‹ Pour développer notre mémoire par l'audition, la vision, l'idée;Chapitre 6 sur 32 · POUR LA MÂMOIRB XI · texte numérisé non relu

POUR LA MÂMOIRB XI

de lire à haute Yoix le texte du soir, de le lire comme on le lirait devant un auditoire, et encore (ce qui, je le lui ferai remarquer, est revenir à la mémoire visuelle par un biais) de faire les gestes congruents à la diction.

Je ne m'oppose pas à tout cela ; je dirai seulement que chacun doit cultiver la mémoire qu*U a et que certains s'apercevront que c*est lire à voix basse qui leur sera le plus expédient pour se bien rappeler le lendemain matin et pour reconstituer plus aisément le texte, de même que d'autres tireront plus de profit de la lecture simplement yisuelle.

Car quoi qu'incline à penser M. Art, il y a bien d'une part des visuels et d'autre part des auditifs; et moi, par exemple^ certes je lis souvent à haute ▼oix poètes et prosateurs; mais ce n* est peu pour me rappeler; c'est pour voir s'ils sont musiciens et juger de leur rythmes. Ce n'est pas pour me rappeler; car le bruit de ma voix me distrait de la pensée, l'enveloppe, l'étouffé ou la noie et par conséquent, ce me semble, ne m'aiderait pas à la retenir et à la reconstituer le leudemain dans toute sa suite. Je crois donc que chacun doit éprouver par soi-même quel est le mode de lecture, quel est le mode d'application du cerveau qui lui réussit le mieux comme exercice de mémoire. Reste que le fonds de la méthode, lecture vespertinale et reconstitution matinale, est à mon avis excellent.

Ce qui gêne terriblement M. Art, c'est la mémoire des chiffres, des dates et des noms propres, parce que, ici, aucune idée n'aidant la mémoire, il n'y a

XII POUR LA MEAfOIRE

vraiment aucune méthode à proposer* Il faut ici se souvenir en se souvenant, se mettre les choses dans la tête en se les mettant dans la tête. C'est la mémoire pure; c'est la mémoire en soi.

Il y a bien les procédés mnémoniques, ceux qui consistent, par exemple, à représenter les chiffres d'une date par des mots répondant conventionnellement aux chiffres et par conséquent la date tout entière par une phrase, le plus souvent baroque et biscornue; et Ton a cru même que plus la phrase est baroque, plus elle se grave facilement dans Tesprit et y grave la date du même coup. M. Art a peu de confiance dans ces procédés. Il pense que tout compte fait il doit être plus facile et plus court de se mettre un chiffre dans Tesprit que de s'y mettre une phrase même burlesque et il pense aussi, que le procédé fût -il bon pour la mémoire, il serait, en meublant l'esprit d'une collection d'absurdités, très désastreux pour Tintelligence.

Il y a quelque lieu d'en juger ainsi. Il faut tout simplement avoir, des noms propres, des dates et des chiffres, la mémoire qu'on peut. Mais remarquez que tous les exercices qui développent et tonifient la mémoire appliquée aux textes, développent et tonifient la mémoire en soi et par conséquent doivent avoir sur la mémoire des noms propres une sorte de retentissement, une influence salutaire.

Enfin il y a la mémoire pratique, comme dit M, Art, c'est-à-dire la mémoire de ce qu'on a fait, de ce qu'on a à faire, des gens qu'on a à voir, des

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