‹ Position irrégulière des dentsChapitre 1 sur 1 · VI. Fig. 23- 24. pour page : i Fig. 25. 26. pour page · texte numérisé non relu

VI. Fig. 23- 24. pour page : i Fig. 25. 26. pour page

Fig. 27. 28. 29. 30. pour page

VII. Fig. 31. 32. 33. 34. pour page Fig. 35. 36. 37. pour page Fig. 38. pour page

Fig. 39. pour page Fig. 40. pour page Fig. 41. pour page

VIII. Fig. 42. pour page Fig. 43. pour page Fig. 43. A. pour page Fig. 44. 45. pour page .

Introduction.

De toutes les difformités qui altèrent la beauté de la face humaine, rélativement à la conformation et à la physionomie, qui embarrassent l’articulation des sons, et influent désavantageusement sur la santé et les fonctions de vocation, la position vicieuse des dents est sans contredit une des plus considérables. Car quelque belles, quelque accomplies quelles soient, quant à leur forme et à leurs autres qualités, vous regretterez toujours, à la vue d’une bouche dont les dents sont mal disposées, ces charmes enchanteurs que vous ressentez, ces qualités étant réunies à la situation qui leur est naturelle et qui par conséquent ajoute aux agréments d’une bouche ornée de belles dents. Cependant cette circonstance à été jusqu’ici presque négligée, du moins n’y a-t-on pas porté toute l’attention quelle mérite; car l'expérience nous fait voir partout que, dans la culture et les soins des dents, on se borne uniquement à conserver leur santé et leur beauté, et qu’on s’est donné

jusqu’ici peu de peine pour trouver les causes de leur arrangement vicieux, et pour découvrir les remèdes propres à y obvier.

Ce manque d’attention est d’autant plus surprenant, que, moins la difformité de la position transversale des dents se borne à celles-ci seules, plus elle est funeste à d’autres parties du visage, et porte préjudice à leur beauté et à leur service.

Considérons d’abord les disproportions extérieures qui en résultent. Quelle mauvaise impression que fait sur nous, p. e. un visage d’une belle configuration et physionomiquement intéressant, où il y a une, ou plusieurs dents mal arrangées, qui poussent en dehors une des lèvres, ou toutes les deux, et empêchent de tenir la bouche fermée! Combien de fois de beaux et d’agréables visages, où cette difformité est moindre, ne nous frappent-ils pas d’admiration, sans toutefois nous attirer, mais qui nous rebutent plutôt, parce qu'il y a dans l’expression et dans les traits quelque chose de caché, quun premier abord nous empêche d’apercevoir, mais dont la cause en apparence inexplicable se trouve, après une observation exacte, fondée sur la position irrégulière d’une ou de plusieurs dents!

J’ai observé, il n’y a pas longtems, un cas pareil bien intéressant à un garçon de douze ans, qui avoit dans la denture supérieure les deux dents oculaires placées dehors, de sorte quelles poussaient la lèvre supérieure dà côté, les quatre dents incisives entrées en dedans, de manière qu’en mordant la denture d’en bas les croisait, ce qui déformait le plus la face du garçon, poussait le menton à l’approcher du nez, applatissait la lèvre supérieure, boursoufflait les joues et rétrécis-

sait la fente des cils d’yeux. PI. I. Fig. 1. fait voir la face avec les dents irrégulières, et Pl. II. Fig. 2. la même après lui avoir ôté les deux dents oculaires et redresser les quatre dents incisives en dehors. La face reformée de ce garçon, qui m ’étoit venu de la province, étoit telle, que son père hésitait à le reconnaître.

Un aspect bien plus répugnant, que dans ce cas -là présente la position irrégulière de toutes les dents de devant soit de l’une, soit des deux mâchoires en même tems; p. e. quand les dents d’en haut croisent par dessus celles d en bas, ou qu’en sens inverse celles-ci dépassent de trop les premières; ou enfin, qu’en joignant les mâchoires, les dents qui correspondent , tombent à plomb les unes sur les autres.

Indépendamment des préjudices qui en résultent pour la santé, la proportion des dimensions entre les mâchoires est contre nature dans tous les cas où les alvéoles, et en même tems, et encore plus souvent, les bords alvéolaires sont en biais, et rendent la face, ou plus longue et plus étroite, ou plus courte et plus large, et altèrent en général sa configuration et sa physionomie; même des ressemblances de famille sont effacées parla: mais surtout la bouche prend une forme animale, et le type de la physionomie humaine s’y rapproche en quelque sorte de celui des animaux.

Outre le désordre causé par la position irrégulière des dents à la configuration extérieure et à la physionomie de la face, il en résulte encore un autre non moins considérable et dans la situation respective des organes de la bouche et dans leurs opérations physiologiques.

Car dans le premier cas la dimension proportionée de la bouche, quant à sa cavité intérieure, et la situation de la langue seront préjudices ; dans l’autre cas la mobilité de la langue ne saurait être que très gênée et restreinte: chose qui doit influer bien défavorablement sur la bonne prononciation en général, et en particulier sur les fonctions de l’orateur, du chanteur, du musicien, du militaire, et rendre entièrement incapable pour bien des occupations.

La pratique que j’ai exercée m’a fourni l’occasion d’observer toutes les susdites anomalies de la position des dents, d’en rechercher les causes, d’examiner les remèdes curatifs actuellement connus, aussi bien que de découvrir, à force de recherches, un nouveau traitement plus juste, et de l’employer avec plus de succès que n’ont eu les anciens procédés.

Quant au but de cet opuscule, je voudrais bien diriger l’attention

des pareils et des instituteurs sur les difformités dans la position des dents ci-dessus mentionnées, envisagées jusqu’ici trop peu, et souvent trop tard, et de rendre ma nouvelle méthode opératoire plus utile au public, en la recommandant aux dentistes, pour remédier efficacement au vice de la configuration occasionné par le mauvais arrangement des dents.

Section I.

De la position irrégulière des dents.

Quoique la dénomination, position irrégulière des dents, énonce assez clairement la défectuosité dans leur position désignée par là, il se fait par trop souvent que les termes, meme les plus usités et les moins douteux, ont le plus besoin d’explication. C’est pourquoi, et dans la vue de faire connaître à ceux de mes lecteurs, les dentistes exceptés, ces anomalies et leur dénomination qui leur sont jusqu’ici restées inconnues, il parait n’être pas superflu d’examiner et de rapporter toutes ces positions contraires à la règle, que l'on comprend en général sous le nom de position irrégulière des dents.

Cependant une connaissance préalable de leur position régulière sera indispensable.

Dans la race Caucasienne , les trente - deux dents permanentes sont rangées en guise de fil de perles l’une à côté de l’autre dans la

denture des deux mâchoires, formant deux rangs demi - circulaires, dont chacun contient seize dents. Elles sont placées l’une sur l’autre, de manière que

1. en mordant (p. e. un brin de papier passé entre les dents molaires) la partie demi -circulaire antérieure de la denture supérieure, limitée par la première et la seconde petite molaire de l’un, et par celles du côté opposé, promine à peu près de | — f ligne sur la partie correspondante de la file inférieure des dents;

2. les couronnes des dents incisives inférieures entrent avec leur superficie extérieure dans la superficie intérieure un peu concave des dents incisives supérieures et opposées avec la pointe;

3. les autres huit dents molaires s’appuient des deux côtés perpendiculairement l’une sur l’autre; position marquée par PI. III. Fig. 3.

4. 5. 6., où les deux rangs des dents serrées d’un dentier caucase sont exposés de face et de deux profils.

Il n’y a rien de défectueux dans la position des dents chez tous les individus où elles sont placées de la manière ci-dessus décrite.

Les positions irrégulières, que Ion comprend sous ce nom, se rencontrent d'ordinaire aux seize dents de devant, surtout aux huit supérieures qui, les mâchoires étant jointes, ne sont pas à plomb sur celles de dessous, pour quelles puissent se maintenir mutuellement dans leur position, comme c’est le cas, p. e. des seize dents molaires, où une position irrégulière ne se rencontre que fort rarement.

Or toutes les dents placées hors du rang demi - circulaire et de l’ordre ci-dessus décrit, celles, qui sont cambrées en dehors, ou placées de travers dans le rang même, je les comprends sous le nom de dents irrégulières.

Pour en avoir un aperçu plus facile, on peut ranger en deux grouppes toutes les déviations de la position régulière, et diviser la position irrégulière des dents en position générale et partielle.

Position irrégulière générale.

Dans cette classe je comprends les positions anomales suivantes, et qui ne sont pas trop rares: savoir

1. celle où la denture supérieure déborde dans tous les points l'inférieure dont le contour est régulier et la position juste, conforme à la planche III. Fig. 3. 4. 5. 6.;

2. celle où la denture inférieure dépasse dans tous ses points la supérieure dont le contour est régulier et la position juste, Pl. III. Fig. 7. 8. 9.;

3. celle ou les deux rangs de dents sont dà plomb l’un sur l’autre, Pl. IV. Fig. 10. 11. 12.

Les positions anomales et rares seront celles où l’un et l’autre rang de dents sont opposés l’un à l’autre en direction oblique, et encore les dents placées en avant et en arrière. Pl. IV. Fig. 13. 14.

Position irrégulière partielle.

Cette classe contient les positions anomales suivantes:

1. celle où mie ou plusieurs dents, de l’une ou de l’autre mâchoire, sont poussées entièrement hors de rang et d’ordre, comme si elles n’y appartenaient pas, PL IV. Fig. 15. 16.;

2. celle où des dents isolées, quoique placées dans leur rang, prennent un peu en arrière ou en avant, PI. V. Fig. 17. 18. 19. 20.;

3. celle ou des dents séparées sont à peu près tournées tout à l’envers, PL V. Fig. 21. 22.

Enfin, outre les positions irrégulières mentionnées, on en rencontre encore d’autres, comme p. e. des emplacements des dents qui, déviant de la ligne demi -circulaire, font en dehors ou en dedans des enfonçures en forme d’anse. PI VI. Fig. 23. 24.

Section D.

Des causes de la position irrégulière des dents et de leur

traitement.

De toutes les causes qui effectuent cette difformité, la viciosité de la conformation et position des mâchoires, surtout des apophyses alvéolaires et des alvéoles est, d’après mes observations, lune des principales; tantôt c’est un mal héréditaire transmis d’une génération

à l’autre, qui s’y mêle; tantôt c’est le résultat de plusieurs autres causes mouvantes dans le période de la vie, où la substance des apophyses mâchelières, des parois des alvéoles et des dents mêmes est encore molle et souple.

Voilà pourquoi il faut diriger son attention sur cet objet dès la naissance des enfans, et, dans les cas où les mères ne sauairent les allaiter elles -mêmes, avoir soin de leur faire avoir des nourrices aux mamelles bien développées et bien formées, et à des mamelons de la même condition ou, fut-il qu'il fallût les faire nourrir, prendre garde que la nourriture ne leur soit donnée dans des vases d’une forme peu convenable au but, ce qui ne laisserait pas de déranger et presser les bords encore tendres des mâchoires. Les nourrices ontelles, p. e., les mamelles trop fortement tendues et de petits mamelons, les apophyses encore flexibles des mâchoires seront pressées en arrière, d’où plus tard s’ensuivra que les dents de devant, et surtout celles de dessus, se déjettent en dedans; position qu’on remarque le plus souvent.

Au commencement de la dentition, et quand les dents de devant auront déjà percé, il est bon de donner en mains aux enfans quelque objet élastique pour avoir de quoi grignoter , tirailler et mordre avec les dents, ce qui favorise beaucoup la formation et la dilatation régulières des apophyses alvéolaires, des mâchoires, ainsi que la juste position des dents. Les enfans sont -ils parvenus à pouvoir manger du pain blanc, du pain bis, etc. on atteindra encore plutôt le but proposé, quand on leur en donnera en mains la quantité fixée

pour la couper avec les dents. La négligence à l'égard de cette règle, très préjudiciable à la juste position des dents, est malheureusement très fréquente dans les conditions élevées, où l’on coupe la plûpart du tems en petits morceaux tout ce qu’on donne aux enfans, leur ôtant par là l’occasion de mordre eux-mêmes. Aussi est-ce en partie la raison pourquoi on trouve chez les enfans de bonnes maisons plus fréquemment des dents placées irrégulièrement, que chez ceux des

conditions médiocres, où on leur laisse la liberté de mordre et de

manger h leur aise.

De plus, la négligence à l’égard de la dentition secondaire est une cause très fréquente de positions irrégulières des dents. Dans le période où cette dentition a lieu, savoir depuis l age de sept jusqu à quatorze ans, et quelque fois plus tard, il faut surtout avoir soin doter à tems les dents de lait carieuses, qui empêchent la sortie régulière des dents permanentes, leur position exacte, et en même tems l’élargissement nécessaire des apophyses màchelières. Cependant il ne faut pas non plus se presser de les enlèver et le faire sans précaution, parce qu autrement on court risque de tirer en même tems les germes des dents permanentes, et de nuire au développement et a l’élargissement des bords alvéolaires. Pl. VI. Fig. 25. 26.

Quelque fois aussi une étroitesse des mâchoires, la largeur extraordinaire des dents, et leur développement trop rapide et à la fois, lorsqu’en même tems la formation des bords alvéolaires est empêchée et arrêté, etc. causent une position irrégulière. Pl. VI. Fig. 27. 28. 29. 30.

Section 111.

Fixation de l’âge, où le redressement des dents mal rangées peut être effectué.

On entend par redressement des dents irrégulières le procédé par lequel ces os sont ramenés en rang et en ordre. Comme cette opération ne doit se faire que sous certaines conditions, et quelle dépend d'une certaine fermeté des dents et des parois alvéolaires, elle ne peut se faire avec succès que dans un âge fixé, et seulement dans celui où

1. les racines des dents sont encore large ouvertes, et point encore fermées jusqu au Lumen, ou 1 ouverture, qui reste pour les conduits et pour les nerfs lesquels s'insinuent après la formation achevée, PI. VII. Fig. 31. 32. 33. 34.;

2. où les bords alvéolaires ne sont pas encore entièrement ossifiés et par conséquent ne résistent pas, et

3. où les dents, qui servent de point d appui à la pression qu exige 1 opération, ont atteint une telle fermeté quelles puissent suivre cette pression, non pour elles seules, mais d’accord avec la racine et le bord alvéolaire, sinon les couronnes des dents pressées seront courbées tandis que les racines restent fermes, comme je lai plusieurs fois remarqué. PI. VII. Fig. 35. 36. 37. C’est pourquoi cette opération

dépend surtout de l’âge de la dent à redresser, ainsi que de l’âge de l’individu et de sa constitution.

Pour ce qui regarde le premier cas, j’ai trouvé que le redressement d’une dent irrégulière se fait le plus à propos dans la seconde année de sa sortie, où toutes les conditions ci-dessus nommées se rencontrent et dans tous ses entours et dans elle-même: néanmoins faut-il pour la fixation du moment se soumettre à l’avis du dentiste, maintes raisons pouvant exiger que le redressement se fasse plus tôt ou plus tard, p. e. le développement retardé des dents, des apophyses mâchelières ou d’autres infirmités.

De là résulte en second lieu, que le période de la vie, dans lequel le redressement des dents pourra en général s’effectuer au mieux et le plus facilement, ne saurait être que celui, où la dentition secondaire aura lieu, par conséquent, et selon les raisons ci-dessus alléguées, depuis l âge de huit jusqu’à seize ans.

Il est vrai que l’opération peut se faire dans un âge plus avancé, toute fois elle sera plus difficile et demandera plus de tems, et quoiqu’elle soit, sous les conditions ci - dessus rapportées , quelquefois aussi facile que dans le tems désigné, il ne faut pourtant pas l’entreprendre trop tard, de peur de voir dépérir les dents tout à fait.

Section IV.

Des anciennes méthodes à redresser des dents irrégulières.

Jusqu’ici on a employé pour cet effet deux méthodes principales ou, prises à la rigueur, une seule; car l’une et lautre portent sur la luxation et la pression de la dent à redresser. L’une nous fait atteindre le but peu à peu, l’autre tout de suite.

Suivant la première on se sert de ligatures de fil de lin ou de soie, enduits ou non enduits d’un gomme de Copal (dans le dernier cas de la racine dite de la Chine), de crins de florence, de fil d’argent et de platine, ou

a) de ces ligatures toutes seules, ou

b) en ajoutant de petites plaques ou crochets d’acier, d’argent, d’or, de platine. Cette méthode, avec ses variétés, fut recommandée par Géraudly, Hunter, Brunner et d’autres.

Dans le second procédé, et d’après Fauchard , la dent à redresser est d abord luxée rapidement avec le pélican, puis remise dans la position juste et retenue là-dedans au moyen de fil d’argent en attendant qu elle se rejoigne.

Ces deux méthodes opératoires sont à la vérité respecfcibles et par leur ancienneté et par les services quelles ont rendus jusqu’ici’ néanmoins elles ne laissent pas d etre imparfaites, et à bien des égards nuisibles, témoins les observations suivantes.

' Dans 1 application de la ligature il faut qu’une ou plusieurs dents

voisines servent d’appui à la pression employée sur la dent à redresser; or la force de la ligature, également distribuée, et agissante tout à l’entour et par conséquent le total de la pression sur le dit appui étant le même que sur la dent à redresser, il s’ensuit, par les lois de la mécanique, que la dent qui , sert d’appui, sera dérangée de sa position tout de même que la dent irrégulière. A-t-on pris et entrelacé plusieurs dents pour s’y appuyer, le dérangement en sera à la vérité moindre, mais de l’autre côté il y aura cet inconvénient, qu alors les dents entrelacées se froissent, d’où peuvent résulter des caries, un coloris jaunâtre dans l’émail des dents, le dépérissement de celles-ci etc. Ajoutez que 1 application de la ligature est pleine de difficultés et cause des douleurs au patient. Car elle glisse aisément et doit être souvent renouvelée et affermie; elle descend jusqu’à la racine des dents, les détache de la gencive, les soulève hors de lalvéole, les rend vacillantes, douleureuses et disposées à tomber. On peut à la vérité éviter ces mauvais effets, en se servant , comme je I ai fait, d’un petit apparat de vis pour redresser successivement les dents; mais ce ne sera jamais sans nuire aux dents voisines qui servent d appui, et vous ne réussirez qu’avec peine, imparfaitement et fort rarement.

La luxation avec le pélican est une opération trop violente et trop douloureuse, à laquelle on n'aime guères à se soumettre, où Ion risque que la dent se casse, et si lopération réussit, quelle meure bientôt après, j’ai essayé les deux méthodes, mais je les ai trouvées bien des fois incertaines et insuffisantes au but, en sorte que, tâchant

de l’atteindre par d’autres moyens, j’ai enfin découvert le procédé suivant.

Section V.

Nouveau traitement pour redresser des dents irrégulières.

Mon procédé dans le redressement des dents irrégulières consiste dans l’usage que je fais d’une capsule d’argent ou d’or à ressort d’or au vingt- unième carat. Pour redresser les dents supérieures de devant, cette capsule est couchée sur les dents inférieures opposées, et pour redresser celles-ci, sur les premières. Elle est construite et employée dîme manière qui m’est propre, jusqu’ici entièrement inconnue et demande les préparatifs que voici:

1) un moule, en masse de cire, du rang de dents et de la partie de la mâchoire y appartenant, sur lesquels la capsule doit être posée ;

2) un modèle de souffre fondu dans le moule en cire;

3) un moule fait de plâtre d’après ce modèle;

4) un modèle de métal de la susdite partie de la mâchoire, fondu dans le moule en plâtre, lequel

5) pourvu d’un couvercle du môme métal, forme le pilon, dans lequel la capsule de métal se façonne;

On obtient le moule en cire, indiqué sous No. 1., en mettant sur une petite assiette de fer blanc, congrue au rang des dents à modeler, en forme de fer à cheval et pourvue à sa courbure d'un manche pour la saisir, Pl. VII. Fig. 38., un morceau de pâte de cire artistement préparée (composée de llf onces de cire jaune, 2\ onces de résine de Bourgogne, lf once d’huile de pavot, -§- once de racine d’alcanna et d’un scrupule d’essence de bergamotte) et dont la longueur, l’épaisseur et la largeur répondent au contour des huit ou dix dents de devant et des apophyses de la mâchoire à former. On passe ensuite dans la bouche, pas trop ouverte, et par l’un des côtés, la petite assiette (d'abord avec une de ses branches), et la pâte tournée vers les dents à modeler, sur lesquelles on la place de manière que la superficie de la denture à modeler touche partout la ligne médiane de la pâte. Cela étant fait, on presse la pâte sur les dents et le bord alvéolaire, d'une manière uniforme avec les deux index posés sur les branches de la petite assiette, et l’on modèle ainsi ces parties, en quoi l’on réussit plus complètement et avec plus de sûreté, quand avec l’un ou l’autre des index, on serre encore contre le bord alvéolaire la pâte de cire que la pression a poussée de côté et vers sa superficie intérieure et extérieure. Si I on croit avoir bien prise l’empreinte, on relève avec précaution l’apparat et on le retire de la bouche de la manière ci-dessus; ce qui, dans la règle, se fait sans aucune difficulté, puisque l’humidité des dents et de la gencive empêche la masse de cire de se coller. Après on remplit le moule obtenu, et dont les bords ouverts peuvent être exhaussés, en y appliquant un peu de nouvelle pâte, on la remplit, dis-je, de souffre

fon-

fondu qui après être refroidi et cristallisé doit être remuer avant quon le verse, ce qui donne le modèle en souffre, marqué sous No. 2.

PI. VIL Fig. 39.

Le modèle de souffre manquant de consistance pour pouvoir former sur lui la capsule d’argent, il est nécessaire d’en fondre un de métal, et de faire pour cela un moule en plâtre. Pour cet effet on ôte avec précaution le modèle en souffre refroidi de la moule en cire, on remplit de pâte de cire les enfoncemens qui se trouvent dans son contour, et l’on enduit le tout d huile d amande, pour qu ensuite ie moule en plâtre s’en sépare avec plus d’aisance; on enveloppe le modèle d’une bande de 2£- pouces de papier un peu fort qu’on, attache avec du fil d’archal ou de la [ficelle à la base du modèle en souffre; on remplit de pâte de cire, impénétrable à l’eau, les ouvertures qui peuvent se trouver entre le modèle et le papier, et Ion verse dans la capsule de papier, sur le modèle en souffre, une quantité suffisante de bouillie de plâtre brûlé, délayé dans de l’eau. Le plâtre étant suffisamment consolidé et entièrement sec ce qu’on peut favoriser par une chaleur artificielle, on ôte l’enveloppe de papier de la capsule de plâtre achevée, et on la sépare avec beaucoup de précaution du modèle en souffre qui est en dessous. On pose et affermit de nouveau une bande de papier autour de ce moule en plâtre No. 3., comme précédemment autour du modèle en souffre, et cela étant fait, on verse dans le moule de plâtre, pour la formation du modèle de métal, une quantité convenable d’une composition de métal fondu, consistant en douze parties de bismuth, trois parties détain et trois parties de plomb.

Comme cè métal ne se consolide et ne se refroidit que lentement, on ne peut ôter du moule en plâtre le modèle en métal No. 4. qu’on vient d’obtenir, qu’un quart d’heure après. Alors reste encore à faire pour le modèle en métal le couvercle de No. 5. qui, joint à celui-ci, représente le pilon ci-dessus mentionné. Pour faire ce couvercle, on allume un morceau de bois de sapin, on tient le modèle par-dessus la flamme, et on laisse s’attacher une couche mince de suie à la surface du modèle par où l'on empêche que le métal du couvercle et celui du modèle, se joignent et fondent ensemble. A la place de la suie on peut aussi, au moyen d’un pinceau, enduire légèrement le modèle en métal dune bouillie de craie détrempée, ou d’eau forte subtilisée (qui oxide le métal). Cela étant fait on enveloppe le modèle en métal, de la même manière que la capsule en plâtre, dans du papier, on jette dans l’espace intérieur de l’enveloppe de papier, une quantité suffisante de la composition de métal fondu dont on vient de parler, et on achève ainsi le couvercle du pilon de la capsule en métal, quil

ne faut également enlever qu’après l’entier refroidissement.

Si l’on vent ensuite faire avec le pilon une capsule de métal pour servir d enveloppe du rang de dents, on met premièrement un petit morceau de plomb mince, tel qu’il sert d’enveloppe au tabac, d’une grandeur suffisante, sur le modèle de métal; on appuie dessus le couvercle sur lequel on presse à plusieurs reprises avec la main, et on frappe ainsi une capsule de plomb, que l’on emploie pour déterminer la grandeur de la lame nécessaire à faire la capsule d’argent ou

d'or, en la déployant et en coupant d’après elle la quantité requise de

lame

lame d’argent ou d’or. On pose eette dernière de la même manière sur le modèle de métal, on y remet le couvercle, on frappe une couple de fois fortement dessus, et on forme ainsi la capsule de métal,, déjà dite, pour servir d’enveloppe au rang de dents à modeler. Enfin on démonte l’apparat, et on répète l’ajustement de la capsule au rang de dents qui y répond, jusqu'à ce quelle joigne exactement, et quelle ne presse nulle part. On en arrondit et échancre un peu les bords ouverts en dehors, et on les coupe en arc rentrant aux endroits où ils touchent le frein de la langue et des lèvres.

La capsule achevée de la manière susdite se pose, en forme de chapeau, p. e. pour les dents irrégulières de la denture supérieure, sur la denture inférieure, après quoi on fait mordre le patient sur un petit morceau de papier mis entre les dents mâchelières, pour voir où il faut placer dans la capsule le ressort destiné à faire rentrer la dent dans sa position régulière. Ce point est-il trouvé et le ressort d’or soudé, auquel on peut donner, en cas de besoin, la solidité nécessaire en le frappant avec le marteau, on pose l’apparat ainsi achevé, Pl. VII. Fig. 40., sur les dents inférieures, Pl. VII. Fig. 41., on fait serrer un peu les dents, et Ion donne au ressort une telle position, que la dent irrégulière repose, ou avec la superficie antérieure, ou avec l’ultérieure, (selon que la dent doit être poussée en avant ou en arrière,) sur le ressort par lequel elle est attirée et pressée, et que par là le serrement complet des rangs de dents est généralement empêché. Pl. VIII. Fig. 42. La juste position étant donnée au ressort, et l’application de l’apparat finie, le patient est exhorté à tenir les dents serrées autant

que possible, et à continuer la pression du ressort contre la dent, chose nécessaire pour parvenir plus rapidement au but. Chez de .jeunes enfans on lie en tout cas, et surtout pour la nuit, un mouchoir de toile autour du menton et de la tête, pour serrer davantage la mâchoire inférieure contre la supérieure; et pour qu’il reste attaché, on met un bonnet à oreilles par dessus, afin que pendant le sommeil la bouche ne puisse s’ouvrir, et que l’apparat ne soit dérangé et avalé.

L’apparat après avoir été appliqué pendant vingt-quatre heures, la dent hors de rang est déjà ramenée en place de sorte quelle s’appuie sur le ressort assez commodément et sans avoir besoin d’être tendue, et que le dentier peut être tenu fermé et serré, PI. VIII. Fig. 43., ce qui ne pouvait se faire à la première application de l’apparat, à cause de la pression du ressort contre la dent, comme il a été remarqué.

C’est pourquoi dès lors et tous les vingt-quatre heures après, jusqu’à l’entier redressement de la dent, il faut subvenir à la tension et position du ressort, savoir en pliant et en redressant de nouveau le ressort, ou en y soudant, dans toute sa longueur, une pointe, Pl. VIII. Fig. 43. A., qui puissé le renforcer et le bander derechef.

On agit d’après le même procédé pour redresser les dents irrégulières de la mâchoire inférieure, si ce n’est qu’on applique l’apparat au rang de dents supérieures. Y a-t-il plusieurs dents irrégulières dans la même denture à redresser, le meilleur est de les opérer l’une après l’autre, parce qu’ai ors on est plus libre pour régler convenablement leur position, que dans le redressement de plusieurs à la fois.

Si l’une ou l’autre dent dut embarrasser l’arrangement de la dent irrégulière dans le cercle dentaire, ou que l’espace entre deux dents régulièrement placées, où la dent mal rangée est à ramener, serait trop étroit, on emploierait la lime ou l’on arracherait l’une des deux, selon que le but et la beauté l’exigent. Meme les dents oeillières, que bien des dentistes craignent d’arracher, à cause de leur prétendue nécessité absolue pour soutenir et maintenir ensemble les autres dents de devant, ne doivent pas être ménagées, parce que, après leur absence, la dent molaire la plus proche les remplace, et que si on ne les ôte pas, on peut, par la pression, p. e., sur la dent incisive à redresser, et qui est d’une plus grande valeur, en causer la carie, et en même tems la chute.

Enfin pour les dents qui, dans le rang ou hors du rang, sont de travers et tournées de côté par leurs larges superficies, je me sers, pour les remettre dans leur position convenable, d’une capsule pourvue de deux ressorts qui pressent et poussent en direction opposée, entre lesquels les dents irrégulières sont serrées comme dans mie fourche, et tournées par l’un en avant, et par l’autre en arrière, dans leur juste position, PL VIII. Fig. 44. 45.

Je recommande au patient de se tenir tranquille durant toute l’opération, de prendre des alimens fluides, en forme de bouillie, faciles à digérer, du birambrot, de la soupe, des compotes; de même que des boissons douces, refraichissantes, de l’eau daire ou sucrée, de l’orgeade, de la limonade, etc. Je fais aussi ôter l’apparat de la bouche chaque fois que le patient a besoin de manger ou de boire.

En suivant le procédé ci-dessus exposé ^arrangement des dents irrégulières se fera d’ordinaire, dans les intervalles de tems suivants, savoir:

1) chez les enfans de 8 à 9 ans, dans l’espace de six jours;

2) chez ceux de 9 à 10 ans, en douze jours;

3) chez ceux de 10 à 13 ans, en trente-six jours;

4) chez ceux de 13 à 16 ans, en 6 jusqu’à 8 semaines.

le tout sans la moindre douleur, selon l’expérience que j’en ai faite

bien des fois, et comme l’atteste le certificat ci- joint :

„Nous, soussignés certifions, d’après les résultats des observations que „nous avons faites, que la méthode inventée par Mr. Kneisel, dentiste „ ordinaire de Son Altesse Royale le Prince Charles de Prusse, et „dont il s’est servi fréquemment depuis sept ans pour remettre „des dents irrégulières d’enfans de 8 à 16 ans dans une position „ droite, en enveloppant le rang de dents de la mâchoire opposée „ d’une capsule de métal garnie de ressorts sur lesquels on mord, „est une méthode très recommandable, en ce que par elle le but „ proposé est toujours atteint promptement et avec sûrete, non „ seulement sans aucune douleur, mais encore sans effort et sans „ peine de la part de ceux qui sont traités."

Berlin, le 4 Avril 1835.

Dr. Ttust.

Conseiller intime de santé en Chef et Président.

Dr. Klnge,

Conseiller intime de santé et Professeur.

Dr. Ech,

Conseiller de santé et Professeur.

Dr. Albers,

Conseiller de santé de la régence.

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