LA FAUVETTE
JtsT-ce un conte que j'achève?
Ai-je un instant sommeillé?
Je ne sais pas si je rêve, Ou si je suis éveillé.
Mon cœur a quitté sa cage ; Il erre dans les forêts, Ayant l'aile et le ramage Des légers chardonnerets.
Je me sens vivre en lui ; j'aime Une fauvette, et je veux Découvrir un stratagème Pour lui faire mes aveux.
Mais c'est en vain que j'épie, £n vain que je me fais beau :
Elle a pour duègne une pie, Et pour tuteur un corbeau.
Quand autour du nid je vole, Quand je donne un rendez-vous, La duègne criarde et folle Me montre son bec jaloux;
Le tuteur sort, m'injurie, Croasse à tort, à travers.
Et maudit PefiFronterie Des oiseaux qui font des vers.
Je Timplore, il me repousse; Je puis à peine entrevoir.
Dans son alcôve de mousse.
Ma mignonne au désespoir.
Mais la nuit, sur les grands ormes Jetant son voile étoile, Endort les vieillards dififormes.
L'amour seul reste éveillé!
Je chante : ma bien-aimée, Partageant mon triste émoi, Soupire, à moitié pâmée, Qu'elle va mourir pour moi.
Las de souffrir, las de vivre, Je fuis d'un vol incertain.
Et, pauvre fou qui m'enivre Pour oublier mon destin,
Au sein d'une fleur bercée Par le vent du soir, je bois Une goutte de rosée Pleine du parfum des bois.