachés à la cuisine, à la garde-robe ; la livrée et les employés des différentes maisons, concierges, portiers, jardiniers, etc., et trois aumôniers : un à Versailles, un à Fontainebleau et vu à Complègne.

Après l'énumératlon des gens attachés à son service se trouve l'état des pensions que faisait Mm« de Pompadour. On voit avec plaisir dans ce chapitre qu'une partie des sommes considérables qu'elle touchait était employée en bonnes œuvres.

La première pension sur cette liste et la plus curieuse est celle faite à M*' Lebon, pour lui avoir prédit, à l'âge de neuf ans, qu'elle serait un Jour la maîtresse de Louis XV, 600 livres. Celte prédiction, dont ne parlent pas les biographes, et dont, on le voit, Hme de Pompadour s'est toujours souvenue, a dû avoir une grande influence sur sa destinée, et a été probablement Tune des causes qui poussèrent sa mère à chercher par tous les moyens à mettre Louis XV en rapport avec la jeune et jolie Mm d'Etiolés. La reconnaissance que Mme de Pompadour conserva pour

1 C#Wa était U tectotum de M™ de Poàpadotfr.

99f rontim mTonrot».

M^ Utwn, fut san* douta ta faite» qui H»l tt toujours aèeir «ir faifclé

pour les sorcières et les sorciers. Mme Duhausset raeoale dans tes~m&> moires, mu» histoire qui -le prouve bUn i

« Un sn ou quinie mois avant la disgrâce de l'afebé de Béniie,: dit-elle; Madame ' étant à Fontainebleau, elle se mit devant un petit secrétaire pour écrire s il y avait au-dessus un portrait du roi. En fermant le seerér taire, après avoir écrit, le portrait tomba et frappa asses fortement sa tête. Les personnes Qui eu furent témoins s'aiarmèfént, et on envoya chercher H. Quasnay, U se ût expliquer la chose, et ordonna des calmant* et une Baignée- Comme elle venait d'être faite, entra M"* do Brancaa, qui vit du trouble, du mouvement, et Madame sur sa chaise longue. Ole demanda ce que c'était; et on \e lui dit. Après avoir témoigné è Madame ses regrets et l'avoir rassurée, elle lui dit : « Je demande eu grâce à Madame et au. roi, qui. venait d'entrer, d'envoyer aussitôt 09 courrier à M. l'abbé de- Bernis, et que Mme la marquise veuille, bjeu lût écrire une lettré dans laquelle, sans autre détail, elle lui demandera de lui marquer ce que lui a dit sa sorcière, et qu'il ne estfgpe pas de Tin* quiéter. » La chose fut faite, et ensuite M"»e de Bcaneaa dit que h B&Ç* ump* lui avait prédit dans du .mare de café où elle voyait tout qqe fe Jête de sa meilleure amie était menacée, mais qu'il n'en, arriverait rien de fâcheux. Le lendemain» l'abbé écrivit que MmeBonlemp4.iu.i avatydit aussi : « Vous étiez presque noir en venant au monde, » et que cela était vrai, et qu'on a attribué celle couleur, qui a duré quelque temps, à un tableau qui était devant le lit de sa mère, et qu'elle regardait souvent ce tableau, qui représentait Cléop&lre se tuant au moyen 4 uue piqûre jf aspic que lui apportait un Maure dans .des fleurs, H dit 'encore qu'eue lui avait dit : « Vous avez bien de l'argent avec vous, mais U ne voua appartient pas; » qu'effectivement il avait deux cents louis pour remettre au duc de La Vallière. Enfin il marquait que, regardent dftns la tasse, elle avait dit: « Je vois une de vos amies, 1$ meilleure, upe grande dejne^ menacée d'un accident ; » qu'il devait avouer, malgré to philosophie, qu'il avait j)âlij qu'elle s'en était aperçue, avait regardé de nouveau, et avait dit :. « Sa tête sera un peu menacée, mgis il n/y paraîtra pas une demjr? heure après. » 11 n'y avait pas moyen de douter du fait* çt \\ parut fort étonnant au roi, qui fU prendre des informations sur la sorcière, majs que Madame empêcha d'être poursuivie par la police. Elle protégea aussi le fameux comte de Saint-Germain , qui prétendait avoir plus de d'eux mille ans, blanchissait les diamans, faisait grossir les perles, était enfin un véritable sorcier, et que, malgré tout ce charlatanisme, le roi vo^iùl chez- M™ de Pompadour par amouc pour elle. • .

1 M°* Duhausset donne toejon» i *W di Fojopedaar Usondt métmii

|* Mite des pensions contient ensuite:

A M™* Sainte-Perpétue.sa hurtedu cftté maternel $,000 \U.

(£lle était supérieure des Ursulines de Poissy.)

A Mlte Clergé, ancienne femme de chambre de sa mère. , . 600 . .

' Aux Capucines de Paris . . .'. • . . . . 720

(C'est dansTégtise de ce couvent qu'elle fut inhumée).

Aux filles de' l'Ave»- Maria. . . . 240

A M m« Beckcr, religieuse de Saint-Joseph 240

A la dame Plantier,' nourrice de sa fllle 200 .

A la dame Phi,- son ancienne fllle de garde-robe. ...... 50

A Dablon, son1 père nourricier . 300

Mm« de Pompadour eut une fille de M. d'Étiolés; elle se nommait Alexandrine. Il paraît que sa figure était charmante et pleine de feu. Sa mère rêvait pour elle les plus brillantes alliances, lorsqu'elle mourut, £ quatorze ans, de la petite vérole, dans le couvent de l'Assomption, où elle était élevée. On voit par ces pensions que Mme de Potnpadour n'oublia jt pas ceux qui axaient approché sa 011e; et cela explique aussi pourquoi elle protégea toujours ce couvent de l'Assomption et y fit faire de» embellissements dont nous avons vu le chiffre au chapitre des bâtiments* „

Au fils de sa première femme de chambre , , , 212 Mv

(Celle qui 14 servait sous un nom supposé).

Au fils de Douy. , . . . v , . . . . , . 3QQ

Au fils de Mme Dûhausset, seconde femme de chambre. , . 400

Pour le petit Beaulieu, gentilhomme , • . 150.

Pour le petit Capon, gentilhomme. . 300 '"

Pour la fille de Manoyé. . . » <.,,.... 300 *

Pour M"e Guillier ♦ 300 t

Povtr »*'« de Pontavicl 260'

Pour M«« la baronne de Rhône, Agée de qoatre-vingt-dtx ans. 3,000 '-.

Pour M"w de Farges 1 2,000

Pour là petite nymphe àe Compiègne. 400

Pour le petit Jean-Simon - . ,. 300

(Elle faisait distribuer dans les greniers de Versailles, . '•*» par son homme de confiance, tous les ans, 12 à

13,000 livres) . . . . . . . , 12,000

Au petit Sans-Bras ...*.,, 144

A un pauvre boiteux 1 . 36

A M** Qucstier 72

A Mme de Gosmoni, pour être religieuse,, t ...,*... . 1,800

A M,,e Dulaurent, pour être religieuse. . . ... « .'. • . . 1,800

A M*>« Dûhausset 400

A 'M,lc de Longpré, sa parente 600

A M»» de La Croix , . . « < • WO -

A Mme Truasop, pour remettre à quelqu'un à Paris, , . , 240

...Puis vient une longue liste des maisons religieuses auxquelles Jl^de Pompadour accordait des secours ; ces maisons sont au nombre de çin* quante et une. : . . . >

Elle leur donnait fou» 1m ans dans le carême 000 llv.

A ton» les curé» de ses maisons 1,452

Aux deux curés de Versailles, à chacun 10 louis 480

Au curé de Fontainebleau . 120

An curé de Choisy 120

Aux Sœurs grises de Choisy •• 120

Aux Sœurs grises de Fontainebleau. /. 120

A tous les curés de Gompiègne 600

A toutes les maisons religieuses de Compiègne. ...... 1,200

A un pauvre abbé de Compiègne, aux Carmélites, 48

A M** de ViNars, pour ses pauvres, tous les ans 1,200

Aux Frères de la forêt de Sénart 46

A la bouquetière du château de Versailles, suivant la cour. 120 La fondation d'une grand'messe aux Carmélites de Compiègne ; 600

Le jour de Tan, à tous les officier» des petits appartements du roi et garçons do château, à chacun une très-beJle

veste 1,000

A tous les autres domestiques du roi, suisses des appartements grands et petits, valets de pied, frotteurs, cochers, postillons et palefreniers du roi, et tous les métiers travaillant au château 1,200

A la naissance de Mgr le duc de Bourgogne, elle donna

3,000 livres à distribuer aux pauvres de Versailles 3,000

Ainsi qu'aux autres naissance*, trois autres fois 9,000

Elle fit donner aux pauvres de la Trappe, en deux fols. . . 15,000 Elle fit à Crécy, en deux fois, quarante-deux mariages à l'occasion de la naissance des princes ; elle dota mari et femme â raison de 300 livrée, et 200 livres pour les habite. . . . 21,000

Telle est la liste de ses dons.

Le manuscrit est enfin terminé par une récapitulation des sommet dépensées par M"» de Pompadour pendant les dix-neuf années de sa faveur. Le total général est de 36,327,268 livres 42 sous 5 deniers.

Voilà, sur sa déclaration, le relevé de' ce que M** de Pompadour a eoûté à la France.

Affaire Vanlerberghe et Ouvrard*.

Paris, 10 novembre 1805.

Joseph a Napoléon. — « Sire, les princes et les ministres des finances* de l'intérieur, de la guerre et de la marine, se sont réunis chez moi, sur

1 Les lettres qu'on va lire sont extraites des Mémoires et correspondante polilique et militaite du toi Joseph, publiés par M. Du Casse. Voir 1. 1, p, 318 et safrantes.

la demande qui m'en a été faite par le ministre du Trésor. Ce dernier nous a instruits de sa position relativement à la compagnie Vanlerberghe. 11 a désiré que M. Yanlerberghe fût entendu ; il nous. a dit qu'il avait été payé par le ministre du Trésor, et qu'il n'avait rien à réelamer pour son service de la marine et de la guerre ; que le ministre lui avait fait faire une avance de soixante-deux millions, dont il avait fourni des nantissements plus que suffisants; que les opérations du subside d'Espagne et celles des grains lavaient mis dans le cas d'avoir besoin du secours' du Trésor, et le laissaient encore aujourd'hui dans la position de demander un secours de vingt militons ; que, faute de ce secours, il était ' menacé d'une faillite inévitable.

« Nous avons tous été étonnés de cet état de choses ; il n'est aucun de nous qui ne crût cette compagnie eréancière du Trésor d'une somme très* considérable. Après une séance de quatre heures, nous nous sommes cependant tous rangés à l'avis du ministre du Trésor, qui doit donner à Votre Majesté tous les détails de cette affaire , et veiller à ce que cette compagnie obtienne «encore quelque secours qui la mette dans le cas d'attendre, la décision de Votre Majesté. Nous avons engagé M. Barbé- Marbois à ne pas se mettre en avances au delà de quatre à cinq millions. M. le ministre-directeur de la guerre n'a pas cru qu'il fût prudent de laisser tomber cette compagnie, du soir au matin ; il n'a pas cru qu'il fût possible d'assurer son service, et de la remplacer convenablement. Je dois ajouter que M. Marbois paraît avoir tous les nantissements nécessaires, et que le Trésor ne se trouvera pas à découvert; mais c'est sans doute là une des causes de la gêne dans laquelle on se trouve. * « Cette compagnie fait le service du Trésor ; elle fait celui de la guerre et de la marine ; elle a été chargée d'une opération immense de grains pour l'Espagne; il paraît qu'elle a employé les deniers qu'elle a reçus à l'un de ces titres pour soutenir ses opérations, comme compagnie française et de commerçants. Votre Majesté doit être frappée de l'inconvénient d'accumuler trop d'affaires sur une même tête ou sur une même maison ; je n'ai pas osé prendre sur moi de défendre au ministre du Trésor de continuer de soutenir cette compagnie, dont la chute entraînerait beaucoup de faillites particulières , et me forcerait à faire passer de nouveaux marchés, à créer de nouvelles compagnies ; j'ai pensé que, puisque le mal existait déjà, je devais le mettre sous les yeux de Votre Majesté, empêcher qu'il ne s'empirât, en recommandant au ministre de limiter ses avances et attendre les ordres de Votre Majesté, qui peuvent nous parvenir dans quinze ou seise jours, avant que le ministre du Trésor ait eu le temps de faire d'autres avances que celles de cinq à six millions, qui, en comparaison des soixante-deux millions qui ont été donnés et du bouleversement qu'occasionnerait, dans le commerce et dans

MO HHmAtlt mftTORHHffi*.

te senrteVée te guern et ée te Marine la ebute de I* compagnie Vanteeberghe, ne devaient pas Bons faire hésiter longtemps. -*

« Je rappelé à Yttoa Majctté mie je n'ai eu connaiesaiiee de eet tïal ete thaïes que d'hier, et lea mhiiatrea de te guerre el de te marine «jué d'aujourd'hui, a

Paris, 1$ novembre tftOfc

Joseph a Napoléon, — « Stre , la publication des mesures relatives à te Banque, insérées dans le Moniteur d'aujourd'hui , a produit un mou7 vement de hausse très-sensible: le billet de banque de mille francs perdait jusqu'à cent vingt francs, il ne perdait plus hier que quarante 4 cinquante francs; mais la nouvelle de la faillite de M. Récamiera produit un mouvement inverse, le billet a perdu ce soir soixante-dix francs. Il est indispensable que Votre Majesté prenne un parti pour les finances j le ministre de la police me t'écrit encore aujourd'hui d'uqe manfëre for)

pressante. »

Paris, 18 novembre 1865. ''

Joam A NAPOUtojt, — « $ire , je reçois te lettre de Votre Majesté du 15 brumaire (6 novembre) de Lints, et le dix-neuvième ttulletUt; an n'a pas reçu le dix-huitième.

a Les ministres se sout réunis aujourd'hui, mercredi ctiex moi, avej tes princes : l'objet le plus important qui noua ait occupés, c'est te attna* tion de la compagnie Vanlerbjerghe» qui menace d'abandonner le servtcet l-inoins qu'on ne lui donne le droit de prendre du blé p&r réquisition dans Içs divisions militaires dç l'intérieur, C'est le ministre Qejean qui m'a. fait ce rapport; je l'ai chargée de faire appeler, auMe^champ» les membres de cette compagnie, et de s'assurer de leur position .et de leurs Intentions} le ministre du Trésor se réunira avec lui, Dès que j'aurai Jour rapport , je m'empresserai 4e l'adresser à Votre Majesté* . « Les maires s'acquittent trôsrbieu de. ta nouvelle charge, que noua leur avons donnée, de distribuer des bulletins pour éehajnger les billets 4e banque ; le public se prête aux circonsteuee* avec beaucoup de bonne volonté et de résignation. Cette mesure a détruit la queue à \p banque, et réduit la perte du billet de mille frênes à cinquante franc»; mais le Trésor public demande toujours trop de billets, et tout le monde s'accorde à dire que cet établissement oe peut ae relever qu'autant qu'il y aurai) vingt millions de ses billets de moins en circulation: mais le ministre dit • qu'il ne peut pas se passer des escomptes* qu'il fait des obligation} contre les billet* de banque, *t qu'il ne .peut pas les modérer *u-dety de tUQte misions par semaine. *

ruta» #u8TincÀH\«». SSi

« Je suis honteux d'entretenir Votre Majesté de ces détails, au milieu des occupations qui l'assiègent et de la gloire de ses triomphes, »

Brunn, 21 novembre llOfc»

Napoléon a Joseph. — « Mon frère» vous avez jeté vingt-six millions dans Teau ; mais avec quoi payeres-vous la solde, l'entretien des troupes? Je ne dois rien à Vanlerberghe : tant pis pour lui s'il s'est aventuré aveo V Espagne pour des affaires qui ne me regardent pas. 11 me suffit qu'il ne manqué point par la faute du Trésor. »

«É«w*Ai

Paris, 2 décembre 1805.

.; Josepn a NapoUEdH. — « Sire, je reçois la lettre de Votre Majesté tjy 1* frimaire (22 novembre)* Je la prie de vouloir bien se rappeler que je n'ai été instruit des rapports du ministre du Trésor public avec M. Vanlerberghe, et des avances qui lui avaient élé faites, que le 18 brumaire seulement (9 novembre) : tout ce qui s'est passé entre le ministre et le fournisseur m'est absolument étranger; je n'ai donné aucune décision, je n'ai ouvert aucun «via. Je n'ai pu en donner* puisque toute cette Affaire avait été menée à mon insu jusque-là.

«Au 18 brumaire» le ministre du Trésor m'a instruit de sa poeilfots ainsi que les ministres* et a déclaré qu'il ne demandait aucune décision, niais qu'il désirait que l'on sut où il en était $ il a déclaré qu'il avait «vanoé plus de trente millions dont il était nanti; qu'il fallait qu'il contf« puât de donner 400,000 francs par jour pour empêcher cette compagnie lie faire banqueroute, et pour ne pas perdre par là le fruit de tant d'avance*; qu'en agissant ainsi, 11 se donnait, le temps d'attendre les ordres de Votre Majesté, qui était. au courant des affaires de son Trésor. Aucun de nous ne pensa un moment à s'opposer au projet du ministre ; dans vingt jours au plus tard, on devait avoir la décision de Votre Majesté. Par là on avançait encore huit millions, il est vrai ; mais on n'exposait pas tes services à manquer, on empêchait la faillite de Vanlerberghe, qui, depuis cette époque» à donné en nantissement au Trésor 16 millions de lettres de change et autres valeurs du banquier espagnol Espinoea, va» leurs que l'on eût perdues si Vanlerberghe eût fait faillite au 16 bru» .maire, puisqu'il n'aurait plus eu alors la faculté d'endosser et de paner a Tordre du ministre du Trésor les traites de 16 militais que celui-ci a reçues depuis trois jours, »

Paris, 4 décembre 1805.

Joseph a Napoléon. — « Sire, le ministre du Trésor public rend compte à Votre Majesté du parti qu'il vient de prendre en remplaçant la compagnie Ouvrait! et Yanlerberghe par une agence de cinq receveurs généraux, dont il espère de bons services.

« Cette même compagnie Yanlerberghe, interpellée par le ministre directeur de la guerre si elle entendait continuer le service des vivres sans demander de nouvelles avances, et sans être autorisée à faire des réquisitions de denrées, a répondu qu'elle avait ses mesures, et qu'elle était prête à continuer son service. Jusqu'ici elle avait menacé le ministre de tout quitter si on discontinuait les avances journalières qui lui ont été supprimées depuis quatre jours. Le minisire a été la dupe de cette compagnie ; les avances qui lui ont été faites ont occasionné la gêne dans laquelle nous nous trouvons. C'est un grand mal dont nous sommes bien innocents ; mais cependant il est à croire qu'à la longue le Trésor rentrera dans ses avances, et qu'il n'essuiera pas 'de pertes réelles. »

Schoenbrunn, 23 décembre 1805.

Napoléon a Joseph. — « Mon frère, je tous envoie une lettre ouverte dont vous prendrez connaissance, et que tous remettrez à M. Barbé- Marbois, après l'avoir cachetée. Je doute si je dois attribuer à la trahison ou à l'ineptie la conduite de ce ministre. Il a avancé aux fournisseurs 85 millions de l'argent du trésor. Si j'avais été battu, la coalition n'avait pas un allié plus puissant. Je suspends mon jugement jusqu'à ce que j'aie pu éclairci r par moi-même la nature d'un sr énorme déficit, Gausez-en confidentiellement avec le ministre des finances, et veillez, autant qu'il vous sera possible, à ce qu'il ne sorte pas un sou du Trésor sans ordonnance, et à ce que le mal ne s'aggrave pas. M. Barbé-Marbois a trahi son devoir. Il est inutile de lui parler de cela et de trop l'alarmer jusqu'à mon arrivée, qui est imminente. Vous pouvez montrer cette lettre au ministre des finances, et faire venir secrètement le caissier qui tient les obligations, pour savoir ce qu'il en est sorti de sa caisse, et tous assurer qu'il n'en sortira pas davantage. Je Tous dirai franchement que je crois que cet homme m'a trahi. Ne dites rien de cela à M; Cambacérès, parce que les frères Michel y sont pour quelque chose, et que je ne sais pas jusqu'à quel point ses intérêts peuvent s'y trouver mêlés. Dites seulement à M. M&rbois que ceci est l'avant-coureur d'un orage; qu'il n'y a qu'un moyen de le conjurer : c'est que les obligations soient rétablies an Trésor à mon arrivée ; qu'il fera bien de s'arranger avec Despres pour faire tout rentrer dans l'ordre accoutumé, saus quoi l'orage éclatera. Il

ne serait pas étonnant que Desprez et les deux ou trois meneurs* de Barbé-Marbois, dans la crainte de ce qui leur arrivera, ne prennent le j>arli de faire rétablir les sommes. »

Paris, 2 janvier 1806.

Joseph a Napoléon. — « Sire, par les pièces ci-jointes, Votre Majesté verra ce qui m'a été écrit par M. Barbé-Marbois. 11 m'a répété aujourd'hui les mêmes choses, en m'assurant qu'il ne ferait plus sortir un sou du Trésor sans ordre de Voire Majesté ; qu'il ferait son possible pour y faire rentrer partie de ce qui en était sorti.

, « Votre Majesté verra le bordereau des obligations de l'exercice an xiv, qui sont sorties de la caisse des trois clefs. Votre Majesté, sachant la quantité dont elle a autorisé la sortie, se fera bientôt une idée positive de celles qui en ont été extraites sans son ordre. < « C'est l'un des dépositaires de l'une des trois clefs, administrateur des recettes, qui a fourni à M. Gaudin. les renseignements que j'adresse à Votre Majesté. Ce caissier lui a dit que la caisse s'ouvre sur l'ordre du ministre, qui ne communique ni à lui, ni a son collègue le décret impérial qui ordonne la sortie. Le ministre du Trésor restant-seul nanti de cette pièce, il n'a pas coutume de la communiquer à des subordonnés contre lesquels seulement paraissent dirigées les formalités des trois clefs, et qui pour le ministre deviennent uniformément obéissants.

« Dans cet état de choses, et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par Votre Majesté, voici le parti auquel je mè suis arrêté. Le ministre des finances sera averti journellement des sommes qui sortiront de la caisse en obligations de receveur, je le serai sur-le-champ par lui ; et si j'aperçois une sortie qui ne soit pas autorisée par les décrets de Votre Majesté, dont je la prie de m'envoyer copie, j'en demanderai raison au ministre. Je ne pense pas cependant qu'il manque désormais à la parole qu'il m'a donnée, en conséquence des ordres qu'il a reçus de Votre Majesté. »

Paris, 1" Janvier 1805.

Rapport de M. Barbé-Marbois a Joseph. — « Quand l'empereur aura examiné les détails de l'affaire touchant laquelle il m'a écrit le 2 nivôse (23 décembre), il reconnaîtra qu'un mal qu'il ne dépendait pas de moi d'empêcher, et qui tient à des causes forcées, a été complètement réparé par des ménagements, une persévérance et une activité soutenus. Des maux, qui seraient irréparables, ont été prévenus, et toute ma conduite a eu pour mobile un dévouement sans bornes à son service.

' : « La compagnie Vanlerberghè et Ouvrard a reçu, dans le mois dn fructidor dernier (du 19 août au 18 arptembrc 1905), les fonds néees»- * aires pour faire le service du Trésor pendant les trois premiers mois de l'an xiv. Cette avance était régulièrement fuite. A la même époque, de grands embarras survenus dans les affaires de l'Espagne privèrent cette compagnie des remises qui lui avaient été promises. La guerre lui Malt tel autre* moyens de crédit, et elle fte servit, pour ses propres affaires, des valeurs que le Trésor lui avait avancées, et pour lesquelles elte lui avait remis set engagements.

. « Dès vendémiaire, elle fût hors d'état de les acquitter, et dès que j'en fus averti, je me 0s rendre -compte de sa Situation ; je reconnus qu'wn éclat compromettrait les intérêts du Trésor, et que ceux de ht Banque' de France aéraient également compromis. Les billets do cet établissement formaient alors presque tout le numéraire circulant à Paris, et perdaient 6 à 8 pour cent. Un événement qui les eût totalement discrédité* laissait Paria sans numéraire et sans signe propre à le représenter. Le service des vivres eût été arrêté, il y aurait eu des faillites sans nombre, et ces circonstances réunies eussent été plue fâcheuses que jamais, au moment eà l'Empereur ouvrait la campagne. On n'avait négocié d'obligations 4 aucun prit , et tau* les services «ans exception eussent été arrêlés. Là Milite d'une compagnie qui faisait le service du Trésor et des vivres de terre et de mer eût frappé sur toute la France, et si la confiance que lé publia avait mise en enfr, par suite de celle du gouvernement, eût été trompée, un semblable malheur eût été pour longtemps irréparable, tl y avait au contraire un avantage inappréciable, soit pour la guerre, soli pour les négociations, soit pour la tranquillité intérieure et pour toulea les affaires, à gagner du temps; je ne doutais pas que si l'Empereur eût été à portée de donner ses ordres, H aurait voulu à tout prix empêcher les malheurs qui nous menaçaient. Plusieurs fois je voulus aller lui rendre compte de l'état des affaires ; mais j'étais retenu par la violence de là erko, qui augmentait chaque jour. »

« Je considérai que si la situation de la compagnie était bonne ', quoique embarrassée, s'il ne lui fallait queuta temps, on ne m'excuserait pas un jour do lui avoir refusé des secours qui pouvaient prévenir tant de maux. Je m'assurai que cette situation était bonne, et c'est alors que j'aidai la compagnie, en mérite temps que je garantissais le Trésor en y faisant entrer tous les nantissements nécessaires.

« Tel est l'état des choses! et j'espère fermement que les recouvrements s'effectueront exactement.

1 JVfefe de VEfuperèur. — i Mats pourquoi ne pas en informer l'Empereur? En huit joon on pouvait avoir sa réponse. *

« Trois mois et demi se sont déjà écoulés sans trouble, et la compagnie se montre en état de cefetufroeir soit service de* vivre* Le billet de la Banque est à très-peu de choses prés au pair. En même temps, cependant, d'immenses faillites ont eu lieu; mais les plus, malveillants n'ont pu les imputer qu'à la mauvaise- conduite des faillis.

« Je suis bien convaincu que les ménagements dont j'ai usé et les déterminations que j'ai prises nous ont préservés d'une secousse intérieure. Je ne me prévaudrai jamais de ce. que 4es princes et 'les ministres, témoins MR-même» de Tel al des choses,- ont -été d'avis d'accorder «n sspptëment et .secours. à. cette maison jusqu'à «concucience de dix mil tiens, si cette détermination fut prijje, apr£s la, plus jnjure dtlibérat&nu Ctaite somme dei£ rentrer au Trésor, ainsi que ce lies- cfcw ont été %u^a**vat4 avancées à celte maison. Je reconnais d'ailleurs que je suis seul responsable*

« Une longue expérience de cinq années m'a. fait connaître qu& je ne m'exposerai jamais $ (îéplaîré à sa Majesté Impériale, eu lui disant la vérité. Je supptiedônc Son Atteste4 lmpéfiale'dé lui' faire connaître que la guerre nous a privés de 60 à 70 millions de crédit, qfuir faut remplacer par des ressources effectives* Le- comité «les receveurs généraux montre tezèle et de la. capacité „ mais ses, efforts û'ontpu jusqufà ptsé*w*t immener la confiance.

« J'ai réglé et conduit fefcafiftjict de la. «wftiére la plus avantageuse , eu égard à la difficulté des circonstances. Si Sa Majesté, à la vue de ce que j*a* fait pour réparer de* maux qtoe je n'avais pd ni prévoir ni ëm> pêcher daigne encooragw ma èondtoitepor sdn approbation, si elle veut fcton remarquai»- lé» avantage» qui ont résulté" dfe la- fermeté et des ménagements* ctoitt j'ai «n même temps usé, j« vais perreadé que le Trésor sera détteiUvenwnt couvert de ses avances.

« Je prie aussi Votre AUesse Impériale d'observer que je me suis

borné1, dansMitt» «apporta à Sa Majesté, k toi faire connaître, dans la plus

grande vérité, Pét&t (tes eitoses ; personne ne fera sot mes opérations des

rapporte plus exacts que le» miens: H n'en est pas Une seule dont je né

40ÉB prêt à vendre compte* »

fm mes prtrcïsJosTirrcATWKs.

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