PREMIÈRE PARTIE
lie Roi Inraift-Pltilippe.
Mens mmota manet, (Virgile.)
Le roi qui vient de mourir dans l'exil (1) disait souvent une parole que plus d'un prince malheureux et méconnu avait pu dire avant lui, mais qu'aucun n'avait appliquée plus justement à sa destinée. Le roi Louis-Philippe disait : « On ne me rendra justice qu'après ma mort. »
Le prince que Ja révolution de Juillet a fait monter sur le trône de France a eu en effet un étrange malheur. Placé au faite de l'édifice politique, dans cette position éminente où tous les regards pouvaient le chercher et l'apercevoir, aidant lui-môme à cette naturelle curiosité du public par la bienveillance de son accueil, par son hospitalité facile et cordiale, ouvert à tous et vu de tous, për-r sonne en France ni en Europe n'a été plus mal jugé, plus méconnu, plus calomnié que lui. Et nous ne parlons pas seulement de ses ennemis, qui écoutaient leur prévention
(Ifr Cette notice a été écrite et publiée très-peu de jours après la mort du roi, le 8 septembre 1850.
ou leur intérêt. Beaucoup de ses amis mêmes ne l'ont pas connu. Où la nature, Dieu, l'expérience , la réflexion avaient mis en lui une qualité, souvent ils ont cru voir un défaut.
Étrange contradiction des jugements humains ! Le roi était doux et bienveillant, et il a été l'objet de haines féroces; — clément, et il n'a obtenu la merci d'aucun de ses amnistiés; — libéral, et il est tombé du trône avec la réputation d'un partisan avide et intolérant du pouvoir ; — sans ambition politique, et on a prêté à son opposition sous les rois de la branche aînée des motifs coupables et personnels ; — ami des nobles dépenses jusqu'à la prodigalité, et on l'a accusé d'avarico ; — loyal et franc jusqu'à l'indiscrétion, et on a donné à sa finesse un nom odieux ;
— fidèle à ses ministres jusqu'aux dernières limites de sa prérogative, et on l'a accusé de duplicité et de perfidie ;
— enfin courageux jusqu'à l'imprudence, et on lui a reproché d'avoir, par timidité de coeur et d'esprit, laissé dans le fourreau, un jour d'émeute, l'épée qui pouvait sauver la France I Personne, il est vrai, ne l'a accusé de manquer d'esprit; mais ce que la justice avare de l'opinion lui en laissait, elle le mettait au service de pensées étroites et de conceptions bornées. Ainsi, sur aucun point, le roi Louis- Philippe n'a obtenu, de son vivant, la justice qui toi était due et qu'il attend encore dans son tombeau.
Il m'a semblé qu'il était de l'honneur de notre temps, et de quelque intérêt pour l'histoire à venir, d'essayer de dire enfin la vérité sur ce roi tant méconnu. Nous nous sommes donc proposé dans ce but une double tâche, d'abord d'expliquer la cause de ces faux jugements sur le compte du roi Louis-Philippe, ensuite de redresser les erreurs de l'opinion abusée ou prévenue.
Le roi Louis-Philippe était, dans une certaine mesure, le représentant des idées, des opinions et des instincts de son époque ; et en même temps il en était, sous d'autres rapports, la contradiction vivante.
Voici comment le roi Louis-Philippe était le représentant sérieux et élevé des idées de son siècle. 11 était libéral, humain, tolérant ; sans préjugés de caste, sans superstition d'aucun genre, sans étroite attache d'aucune école, sans prévention aristocratique ; gentilhomme pourtant et passionné pour l'honneur de sa maison, mais habile à composer avec les susceptibilités plébéiennes, d'un facile accès aux prétentions de la bourgeoisie parvenue, lui parlant volontiers le langage de ses intérêts, y mêlant le sien sans l'asservir; sans fierté, non sans dignité; ayant traversé la première époque révolutionnaire avec sagesse dans un âge tendre, les épreuves de la guerre avec un brili lant courage et une habileté suprême dans une position précaire, l'exil avec noblesse, la pauvreté en souriant, les voyages avec un singulier profit pour son expérience ; et quand la fortune était revenue à sa famille pendant qu'elle abandonnait la France, ne triomphant pas contre le pays de ce retour heureux de sa destinée, restant fidèle à la cause de la patrie vaincue, à ses idées suspectes, aux conquêtes de la Révolution qu'avait consacrées la Charte, et rapportant dans son opposition à ce qu'on a appelé spirituellement « l'esprit rentré » les sages principes qui l'avaient suivi sur la terre étrangère ; proscrit, non émigré, car il ne le fut jamais ; il ne s'en est jamais repenti, et il est mort dans cette patriotique impénitence.
C'est ainsi que le roi Louis-Philippe, car nous le prenons, pour tracer cotte esquisse, au moment où la révolution de Juillet Ta pris, quand sa vigoureuse maturité permet de saisir en lui sa vraie ressemblance ; c'est ainsi, disons-nous, que le roi Louis-Philippe nous représente l'esprit moderne.
Voici, d'un autre côté, par où ce prince était la contradiction vivante de son siècle.
Ce siècle est une époque d'universelle expansion, libéral à l'excès et jusqu'à l'extravagance, aimant à renverser toutes les barrières, en politique, en littérature, en philosophie, en industrie, au théâtre, au Parlement ; passionné pour le libre examen en toute chose; affamé d'égalité, rêvant le progrès indéfini et l'amélioration sans fin et sans limites du sort de la race humaine. Telles sont, dans leur excès môme, les vertus de notre temps, un grand désintéressement philosophique, une immense générosité publique, un prodigieux besoin d'émotions humanitaires, toutes les qualités qui tiennent à cette surexcitation philanthropique du cerveau chez les nations à qui le progrès des lumières a fait ouvrir les yeux sur les plus secrètes misères de l'étal social ; tous les bons mouvements qui résultent de cet ébranlement superficiel du cœur humain, agité par les révolutions populaires et préoccupé d'améliorations inconnues.
Oui, c'est là le caractère honorable et vraiment supérieur de notre époque ; mais qui ne comprend quel est son défaut! L'exagération et l'intempérance des esprits, le goût des aventures, l'impatience du joug, la passion du changement, la recherche éperdue de l'impossible, et, par une contradiction qui n'a pas été assez relevée, à côté de la mobilité des opinions, l'âpre calcul et l'obstination des
intérêts ; auprès de l'abnégation idéologique, l'égoîsme ardent à la curée et impatient de la concurrence ; parmi les rêves de la philanthropie les soucis du boutiquier, le comptoir adossé à l'école, et Barème balançant Platon !
Telle est la double et mobile physionomie de ce siècle étrange. Le roi Louis-Philippe, nous osons le dire, ne Ta reproduite que par ses bons côtés. Il n'était ni chimérique, ni aventureux, ni déclamateur, ni romanesque. Il avait use répugnance naturelle et invincible pour les utopistes. Cette métaphysique menteuse qui court après les abstractions et qui caresse les réalités, cette philanthropie bavarde du coffre-fort bardé de fer, toute cette exaltation factice et creuse aboutissant à des convoitises d'argent, d'honneurs ou de pouvoir, tout ce faux progrès acharné à la poursuite des chimères, lui causaient un dégoût irrésistible. Non qu'il aimât à rester en arrière pendant que le siècle aimait à marcher. Il se sentait perfectible, et il s'en vantait. Il avait eu au début de sa carrière la double école de la guerre et de l'exil. Aujourd'hui il avait celle du trône, et il y faisait chaque jour, comme il le disait lui-môme, « son éducation. » Personne n'avait le premier
«mouvement plus décidé, plus rapide, « plus Bourbon, » disait un de ses plus illustres ministres ; et personne aussi ne te modifiait ensuite avec plus de facilité sous l'influence
* des bons conseils ou des grandes nécessités politiques : « Je sens que depuis dix ans j'ai beaucoup gagné, » disaitk en 1840 à un de ses conseillers les plus fidèles, à M. le comte de Montalivet. Et, en effet, il observait, il étudiait saps cesse. C'est ainsi qu'il comprenait le progrès pour lui-même et pour l'État. Il le demandait à l'expérience et non à l'école.
Un organe éminent et sérieux de la publicité (4), en essayant de juger récemment le roi Louis-Philippe, lui reprochait devoir été gâté par l'expérience. Certes, on ne fera pas un pareil reproche à notre pays. En France aujourd'hui on oublie tout, on n'apprend rien. Le roi Louis- Philippe était précisément doué de la qualité opposée à ce défaut. Celui qu'on a osé nommer « un auguste aventurier » était le moins aventureux des hommes, celui qui donnait le moins au hasard. Mais au lieu que le progrès tel que le comprend notre époque est quelque chose de capricieux, de fantasque, d'aveugle et d'immodéré, le perfectionnement chez lui était plein de mesure, de calme et de clairvoyance. Il n'était, s'il est permis de le dire, progressif qu'à bonnes enseignes et pour de sérieux motifs. Il disait un jour : « Les Français croient avancer parce » qu'ils courent. Ils ne savent pas que, dépasser le but, » c'est faire moins que l'atteindre. » C'est lui aussi qui disait à un de ses ministres, qui se vantait de sa finesse : «Je suis donc plus fin que vous, puisque je ne m'en * » vante pas. » Il n'y a qu'une chose dont il aimât à se. prévaloir, et il avait bien raison, car il l'avait payée aisez cher, c'était ce qu'il appelait sans cesse, et même au dé- * but de son règne, « sa vieille expérience. » En effet, elle avait commencé pour lui. à l'âge où on la dédaigne, et elle avait marqué de son cachet cette austère et pensive jeunesse.
Sur toute chose, il savait saisir avec un coup d'œil ad-
(1) Le Constitutionnel.
mirable la mesure du possible que notre époque connaît si peu. C'était sa supériorité. Il est bien facile en effet de dire, un jour de bataille, quand de braves soldats sont là tout prêts à vous donner raison sur les débris sanglants d'une redoute, que « le mot impossible n'est pas français. » Gela est moins commode un jour de scrutin et autour de la table du conseil. Si le roi Louis-Philippe n'avait pas eu cette supéiiorité que donne un esprit passionné pour le possible sur un peuple qui Tétait si peu, dites, la royauté de Juillet aurait-elle duré dix-huit ans? Il est vrai qu'elle a péri ; mais elle a duré. « J'ai vécu, » disait l'abbé Sieyès à qui on demandait ce qu'il avait fait pondant la Terreur, c J'ai duré, » dira le roi, quand l'histoire interrogera son règne, duré chez un peuple où rien n'est durable. Ce qui l'a fait vivre, c'est d'avoir dominé tour à tour, par le seul ascendant du bon sens pratique, les esprits les plus ingénieux, les plus hardis, les plus austères, les plus féconds. Et n'est-ce pas M. Cousin qui disait, avec cet accent de sincérité philosophique qui le distingue, et au moment même où tombait le ministère dont le célèbre professeur faisait partie ; n'est-ce pas lui qui disait : « Il est notre maître à tous? »
Que l'anecdote soit vraie ou fausse, le mot était juste. Le roi Louis-Philippe a eu des ministres d'une noble indépendance et d'un talent illustre ; il les dominait sans les asservir. Engagés dans cette lutte sans repos de la vie parlementaire, et chaque jour blessés dans la mêlée, ces ministres venaient chercher auprès du roi la force dont les plus éminents esprits avaient besoin pour recommencer le combat. Le roi leur inspirait la vertu qui se communique le moins, surtout dans notre pays, la patience ; car il était patient : il savait attendre, et même il savait
it LE ROI LOUIS-PHILIPPE,
céder, ce qui est la moitié du mérite d'un roi constitutionnel. Mais il en avait un autre, il résistait. Sa patience n'était pas celle du dieu Terme ; et quoiqu'il eût dit : « Mon premier ministre, c'est le temps, » il ne refusait pas la lutte, on pouvait môme croire qu'il l'aimait. « J'en ai bien » vu d'autres » était son mot favori. « Ce n'est rien de ré* » sister à ses adversaires, disait-il ailleurs, tout le monde » sait cela; il faut savoir résister à ses amis. » Combien de ministres ne l'osaient pas ! Sa patience n'excluait pas une certaine ardeur spirituelle et douce, jamais agressive, qu'on eût prise quelquefois pour de la passion, si le fond de l'âme ne fût resté si calme. C'est ainsi qu'il a traversé tant de crises périlleuses avec un mélange de hardiesse et de temporisation, de décision et de prudence, alliant une raison tranquille à une vivacité pleine de charme et parfois d'enjouement, mettant au service de ce qu'on appelait alors « la pensée immuable » toutes les ressources d'une éloquence originale et d'une familiarité entraînante, toujours bienveillant dans les plus involontaires écarts de cette polémique naturelle où la contradiction l'emportait, toujours grand seigneur et respectable dans les plus faciles entraînements de sa bonté; car le roi était de ceux qu'on pouvait outrager à distance, derrière un journal. De près, personne ne l'eût osé. Ce que la fierté eût fait chez un autre, une certaine élévation de bonté l'opérait pour lui. Sa bienveillance imposait.
Je n'écrisi>as une biographie. J'essaie, dans l'intérêt de la vérité, de restituer quelques traits d'une physionomie étrangement travestie. Mais on comprend déjà, d'après
LE EOI LOUIS- PH1LIPPB. ' 13
ce que je viens de dire, par où le roi Louis-Philippe ressemblait à son siècle, par où il en différait. Le roi ne prenait aucun souci de dissimuler ces différences. II disait souvent : « Je suis l'homme de mon temps; mais je sers le » bon génie de ma nation contre le mauvais. » Le mauvais génie s'est vengé. Étrange destinée de ce roi excellent! À chacune de ces qualités qui auraient dû être le plus sympathiques à son pays, son bon sens inflexible mettait une réserve qui en gâtait tout l'effet populaire et toute la puissance de prestige et d'expansion. Mais il le savait et s'y résignait. Ainsi, il aimait passionnément la gloire de nos armes ; il avait porté héroïquement la cocarde révolutionnaire sous le feu des Prussiens; et on sait ce que Dumouriez écrivait de lui après la bataille de Valmy : « Embarrassé par la difficulté du choix, je me - » bornerai à mentionner, parmi ceux qui se sont le plus » vaillamment conduits, M4£hartres et son aide de camp, » M. Montpensier, dont la présence d'esprit, au milieu d'une » des plus furieuses canonnades qu'on ait entendues, est très- » remarquable à leur âge. » Le roi n'était donc pas suspect comme patriote et comme soldat, et de plus il avait envoyé chercher à Sainte-Hélèno les restes mortels de l'empereur Napoléon ; il avait achevé l'arc de triomphe de l'Étoile et il avait créé le Musée national et militaire de Versailles. Malgré tout, le chauvinisme, si cher aux Français, lui causait un profond ennui.
D'un autre côté, il aimait le peuple : sa bienfaisance était connue; sa prodigalité l'était moins, mais qui la met en doute aujourd'hui? Et c'est au peuple, c'est-à-dire aux ouvriers de tous les corps d'états, qu'il prodiguait en roi non-seulement les épargnes qu'avant 4830 avait ménagées l'économie du prince, mais encore les ressources rui-
neuses d'un immense crédit. Il était donc aumônier, bienfaisant, philanthrope dans la plus noble acception du mot; mais il n'y avait pas de puissance humaine qui lui eût fait lire une page de M. Louis Blanc, de M. Pierre Leroux, de M. Bûchez ou de M. Proudhon. Et de môme encore, il était lettré, lettré de la bonne école; M. Casimir Delavigne en savait quelque chose ; et môme un jour, dans un accès d'impartialité littéraire, il avait fait M. Victor Hugo pair de France. Mais, au prix de sa couronne, il n'aurait pas applaudi un drame romantique. Il était partisan sincère du gouvernement représentatif, associé de cœur à tous les actes des Chambres, et loyalement engagé dans ce concert qui a fait dix-huit ans sa force ; mais, hormis quelques bons discours qu'il se faisait lire par une sœur chérie, il laissait voir un goût médiocre pour le bavardage parlementaire; et il était, à quelques égards, toujours le même homme qui dlfttit, après le 10 août, quand Robert Kéraglio lui proposait de le faire élire à la Convention : « Je préfère h une place sur un banc de légis- » lateur la selle de mon cheval. »
Enfin, ce qui est plus sérieux, il avait un profond sentiment de l'utilité de la presse, il la voulait libre, il savait l'importance de son rôle dans l'État, mais (était-ce sa force ou sa faiblesse ?) il ne lisait pas les journaux. Il avait des journalistes dans ses ministères, parmi ses partisans, parmi ses amis; il en avait même, je crois, dans sa maison. Malgré tout, il ne lisait guère que les journaux anglais, et encore à l'heure où, après son dîner, il avait l'habitude de s'endormir...
Il y avait bien une raison à cela : le roi savait que son nom, sa personne, ses actes étaient journellement outragés et travestis par la presse d'une certaine couleur, et il
LE ROI LOUIS-PHILIPPE. i$
éprouvait une sorte de plaisir dédaigneux à n'en pas laisser arriver le retentissement jusqu'à son oreille. M. Guizot avait dit de ses insulteurs que « leurs injures ne s'élevaient pas jusqu'à la hauteur de son mépris. » Le roi pouvait dire des siens que leurs outrages ne pénétraient pas dans la sphère sereine et calme où son inviolabilité résidait. Il n'y a qu'un genre de diffamation auquel le roi eût été sensible, c'était qu'on pût l'accuser d'être impitoyable. Mais personne n'y songeait. Chose singulière ! la vertu qu'on lui contestait le moins, la clémence, était cependant celle dont il se montrait le plus jaloux. On eût dit qu'il avait besoin de faire ses preuves d'humanité, et il les faisait chaque jour en étudiant les dossiers des condamnés à la peine capitale avec le soin religieux d'un confesseur qui écoute une confession suprême. Chaque jour, et à chaque occasion que lui fournissait la politique (hélas ! trop souvent), il protestait de son horreur pour l'effusion du sang humain. On sait qu'il tenait un registre très-exact des condamnations exécutées et des grâces qu'il accordait; et au bout de l'année, quand les grâces l'emportaient, l'année était bonne, même si l'on avait tiré sur lui deux ou trois fois.
Je me ressouviens, à ce propos, qu'un jour (la reine était présente), le roi me fit appeler. Il paraissait en proie à une sérieuse contrariété. « Tenez, lisez, » me dit-il en me tendant un journal que je reconnus, avec confusion, pour être la Gazette allemande d'Augsbourg; et comme je m'excusais : « Eh bien, écoutez! » Et il me lut en français un article de cette Gazette où on lui reprochait d'avoir laissé dresser l'échafaud du régicide Alibaud. « Répondez » donc, ajouta-t-il avec une vivacité singulière, que je » suis roi constitutionnel, que j'ai des ministres, que je
i» n'ai le droit de faire grâce que sous leur bon plaisir, * que les grâces se discutent en conseil, et que je n'ai que
» ma voix Mais vous savez tout cela aussi bien que
» moi. Dites-leur que je ne suis pas le maître. Si je » Pétais!....» On peut lire dans le Journal des Débats du 23 juillet 1836 (1) cette protestation du roi, que je n'avais fait qu'écrire en quelque sorte sous sa dictée.
(1) Voici l'article publié par le Journal de* Débat*;
« Nous avons eu souvent occasion de relever la légèreté avec laquelle quelques feuilles étrangères jugent nos affaires intérieures, et l'ignorance qu'elles montrent de la constitution politique de notre pays. En voici une nouvelle preuve que vient de donner la Gazette (TAugsbourg, dans un de ses derniers numéros. Cette feuille prétend que la responsabilité de l'exécution des condamnations judiciaires en France appartient tout entière au pouvoir royal : c Car, dit-elle, il » suffit de la signature du Roi, sans l'intervention de ses ministres, » pour sauver un condamné. »
» La Gazette tfAugtbourg oublie que le droit de grâce, une des prérogatives du Roi constitutionnel des Français et la plus belle assurément, est soumis comme toutes les autres au contre-seing d'un ministre responsable. Pour que le roi puisse faire grâce, il faut une ordonnance royale, et par conséquent la signature d'un ministre. C'est 1À un principe élémentaire de notre droit public, et il est pour le moins étonnant que les publicistes de la Gazette d'Augtbourg, qui régentent volontiers la France, soient à ce point ignorants des institutions qui la gouvernent.
» Ainsi restreinte, la prérogative royale n'en est pas moins belle ; car c'est an Roi qu'appartient l'initiative de toute proposition de grâce ; et on conçoit que l'ascendant que donne à la parole du monarque, dans des questions de ce genre, l'éminente position où la loi constitutionnelle l'a placé, profite souvent aux malheureux. Depuis la révolution de Juillet, le Roi des Français a ainsi accordé, proprio motUf un nombre considérable de grâces, et jamais la signature d'un ministre n'a manqué à cet exercice de sa haute prérogative.
» Il est arrivé pourtant, dans des circonstances délicates, et sous l'empire de considérations graves, que le Roi n'a pu s'abandonner au penchant de son cœur magnanime, parce que la responsabilité ministérielle, justement alarmée, a craint de s'engager et de se compromettre dans la clémence royale* Alors le Roi a dû céder; il a cédé
C'est le môme sentiment qui lui inspirait cette belle réponse à la demande en grâce que M. Victor Hugo lui avait adressée en faveur du condamné Barbes :
« Ma pensée a devancé la vôtre. Au moment où tous » me demandez cette grâce, elle est faite dans mon cœur. y> Il ne me reste plus qu'à Y obtenir. »
J'ai rappelé cette réponse déjà citée, et voici pourquoi : elle ouvre pour ainsi dire un côté incompris de l'âme du roi. Elle montre chez lui une élévation que ses amis euxmêmes ont parfois méconnue, parce qu'il fut un roi de pratique sérieuse et non d'aventures chimériques, un honnête homme et non un fou sublime ou ridicule, ce qui est la môme chose, un prodigue intelligent et non un dissipateur fastueux et stérile. Oui, j'ai toujours entendu contester qu'il eût l'âme haute, parce qu'il ne l'avait ni aventureuse ni fantasque, et on lui a refusé la grandeur, parce que le piédestal où il s'élevait, au lieu de flotter dans le vide, s'appuyait à la terre. La grâce accordée au con-
non-seulement à l'intérêt public, dont les ministres sont lea organes légaux, mais au vœu de la Charte qui soumet au contrôle respectueux de ses conseillers l'exercice de sa puissance souveraine ; il a cédé à regret, mais convaincu (Joe sa royale condescendance aux exigences constitutionnelles de son conseil, est le plus bel hommage qu'il puisse rendre à la loi du pays et le plus" noble exemple qu'il puisse donner. Les faits récents que cite la Gazette dAugsbourg viennent à l'appui de ces réflexions ; car, dans cette cause que la magnanimité du Roi s'obstinait à restreindre à sa personne et qui était celle de la France entière, il a ressenti plus douloureusement que jamais la violence salutaire qui lui était faite. Salutaire, c'est nous qui le disons, car noua sommes persuadés que l'exécution rigoureuse des jugements criminels importe quelquefois à la sûreté du pays ; mais quand la raison du Roi cède à la sévérité de ses devoirs, son cœur proteste. C'est ainsi qu'il faut comprendre les faits que la Gazette â?Aug*bourg commente avec si peu de mesure, et les principes constitutionnels qu'elle connaît si mal. »
damné Barbes, et dans les termes où elle Vêtait, était le fait d'un cœur magnanime. Songez qu'il s'agissait d'un ennemi de son trône et de sa personne, d'un adversaire
irréconciliable Mais qu'importe? Il ne se contente
pas d'appuyer la grâce du condamné, il la sollicite. Où est donc la grandeur, si elle n'est pas là? Certes, la politique lui conseillait toute autre chose.
J'ai insisté sur ce détail ; il jette un jour nouveau sur une des qualités du roi Louis-Philippe les plus contestées. Mais on se trompait : le roi n'était pas seulement humain, il était généreux. Sa nature n'était pas seulement libérale, intelligente et bonne par excellence, elle était élevée.
Et qu'était-ce, par exemple, à ce point de vue, que le système de la paix, si ce n'était une courageuse contradiction à cet esprit de propagande belliqueuse, débris vivace de l'esprit révolutionnaire, et qu'il fallait une âme de cette trempe énergique et calme pour refouler au fond des cœurs? Qu'était-ce que le système de la résistance, si ce n'était le sacrifice prémédité et l'hér«ïque abandon de cette popularité enivrante qui avait inauguré le règne ? Aujourd'hui, en pleine République, on exalte justement quelques hommes de cœur, autrefois engagés dans l'opposition à la politique du roi, parce qu'à leur tour ils résistent au progrès aveugle et à la guerre insensée. Et le roi, qui avait la responsabilité morale de ce système, puisque les passions l'attribuaient à son initiative influeate, le roi qui en portait la peine devant les factions, puisque les carabines régicides visaient à sa tête autant pour y tuer le système que l'homme, ce roi n'en aurait pas aujourd'hui la gloire
aux yeux du monde? Il y a eu des despotes qui ont été grands pour avoir fait la guerre malgré leurs peuples et pour les ruiner, et il n'y aurait pas de grandeur dans ce rôle d'un roi constitutionnel qui a donné la pajx à sa nation, et malgré elle, pour la sauver !
H est vrai, nous le savons, que le roi Louis-Philippe avait pris en sérieuse considération et en grand souci ces appétits matériels qui, par un étrange accord avec les velléités belliqueuses et libérales de notre époque, travaillent la société française. Il leur avait, je ne dis pas tout sacrifié dans l'État, mais beaucoup donné. C'est ce qu'on a appelé « le règne de l'argent, l'adoration du veau d'or ;*> et assurément la grandeur n'était pas là ; mais à qui la faute ? Le roi Louis-Philippe aurait voulu ne donner aux intérêts maté-
i riels que la part qui leur revient de droit dans l'administration d'un grand empire, et cette part est immense. Mais
* où aurait-il donc trouvé la puissance d'arrêter leur essor, que toutes les puissances de la paix et toutes les convoitises de la civilisation déchaînaient? Fallait-il faire la guerre à l'Europe pour donner une leçon de prudence à l'industrie française, déchirer les traités de Vienne pour faire pièce aux banquiers de Paris et remanier la carte pour calmer la Bourse? Étrange remède au mal qu'on déplore ! Mais si le système pacifique était le triomphe des intérêts matériels du pays, quel était le moyen, excepté là guerre, qu'un roi constitutionnel pût employer pour en arrêter le progrès ! Avait-il la puissance de Dieu pour dire au flux chaque jour grossi de la prospérité publique : « Tu n'iras pas plus loin ?»
Cet essor des intérêts positifs, favorisé par la politique du roi Louis-Philippe, avait fini par être indépendant de lui et plus fort que lui. Leur action dominait le gouverne-
ment; elle menait les Chambres. Le roi n'avait pas le pouvoir de l'arrêter. Il n'y avait qu'une révolution qui eût cette puissance; celle de Février en a usé largement. On a reproché au dernier règne les corruptions de la prospérité publique. Nous avons eu, sous le gouvernement républicain, les corruptions de la misère générale; le pays a pu juger quel est celui des deux systèmes qui a déployé le plus de grandeur et qui a le plus contribué à la moralité de l'espèce humaine.
Oh ! sans doute, si le roi Louis-Philippe eût témoigi^é plus de complaisance aux défauts de son époque, s'il y/ avait eu au fond de cette âme moins de cette fermeté inaccessible, hormis sur un point que nous avons marqué, là l'injustice des opinions humaines; si cette conscience qui recherchait surtout sa propre satisfaction et qui l'avait trouvée, elle Ta bien prouvé devant la mort, se fût montrée plus jalouse de l'approbation du monde, on ne U]£ffe~ procherait pas aujourd'hui, même sur sa tombe à peine fermée, les vertus mêmes qui honoreront le plus sa mémoire! Quoi qu'il en soit, ne demandez pas à une autre cause qu'à cet antagonisme que nous avons signalé le secret de ces faux jugements. Le roi Louis-Philippe a eu le sort d'Aristide. On s'est lassé de l'entendre appeler le Juste.
Qu'on me permette une réflexion» Si le roi Louis-Philippe, au lieu de monter sur le trône le plus périlleux de l'Europe à l'âge où presque tous les hommes se reposent, avait été, en 1830, non pas ce sage jeune homme qu'il était à dix-huit ans, au moment où la révolution de 89 l'entraîna sans le surprendre et le convertit sans l'exalter, mais un de ces jeunes rois avides de renommée, impatients de repos, rêvant la conquête, qui étouffent dans le vieux monde,
JEstuat infelix angusto limite mundi,
qu'aurions-nous vu? Une tentative belliqueuse de la France suivie d'une défaite inévitable et d'une catastrophe immense; car nous n'étions pas prêts pour la guerre européenne en 4830; et le général Cavaignac, apparemment, ne nous trouvait pas mieux préparés en 1848, puisqu'il restait sourd à l'appel de l'Italie avec la meilleure armée du monde. Quoi qu'il en soit, en 4830, le pays appauvri et humilié aurait élevé des autels au roi batailleur. Le roi pacifique est mort dans l'exil avec 30 millions de dettes personnelles contractées au service de l'État, et il n'a pas même un tombeau sur un coin de ce sol immense qu'il a enrichi et fécondé!
La révolution de Février a été l'explosion depuis longtemps prévue de cette impopularité du roi, qui était devenue, vers la fin du règne, à la fois très-générale et trèssuperficielle, comme si elle eût diminué de profondeur en s'étendant. Qu'y avait-il en effet dans cette impopularité qui «a fait sombrer urf trône dans l'abîme sans fond où nous dBtchons vainement ses débris? Il y avait, j'ose à peine le dire, le puéril dépit d'une nation qui a un roi plus sage qu'elle. Il y avait une société qui s'ennuyait d'être gouvernée prudemment, et à qui les aventures de ses romans et les scandales de son théâtre ne suffisaient plus. Il y avait un roi, bon politique, nullement charlatan, homme sérieux et positif, très-actif et très-prévoyant, qui se contentait de gouverner selon les lois, de donner protection à tous les intérêts, et qui disait aux gens : a Vivez
tranquilles ; semez, labourez, commercez, échangez, en-' richissez-vous. Faites des livres et tâchez de les écrire en bon français; faites des tableaux et portez-les dans mes Musées. Soyez libres en respectant la liberté ! Soyez religieux en respectant les consciences 1 Soyez libéraux sans troubler l'État ! Soyez progressifs, si vous le voulez, pourvu que le mieux ne soit pas la corruption du bien. »
Mais quoi! un roi qui parle un pareil langage, qui ne demande à son peuple que d'être heureux, qui ne lui procure aucun spectacle extraordinaire, aucune émotion exceptionnelle, qui ne sait ni inventer l'impossible, ni pourchasser le chimérique, ni exalter l'inconnu, un roi qui est franc, sincère, pratique, le roi légal d'une nation libre! Un pareil régime avait duré dix-huit ans ! N'était-ce pas trop? Si vous recherchez les vraies causes de la révolution de Février, les voilà 1
Le roi le savait. La nation était folle, et il n'y a qu'un remède à la folie des nations , c'est la ruine ; car c'est la seule leçon qu'elles comprennent. On a reproché au roi de n'avoir pas tiré l'épée. Quoi! contre la démence d'un peuple ! Un tyran aurait fait braquer des canons à mitraille à toutes les avenues de son palais. Le roi Louis- Philippe le pouvait-il? l'aurait-il voulu? Il est vrai qu'il n'est pas tombé en roi-, comme ce monarque deè bords de Tlndus doçt l'héroïsme est classique ; mais il a uni en sage. « Contre une insurrection morale, m'a-t-il dit dc- » puis, il n'y avait ni à attaquer ni à se défendre. On a » dit que j'ai envoyé Tordre de ne pas tirer. Cela est » faux ( 1 ). Mais à quoi bon cet ordre ? Il était dans » Fair... »
(1) Ceci était publié six mois avant l'apparition de la récente et d'ailleurs très-curieuse brochure de M, Edouard Lemoine.
L'insurrection morale, celle des esprits aveuglés et des opinions perverties contre la politique du roi Louis-Philippe, réduite à ces termes, qu'était-elle donc? Moins que rien dans ses causes, irrésistible dans ses effets. On ne voulait, je le sais, qu'entraîner le roi dans le mouvement et lui mettre à la main, presqu'en se jouant, au sortir d'un banquet, une plume réformiste, comme on avait mis, deux mois avant de le renverser, un bonnet rouge sur la tète de Louis XVI. Mais à ce jeu-là, les monarchies croulent, même les plus solides. « La République est faible, » me disait encore le roi , ce n'est pas une raison pour » qu'elle périsse. Les gouvernements en France ont plus » de facilité à s'établir parce qu'ils sont faibles , qu'à » durer quand ils sont forts. Faibles, tout leur vient en » aide. Les bourgeois de Paris ne m'auraient pas renversé, » s'ils ne m'avaient cru inébranlable. » Mot juste et profond, après lequel il n'y a plus rien à dire sur cette révolution qui a eu tout l'odieux d'une catastrophe et tout le ridicule d'une duperie.
vu
J'ai essayé de peindre la physionomie du roi Louis- Philippe par le côté qui contrastait en elle avec nos défauts ; mais par combien d'autres elle nous ressemblait ! Le roi associait, à cet antagonisme intelligent, des qualités auxquelles ses relations cosmopolites , le don merveilleux des langues et un certain vernis britannique, plutôt d'habitude que de sentiments, n'avaient rien ôté de leur saveur toute française. Le roi Louis-Philippe aurait été dans la Chambre des Lords d'Angleterre un leader éminent. Il était dans un salon français le conteur le plus spirituel et
le plus charmant. Ce qui le caractérisait, en toute chose où sa politique n'était pas directement intéressée, c'était une certaine profusion vraiment française qu'il appliquait atout, non pas sans compter, mais au contraire avec un discernement qui en rehaussait le prix. (Test ainsi qu'il était intarissable dans ces causeries où l'abondance du détail s'alliait à la finesse du trait, à la sûreté de la mémoire et à la variété piquante des souvenirs anecdotiques. C'est ainsi qu'il était magnifique dans sa représentation , hospitalier avec éclat, ses salons ouverts à toutes les classes de la société, sa table splendide et ses commensaux toujours nombreux. C'est ainsi qu'il aimait à donner à ses fêtes des proportions* inconnues avant son règne, et que, pour célébrer cette fête de son cœur, le mariage de son fils aîné avec la princesse Hélène, objet de tant d'espérances que Dieu n'a pas brisées toutes, il avait imaginé cette inauguration populaire du Musée de Versailles , où deux mille parvenus de toutes les professions utiles et libérales de la société française furent servis , comme le roi lui-même , dans le palais de Louis XIV.
C'est ainsi qu'on retrouvait en lui les qualités expansées de notre caractère national. Il en avait l'antique finesse', la raillerie bienveillante , l'oubli des injures , la bonté ouverte et facile , l'affabilité affectueuse et prévenante. On lui a supposé des antipathies personnelles qu'il n'a jamais eues. Il a vécu en bonne intelligence avec tous les ministres qu'il a choisis ou subis, et il n'est pas d'homme politique un peu bien situé , fût-il de cette coterie mesquine et tracassière qui lui suscitait tant d'obstacles, qui n'ait eu à s'honorer de son accueil. Ceux qui se mettaient en frais de haine à son égard par la supposition de celle qu'ils inspiraient, perdaient leur peine. Le roi, c'était
peut-être sa faiblesse, n'a jamais su haïr personne, pas même M. Duvergier de Hauranne. Au temps où la presse régicide le désignait chaque jour, par la provocation et l'outrage, aux poignards des assassins : « II faut que tout le monde vive 1 » disait-il tranquillement. Et un jour que, dans un de ses voyages, il entrait dans une ville de province, ayant aperçu sur la muraille un de ces emblèmes grotesques où sa noble figure était grossièrement travestie : « Tenez ! dit-il en se penchant, avec un sourire, à l'oreille d'un de ses aides de camp, elles sont arrivées avant nous! » Tel était ce roi , digne , en dépit de ces outrages , de son aïeul Henri IV, par la souriante intrépidité de son âme et par la finesse incomparable de son esprit, ce roi, qu'on a montré Stupidement accroupi sur un sac d'écus, escomptant, pendant qu'il règne, les profits de la royauté, et tremblant, le jour de sa chute, devant M. Grémieux! Tel était ce roi tant calomnié ! Mais personne ne lui a du moins refusé le don d'une rare prévoyance. Eh bien ! s'il a été le plus prévoyant des hommes, il en a été aussi le plus généreux. Car, à cette révolution qui le faisait roi à des conditions qu'il est permis de juger aujourd'hui rigoureuses, et au prix d'épreuves terribles, il a tout donné, sa fortune, son avenir, sa famille; et il avait raison; mais pourquoi a-t-on dit pendant dix-huit ans le contraire? Pour soutenir l'éclat de cette royauté , dont les passions politiques sapaient incessamment la base, et il la sentait trembler sous le poids de tant d'efforts ; pour cette royauté il faisait trente millions de dettes , pris sur la fortune privée de sa famille, et il faisait bien. Mais pourquoi la reconnaissance publique ne lui en tenait-elle aucun compte? « Dans cet abîme de malheurs où je suis tombé avec ma » famille, écrivait-il à Claremont, je trouve une consola- I 2
» tion à pouvoir me dire que la France jouit et même » s'enorgueillit de ce que ces dépenses ont été faites, et » qu'elle regrette amèrement qu'elles aient cessé... Mon » seul tort, et mes enfants seuls pourraient me le reprocher, » c'est de ne m être pas arrêté aux limites de mes ressour- » ces pour accomplir les obligations du rang où le vœu » national m'avait élevé, et de m'être trop flatté que la » France n'en laisserait pas peser le fardeau sur le patri- » moine de mes enfants... »
Mais non, il ne se flattait pas, car écoutez ce qu'il disait un jour : « Je joue la partie de l'Etat contre les anar- » chistes. Voyons les enjeux. J'y mets ma vie, ma fortune, » celle de mes enfants, et, ce qui est bien plus, j'y joue » le repos et le bonheur de mon pays. Et qu'y mettent-ils? » Rien qu'un peu d'audace. Ils essaient deux, trois, quatre » fois de renverser le gouvernement. Le jour où ils réus- » sissent ils ont tout , et l'Etat perd tout. En attendant le » succès, ils risquent la prison où ils entrent à grand » renfort de fanfares populaires. Ils ont l'appui des jour- » naux, des partis , des hommes d'Etat de l'opposition , » dont la politique consiste toujours à réclamer des amnis- » ties pour faire pièce aux ministres pourvus de porte- » feuilles. Tel est le jeu des anarchistes contre l'Etat. On » est toujours sûr d'y gagner, de leur côté, avec de la » patience ; on n'y engage que sa liberté; mais même sans » y gagner une révolution *qui vous fera ministre, colonel » de légion ou président de l'Assemblée nationale (oh ! » prophète ! ) , on y gagne la célébrité surfaite que donne la » fausse popularité, à défaut de gloire. Si on n'est pas Mira- » beau, on est Barbes. » C'est ainsi que parlait le roi. Noble et touchante inconséquence ! Le roi qui tenait ce langage signait l'amnistie.
Mais j'entends dire : Ce trône dressé en un jour d'émeute sur tant d'écueils redoutables , pourquoi ne Favait-il pas laissé à son héritier légitime?
Question facile à poser aujourd'hui, mais que personne ne faisait en 1830 , au moment où la royauté de Juillet venait si courageusement s'asseoir à cette place périlleuse. Non, personne ne demandait alors s'il y avait une arrièrepensée ambitieuse dans ce dévouement qui sauvait la France ; personne, ni parmi ces hommes jeunes et ardents qui se disaient le parti de l'avenir, ni parmi les fidèles de la royauté déchue qui formaient le parti du passé. Il y a dans l'histoire des peuples des instants rapides où l'évidence de certaines nécessités politiques luit tout à coup pour tout le monde, et où tous les partis honnêtes s'y accordent sans se concerter : nous sommes depuis 1848 dans une de ces crises. On y était surtout en 1830. Quoi ! le parti du passé, celui sous lequel une monarchie de quatorze siècles venait de crouler en quelques heures, ce parti dont le roi Louis-Philippe disait, avec une ironie si expressive, qu'il avait « une grande puissance négative..., » ce parti aurait relevé avec cette seule force le trône qui venait de tomber? Rendons-lui plus de justice, il n'y prétendait pas, et le roi Louis-Philippe pouvait écrire, sans se flatter, à l'empereur Nicolas : « Les vaincus eux-mêmes m'ont jugé nécessaire à leur salut. » Ce qu'il écrivait alors, il l'écrivait vingt ans plus tard, dans la paix de sa conscience et de son exil : « J'ai cru en 1830, je le crois au- » jourd'hui plus que jamais, que si j'eusse refusé le trône, » les conséquences de la révolution de Juillet auraient
» ressemblé à celles de la révolution de Février ; elles » eussent été pires, car avec l'anarchie nous eussions eu » la guerre. » Le roi Louis-Philippe accepta donc la royauté comme un immense devoir que les circonstances lui imposaient. Croire qu'il avait mis la main à cette révolution qui lui apportait le fardeau d'une telle couronne, c'est fermer les yeux à l'évidence du contraire. On a dit de son père, et on pouvait dire plus justement de lui que, s'il y avait un parti d'Orléans qui voulût renverser le trône de la branche aînée, il n'en était pas. Mais autant il avait été prudent, fidèle et loyal pendant la durée des deux règnes, autant il avait exagéré dans les derniers moments les scrupules de sa loyauté ; et autant, quand cette grande nécessité du salut de la France lui fut révélée et qu'elle eut pris, par le concours de la représentation nationale, un caractère de légalité suffisant pour le contraindre , autant il se livra avec fermeté et décision au mouvement politique qui emportait la France à sa suite. Jamais homme, en effet, n'était arrivé au pouvoir dans des circonstances à la fois plus difficiles et plus impérieuses. Jamais homme n'avait représenté dans une telle mesure, à lui tout seul et pour tout un pays, l'inévitable nécessité. Et parce que cette royauté n'avait pas été reconnue par les chambellans, acclamée au son des cloches et saluée par les maîtres de la garde-robe, ce roi qui se dévouait n'était qu'un usurpateur! Oh! la France, en le saluant de
son adhésion unanime, lui avait montré d'abord plus de
justice 1
On nous dit encore : Mais si sa politique le perdait par l'impopularité, pourquoi ne la changeait-il pas?
LE ROI LOUîS-PHttïPPB. 29
Cette politique n'était pas seulement la sienne, quoi qu'on en ait dit; elle était la politique du bon sens, celle que Fintérêt public imposait au gouvernement de la révolution, décidément maîtresse du pouvoir et qui avait besoin de se modérer parce qu'elle triomphait. La politique du roi était celle dont M. de Rémusat écrivait en 1838 : « L'imagination, la passion, la force, voilà ce que la ré- » volution avait déchaîné, tout en s'accomplissant au nom » de la raison, tout en s'appuyant sur la justice, tout en * inaugurant le bon droit. Il fallait donc choisir... On » devait ou regarder la révolution comme faite, et ne vi- » ser qu'à la durée du résultat, ou la prendre* comme un » commencement et perpétuer l'état révolutionnaire, en » un mot s'établir dans ses conquêtes ou conquérir l'in- » connu (4). »
Conquérir l'inconnu ! Tai montré que tout l'effort de la politique royale, aidée par les plus hautes raisons, les plus nobles courages et les plus admirables talents du pays, que tout cet effort avait eu pour but d'échapper à l'entraînement des passions chimériques et aventureuses de notre époque. Changer sa politique ! Mais dans la carrière où la révolution de Juillet le poussait en lui criant : Marche ! il n'avait pas le choix entre ces deux routes, ou tomber après un long règne, usé par la calomnie, flétri par l'ingratitude, mais après avoir donné quelques années d'un vrai bonheur à son ingr t p^ys; — ou se précipiter du premier bond dans l'inconnu en y jetant la France, comme ces fous furieux qui mettent le feu au temple pour se faire un nom !
En préférant la bonne politique à la mauvaise, le roi
(1) Posté et Prêtent, t. II, p. 119, Notice sur Casimir Périer. ï 2.
Louis-Philippe en a du moins laissé l'exemple et l'héritage à son pays. Que faisons-nous aujourd'hui? Que fait le gouvernement ? Que fait l'Assemblée ? Que font tous les honnêtes gens, si ce n'est lutter pour les conquêtes sérieuses de la Révolution française contre les chimériques fureurs du parti révolutionnaire? Et dans cette lutte, quelle est notre force, si ce ne sont ces traditions de résistance modérée, de ferme courage, de vigilance et de patience, que le dernier règne nous a transmises? Quelle est notre ressource, si ce n'est cette armée formée à une discipline si puissante, entretenue par ce noble duc d'Orléans, et, après lui, par ses frères, dans une activité si glorieuse, cette armée si héroïque et si calme, épée de Tordre» rempart du pays ! « Sa politique a triomphé sur sa tombe, » disait de l'illustre M. Pitt un de ses successeurs. Mais c'est de notre roi lui-même que sir Robert Peel disait ces belles paroles, que nous aimons à opposer aux anathèmes posthumes et aux inqualifiables insultes de la presse anglaise; sir Robert Peel disait de ce grand homme de bien : « Si le roi Louis-Philippe a exercé une si haute in- » fluence sur les destinées de son pays, c'est moins parce » qu'il en est le monarque et qu'il a les attributs de la » royauté, que parce que, grâce à la réunion d'un si » grand cœur, d'une si rare énergie, d'une expérience si » exemplaire et d'une si haute sagesse, il sera placé dans » l'estime de la postérité au-dessous seulement de Napo- » léon (i). »
(1) Chambre des Communes, séance du 11 mars 1839.
Méconnu dans sa politique, calomnié dans sa vie publique, le roi Louis-Philippe se réfugiait dans la famille. La famille, c'était comme le sol natal de sa pensée et de son esprit. Il y puisait la sérénité, il y retrouvait la force. L'inquiète curiosité du pays l'y suivait ; et je constate ici ud reste de pudeur publique : la calomnie s'arrêtait à ce seuil de sa vie intime où pénétrait pourtant l'œil de la France. Car, chose étrange ! le roi, si mal connu comme homme public, tout le monde le connaissait comme homme privé, et tout le monde l'estimait. Quelques-uns même avaient fait, de cette estime du pays pour le père de famille, un argument contre le chef de l'État. « Bon père, bon époux, » tous les partis étaient prêts à écrire cet éloge sur la tombe toujours préparée de la royauté de Juillet, pourvu qu'on leur permît d'ajouter : « Roi médiocre. »
J'ai vu à l'œuvre ces vertus de l'homme privé; et si quelques-uns sont en position d'en parler mieux que moi, il en est peu qui les aient contemplées de plus près dans la sphère sereine et tranquille où s'accomplissait leur action. Eh bien ! je proteste ici encore qu'inspirées par les sentiments les plus élémentaires du cœur humain, et simples à leur source, comme tout ce qui est naturel et vrai, ces vertus participaient pourtant, dans leur influence extérieure, de la grandeur de l'homme qui les pratiquait. Ce père si tendre était un guide éclairé, prudent et ferme ; le même homme qui pouvait écrire la lettre qu'a citée récemment le Journal des Débats (1), avait tracé pour l'éduca-
. (1) Feuilleton de M. Janin du lundi 2 septembre 1850.
tion de ses fils un plan admirable, qui rendait assurément plus facile la tâche de l'instituteur que celle de l'élève. Car la vie était dure à ces descendants de l'antique race de nos rois, jadis fainéants, et si leur enfance s'écoulait dans les plus sévères apprentissages de l'esprit, leur jeunesse appartenait à la guerre, leur âge mûr aux affaires, leur vie entière au pays, leur culte, après Dieu, à l'égalité sainte que le collège leur apprenait, à la patrie, dont l'image les suivait sous le drapeau, à l'honneur, qui n'était pas pour eux une simple tradition de noblesse attachée à un écusson, mais à la fois l'instinct éclairé du cœur et en toute chose le jugement inspiré par la raison.
Telle était l'éducation que le roi voulait pour ses fils, libérale et savante, littéraire et pratique, mêlée d'expérience par le frottement avec les hommes et d'indépendance par la solitaire inspiration du cœur. Les fils du roi ont conduit des armées, assisté à des conseils souverains ; ils ont simplement et noblement quitté de grands commandements au premier signe, même contestable, de la patrie ; ils ont, ce qui est plus rare dans un âge si tendre, supporté l'injustice sans dépit, et mis sur le compte de passions éphémères les rigueurs, hélas trop durables, de leur pays. Ils étaient prêts pour la mauvaise fortune ; ils le sont pour la bonne. Ils sont de cette race où il y a de l'étoffe, aux jours de malheur, pour le professeur du collège de Reichenau, et aux jours de la faveur publique, pour un roi de France.
Telle était l'influence du roi, comme père de famille, sur ses enfants. Je l'ai vue à l'œuvre. On n'a jamais obtenu, avec des moyens plus doux et avec une action moins apparente, l'exécution d'un plan de conduite plus soutenu et plus sévère. J'ai dit ailleurs que la bonté du roi impo-
sait. Elle avait surtout ce caractère dans sa famille. Le père était tout, bien avant qu'il fût le roi, et le joug de ce maître aimable était léger, mais il était fort, comme celui du Seigneur.
Le roi était un bon père, il Tétait en prince, c'est-àdire avec le sentiment et le souci de sa baute mission. Mais il aimait sa sœur, il aimait sa femme comme le plus simple et le meilleur des hommes. La reine Amélie, doucement fière, noblement résignée , montée sur le trône comme sur un des degrés du ciel, grande par le cœur, humble par la piété, populaire par la bienfaisance, avait mérité les hommages du monde. Mais l'honneur et la joie de sa vie mortelle, c'était l'affection du roi son mari!
On a eu tort d'appeler le roi Louis-Philippe a un roi bourgeois, » si Ton a voulu dire qu'il n'avait que les instincts et les goûts d'un marchand dans sa boutique. « C'est une espèce de moquerie et d'injure, dit Montai- » gne, de vouloir faire valoir un homme par des qualités » mésadvenantes à son rang, quoyqu'elles soyent aultrc- » ment louables, comme qui loueroit un roy d'estre bon » peintre, ou bon architecte, ou encore bon arquebusier » ou bon coureur de bagues (1). » Le roi Louis-Philippe, je l'ai montré plus haut, avait à un très-haut degré et dans une mesure qu'il a expiée par une illustre impopularité, les qualités de son rang , mais il n'en avait ni le charlatanisme officiel, ni la sotte ivresse, ni l'enflure guindée, ni la préoccupation étroite et absorbante. Il ne visait en rien à l'effet, ni au spectacle. Sa représentation, que j'ai montrée magnifique, n'était ni écrasante ni exclusive. Autrefois la royauté se retranchait dans l'étiquette ; avec
(1) Euaù, Ut. I, chap. xxxix.
le roi Louis-Philippe, elle se répandait. Est-ce là ce qui caractérisait « un roi bourgeois? » Eh bien, soit ! laissonslui ce titre, pourvu qu'on y ajoute ce commentaire.
Le roi avait une qualité qui, travestie en défaut par la moquerie des factions, a peut-être donné l'idée de cette préoccupation étroite et bourgeoise qu'on lui a prêtée. Le roi avait le don si rare de s'intéresser à tout ce qu'il faisait, aussi bien à un détail de son administration domestique qu'à une affaire d'Etat, aussi bien à une ordonnance pour l'abatis d'un chêne communal à deux cents lieues de Paris, qu'à une note diplomatique qui décidait de la paix du monde. 11 écrivait avec le même soin matériel une lettre à la reine Amélie et une dépêche à l'empereur Nicolas, et on sait qu'il voulut écrire, à son aise et sans se presser, la signature même qu'il mit au bas de son acte d'abdication. C'eût été un tort et une faiblesse, si ce soin des minutieux détails eût pris sur le temps ou sur la puissance d'attention qu'il aimait à donner à des intérêts plus sérieux. Mais le détail avait beau faire ; il n'occupait que l'extérieur en quelque sorte dans l'attention du roi. Son esprit habitait une région plus haute, et il suffisait de regarder à cette noble physionomie, à cet œil doux et profond, à ce front penché et vieilli où brillait le feu intérieur d'une pensée toujours active et toujours puissante, à cette bouche bienveillante et fine qui ne s'ouvrait qu'à l'expression des idées saines et des sentiments honnêtes \ il suffisait, diS'je, de voir le roi pour comprendre que ces préoccupations familières et domestiques, où on le croyait absorbé, n'étaient chez lui que l'accessoire et la distraction de pensées plus sérieuses et plus durables.
Je termine ici cette incomplète étude.
J'ai essayé de rehausser de quelques degrés le piédestal où s'élèvera, pour l'avenir et pour l'histoire, cette grande renommée historique. D'autres y placeront la statue. Il y faudra un esprit plus libre, un cœur moins ému, une main plus habile. Je n'ai voulu qu'une chose : indiquer la voie et montrer la carrière que le talent remplira.
Mais si Ton me demandait de résumer, avant de finir, l'origine de tous ces faux jugements que j'ai signalés, et contre lesquels le roi a fait appel, en mourant, à la justice de l'histoire, ils se rapportent suivant moi, à deux causes:
Le roi tenait d'une main ferme le frein avec lequel les peuples ont besoin d'être gouvernés dans les temps de crise, « Les peuples, dit Bossuet, ont dans le fond du » cœur je ne sais quoi d'inquiet qui s'échappe, si on leur » ôte le frein nécessaire. » Le roi Louis-Philippe avait 4ms l'esprit le principe de cette résistance et il l'appliquait avec une fermeté inflexible ; et en même temps il avait au fond de l'âme une mansuétude qui fléchissait dans la répression. Il savait manier le frein qui retient mieux que Tanne qui réprime. Il était résistant jusqu'au point où la résistance touche à l'obstination, et clément jusqu'à la limite où la clémence confine à la faiblesse. Que ce soit l'honneur de sa mémoire! Car les faiblesses de la clémence sont celles des grands cœurs. Il était ce que Pline dit de César, « clément jusqu'à s'en repentir, » usque ad PWiitenliam clemens; et s'il a eu un regret pourtant, pendant ces dures années de l'exil qui réparant son trône de
sa tombe, ce n'est pas celui-là. a La grandeur, a dit Past cal, a besoin d'être quittée pour être sentie. » Le roi avait trop senti les aiguillons de la grandeur pendant qu'il régnait, pour la regretter après l'avoir perdue. Personne n'a pu le soupçonner d'un lâche retour vers le passé, ni d'avoir donné à la pensée de la mort, dans cette détresse de l'exil et de la souffrance, plus que ne comporte l'esprit d'un sage dans l'âme d'un chrétien. Mais tombé du trône, le roi Louis-Philippe n'a plus songé qu'à ce tombeau qu'il n'a pas encore. C'est à Claremont qu'il a écrit, au sujet de sa sépulture, les lignes qu'on va lire, que je puise (comme les citations qui précèdent) dans les souvenirs les plus fidèles et jusqu'ici les plus secrets de ma mémoire, et que je cite en finissant, parce que toute grandeur, et aussi tout éloge, aboutit là:
« Je demande, quel que soit le lieu de ma mort,
» que mon corps soit transporté sans pompe à la cha- » pelle de Saint -Louis, à Dreux, afin d'y être enseveli » dans le tombeau situé en avant de l'autel de la sainte » Vierge. Je demande en outre que lorsqu'il aura plu à » Dieu de rappeler à lui ma bien chère et bien-aimée » épouse, la reine Marie-Amélie (et son vœu est d'accord » avec le mien), son corps soit aussi transporté dans » cette chapelle de Saint-Louis, à Dreux, afin d'y être » enseveli à côté du mien, dans le double tombeau que » j'ai fait préparer dans ce dessein, voulant que nos dé- » pouilles mortelles soient réunies après notre mort » comme nos cœurs l'ont été si affectueusement pendant » notre vie...
» Je recommande l'accomplissement d%ce vœu à nos » bien-aimés enfants et petits-enfants. J'ai la confiance * que, quelle que puisse être la suite des événements qui
» nous ont si douloureusement éloignés de notre patrie, » le souvenir de notre dévouement ne sera pas effacé, et » qu'aucun obstacle ne sera apporté à ce que nos restes » mortels reposent en paix dans son sein (1)*.. »
(1) Voir à Y Appendice les réflexions et les détails relatifs à la mort du roi Louis-Philippe, publies par l'auteur dans le Journal des Débats, les 28 et 29 août 1850.
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