SCÈNE V
IHHNAM), POTINARD
Fernand, un instant seul, regarde autour de lui, et hausse les épaules en esquissant un sourire de pitié.
POTINARD, rentrant Je suis à votre service. Monsieur.
KERNAND
Je vois à votre vitrine : « Éli.vir Polinard, > contre les maux de dents... Je désirerais e.vpérimenler ce produit.
l'OTiNARD, un peu troublé, montrant un Jlacun C'est une invention de la famille. L'élixir Potinard est connu à dix lieues à la ronde. Ce n'est pas grand chose : une infusion de plantes dans de l'alcool... Seulement, il lallait trouver... Un flacon comme ceci ? Ca suffira. Vous êtes en voyage, peutêtre : un flacon plus fort vous embarrasserait... Quelques gouttes sur la dent malade, vous serez soulagé.
l-EKNANU
Je vous dois ?
- l'ÛTlNAKD
Ln franc.
KEKNAND
Combien >
l'n franc. (Fernand reste abasourdi. Potinard se méprend sur
1.1 cause de la surprise.) Ce n'est pas cher. A l'ans, vous payez des dentifrices dix et quinze francs : ils ne puss(ident pas une vertu comparable à celle de l'élixir du pure Potinard. •
KKUNAND
(.""est beaucoup trop cher.
Mettons cinquante centimes... Après tout, pour dix sous je n'insiste pas... Vous n'êtes pas du pays... Vous vous trouvez loin de chez vous et vous êtes peut-être à court de monnaie... un contre-temps qui arrive à tout le monde. Je vous offre mon Aacon : vous l'emporterez comme souvenir de votre passage à Colignac-le-Vicomte.
FERNAM), qui n'a cessé de l'examiner Imbécile!... (Potinard recule...) Imbécile...
Monsieur?
FERNAND
Ce n'est pas un rôle que tu joues > Tu t'obstines à ne pas m<i reconnaître >
Hein ?... Ah ! Fernand !
FERNiVND
Tout de mjme !
POTINARD, lui ouvrant les bras l]xcuse-moi... Il y a si longtemps... Tu portais la barbe autrefois. Embrassons-nous, Fernand!
IKKNAND
Tu ne m'en veux pas >
Allons donc! {Ils .sétrei^nenl) Tu me causes une très agréable surprise !... Je savais vaguement que tu étais établi à Paris, marié...
FERNAND
Je suis marié en effet : j'ai même un fils. POTINARD, l'examinant Mravo !... Tu n'as pas mal mené ta barque, ce me semble >
FtRNAND
l'ai travaillé.
Tu l'es amélioré. comme le vin en vieillissant... Tu vas tout (Je suite iroùter mon Sauterne...
KKRNAND
hikirme-ttii d'abord de ma situation sociale...
l'OTIN.VRI)
Je vois que tu es dans la haute... Décoré, mazette !
FEKNANl)
Je suis banquier.
POTIN.VKD
Tu vas quand même partager notre déjeuner. Il y a du' ris de veau.
FERNAND
Impossible, Ernest.
KOTIXARD
Tu ne vas pas manger à l'hôtel r... Prospère.
FERNAXD, l'arrélant .
Je t'en prie !... Je déjeune chez le Sous-Préfet.
POTINARD, éb:ihi Chez le Sous-Préfet >
FERNAND
Le Sous-Préfet est un de mes clients... Quand il vient a Paris, il descend à la maison... Alors il m'a invité à passer quelques jours chez lui ; nous devons chasser ensemble.
POriNAKIi
Ce soir tu dineras ici..., autrement je penserais que lu rougis de moi, Fernand.
FERNAND
Ne compte pas sur moi, Ernest. Je ne rougis pas de toi, mais je l'avoue qu'étant obligé de tenir mon rang, je hc suis pas pressé d'avouer au Sous-Préfet que j'ai pour frère le petit Pharmacien à l'enseigne : t La Providence. *
l'OTINARD
Xous sommes di; trcs petites gens, c'est vrai !... A Imm msc,
FcniaïKl ! Je t'offrais l'hospitalité de bnii ciL-ur. Tu nie la refuses, je ne t'en garderai pas rancune. Je m'estime très heureux de ta visite, qui, j'espère, marque un premier pas vers un rapprochement complet entre nous. C'est si fâcheux, dans une famille, les désaccords, les dissentiments.