‹ Pour dire devant le mondeChapitre 14 sur 82 · LE CONSENTEMENT · texte numérisé non relu

LE CONSENTEMENT

Ahod fut un pasteur opulent dans la plaine.

Sa femme, un jour d’été, posant sa cruche pleine,

Se coucha sous un arhre au pays de Béthel,

Et, s’endormant, elle eut un songe qui fut tel :

D’abord il lui sembla qu’elle sortait d’un rêve Et qu’Ahod lui disait : « Femme, allons, qu’on se lève. Aux marchands de Ségor, l’an dernier, j’ai vendu Cent brebis, et le tiers du prix m’est encor dû.

Mais la distance est grande et ma vieillesse est lasse.

Qui pourrais-je envoyer à Ségor en ma place?

Rare est un messager fidèle et diligent.

Va, et réclame-leur trente sicles d’argent. »

Elle n’objecta point le désert, l’épouvante,

Les voleurs. «Vous parlez, maître, à votre servante.» Et quand, montrant la droite, il eut dit: «C’est parla». Elle prit un manteau de laine, et s’en alla.

Les sentiers étaient durs et si pointus de pierres Qu’elle eut du sang aux pieds et des pleurs aux paupières. Pourtant elle marcha tout le jour, et le soir.

Elle marchait encor, sans entendre ni voir.

Quand tout à coup, de l’ombre, avec un cri farouche. Quelqu’un bondit, lui mit une main sur la bouche.

D’un geste forcené lui vola son manteau Et s’enfuit, lui laissant dans la gorge un couteau î

Le rêve, à ce moment, devint d’une horreur telle Qu’il l’éveilla.

L’époux se tenait devant elle.

« Aux marchands de Ségor, lui dit-il, j’ai vendu Cent brebis, et le tiers du prix m’est encor dû.

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