‹ Pour dire devant le mondeChapitre 23 sur 82 · LA PATRIE · texte numérisé non relu

LA PATRIE

Ces Juifs criaient vers Dieu aans l’Ile de l’exil.

Car, pareil au boucher sanglant jusqu’au nombril, Oui s’assied n’ayant pu saigner toutes les bêtes, L’affreux Titus, campé sur des monceaux de têtes, N’acheva pas le reste éperdu des Hébreux;

Et les uns avaient fui vers la Crète, nombreux, S’étonnant, sur le pont des nefs aux blanches toiles. Qu’avec les mêmes yeux on vît d’autres étoiles.

O roses de Saron, ils ne vous cueillaient plus!

Ville aux toits hauts, colline, oliviers chevelus,

Si doux à la fatigue après les jours de marche^ Sépulture des Rois, ruines ou fut l’Arche,

Logis familiaux aux coins accoutumés^

Berceaux des chers vivants, tombes des morts aimés, Fleuve, vallons rougis par la grappe meurtrie,

Comme vous étiez loin de leurs regards, patrie!

Le soir, ils s’assemblaient, mornes, pleins de sanglots. Quand le couchant se creuse à l’horizon des flots, Croyant dans les splendeurs de la céleste ornière Voir des Jérusalems de pourpre et de lumière !

Et les vieillards sentant venir leur jour dernier Échangeaient leurs plus chers trésors contre un panier De sable ou de limon porté de Samarie,

Pour dormir dans un peu de la terre chérie.

Or quelqu'un se leva d’entre eux.

(( Dans sa pitié

(( Le Seigneur se souvient d’Israël châtié;

« Le Dieu qui suscita les prophètes m’envoie,

« Peuple ! pour te mener hors du deuil dans la joie : (( Pareil au fils d’Amram, je lèverai la main (( Et les flots divisés t’ouvriront un chemin (( Vers le beau Chanaan où les cèdres murmurent! »

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