RUDE
SCULPTEUR
Le Départ
(Arc de triomphe de l’Étoile);
Monuments de Napoléon, à Fixin (Côte-d’Or); de Godefroy Cavaignac, au cimetière Montmartre, de Paris ; de Cartelier, au Père-Lachaise, de Paris;
Mercure rattachant ses talonnières ; — Hébé et V Aigle de Jupiter ; Jeune Pêcheur napolitain ; — Jeanne d’Arc;
Statues du maréchal Ney, du maréchal Bertrand, et de Gaspard Monge.
maison, aulour d’une table sur laquelle elle avait entassé les dessins de son fils, et leur dit : « Charles a perdu la raison; il veut devenir un artiste; mais c’est un métier de misère; je le sauverai malgré lui. » Les commères opinèrent du bonnet. Alors, elle jeta dans la cheminée tous les dessins. Puis, se précipitant dans l’atelier de menuiserie, elle ramassa les morceaux de sculpture, les empila dans la cour, et mit le feu au tas. Lorsque, en rentrant, le jeune Simart constata l’autodafé, il fut pris d’une crise de larmes et courut s’enfermer dans sa chambre. Là, il écrivit à sa mère une lettre, dans laquelle il lui disait qu’ayant la conscience de n’avoir jamais manqué à ses devoirs d’apprenti, d’avoir toujours obéi à son père, il ne comprenait pas que ses parents aient pu trouver mauvais qu’il se fût occupé, en dehors de son travail, à dessiner et à sculpter; il déclarait qu’il était décidé à suivre une vocation qu’il sentait irrésistible, tout en ajoutant que dans sa décision irrévocable il n’entrait aucun sentiment de mépris pour la profession paternelle. Et, pour donner plus de poids à sa déclaration, il signait en trempant la plume dans son sang. Cette lettre émut à un tel point la mère qu’elle laissa son fds libre de faire ce qui lui plairait. Peu de temps après, le jeune Simart entrait à l’école de dessin de la ville, et il y obtint un succès si complet que le conseil municipal lui vota une subvention de trois cents francs pour qu’il pût se rendre à Paris, afin d’y compléter ses études, et y apprendre le métier de sculpteur chez un maître en renom.
Bal tard, le futur architecte des Halles centrales de Paris, revenait, en 1838, de Rome ; il avait rempli ses quatre années de pensionnat à l’Académie de France de travaux importants qui devaient former une publication précieuse, sous le titre de Monographie de la villa Médicis, et qu’il compléta par un séjour périlleux dans les Pouilles et la Calabre, consacré à l’étude et aux relevés des monuments anciens. A ce moment, le gouvernement de Louis-Philippe
ouvrit un concours pour le tombeau de Napoléon aux Invalides. Le jeune artiste y prit part et obtint le premier prix. Mais le gouvernement, prenant prétexte de la jeunesse du lauréat, cassa le jugement et choisit Yisconti, alors très en cour; le lauréat ne reçut qu’une médaille d’or commémorative de son infructueux succès.
Baltard était sans fortune et sans protection; mais il était taillé pour la lutte, et il avait au plus haut degré de la volonté. Au lieu de récriminer et de perdre son temps en doléances inutiles, il accepta la très modeste et peu rémunératrice fonction de sous-inspecteur à la Halle aux vins de Paris, il vendit la médaille d’or pour se procurer quelques ressources, et il se mit courageusement à la besogne professionnelle, ne la jugeant pas au-dessous d’un architecte qui veut apprendre à fond la pratique de son métier. De la Halle aux vins, il passa bientôt à la Barrière du Trône, comme inspecteur; en 1841, il fut chargé de la restauration de Saint-Germain des Prés; et, en 1847, Guizot lui confiait la construction de l’Hôtel du Timbre, qui assit solidement sa réputation d’architecte. La volonté indomptable du jeune artiste, servie par une prodigieuse puissance de travail, avait triomphé définitivement du mauvais sort et de l’injustice, qui auraient, peut-être, de tout autre moins bien trempé, fait un révolté et un dévoyé.
Petit paysan de Fourquevaux, dans le Lauraguais, élevé à l’école buissonnière, des livres n’aimant que les images, Jean-Paul Laurens avait vu des peintres italiens barbouiller des madones et des saints dans l’église de son village, a conté son vieil ami d’enfance, Ferdinand Fabre ; il intrigua habilement pour être admis auprès d’eux pendant leur travail. Le démon de l’art le tentait. La peinture de ces pauvres diables, — dont le chef, au nom sonore de Buccaferrata, était un simple ancien modèle de l’Ecole des beaux-arts de Toulouse, qui avait appris son métier en regardant les élèves peindre d’après lui, — toute gros-