CÈNE PREMIÈRE
BRIZARD
Je retiens ce salon.
• * LE GARÇON
Combien de couverts ?
BRIZARD
Je le retiens sans couverts.
LE GARÇON
Ah ! c’est que...
BRIZARD
Quoi ?
LE GARÇON
Il faut que je sache combien vous voulez de couverts.
Mais puisque je n’en veux pas !
LE GARÇON
Alors, je vais demander à la caisse..,
BRIZARD, l’arrêtant.
Garçon... vous ne me comprenez pas !
LE GARÇON, avec conviction.
Non, monsieur.
BRIZARD
Très-bien... je vais me faire comprendre... (Tâtant sa veste ) C’est du bon drap, ça?
LE GARÇON
Ce n’est pas mauvais.
BRIZARD
Combien l’avez-vous payé ?
LE GARÇON
Quarante- cinq francs.
BRIZARD
Je vous l’achète cinquante... avec le tablier.
LE GARÇON
Plaît-il?
Tenez, voilà cent francs... rendfz-moi.
LE GARÇON
Mais je ne comprends pas...
BRIZARD
Comment ! vous ne comprenez pas encore ?. . ^
LE GARÇON
Non.
BRIZAÎID, au public.
Il ne comprend pas encore ! (Prenant lo garçon par le bras et l’amenant sur le devant du théâtre. ) A sept heures, un fiacre s’arrêtera devant cette porte, un homme descendra de ce fiacre, cet homme sera accompagné d’une autre personne... (Avec émotion.) une femme!, ils entreront ici... au n° 4... ils prendront place à cette table... * ils demanderont à dîner... et ce dîner... c’est moi qui le servirai. Allez !
LE GARÇON
Mais, monsieur...
BRIZARD, lui tendant un billet de barnpie.
Rendez-moi cinquante francs.
LE GARÇON
Mais, monsieur... je ne peux pas... Si le patron savait...
Ne me rendez rien.
LE GARÇON, prenant le billet.
Merci, monsieur ; alors, il faut.,.
BRIZARD
C’est très-facile, vous allez voir : ces personnes demandent, je suppose, une purée Crécy...
LE GARÇON
Oui... ce n’est pas cela. .. mais enfin ça ne fait rien.
BRIZARD
Comment ! ce n’est pas cela !
LE GARÇON
Non, elles ont commandé autre chose... mais ça ne fait rien...
BRIZARD
Ah ! permettez... moi, je suppose qu’elles veulent de la purée Crécy... c’est une hypothèse... si vous ne l’admettez pas, il faut le dire.
LE GARÇON
Allez toujours !
* Brizard, Garçon.