‹ Pour devenir un artisteChapitre 12 sur 73 · Lettre à un de ses élèves · texte numérisé non relu

Lettre à un de ses élèves

avec humour, et ils arrivent au moment où je ferme les volets. »

Le grand sculpteur avait soixante-douze ans quand l’Académie des beaux-arts lui offrit un siège à l’Institut, aux côtés de Lemaire, Jouffroy et Bonnassieux.

Corot fut décoré à cinquante ans. Il ne commença à vendre ses tableaux qu’à soixante ans, après une vie toute de labeur acharné et de souriant stoïcisme à l’égard de l’indifférence persistante de la [critique et de ses contemporains. f

Le gouvernement ne songea à donner la croix de la Légion d’honneur à J. -F. Millet qu’en 1868. Le grand artiste avait cinquante-quatre ans, et avait faitle Vanneur, le Paysan greffant un arbre, les Glaneuses, la Tondeuse, Y Angélus, la Naissance d’un veau, le Paysan à la houe, etc. En 1867, lors de l’Exposition universelle, il fut question de cette distinction; Sensier en informa J. -F. Millet, qui lui répondit simplement : « Pour ce qui est de la croix, je vous assure que je ne me leurre point, et n’imagine même pas que je puisse l’avoir. Il ne manque d’ailleurs pas de gens plus pressés que moi et poussant à la roue plus facilement que je ne suis [disposé à le faire. »

Au lendemain du triomphe du Luduspro patria, qui lui valut la médaille d’honneur au Salon de 1881, — mais que ne suivit aucune commande nouvelle, contre toutes ses légitimes espérances basées sur les prévisions de la critique, unanime à louer cette décoration magistrale, et à déclarer que le devoir des mandataires publics de l’Etat et des municipalités leur imposait d’employer un talent aussi original, — Puvis de Chavannes écrivait à un de ses amis : « Pour moi, l’horizon est de plus en plus fermé; il

Page 1