SYNDICALISME
barbes de 1848 que le positivisme à l'œil froid de nos syndicalistes l'est de la dialectique algébriste des vieux collectivistes. Aujourd'hui, c'est dans le syndicalisme que gît la force socialiste. Un fakir comme Guesde n'est qu'un objet de curiosité, et une outre sonore comme Jaurès un « numéro » de revue parlementaire, en comparaison de ce penseur érudit, profond, verveux et strabiste qu'est Georges Sorel. Donc il y a un socialisme plein de jeunesse, qui est le syndicalisme ; il est, en un sens, moins sympathique que l'ancien, d'une philanthropie si touchante, mais il est autrement sérieux; son principe, c'est l'action directe opposée à l'action parlementaire : les travailleurs faisant leur affaire eux-mêmes, sans outres sonores et même sans fakirs, s'organisant, s'instruisant, se fortifiant, acceptant les lois ouvrières, mais en contrôlant eux-mêmes l'application, et voyant plus loin [d'ailleurs que ces lois. Or, tout cela est à considérer, et le mal qui peut s'y trouver ne doit pas empêcher d'y reconnaître le bien. Ce qui est excellent, c'est M l'appel permanent que le syndicalisme adresse à Pl'individu, l'effort moral constant et progressif qu'il Iprésume » ; c'est aussi le mépris dont il fouaille la comédie politicienne. Ce qui semble mauvais, c'est l'allure combattive qu'il affecte, si contraire à l'haricnonie qui est l'idéal social ; et pourtant on peut se demander si du bien ne peut pas sortir de cette hostilité ; ce qui importe plus encore que la concorde, b'est l'énergie ; les Américains disent en ce sens 'm'un bon gouvernement est moins bon qu'un selfj^ouvernement.
Donc cette attitude combattive n'est pas sans un
bon côté ; sans doute la paix sociale est le but à atteindre, mais le si vis pacem para hélium est aussi exact dans le monde industriel que dans le domaine international ; de même que les vomitifs pacifistes vous feraient prendre en horreur leur chlorotique déesse, les gensd'œuvres ne font trop souvent qu'accroître les malentendus, les froissements, les haines. Que de mal a fait le patronage des patrons 1 Les ouvriers ne veulent pas être patronnés, et ils n'ont pas tort. Ils ne demandent ni la charité, ni la philanthropie, ni quoi que ce soit qui exige leur reconnaissance, et ils ont raison. Des hommes libres doivent se regarder en face, et il est excellent que les ouvriers traitent les patrons d'égaux à égaux et de rivaux à rivaux. Mais autre chose est la menace de grève, autre chose est la grève à tout prix et à propos de bottes. Une fois que les ouvriers auront fait leur éducation et appris à penser par eux-mêmes, ils sèmeront là les panacées de sabotage et de grève générale, lesquelles, tout Gode pénal à part, sont pures sottises, et dignes de politiciens ; quel est l'homme, même inculte, qui ne se rend pas compte que, dans l'hypothèse, d'ailleurs stupide, d'un arrêt général de la production, c'est lui, le pauvre diable, qui crèverait le premier, et bien avant le patron, l'exploiteur, le bourgeois ? Un 1er mai n'est qu'une farce, d'ailleurs de bonne guerre ; ce n'est pas une machine de guerre. Mais la grève ordinaire, elle-même, en estelle une? Il est permis d'en douter. Le progrès général, l'amélioration du sort commun, la hausse des salaires, etc., tout cela tient à la science, à la laboriosité, et non à la politique tant réformiste que