‹ Pour comprendre les monuments de la FranceChapitre 31 sur 202 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Analyse de la construction la periode latine.

Historique. Deux evenements determinerent dans 1 art gallo-romain une veritable transformation : 1 essor du Christianisme et les invasions barbares.

L edit de Milan, qui reconnut en 313 la religion chretienne, provoqua 1 eclosion d une architecture nouvelle. L orgamsation religieuse f ut calquee sur 1 orgamsation civile ; les circonscnptions admmistratives appelees civitates devmrent des dioceses et 1 eveque s installa au chef-lieu de ces circonscnptions.

D autre part, depuis la fin du III 6 siecle, les Barbares peserent sur la frontiere et 1 enfoncerent parfois, en meme temps qu une penetration plus pacifique amenait de la Germanic dans les campagnes de la Gaule et dans les rangs de 1 armee des agriculteurs et des soldats. La grande invasion des Alains, Sueves et Vandales est de 406 ; celle des Huns d Attila eut lieu en 45 1 . Le V 6 siecle vit se constituer entre le Rhm, 1 Ocean, les Pyre nees, la Mediterranee et les Alpes, les trois royaumes des Visi goths au Sud-Ouest, des Burgondes a 1 Est, des Francs au Nord.

Le triomphe du Christianisme devait fatalement entrainer une reaction centre Tart pai en. Si,de bonne heure, 1 architrave, la poutre de pierre, fut exclue de 1 ordonnance mteneure des eglises, il est permis de croire que c est parce que cette forme evoquait dans les esprits le souvenir des temples. Mais pourquoi le type de 1 eglise chretienne, elabore dans une societe qui construisit de si merveilleuses voutes, fit-il aux voutes, des le debut, une place si restreinte?

LA CONSTRUCTION LATINE

Les Barbaras apporterent, des lointames contrees d ou ils etaient partis, quelques formules de decoration, quelques motifs d orfevrerie, qu ils transposerent sur la pierre. Leur action fut plutot indirecte et negative : leur arrivee provoqua 1 avenement d un etat social plus primitif que n etait 1 etat social remain et il en resulta sur 1 architecture d inevitables et tres grosses consequences.

La Renaissance carolingienne ne fut ni profonde ni durable : c etait un mouvement officiel, oeuvre de quelques espnts remarquables, mais isoles. Elle s inspira de 1 antiquite classique ; du moins, elle crut s en inspirer; car, en realite, elle puisa plutot dans 1 art byzantin, plus vivant et plus accessible. La celebre chapelle palatine batie par Charlemagne, et qui donne son nom a Aix-la-Chapelle, est imitee de 1 eglise de style byzantin construite a Ravenne sous 1 mvocation de saint Vital.

Caracteristiques generales. II est difficile de defimr

avec precision les caracteres par lesquels se distmguent les constructions de la periode latine, c est-a-dire de la periode qui s etend depuis la chute de 1 Empire romam jusqu a 1 avenement de 1 architecture romane. C est qu en effet il ne subsiste en France qu un petit nombre de monuments remontant a cette epoque ; or, il est dangereux d etendre a notre pays les observations que Ton peut faire sur les edifices latins de 1 Afrique du Nord ou meme de 1 Italie. Voici neanmoins quelques remarques dans cet ordre d idees.

La construction d un bel edifice en pierre suppose un milieu stable et police, un outillage developpe. Aussi 1 architecture en pierre subit-elle, apres le V e siecle, un recul marque au profit de 1 architecture en bois : la periode carolingienne eleva des tours militaires en bois et, du VI e au X e siecle, dans les eglises meme dont les murs etaient de maconnene, la couverture etait ordinairement de bois. En un mot, la voute fit place a la charpente ; la preference systematique pour la charpente a 1 exclusion de la voute, surtout dans les eglises a trois nefs, tel est le caractere principal de la penode latine. Les voutes preromanes sont de faible portee, a moms qu elles n occupent une place ou il est aise de les epauler.

Dans la facon de comprendre les supports, cette penode suivit les traditions de 1 epoque precedente ; les murs etaient

CARACTRISTIQUES GENERALES

de petit appareii, coupe, par intervalles, d une ou plusieurs assises de bnques. II arriva que des constructeurs eleverent des murs de pierres de taille, quadris lapidibus, et des chroniqueurs signalerent ce fait comme une innovation no table. Par centre, on fit parfois un petit appareii simule, en creusant sur les parements d un moyen appareii des faux joints que Ton remphssait ensuite de ciment.

La taille des blocs est souvent plus grossiere qu a 1 epoque romane : les outils peuvent avoir laisse des stries obliques tres apparentes, alternativement

! i i i FIG. 3g. FER A CHEVAL.

dingees dans un sens et dans 1 aulre, EPOQUE CAROLINGIENNE.

en feuille de fougere. Les joints for- Saint-Seurin, a Bordeaux.

ment plutot un bourrelet saillant. On Cliche de iauteur.

a signale dans les joints montants des

fragments de tuiles ; mais cette particularite n appartient pas

exclusivement a 1 epoque latme. Les murs sont legers, de meme

que les piliers, lesquels sont carres ou decoupes d un petit nombre de ressauts.

II arrive frequemment que 1 imposte, la moulure de couronnement, au lieu de contourner le pilier, reste sur les deux faces qui correspondent a la profondeur et ou elle a servi a porter le cintre. Les contreforts n existent pas ou, du moins, ils sont rares.

Les murs sont ajoures de fenetres qui ont generalement de

plus grandes dimensions qu a 1 epoque romane.

Les architectes latins ont une predilection pour Tare en

fer a cheval (fig. 39), et pour Yarc en mitre (fig. 40). On trouve

aussi le fer-a-cheval dans le trace des voutes et jusque dans

ie plan de certaines absides. L arc en mitre, qui decrit un angle

FlG. 40. ARC EN MITRE. X" SIECLE.

Saint-Generoux (Deux-Sevres).

Cliche Robuchon.

LA CONSTRUCTION LATINE

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rectiligne, est plutot decoratif. Quel que soit leur trace, les arcs sont sans reprises : ils ne presentent pas, comme ce flit frequent par la suite (fig. 44), ce rouleau interne qui est sous Tare principal comme un doubleau sous le berceau.

II importe de se rappeler que ces divers caracteres ont persiste durant une partie du Xl e siecle, au moins dans certaines contrees : la Touraine et 1 Anjou ont conserve jusque vers 1050 1 appareil latin.

En somme, la periode latine est essentiellement une penode d initiation, de formation : 1 art monumental se constitue a 1 aide d elements qu il ne s est pas encore assimiles. Ce n est pas un art nouveau ; c est la decomposition de 1 art romain ; ce sont des debris d ou la vie s est retiree ; la tache de 1 epoque suivante est de les revivifier.

L art latin est moins interessant en lui-meme que dans ses consequences. S il merite notre attention, c est principalement parce qu il contient les germes et parce qu il explique la genese de 1 art roman.

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