CATHEDRALE DE REIMS
ALBI. LA CATHEDRALS ET LKS FONTS.
Au premier plan, le viaduc Sejourne.
Cliche Monmarche.
PREFACE
LE litre de ce manuel en indique I objet et le but : il ne renferme pas une enumeration des edifices interessants, et un touriste qui prepare son itineraire ne doit point chercher id quelles curiosites il rencontrera sur sa route; mar s, s i7 a lu avec attention le present ouvrage, ce touriste, lorsquil sera en presence d un monument francais, pourra le dater et le comprendre, reconnaitre appro ximativement I epoque et demeler la raison d etre des formes.
Quelque soin qui ait ete pris pour eviter les trop grosses lacunes, ce petit livre ne saurait etre complet. II enonce des principes; le lecteur devra se rappeler que I intelligence de noire, vieille architecture exige surtout de Inexperience, de I observation personnelle. II est done utile d etudier a fond quelques edifices que / on ait, pour ainsi dire, sous la main, de se poser les problemes et d en poursuivre la solution avec patience et minutie. C est ainsi que / on apprend a voir. Savoir regarder est, en ces matieres, la qualite essentielle.
L ceil s habitue a percevoir et I esprit a interpreter les details quil convient d observer et de retenir : par exemple, a suivre les
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joints, a en noter les decrochements, qui sont d ordinaire des indices de reprises, ou encore a remarquer les signes lapidaires. Ces signes etaient graves rapidement et tres simplement sur les blocs, parfois pour indiquer I ordre dans lequel ces blocs devaient etre poses, plus souvent pour signaler le travail de chacun des tacherons tailleurs de pierre. Us fournissent rarement, par leur forme, un element chronologique ; mais il est souvent interessant d etudier comment ils sont repartis dans un edifice et de les com parer avec ceux d autres edifices.
En fait de dates, il importe grandement de se souvenir que les regies chronologiques nont pas une valeur absolue: Favenement d un style ne s est pas produit partout simultanement ; il a laisse subsister en bien des endroits le style anterieur. C est ainsi quon verra, dans les pages suivantes, quand est apparu le style gothique ; mais il doit etre entendu que le style roman a subsiste longtemps apres; les plus belles eglises romanes sont posterieures aux pre mieres constructions gothiques. Un rapprochement rendra sensible cette verite : le departement de la Gironde possede trois portails dates du XVII 6 siecle, de 1605 a Francs, de 1606 a Cadillac, de 1 640 a Saint- Michel-Lapujade ; celui de 1 605 est roman dans ses grandes lignes, celui de 1 606 est classique, celui de 1 640 est franchement gothique.
En presence d une construction rurale, qui peut etre en retard sur son temps, la prudence interdit d affirmer que cette construc tion est de telle epoque ; elle conseille de dire que cette construction peut etre de telle epoque ou, si Ion prefere, quelle est au plus tot de telle epoque.
Yai dit : au plus tot , car la regie est quun architecte peut retarder sur son temps, que jamais, pour un ensemble de disposi tions, il nest en avance d un ou de plusieurs siecles. Le retard est admissible ; la precocite, dans la mesure que je viens de dire, ne lest pas. II faut done controler ses conclusions particulieres concernant un cas par d autres observations. II faut, en un mot,
vin
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sappliquer a raisonner stir des groupes d edifices et non pas stir des edifices isoles.
Larcha isme, quon le note bien, pent etre voulu et conscient. Les siecles passes ont realise, avant le no/re, des ^constitutions archeologiqu.es. La Provence du XII e siecle, pour ne citer que cet exemple, a fait revivre, en certaines de ses ceuvres, I architecture gallo-romaine avec une fidelite qui a mis parfois les erudits en defaut (fig. A).
On vient de recommander la prudence: elle represente, en un tel sujet, le plus clair resultat d une longue pratique. Un debu tant se croit tenu a la precision ; quand il aura beaucoup vu, beaucoup analyse d edifices, il sentira la necessite d etre toujours tres
drconspect et quelquefois Un peu FIG. A. - PASTICHE DE L ANTIQUE.
vague.
L architecture retrospective offre, au surplus, d autres raisons d interet que la determination des epoques. Au plaisir d attribuer une oeuvre a un siecle determine, on peut preferer la satisfaction de I expliquer, de dire quel a ete le calcul de I artiste et ce que vaut la solution. Trop de gens voy agent le nez sur leur Guide, admirant de confiance et sans y regarder ce que le Guide declare admirable; mieux vaut, evidemment, etudier par soi-meme et porter un jugement raisonne.
Le beau nest pas toujours etonnant ; il est frequemment de nuance delicate. En ce qui concerne I architecture, la condition essentielle de la beaute est une conformite logique avec le but et avec le programme. Lampleur des dimensions, le pittoresque du site concourent a produire une impression esthetiaue : cest ainsi
xn e siecle. Notre-Dame-des-Doms, a Avignon.
Cliche Labande.
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quun large pont jete stir un precipice, dans un rude paysage de montagne, offre habituellement un spectacle emouvant, parce quil donne la sensation dune hardiesse reflechie et puissante. Que Ion polisse les materiaux de ce pont, quon les seme dornements precieux, et I effet sera fort amoindri : il faut une certaine harmonie entre Fasuvre et le cadre, comme entre Faeuvre et le programme et, en outre, Feffort que suppose une construction pareille saccommode mal des petites recherches de la decoration.
L emploi des materiaux de prix convient mieux a I architecture religieuse ou somptuaire :le Parthenon serait une moindre merveille si Ion navait eu pour le bdtir quun calcaire grossier. Ce nest la, cependant, quun facteur secondaire de la beaute, aussi bien que I extreme habilete dans la mise en osuvre. Cette habilete constitue meme un danger : la virtuosite dans I execution peut surprendre, il est plus rare quelle satisfasse ; les tours de force de ces appareil~ leurs du XV Q siecle, qui faisaient naitre la difficulte pour le seul plaisir davoir / occasion de la vaincre, inquietent plus quils ne plaisent, et les dentelles de pierre ne seduisent guere un homme avise. A coup sur, elles temoignent parfois dune adresse extraordi naire dans le maniement de Foutil; mais la nature de la dentelle requiert quelle soit en fil et non pas en pierre. Ces lads tenus et fragiles sont un non- sens.
Telle est la theorie. II convient dajouter que, dans la pratique, les regies sou ff rent une large tolerance. L une des raisons est que chaque epoque a un certain stock de formes que les conventions sociales et Yopinion ambiante reclament, parce quune signifi cation y est attachee. L ordonnancedu temple grec edifie en marbre garde maintes reminiscences de la construction en bois. Les maitres dosuvre du Moyen Age eux-memes, qui furent les plus libres et les plus raisonneurs des architectes, auraient abouti a des resultats differents, si leur ingeniosite navait pas ete liee par la tradition. De nos jours, un chef-lieu d arrondissement se jugerait deshonore sil bdtissait un Palais de Justice depourvu dune colonnade. Un __ x
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Opera gothique serait ridicule, parce que, dans nos mceurs, le style gothique est reserve a d autres edifices quaux theatres.
Ces questions d esthetique architecturale sont complexes et difficiles. De tres anciennes portes etaient faites de trois pierres longues, deux dressees et une troisieme posee horizontalement sur les deux premieres; la pierre horizontal, le linteau, devait etre courte, sous peine de se briser sous la charge des ma$onneries superieures; aussi a~t~on (fig. B) incline les deux montants l un vers lautre; les trois blocs ont ete ornes d une moulure pareille;