FIG. 820. DONJON
Coucy (Oise).
Cliche Mon. Hist.
FIG. 32i. CHATEAU DE
PLAINE, XIV e SIECLE.
Budos (Gironde).
LES EDIFICES MIL1TAIRES
devmt redoutable, en s en servit pour la defense aussi bien que pour 1 attaque. Sur les terrasses on installa des batteries a feu p^ongeant; dans 1 etage mferieur de quelques tours casematees, on logea des pieces pour le tir rasant.
Cette combmaison offrait de multiples inconvenients : les casemates s emphssaient de fumee ; les batteries hautes, a 1 etroit, tres exposees, ebranlaient les maconneries. De plus,
le canon de 1 assiegeant demolissait aisement les murs eleves, lesquels, en s ecroulant, comblaient le fosse. Les mgenieurs prirent done le parti d enfoncer dans le sol les ouvrages, qui reu~ rent des amenagements nouveaux :
en avant des fos ses, on disposa des terrassements en glacis, qui masquaient les murailles, d ailleurs epaisses et resistantes. Ces murailles dessinaient, aux angles, des tours basses, larges et rondes ; sur les fronts, devant les portes, etc., etaient des boulevards a eperon, egalement peu eleves. Des echauguettes convenablement placees et des casemates, avec des embrasures pour la couleuvrme, enfilaient les fosses. Tel est le type du tres curieux chateau de Salces (Pyrenees-Orientales) (fig. 322), qui fut commence en 1 497 : dans ce remarquable ouvrage, le parapet, devenu plus massif, se releve par places, pour abriter les defenseurs centre les coups partis d une hauteur voisine.
Puis, on rempara les rnurailles (fig. 323), c est-a-dire qu on
FIG. 322. FORTIFICATION, i5oo ENVIRON.
Salces (Pyrenees-Orientales) D apres Viollet-le-Duc.
LA FORTIFICATION MODERNS
les soutint en arriere par des epaulements de terre, qui fournissaient aux canons une large plate-forme. Les tours basses etaient trop etroites pour loger un nombre suffisant de pieces ; apres des essais, on leur substitua les bastions ; en avant des
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FIG. 323. FORTIFICATION MODERNS.
courtines, on maintint des ouvrages detaches quisont appeles, suivant leur trace, des ravelins, des demi-lunes, des tenailles, etc. Le bastion (fig. 324) a deux faces et deux flancs : 1 avant de chaque face est enfile par le flanc du bastion voisin ; le pied de chaque flanc est battu par le flanc oppose. Le feu des faces est dirige sur la campagne ; le feu des flancs attend la colonne d as-
Dt ii-Iune
Tenaille
Face
Bastion Epaule Flanc
Courfi
FIG. 324. BASTIONS, xvii e SIECLE.
saut dans le fosse. Quelquefois la face depasse 1 alignement du flanc et couvre celui-ci d une avancee, qui est Yorillon. Enfin, on dispose sur les remparts des levees de terre, cavaliers pour donner plus de commandement aux batteries de la place, tra verses pour arreter les coups d enfilade.
Ce systeme du front bastionne, imagine durant la seconde
LS EDIFICES MILITAIRZS
moitie du XVl e siecle, fut applique et perfectionne par Vauban (1633-1707), dans les nombreuses fortifications qu il construisit sur nos frontieres pour le compte de Louis XIV.
Mais Vauban ne fit pas moins pour le progres de 1 attP.que : 1 assiegeant, a 1 abri dans ses tranchees ou paralleles, les poussait vers la place, dont il approchait assez pour prendre ados les defenseurs des bastions. Un officier de cavalerie, le marquis de Montalembert, proposa, vers le milieu du XVI I l e siecle, de suppnmer les bastions et d assurer le flanquement par des ouvrages bas, places dans les fosses et que Ton appelle des caponmeres. Le front debarrasse des bastions devenait un polygone, d ou le nom de trace polygonal. Le systeme polygonal ne fut adopte qu a la Revolution.
II serait superflu d insister sur 1 evolution profonde quel architecture militaire a subie depuis cette epoque et qu elle subit encore. Nous savons que la portee des canons et la puissance des obus explosifs se sont prodigieusement accrues. Les condi tions de la defense en sont bouleversees a un tel point qu on a pu se demander si les places fortes ne sont pas plus nuisibles qu utiles.