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ÉLÉGIE

v^oMME ont pleuré Myrto les alcyons païens, Pleurez Lise, pleurez, moineaux parisiens !

Elle a vécu, Liza, la dernière grisette !

Pierrots, ses bons amis, qui Fappeliez Lisette, Pleurez, pleurez en chœur sur son déclin fatal : La grisette dernière est morte à l'hôpital!

Comme vous elle était petite et babillarde.

Gourmande comme vous et comme vous gaillarde. Légère le matin, plus légère le soir.

Elle affirmait gaîment en croquant son pain noir Que ce brave pain4à vous rend les dents plus blanches. Elle chantait toujours et dansait les dimanches. N'acceptant jamais rien qu'un diner sans apprêt Sur l'herbe ou sous le bec de gaz du cabaret.

UN PEU D'IDEAL. m

Cette enfant de Paris était digne d'Athènes.

Lise ne cachait pas ses mains sous des mitaines, Et montrait voloaiiers que ses doigts élégants Etaient assez bien faits pour se passer de gants; Mais elle avait toujours très grand soin, la sournoise. De chausser son pied, fin comtne un pied de Chinoise, D'un beau petit soulier qu'eût baisé Richelieu.

Lise avait la beauté du diable et du bon dieu ; D'ailleurs très peu dévote et très bonne ouvrière, Et n'oubliant jamais de faire sa prière, Excepté quand, ma foi! l'on ne pouvait vraiment, Cupidon étant là, prier en s'endorraant.

Tout son trousseau tenûi dans sa vieille commode. Deux fois l'an, elle avait une robe à la mode; Ni bagues, ni collier, ni manteau de velours! Elle donnait des sous aux pauvres dans les cours ; Elle aimait l'orgue et la musique militaire.

Les fleurs de l'oranger, les roses de Nanterre Regrettaient son front jeune. Avril a des lilas; Avril les lui donnait en ses divins galas.

Juillet de ses bleuets sait faire une couronne:

Les bleuets de juillet la couronnaient, L* automne^ Les dahlias ruches lui formaient des bouquets ; Puis les feuilles des bois sous ses talons coquets Tapissaient les sentiers. Son beau rire sonore Faisait croire en janvier que mai riait encore, Et dés le carnaval, narguant le ciel malsain, Elle portait un brin de violette au sein.

Lise avait des pitiés pour tout le monde, même Pour les bétes les plus indignes du baptême.

Très grave elle ébauchait le signe de la croix Devant les corbillards, et l'hiver, dans les froids, Disait en regardant blanchir les fleurs du givre : « On doit vraiment avoir un mal affreux à vivre, « Lorsqu'il neige et qu'on est fauvette, n'est-ce pas ? »

Elle admirait les gens qui font quatre repas; Et, quand on la menait voir le Jardin des Plantes, S'étonnait qu'on n'eût pas là, dans quelques soupentes Mis des notaires, des savants et des huissiers. Elle ignora toujours la Bourse et les boursiers. Et jusqu'à la couleur qu'ont les titres de rentes. Les Russes, le Sultan, les puissances garantes, Elle ignorait cela non moins complètement,

UN PEU D'IDÉAL. ïij

N^ayant jamais daigné poser son pied charmant Dans ce temple, qui, par une ironie étrange, Pour fleurs de sa corbeille a des agents de change. Joyeuse herbe sauvage et poussée au hasard Dans un de ces hauts lieux baptisés par Mansard, Elle avait du dédain pour les plantes de serre. Pauvre, elle était au moins libre, aimée et sincère ! Est-on pauvre d'ailleurs, quand on a pour trésor L'argent du clair de lune et le grand soleil d'or, Et les riants colliers que la rosée égrène?

Lise, en tout cas, était bonne républicaine.

Mêlant la Marseillaise aux francs et gais refrains Qu'elle chantait, les soirs de fête, dans les trains, En revenant d'Enghien, de Meudon ou d'Asnière.

Des grisettes, hélas ! Lise était la dernière ; Lise n'est plus. Pleurez, chers petits pierrots gris! Dans ce qu'on vous laissa de notre vieux Paris, Légers et familiers oiseaux, pleurez sur elle ! Pleurez au crépuscule, et pleurez de plus belle A l'aube ! c'est fini de rire, c'est fini.

Moineaux du Luxembourg et du square Cluny !

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