‹ Pour dire devant le mondeChapitre 17 sur 82 · L’AMOUR PAUVRE · texte numérisé non relu

L’AMOUR PAUVRE

pitié de lui? Elle n’avait pas été émue par le récit de tant de souffrances, par tant de dévotieuses prières? 11 demandait si peu, cependant! Quelques paroles: « Je vous plains, » ou : « Ne mourez pas., » Comme elle était cruelle pour lui, misérable. 11 songeait, — en remontant la rue des Martyrs, — à sa chambre froide, au lit si dur maintenant, sans matelas, au lit toujours solitaire. Mais non, non, elle devait être aussi bonne qu’elle était belle. Elle n’avait pas répondu aujourd’hui, elle répondrait demain. Certainement, elle lui écrirait. Deux ou trois lignes peut-être, miséricordieuses. Avec quelle reconnaissante tendresse il couvrirait de baisers la chère lettre parfumée. Oui, oui, demain. 11 ne fallait pas désespérer. Oh ! il ne regrettait pas du tout d’avoir vendu ses hardes, d’avoir emprunté, d’avoir eu faim, d’être si pauvre, d’être si maigre, puisqu’il aurait, grâce aux roses achetées , l’incomparable joie d’être consolé par elle! Comme il allait tra-

verser le boulevard extérieur, une bouquetière sortit d’une brasserie, une de ces femmes qui offrent aux tables des cafés, aux portières des fiacres, des fleurs revendues à bas prix par les concierges ou les habilleuses des petits théâtres. Il poussa un cri! Fané, fripé, triste, son bouquet, il le reconnaissait et il l’acheta, — le dernier franc! — et sous un réverbère, les mains tremblantes et les yeux pleins de larmes, il retrouva la lettre qu’elle n’avait pas lue dans les roses qu’elle n’avait pas respirées !

Page 1