L ICONOGRAPHIE DEPUIS LE X V* SIECLE
L iconographie depuis le XV e siecle. - Apres le xm e siecle, 1 iconographie entre dans une nouvelle voie ; 1 art parait etre descendu des cieux sur la terre, il devient plus humain et plus materiel. M. Male, qui a magnifiquement traite ces questions, constate que, des le Xiv e siecle, on commence a sentir dans certaines representations le fremissement de la vie : la tendresse humame s msmue peu a peu dans un art dogmatique qui participait de la serenite des pures idees . Le fond resta d abord le meme ; c est 1 expression qui etait differente : 1 artiste, plus libre, recourait a des images inedites, a de nouveaux moyens d emotion.
Le succes de 1 ordre franciscam est 1 une des causes de ce changement : alors, comme aujourd hui, les religieux de saint Francois s adressaient au coeur plus qu a la raison. II semble bien, d autre part, que les mysteres, qui mettaient sur la scene les faits de la Bible, ont exerce une double influence : le deroulement de 1 action dramatique habituait les spectateurs a des episodes jusqu alors negliges, par exemple, dans la Passion, la descente de croix et la Vierge de Pitie, cette Merc de douleur qui tient sur ses genoux le corps inanime de son Fils ; de plus, la mise en scene fixa certains details dans le costume, dans les accessoires, dans les decors.
Puis, 1 evolution fut plus profonde : des la fin du Moyen Age, elle atteignit 1 esprit meme de 1 art et les sources d inspiration. Ce n est plus seulement le coeur que Ton visait, mais les nerfs : la sensibilite fit place a un sensualisme mystique et douloureux, auquel les affres de la guerre de Cent Ans n ont pas du etre etrangeres. Les sculpteurs chercherent a representer la mort dans son horreur, et ils y reussirent parfois ternblement. Ils perdirent en meme temps cette pudique aversion que les vieux maitres eprouvaient pour le nu : deja le cardinal Lagrange, mort en 1402, exposait sur son tombeau d Avignon presque toutes les miseres d une anatomic squelettique ; la necropole de Saint-Dems abrita des effigies nues qui etaient des portraits d un art merveilleux et d une parfaite inconvenance.
L art avait vecu de la foi et de Fimagiriation. Pour remplacer 1 idee et la legende, chassees par le realisme et par le rationalisme, Thumanisme demanda au monde paien le culte de la
forme et la mythologie. Le XVl e siecle ne s en tint pas aux Sibylles, que le Xlll e siecle connaissait d ailleurs et qui etaient une transition entre 1 antiquite sacree et 1 antiquite profane, entre les prophetes et les philosophes : il representa Dieu sous les traits de Jupiter ; Jesus-Christ descendant aux Limbes y est recu par Pluton, Cerbere et Proserpine ; quand il ressuscite, il est, pareil a Ganymede, porte sur un aigle.
Attributs, trophees et motifs divers. - On a pu voir ci-dessus, avec les caracteristiques des saints, un certain nombre de symboles ou d emblemes, qui ont pour role non pas d accompagner un personnage, mais d exprimer ou de rap-
peler une idee : des chameaux avec des rois sont une caracteristique des Mages, mais un chameau agenouille est un embleme de 1 obeissance. Ces emblemes tiennent, au total, une petite place dans 1 art decoratif du Moyen Age ; ils prennent de 1 importance a partir du XVI 6 siecle. C est 1 un des heri tages de 1 antiquite qui ont ete recueillis par la Renaissance et par les styles plus modernes.
Les attnbuts peuvent etre groupes en trophees. Tantot ils ont une origine pa ienne, comme les bucranes, tetes de boeuf decharnees qui rappellent les sacrifices, tantot ils sont d inspiration militaire: epees, casques, cuirasses, boucliers de diverses formes, rond, ovale, echancre ou pelta (fig. 131). Les attributs eurent sous Louis XV un caractere de galanterie futile, amours, instruments de
musique, etc. ; - - ils furent precieux sous Louis XVI, froids et sees pendant 1 Empire. C est le temps des reminiscences egyptiennes et aussi de ces grands casques nus que les romantiques retiennent pour caracteriser le style pompier. Le XIX e siecle a use largement des attributs, qu il a, d ailleurs, en partie renouveles et adaptes aux idees modernes.
3n sait que certains attributs peuvent fournir des indica tions chronologiques : la cordeliere et le pore-epic figurent sur des ceuvres du temps de Louis XII (fig. 132) ; la salamandre,
FIG. i3i. PELTA.
Epoque romaine.
Musee de Bordeaux.
Cliche de lauteur.