LES PITIES DE LA NATURE
J L éta'u seul dans son réduic, Les yeux hagards et le front blême; II fie un effort, et s'enfuit Pour se délivrer de lui-même.
Comme un animal aux abois Que poursuit la meute acharnée, il s'enfonça dans les grands bois, Il marcha toute la journée.
Exténué, quand vint le soir, D'avoir ainsi traîné sa chaîne, Il chercha l'endroit le plus noir Et s'assit à l'ombre d'un chêne.
Alors apparut, l'air moqueur.
Le spectre de la bien-aimée, Qui voulut lui rouvrir au cœur La blessure à peine fermée.
Mais, comme des bras menaçants, Le grand chêne étendit vers elle Ses larges rameaux frémissants, Et lui dit : « Arrière, cruelle ! »
Les violettes du hallier Murmurèrent toutes ensemble :
« Au moins, laisse-le t'oublier; Respecte Sa douleur, ou tremble ! i
La source, qui versait des pleurs.
Élevant sa voix triste et douce, Soupira : « Femme aux yeux railleurs.
Fuis loin de nous ; je te repousse ! »
FUSAINS ET SANGUINES. js
Et les pâles fleurs du buisson, Et les roseaux de la fontaine Ajoutèrent à F unisson : « Va-t'en, créature hautaine ! , •
Le spectre était sourd à ces voix.
Il gardait son cruel sourire ; Il restait au fond des grands bois.
Dédaigneux et froid, sans rien dire.
Un rouge-gorge furieux Soudain se percha sur sa tête, Du bec lui creva les deux yeux.
Puis s'écria : « Justice est faite! »
Toute la forêt s'agita^ Comme le spectre ouvrait la bouche; Et le vent du ciel l'emporta Avec un hurlement farouche.