LA VIE MODERNE ET LE FOYER
Aujourd'hui où la vie est de plus en plus active, agitée, fiévreuse, où le progrès, en améliorant l'existence matérielle, la complique quelque peu, le choix du logis devient fort embarrassant.
Il faut tout d'abord ne point perdre de vue que, de ce « chez soi » — dont le seul mot évoque toute l'intimité, la douceur et le charme du foj'er — dépendront aussi la santé, le caractère et ces mille riens de chaque jour qui font la vie heureuse ou maussade.
CHOIX DU LOGIS Le choix du logis est donc d'une extrême —————'— -^^-^ importance et Ton n'y apportera jamais trop de soin, d'attention intelligente et avisée. Il serait bon, en partant à sa recherche, de se préoccuper uniquement des questions pratiques et de ne faire passer qu'en seconde ligne les questions d'arrangement et d'élégance, qui seront toujours faciles à résoudre pour une femme de goût ; dût-elle y éprouver quelque peine, elle ne sera que plus fière des petites difficultés vaincues.
Savoir s'affranchir de certains préjugés, des tyrannies de la mode et des exigences du snobisme, serait presque la première condition pour trouver le logis parfait.
Ne vaut-il pas mieux, en effet, établir sa demeure dans un quartier sain, traversé par de larges et claires avenues, que de la situer entre les deux cours, sans air ni soleil, d'un immeuble imposant, dans un quartier réputé élégant?
Avant tout, le logis doit présenter toutes les conditions voulues d'orientation, d'aération, de situation.
Orientation L'orientation par excellence est, pour les chambres à coucher, le levant : l'air y est sec et tempéré ; pour les autres pièces, le midi. Seule, la cuisine sera toujours parfaite au nord. Les provisions et le garde-manger y seront à l'abri des chaleurs et des vents d'orage. On peut cependant concilier les exigences de l'hygiène et les... négligences de l'architecte, en plaçant les chambres soit au levant, soit au midi, et en réservant pour les autres pièces l'exposition au nord et à l'ouest qui apportent pluie et vent, et qui donneraient aux chambres trop de froid et d'humidité.
Le nord est encore l'exposition exigée pour les ateliers d'artiste, à cause de son jour franc et sans reflets.
AÉRATION Le Logis doit être, non pas suffisamment, mais abondamment aéré. Ce but ne sera atteint que si une ventilation énergique peut être établie journellement et facilement. Un appartement desservi par un couloir sur lequel donnent, de chaque côté, les portes des diverses pièces, sera parfait à cet égard. Car chaque matin, pendant un temps pj^s. ou moins long", suivant la saison, portes et fenêtres, se faisant vis-à-vis, aSront largement ouvertes pour le renouvellement complet de l'air. Grâce à céftte précaution, les odeurs de cuisine, de toilette et de renfermé seront vite chassées.
Situation Le logis, même haut perché, sera gai si le soleil y pénètre, si devant lui l'espace n'est encombré ni de murs, ni de maisons trop proches. Il faut autant que possible éviter les habitations sur cours, où poussières, miasmes et odeurs viennent s'engouffrer, sans espoir d'en être chassés par quelque vigoureux courant d'air. Si l'habitation sur cour est inévitable, il faut choisir de préférence un étage élevé : quatrième, cinquième ou sixième, suivant la hauteur de l'immeuble, afin d'être aussi près que possible de l'air et de la Lumière.
Le rez-de-chaussée est quelquefois humide, souvent obscur ; il a, de plus, ce désavantage qu'on ne peut, en cas d'absence, laisser les fenêtres ouvertes sans imprudence. Cependant, si le rez-de-chaussée donne sur un jardin clos offrant toute sécurité, s'il est établi sur des caves saines, et que, de plus, il soit légèrement surélevé, avec un perron d'accès, il constituera une habitation de plain-pied agréable et très appréciée des personnes qui redoutent l'ascenseur ou Les étages à gravir.
L^entresol est généralement bas de plafond. Les pièces en sont souvent plus exiguës que celles des étages supérieurs, dont l'encorbellement empêche la lumière et le soleil d'égayer l'entresol.
Enfin, il faut à tout prix éviter Thumidité, le manque d'air et de lumière, l'absence de cheminées, de caves, exiger une installation hygiénique, tout à l'égout, eau, etc., ou renoncer au local, sans regrets, malgré les commodités d'un autre ordre qu'on pourrait y rencontrer.
Commodités Après la question de salubrité, celle des commodités d'un appartement est la plus importante. Chaque pièce doit être indépendante et pouvoir communiquer au besoin avec la pièce voisine. Dans un appartement que l'on visite pour la première fois, la disposition des portes et des communications peut échapper ; c'est pourquoi il est bon de signaler ce point. Il est facile de condamner une porte inutile, mais il est toujours fort incommode de traverser une pièce pour entrer dans l'autre. Cet inconvénient ne se rencontre guère que dans les vieux immeubles, où les couloirs se faisaient très larges ou ne se faisaient pas du tout.
Les fenêtres doivent être munies de persiennes ou de volets. Toutes les serrures doivent fermer à clef. Les placards, les cabinets noirs et les débarras sont précieux ; on les exigera peints à l'huile ou tapissés d'un papier clair et uni.
Enfin, une chose indispensable avant de se mettre en quête du local sera de prendre en note les mesures des meubles importants de chaque pièce, la hauteur des tentures, des tableaux, la grandeur des tapis. On ne peut, en effet, à première vue, se rendre compte des dimensions des appartements que l'on visite, ni si tel meuble, tel cadre y trouveront leur place. 11 faut être sûr, en arrêtant un appartement, de pouvoir y faire entrer tout ce que l'on y apportera. Un choix trop hâtif met souvent dans un réel embarras.
LES LOCATIONS Si Ton est en quête d'un log-is important et que l'on craigne la longueur et la fatigue des recherches, les agences de location seront d'une grande ressource. Il suffit de leur indiquer ses préférences de quartier et de prix pour obtenir une liste d'appartements à louer.
En cas de location parleur intermédiaire, tous les frais d'agence sont à la charge du propriétaire, ou du locataire s'il s'agit d'une sous-location.
Si l'on ne veut pas avoir recours aux agences, il faut s'armer de patience et partir soi-même à la recherche du home.
Les appartements libres à louer sont visibles du lever au coucher du
soleil. Les appartements encore occupés sont visibles de lo heures à 4 heures en hiver et de lo heures à 5 heures en été.
Les locations peuvent se classer de la façon suivante : habitations particulières : hôtels et villas; habitations communes, grand appartement, appartement moyen, petit appartement.
L'hôtel L'hôtel constitue toujours une habitation importante avec dépendances : écuries, remises, garage, etc. C'est l'habitation de luxe par excellence. Tout y est distribué à souhait pour la commodité de l'habitation et des réceptions. L'art moderne, dans ses applications diverses, peut s'épanouir là dans toute son originalité.
Cependant l'aristocratique rive gauche cache encore, au fond de ses jardins un peu tristes, de petits hôtels surannés et gracieux qui ont gardé toute l'allure de leur époque.
La distribution y est souvent imparfaite. Zvlais on y rencontre le luxe des boiseries finement sculptées, ces beaux parquets en losanges, et cette élévation de plafond, qui est presque inusitée maintenant.
La Villa La villa, d'aspect moins imposant, plus intime, ne se rencontre guère que dans les quartiers un peu éloignés des grandes villes. Dans ces mêmes quartiers, le petit hôtel est fréquent; son prix est alors plus abordable.
Toute villa a son jardin. Grand, moyen ou minuscule, il est sa raison d'être, sa gaieté, son charme indiscutable. C'est le chez-soi parfait, indépendant et familial.
L'Appartement L'appartement offre aux recherches un champ si étendu, si complexe que le choix en est embarrassant au possible.
Nous avens pensé que des tableaux établis d'après une documentation exacte et récente, donnant de façon précise les prix, la composition et la situation des appartements, formeraient un ensemble de renseignements pratiques et vivants.
Nous avons donc établi deux tableaux spéciaux qui se divisent ainsi : tableau de Prix suivant les grandeurs et tableau de Prix suivant les quartiers. Dans ce dernier, nous avons groupé les quartiers les plus dis-
semblables ; ceux dont l'élégance est établie et ceux où toutes les classes se coudoient. Pour ceux-là, toutefois, nous avons choisi ceux qui présentent le plus d'avantages au point de vue de la salubrité et le plus d'agréments sous le rapport de l'habitation.
Il sera donc facile, n"eût-on même aucune préférence de quartier, de savoir tout de suite — par le budget dont on dispose — de quel côté devront s'orienter les recherches. (Voir ces tableaux à l'Appendice.)
Petit Appartement. — Le petit appartement qui se compose de trois pièces et d'une cuisine est assurément le plus difficile à trouver. En effet, on ne saurait trop reprocher à la construction moderne d'avoir négligé en ces dernières années la petite habitation bourgeoise. Tous les efforts ont tendu, et avec succès, à l'amélioration de l'habitation ouvrière ou au développement du luxe dans le grand appartement, mais on s'est peu soucié du petit appartement.
Pourtant, il s'adresse à l'une des classes les plus intéressantes, contrainte bien souvent à des prodiges d'équilibre budgétaire.
Le petit appartement est rarement sur rue, quelquefois sur rue et cour, plus souvent entièrement sur cour.
On devra chercher le petit appartement dans les immeubles dont la construction remonte à quelques années déjà, ou même dans les maisons anciennes, où l'on trouvera des pièces dont les dimensions spacieuses rachèteront le manque d'élégance ou de commodités. On le rencontrera encore dans ces quartiers neufs, où la vie est moins chère, mais où l'habitation ouvrière avoisine la maison habitée bourgeoisement.
Dans un jeune ménage ne disposant que de ressources modestes, la salle à manger doit pouvoir remplacer le salon absent.
L'ingéniosité féminine doit alors s'exercer et s'appliquer à ces trouvailles d'arrangement, de disposition, qui feront de cette pièce mixte un endroit charmant, intime, révélant tout de suite le goût de la maîtresse de maison.
La pièce réservée au salon restant vacante, on peut y installer la chambre à coucher qui se trouve fort bien de cette transposition, le salon étant généralement plus grand, plus aéré, mieux décoré.
La chambre à coucher devient alors un confortable cabinet de toilette.
Le salon peut aussi devenir un bureau, un cabinet de travail. La chambre à coucher garde, dans ce cas, sa destination première.
Voilà donc trois manières d'occuper et d'organiser le petit appartement.
Appartement moyen. — L'appartement moyen s'organise beaucoup plus aisément ; il possède souvent quelques-uns des avantages du grand appartement : escalier de service, chambre de bonne, etc. Chaque pièce peut conserver la destination qui lui est propre, à moins d'arrangements personnels qu'il est difficile de prévoir. Cependant, la seconde chambre à coucher peut aussi bien devenir un bureau, une bibliothèque ou une salle de bains-toilette si ce complément indispensable de la demeure moderne a été négligé.
Grand Appartem.ent. — Le grand appartement, s'organise presque sans peine; toute chose y trouve sa place et son emploi. Le confort, le groupement intelligent des diverses pièces épargnent ces petits soucis que l'installation des demeures plus modestes fait souvent naître.
Pourtant, tous ces appartements luxueux, confortables ou simples, garnis de meubles en rapport avec leur importance, ne seront que des demeures banales si la maîtresse de maison ne sait y apporter ce goût, cette originalité presque indéfinissables, qui seuls en feront un intérieur aimable et accueillant.
C'est vers cette science délicate entre toutes que nous guiderons les maîtresses de maison inexpérimentées ou indécises.
VIEILLES MAISONS Qui donc saurait résister à l'attrait ET MAISONS NEUVES si tentant de fixer son logis dans l'un ~" de ces immeubles clairs et gais, per-
cés de larges baies, que l'on érige en si grand nombre ?
Les appartements y sont, sinon spacieux, du moins admirablement compris et distribués. Les papiers, les peintures sombres en sont judicieusement bannis ; les boiseries claires ont mèmeremplacé dans la salle à manger le traditionnel faux-bois. La décoration y est sobre et l'ensemble des tons, doux et neutres, permet d'y placer sans heurt tous les styles et tous les coloris.
Chaque chambre, ou presque, possède sa toilette particulière avec distribution d'eau chaude en toute saison. La salle de bains y est aménagée de façon pratique, et ce seul avantage devrait plaider éloquemment en faveur de la maison neuve. Suivant l'importance de l'appartement, on y trouve une lingerie pourvue d'armoires et un office garni de rayonnages suffisants.
Les penderies, les débarras n'y sont pas oubliés non plus. Une courette spéciale est réservée au battage des tapis.
Enfi.n, le chauffage central donne à l'appartement une chaleur égale et supprime l'ennui des feux à allumer et à surveiller.
On y bénéficie encore de ces commodités si appréciables : l'ascenseur, l'électricité, le téléphone, et de cet avantage indiscutable : savoir que l'on va vivre dans un milieu sain, exempt de microbes et de poussières amassés.
Le seul inconvénient de la maison neuve est la fraîcheur des murs. Si la maison a été construite dans de bonnes conditions, la période d'humidité est de courte durée ; le chauffage et l'aération en ont vite raison. Les personnes rhumatisantes ou souffrantes feront cependant bien de s'abstenir et fixeront plus sagement leur home dans une maison moins récente.
La vieille maison offrira un logis plus vaste, moins sonore, où les bruits des appartements contigus n'arriveront pas, ou n'arriveront que très assourdis.
A moins d'avoir été modernisée, la vieille maison ne fournit que des appartements sommaires, sans luxe, sans confort autre que la grandeur des pièces et l'élévation des plafonds, ce qui est fort appréciable sans doute, mais qui ne prévaudra jamais contre l'installation moderne, élégante et hygiénique.
Il arrive cependant que des propriétaires vraiment soucieux de leurs intérêts fassent subir à de vieux immeubles des améliorations telles que l'installation de salles de bains, d'ascenseur, etc. Dans ce cas, on y trouve réunis certains des avantages de la maison d'aujourd'hui et de celle d'hier, et l'on peut y organiser un appartement fort agréable.
Dans tout appartement déjà habité, il est prudent de laisser un intervalle de quelques jours entre son propre emménagement et le départ du locataire précédent. Ce temps doit être consacré à une aération abondante et à l'assainissement de l'appartement.
Les papiers peints, même propres, devraient toujours être changés ; les Doiseries, les placards, les débarras, repeints ou lessivés.
Le mieux serait encore de louer un appartement libre depuis quelque temps et que l'on pourrait faire réparer et nettoyer de fond en comble.
A TRAVERS LES En ce qui concerne Paris, chacun de QUARTIERS DE PARIS ses quartiers forme une ville qui a sa
physionomie propre, ses coutumes et sa population distinctes. — Tel quartier est aristocratique, tel autre élégant, artiste, bourgeois ou commerçant. Cette remarque peut s'appliquer aux grandes villes comme L^^on, Marseille, Lille, Bordeaux. Il sera donc possible pour chacun de choisir le quartier qui convient le mieux à sa situation. On ne s'y trouvera ni déplacé, ni guindé. Un ménage dont les revenus sont assez restreints serait gêné dans un quartier riche où la vie est chère, l'approvisionnement incommode, et ses modestes ressources feraient piètre figure parmi le luxe environnant.
Il sera tout aussi pénible d'habiter un quartier douteux, mal fréquenté ou d'une classe par trop inférieure à la sienne.
On pourra presque toujours éviter les quartiers bru5^ants et les quartiers industriels, à cause des usines aux fumées malsaines et de l'agglomération populeuse. On évitera aussi les quartiers bas, resserrés et tortueux.
Il sera bon de rechercher les quartiers élevés, coupés de rues larges et droites, d'avenues plantées d'arbres et le plus près possible d'un jardin important et boisé.
Les quartiers que nous avons groupés en un tableau spécial sont les mieux appropriés à l'habitation (voir p. 341).
LA BANLIEUE La banlieue de Paris présente d'indiscutables avantages, dont le premier est la modicité du prix des loyers et des vivres.
On 5'^ trouve, pour le prix d'un appartement, une villa souvent fort coquette, avec jardin et commodités de toutes sortes. La vie y est plus large, plus agréable et surtout plus saine.
En banlieue, la plupart des denrées sont exemptées d'octroi. Le chauffage, l'éclairage y sont peu coûteux. En revanche, les achats d'alimentation sont quelquefois difficiles à faire dans le
pays même ; il est simple d'y remédier par quelques provisions bien comprises et toujours renouvelées à temps.
La villa de banlieue est d'ordinaire une habitation toute familiale et simple. Aussi y trouve-t-on ces petites commodités domestiques, qui font la joie des maîtresses de maison économes et soucieuses de la bonne tenue de leur intérieur.
Ces commodités consistent dans la buanderie, quelquefois aussi dans un séchoir ou, à son défaut, dans une remise inoccupée où l'on organise un étendage pour les mauvais jours; dans un bûcher pour les provisions de bois et les provisions de légumes, dans un fruitier pour serrer la récolte du jardin ; dans un hangar où l'on range les outils, et qui sert d'atelier pour les petites réparations ; enfin dans des sous-sols et des greniers.
Le jardin de cette villa doit être aussi fleuri que possible et entretenu avec soin ; s'il est suffisamment grand, on peut organiser, auprès d'un carré de plantes potagères, la niche à chien, le poulailler, et même la cabane à lapins.
Toutes les compagnies de chemins de fer et quelques sociétés de tramways délivrent, à prix réduits, des abonnements simples et de famille, pour toutes les localités de la banlieue parisienne.
PLUS LOIN Selon les villes et les régions, la manière de vivre DE PARIS diffère quelque peu de celle de Paris, mais ce ne sont que des différences d'usages et de coutumes dont l'étude serait longue.
D'ailleurs, la vie des grandes villes tend à ressembler de plus en plus à l'existence parisienne, quoique un peu simplifiée.
En général, l'habitation particulière est assez répandue. L'appartement y est vaste, mais peu confortable, peu orné, et son aménagement demande par conséquent un surcroît d'adresse et de goût. Les locations s'y font suivant les usages locaux, mais de façon presque générale, soit à l'année, soit par semestre. Les concierges y sont presque inconnus ; les locataires doivent donc prendre soin de l'escalier à leur étage, ce qui donne rarement de bons résultats et fait souvent naître des discussions entre domestiques. Si les concierges parisiens encourent
certaines critiques, ils assurent du moins la bonne tenue et l'entretien de la maison. En outre, chaque locataire possède sa boîte aux lettres personnelle, dans laquelle le facteur dépose directement la correspondance. L'absence de concierge oblige encore chaque locataire à fixer à sa porte une plaque ou carte portant son nom.