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LES SALONS

PETIT SALON Dans un grand appartement, le petit salon ET BOUDOIR est d'une extrême utilité . On 5'' reçoit, en dehors du jour de réception, les visites imprévues ou familières. Beaucoup de femmes ont ainsi chaque jour leur petit salon envahi de onze heures à midi.

Son ameublement sera moins cérémonieux que celui du grand salon, exclusivement réservé aux réceptions. Son caractère doit être tout intime et personnel.

Que cet ameublement soit dans le goût ancien ou moderne, il importe qu'il présente un certain rapport avec l'ensemble du grand salon dont il deviendra le complément direct, les jours de réception. Si les deux pièces ne sont pas contiguës, elles pourront être franchement dissemblables; cette diversité n'en sera que plus agréable.

Le petit salon pourra alors demander à Vart ynoderne le secret de son talent souple et original.

Avant de choisir un mobilier et pour affermir son goût, il serait prudent de consulter ces revues d'art qui donnent asile aux artistes les meilleurs, et publient ce que l'art moderne appliqué au meuble, au bibelot, à la décoration, produit de plus sûr.

Au petit salon moderne doit correspondre une ambiance moderne. On réserve les bibelots anciens pour les vitrines du salon.

On choisit, en général, pour les meubles modernes, de ces bois clairs que Ton n'utilisait pas autrefois, et dont la couleur même donne un aspect nouveau ; ils reçoivent des incrustations de bois différents ou de métaux.

On emploie des appareils d'éclairage, des lampes, des flambeaux du même style, mais d'une grande sobriété de lignes.

On peut tendre les sièges de velours unis ou camaïeux ; tandis que des tentures assorties tomberont à grands plis droits. Les tissus unis avec applications d'étoffes différentes se trouvent être tout à fait dans la note moderne.

Sur les murs, quelques toiles, gravures et estampes dues à des artistes consciencieux, sinon rien.

Les bibelots, les accessoires du mobilier pourront donner lieu à des trouvailles charmantes.

On évitera les choses trop originales ou trop voyantes, car le mobilier ne peut se renouveler comme une toilette.

Parmi les styles anciens^ le Louis XVI et l'Empire conviennent admirablement aux proportions restreintes du petit salon.

Les meubles peints se fondent à merveille sur les boiseries blanches, aux fines guirlandes sculptées.

Les choses les plus surannées, les plus rococo, sont là dans leur cadre. Rien n"est d'un plus joli effet que le groupement des bergères aux vieilles soies fanées, des tête-à-tête profonds des sièges disparates de soie et de couleur. On y entasse des coussins moelleux de soierie, de dentelle ou de mousseline très fanfreluches. Toutes les vieilles étoffes, les broderies anciennes peuvent y être employées.

Dans cet intérieur, les commodes ventrues aux belles appliques de cuivre, les bonheur-du-jour en bois de rose, les secrétaires de palissandre avec leurs secrets et leurs cachettes, sont les meubles indiqués.

Une pendule ou un objet d art encadré de flambeaux d'argent garnira suffisamment la cheminée.

Très peu ou même pas du tout de bibelots sur cette cheminée dont le dessus de marbre, reste visible. On exhaussera le sujet du milieu par un socle si cela est nécessaire.

Les tableaux, les gravures anciennes, au bristol jauni par le temps, garniront les panneaux de boiserie. On les dispose à la manière d'autrefois, sur les glaces ou en lignes superposées, cela principalement pour les gravures qui ne demandent pas d'éclairage particulier. On se préoccupera d'avoir des cadres appropriés, car il ne faudrait pas commettre l'inconséquence de présenter, dans un cadre rutilant, une peinture ou un pastel vieux d'un siècle ou deux.

On recherchera un éclairage doux et diffus, complètement différent de l'éclat des lustres du grand salon ; par conséquent des appliques, des lampes basses, qui répandent sous leurs vastes abat-jour une lumière égale et reposante.

Les tentures et les tapis seront dans les teintes adoucies. Les rideaux n'emprunteront leurs plis qu'au seul relevé de l'embrasse. Les vitrages pourront être de mousseline à pois ou à semis, ou de tulle point d'esprit léger et fin. Une très jolie manière de les poser consiste à les froncer en haut et en bas et à passer dans ces deux extrémités une tringle de cuivre fixe, qui les tend de façon à former beaucoup de plis. On passe alors un ruban de faille ou de satin qui ramène toute l'ampleur du rideau au milieu de la vitre, sous un gros nœud.

C'est par des arrangements de ce genre^ insignifiants en apparence, que l'on arrive à donner au home une note originale. Le petit salon se prête d'ailleurs admirablement aux menues trouvailles. Selon les meubles que l'on possède et les accessoires dont on dispose on imaginera vite avec un peu de goût un arrangement personnel et élégant.

Les vitrines sont encore du domaine du petit salon. Tous les objets fragiles, ou que leur valeur ou leur ancienneté rendent précieux, y seront exposés à l'abri des heurts et de la poussière.

Elles ne doivent, en effet, avoir l'air ni d'une vitrine d'antiquaire, ni d'un meuble de débarras où l'on resserre sans ordre des bibelots inutiles. Elles ne doivent pas renfermer des choses insignifiantes, dénuées de valeur ou d'intérêt.

SI l'on n'en possédait pas d'autre, on tendrait tout simplement une soie légère derrière la glace, pour cacher l'intérieur de la vitrine, ou, si le style du meuble le permettait, on remplacerait la glace par un treillis de cuivre ajouré, sur un rideau de soie vieux rose ou vieux vert.

Il existe aussi les vitrines plates pour collections, mais celles-ci sont trop du domaine de l'amateur d'art pour que nous en parlions ici.

Le piano a sa place marquée dans le petit salon, mais de préférence le piano droit, à cause des dimensions exiguës de la pièce.

Les cahiers à musique se trouveront à proximité; on les choisira de préférence à simples baguettes de cuivre ou de bois assorti à l'ameublement.

Si le piano est moderne, la banquette doit l'être aussi. L'habitude se généralise aujourd'hui, d'encombrer le moins possible le dessus du piano ; un simple bibelot, quelques photographies suffisent à l'orner.

Une harpe ancienne, même si ses cordes sonores ne doivent

jamais être éveillées, peut très bien figurer au petit salon dont elle achèvera le caractère suranné.

Si les murs du petit salon n'ont pas de boiseries, on les tendra d'un papier uni ou à dessins de style ton sur ton. Le premier peut être divisé en panneaux, à l'aide de baguettes de bois peint, et le second simplement surmonté d'une frise dont le dessin devra être de pur style.

Le boudoir est une réédition du petit salon avec, toutefois, un ■caractère plus intime encore et plus féminin.

Il peut être d'un style moins pur, moins surveillé, mais, en revanche, il demande d'autres meubles que le petit salon n'exige pas. C'est tout d'abord le bureau pour la correspondance personnelle, puis la table à ouvrage faite d'un de ces petits meubles d'un autre âge, à tiroirs et à casiers. C'est enfin le chiffonnier et les guéridons légers sur lesquels on jette de vieilles guipures et •qui se placent dans les angles ou dans l'embrasure des fenêtres.

Le choix du bureau a son importance : trop petit, il est incommode ; trop grand, il devient encombrant. A défaut de bureau confortable, on peut prendre une table ancienne que l'on couvrira d'une glace biseautée et sur laquelle on placera un classeur à rideau et une petite bibliothèque tournante, sans préjudice d'une autre bibliothèque importante pour les auteurs préférés, naturellement.

On pourra laisser une place à la chaise longue, à quelques sièges bas et à de larges poufs.

C'est au boudoir aussi que la maîtresse de maison, si elle s'adonne à un art quelconque, installera les objets nécessaires à son travail. Pour le chevalet, la table à dessin ou le métier à tapisserie, elle ménagera un coin libre près d'une fenêtre.

GRAND SALON Dans les pièces d'apparat, comme le grand salon, l'ornementation peut être aussi luxueuse ■que le permettent les moyens personnels dont on dispose; elle doit en même temps être sobre. Ouvertes à des visiteurs qui ne sont pas des familiers, à des indifférents, parfois même à des inconnus, ces pièces ne doivent renfermer rien qui trahisse l'intimité du home. On en doit éloigner les photographies de

famille et même éviter la faute, si commune de nos jours, d'y exposer en belle place, écrasant tout le reste, le portrait du maître ou de la maîtresse de maison, sous le prétexte que la toile est signée de l'illustre X... ou du célèbre Z...

Le salon sera donc orné avec art si possible, en tout cas avec goût.

Indiquer ses arrangements les plus heureux est fort difficile; tout dépend du genre des meubles, de la forme de la pièce, de son st5de général; il importe surtout de ménager des groupements et d'éviter ces alignements ennuyeux, cette sécheresse d'ensemble qui dénotent une absence totale de goût.

Si l'on adopte pour le petit salon et le boudoir les grâces un peu mièvres du xviiT siècle, qui s'accordent d'ailleurs à ravir avec leur caractère d'intimité, on pourra réserver pour le grand salon, les beaux meubles Louis XIV, Renaissance ou Louis XIII qui sont plus meublants, plus décoratifs, et mieux en rapport avec les dimensions de la pièce. C'est donc le grand salon qui recevra les soieries anciennes, les tapisseries aux tons éteints et doux comme un pastel, les boiseries qui furent jadis dorées et sur lesquelles le temps à mis une harmonieuse patine, les meubles aux grandes lignes pures, un peu majestueuses, et les sièges profonds et confortables. On y introduira des vitrines, des bahuts que l'on élèvera par un socle recouvert de panne ou en ébénisterie, des consoles, des tables, des guéridons, enfin tout ce que l'art ancien a pu produire d'assez joli pour y figurer.

Les murs de boiseries blanches, quel que soit le style de l'ameublement, pourront être légèrement rehaussés d'or, d'une dorure à peine perceptible qui ne devra pas attirer le regard, mais simplement réchauffer l'ensemble de la pièce. Dans les panneaux étroits encadrant la cheminée les appliques anciennse à trois lumières se placent admirablement; une petite glace biseautée et de forme allongée peut surmonter chacune de ces appliques et refléter la lumière. C'est une marque de goût que de ne pas surcharger ces panneaux.

Les beaux lustres à cristaux pendants et miroitants fournissent l'éclairage habituel du grand salon. Leur rareté est de plus en plus grande, mais on les reconstitue si parfaitement, avec leurs défauts, leurs irrégularités et leur usure, que les plus

avertis s'y méprennent. Ils donnent une belle lumière scintillante que Ton ne doit pas craindre de répandre à profusion.

La cheminée doit être sobrement garnie de pièces intéressantes posées sur le marbre.

Sur la cheminée, la pendule n'est pas obligatoire. Dans beaucoup de cas on la remplace avec avantage par une jolie statue, un bel objet d'art, pourvu que les dimensions n'en soient pas démesurées. Il faut éviter d'encombrer une cheminée de salon avec des bibelots ; on peut cependant y faire figurer certaines choses de valeur, mais en petit nombre et de petite dimension. On observera la même discrétion dans la disposition des objets d'ornement sur les meubles, tables, dessus de piano, etc.

Sur les consoles, les bahuts et partout où l'on pourra les placer, des flambeaux seront transformés à l'usage de l'électricité.

Si l'on ne possède pas de soieries anciennes en assez bon état pour les tentures, on peut choisir de ces tissus de soie reproduisant fidèlement les dessins que l'on tissait à longues journées sur les vieux métiers ; la teinte en sera assortie à celles que l'on employait autrefois.

La question des nuances dans les tentures est d'une extrême importance; en effet, à telle époque, telle couleur était en faveur pour lameublement, et ce serait une erreur que de ne pas en tenir compte, car une tenture mal comprise peut détruire tout l'effet d'une pièce.

Chaque style a donc une ou plusieurs couleurs particulières, des dessins qui lui sont "propres et que l'on doit chercher à reproduire dans toute la décoration. Enfin, ne commettez jamais cette faute criarde de recouvrir des meubles d'un style défini avec une étoffe qui n'en a aucun ou qui est d'un style différent.

De même, n'installez pas dans votre salon un siège Louis XI"V tout battant neuf; exigez qu'il ait la patine du temps... ou du brocanteur.

Les tentures anciennes pourront recouvrir un ou plusieurs panneaux, mais on devra veiller à ce que leur authenticité soit rigoureuse.

On jettera sur le tapis de fond, d autres tapis de toutes formes, et de leur désordre tout un art s'exprimera.

La table à thé et les tables à jeux pourront se faire facilement exécuter dans le style du salon par un ébéniste intelligent et habitué aux reconstitutions. Peut-être même pourra-t-on lui faire transformer de vieux meubles, à cet usage, pourvu que la

table à thé soit grande, large, commode, à double plateau ou à rabats.

Ce serait un raffinement de goût que d'en composer le service avec des porcelaines anciennes et de vieilles pièces d'orfèvrerie, et de choisir pour les napperons et les serviettes de vieilles guipures que l'on ferait monter. Mais la composition d'un service de ce genre serait difficile et coûteuse. On peut fort bien l'établir avec des imitations de porcelaines et de guipures anciennes. Ce service, pourtant, n'exclut pas ces accessoires d'argenterie moderne, que nécessitent les toasts, les tartines, et toutes les excellentes choses que l'on grignotte avec l'infusion parfumée.

Les tables à jeux doivent être, pendant le jour, disséminées dans les angles, ou derrière les plantes vertes.

Dans le grand salon, un piano à queue est indiqué; rien n'est joli comme un de ces très vieux clavecins dont on conserve la caisse intacte et dont on fait transformer l'intérieur.

Si le piano est moderne, on y jettera une soierie, sans draperies inutiles. Les plis souples et naturels sont les plus jolis. Sur cette soie, presque rien ; un verre ancien avec quelques fleurs à longues tiges, un objet d'art, une potiche.

En dehors du piano obligatoire, la harpe, l'épinette, devraientelles rester muettes, évoqueront par leur seule présence le charme des vieilles demeures.

Dans cet ordre d'idées, la chaise à porteurs transformée en vitrine est on ne peut plus ravissante.

Pour les objets d'art, il est bon d'observer la même réserve qu'au petit salon. Les plâtres, la terre cuite, n'y figureront point cependant.

Les œuvres d'art doivent être présentées simplement, c'est le seul moyen de leur laisser toute leur valeur. Epargnez-leur les socles drapés, les fouillis dont on les entoure sous prétexte de les présenter. Les tableaux doivent être traités de la même façon. Surveillez leur éclairage et leur place, c'est le point important. Ne les présentez pas ici sur ces chevalets pompeusement drapés de peluche, ce serait faire une injure à l'artiste et à vous-même. Le chevalet ne doit pas dépasser le seuil de la galerie, du hall, ou du studio.

Les plantes et les fleurs doivent abonder au salon. Elles en sont le sourire. Un salon sans fleurs est un salon désert; il ne

faut jamais redouter d'en trop mettre, mais il faut les disposer avec art.

Les plantes vertes, les chamérops aux larges feuilles, les arécas élancés garniront les angles ou bien feront des écrans de verdure entre les groupes de fauteuils. Ce sont ces petits coins isolés, faits pour les causeries, qui font le charme des salons.

En dehors des jours de réception, les meubles devront être recouverts de housses. Ce serait d'un désordre achevé que d'omettre cette précaution, car les meubles anciens demandent des soins infinis.

On fait des housses parfaites avec de vieilles cretonnes à ramages, avec les toiles de Perse et de Jouy.

Si Ton emploie la toile spécialement vendue pour cet usage, on la prendra de préférence à rayures de couleur ou d'un seul ton pékiné, en assortissant le plus possible ce ton au style de la pièce. Les toiles blanches son salissantes, froides à l'œil et donnent un air pauvre.

Jnsfal/afiotj du ^(ome.

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